NOURRICES ET NOURRISSONS SYPUILITIQUES
tures dont la durée varie de un an à dix-huit mois. D après les renseignements publiés par les médecins du Morvan et de la Bourgogne, on constate une quantité vraiment extraordinaire de cas de syphilis dus aux infidélités du mari pendant l’absence de sa femme. Quand celle-ci est de retour, le mari lui transmet l’infection dont il est atteint.
Non seulement vous devez voir le mari, mais il vous faudra encore examiner les enfants de la nourrice, afin de constatei s’ils présentent, eux aussi, des signes de syphilis.
Il faut déterminer avec le plus grand soin l’âge des diverses manifestations chez les différents sujets.
Ceci fait, vous procédez à Yexamen de L'enfant que l’on pense avoir été la cause du contage.
Je vous ai dit qu’il arrivait fréquemment que l’enfant soupçonné était mort, ce qui augmente singulièrement la difficulté de votre enquête. Vous n’avez alors, pour vous éclairer, que les témoignages des parents, des voisins et celui du médecin qui l’a soigné. Vous ne devez accepter ces témoignages qu’avec les plus expresses réserves : d une part, la famille a intérêt à vous cacher la vérité ; d’autre part, le médecin, surtout si les renseignements qui lui sont demandés datent de plusieurs années, peut avoir oublié certains points importants.
Si l’enfant est vivant, quelle doit être la marche de votre enquête? Est-il syphilitique ou non ? S’il est syphilitique, a-t-il une syphilis acquise ou une syphilis héréditaire ?
Vous savez que la syphilis héréditaire diffère de la syphilis acquise par bien des symptômes; le diagnostic est, en somme, assez simple. Vous examinerez l’enfant de la manière la plus complète : le cuir chevelu, le nez, la bouche, la peau, les organes génitaux, l’anus; vous devez regarder très minutieusement la plante des pieds, siège du pemphigus, les ongles et leur matrice, où l’on rencontre parfois un onyxis caractéristique.
Je vous ai dit que, d’après la statistique de Diday, les accidents de syphilis héréditaire se produisaient 50 fois
LA RESPONSABILITÉ DU MÉDECIN
sur 100 dans le premier mois, 30 fuis sur 100 dans le second et 20 fois entre le second et le quinzième. Au contraire, quand l’enfant prend la syphilis du fait de sa nourrice, en admettant que celle-ci l’inocule immédiatement, le chancre paraîtra vers le vingd et unième jour au plus tôt ; il passera souvent inaperçu; le premier symptôme que les parents remarqueront sera l’éruption cutanée qui se produit six ou iiuit semaines après le chancre, c’est-à-dire alors que l'enfant aura deux mois et demi ou trois mois. Cette marche de la maladie pourra vous donner de précieuses indications.
Parmi les témoignages, toujours un peu entachés de suspicion, que vous fourniront les parents ou les voisins, je vous rappelle deux symptômes de syphilis héréditaire qui ont une réelle valeur, parce qu’ils sont visibles pour les personnes étrangères à la médecine. C’est d’abord le pemphigus de la paume des mains et de la plante des pieds; en second lieu, c’est le coryza chronique.
Tout le monde sait que l’enfant tette bien, la nourrice, les parents, tous ceux qui l’approchent. Si le nez est bouché, la respiration est empêchée; quand la bouche est fermée par le sein, l’enfant interrompt la succion, abandonne le sein et crie; comme il ne prend pas une nourriture suffisante, il maigrit rapidement et présente un état de décrépitude tout à fait caractéristique.
La syphilis peut être donnée par le nourrisson à la nouri-ice ou réciproquement par la nourrice au nourrisson. Le professeur Fournier, dans une statistique dressée à l’hôpiLal Saint-Louis, a établi que 9i fois sur 100 le nourrisson infecte sa nourrice, et que 6 fois seulement la nourrice infecte son nourrisson. On peut penser qu’à l'hôpital Saint- Louis, Fournier voit plutôt les nourrices contaminées par l’enfant qu’elles allaitent, et que celles qui, au contraire, ont transmis la syphilis à leurs nourrissons retournent dans les hôpitaux où elles ont été traitées au début de leur maladie. Mais, malgré cette critique possible, les faits