NOURRICES ET NOURRISSONS SYPRILITIQUES
l’aréole mamelonnaire, sans que l’enfant ail à aucun moment présenté de symptôme syphilitique; une enquête bien conduite lui permit de reconnaître qu un valet de chambre de la maison avait la syphilis, qu’il avait des plaques muqueuses de la bouche et que c était lui qui, dans des manœuvres qui n’avaient pas pour but 1 allaitement, avait infecté cette nourrice.
.l'ai pu examiner, alors que je remplaçais le professeur Bouillaud, et que Grancber était mon chef de clinique, un chancre du mamelon chez une femme de soixante-huit ans. Quand j’eus conquis sa confiance, elle m’avoua que ce chancre lui avait été transmis par son gendre, âgé de vingt-six ans, auquel elle portait une affection particulière.
Donc, méfiez-vous; le chancre du mamelon n’a rien de pathognomonique; ce siège est une présomption, rien de plus. De même, un chancre situé ailleurs qu au mamelon peut fort bien avoir été transmis à la nourrice par son nourrisson. Je vous ai déjà cité le cas d’une bonne qui avait pris un chancre de la peau de l’avant-bras après avoir porté un enfant ayant des plaques muqueuses à l’anus (1).
Il est une chose que je regrette d’avoir souvent constaté dans les certificats délivrés par des médecins aux nourrices syphilitiques. L’examen n’est pas complet. Le médecin se borne à noter que la nourrice présente des stigmates d’une syphilis, qui est immédiatement considérée comme ayant été transmise par le nourrisson, comme si la nourrice ne pouvait pas prendre la syphilis par une autre voie.
11 y a quelques années, le professeur Fournier reçut la visite d’un médecin qui, se croyant guéri de la syphilis, parce que depuis nombre d’années il n’avait pas eu d'accidents, s’était marié. 11 lui amenait son enfant atteint de syphilis héréditaire. Fournier, après avoir examiné l’enfant, se préparait à examiner la nourrice, quand celle-ci, prévenant ses questions, lui dit que, depuis quelque temps, elle avait des boutons sur le corps, et elle lui montra une papule
(1) Voy. p. 281 .
LA RESI’ONSABILITÉ DU MÉDECIN.
syphilitique située sur l’épaule. Fournier fut étonné qu’une syphilis ait évolué aussi rapidement, mais le doute n’était pas permis, la nourrice était bien syphilitique. Aussitôt sortie de chez le médecin, cette femme se rendit chez un huissier et fit remettre à son maître une assignation qui fut déposée chez le concierge, sans être sous enveloppe, de sorte que, le lendemain, toute la maison savait que le médecin avait eu la syphilis et que son enfant avait contaminé la nourrice. Une enquête fut ouverte. Elle démontra que la nourrice était atteinte de syphilis avant qu’elle eût été en contact avec l’enfant et qu’elle avait été soignée pour cette affection à l’Ilôtel-Dieu, quatre mois auparavanl.
Donc, pratiquez un examen complet. Vous rencontrerez des résistances ; la nourrice protestera de son honnêteté : vous devez lui persuader que votre examen n’a rien d'infamant, mais a pour but, au contraire, de proclamer son innocence. Vous examinerez la peau, les ganglions axillaires inguinaux et cervicaux, le cuir chevelu, la bouche, la gorge, les organes génitaux et l’anus. Si vous constatez des plaques muqueuses des organes génitaux, vous le notez, mais en ayant grand soin d’expliquer la valeur qu’il faut attacher à leur présence. Les magistrats connaissent, en général, l’évolution de la syphilis, mais ils peuvent penser que la présence de plaques muqueuses aux organes génitaux est un signe de syphilis prise par ces organes. Il sera donc nécessaire de dire, dans votre rapport, que la présence de ces plaques n’est pas une raison qui puisse prouver la fausseté des allégations de la nourrice.
La nourrice est complètement examinée ; vous avez reconnu la syphilis. Votre rôle n’est pas encore terminé de ce côté: il vous reste à faire des recherches très importantes et sur lesquelles j’appelle toute votre attention.
Vous devez faire venir le mari et l’examiner avec autant de soin que vous avez examiné sa femme. Messieurs, les nourrices laissent leurs maris dans leurs villages, où ils cultivent la terre, pendant qu’elles ont à Paris des nourri-