‹ l` exercice de la medecineChapitre 100 sur 188 · IV. — Maladies communiquées · texte numérisé non relu

IV. — Maladies communiquées

Les cas dans lesquels cette maladie engage la responsabilité du médecin sont nombreux el complexes. J’entrerai dans quelques détails, car la jurisprudence a souvent varié et est loin d'être définitivement établie.

Mettant à part la syphilis vaccinale, dont je vous ferai l’histoire ultérieurement, plusieurs cas peuvent se présenter. Le médecin peut recevoir la syphilis de son malade; le médecin a la syphilis et peut la transmettre à son malade; enfin le médecin peut inoculer la syphilis d'un malade à un autre malade par l'intermédiaire d'instruments dont le nettoyage a élé insuffisant. La syphilis est entrée dans une famille, le médecin doit préserver les autres membres et les serviteurs.

4° LE MÉDECIN REÇOIT LA SYPHILIS DE SON MALADE. — Les cas de ce genre sont assez nombreux. Pour ma part, j'en connais onze, bien que je sois consulté rarement pour les maladies de ce genre, et je suis sûr que la statistique du professeur Fournier est beaucoup plus chargée.

Un fait principal est à remarquer: c’est la gravilé extrême des syphilis ainsi contractées, puisque, sur les onze cas qui sont venus à ma connaissance, la mort est survenue sepl fois dans les quatre premières années.

On a beaucoup discuté pour savoir à quelles raisons on

devait attribuer cette gravité exceptionnelle. Les auteurs l’ont rapportée à deux causes.

Comme première cause de cette léthalité, on a incriminé le siège anormal de l'accident initial.

Vous savez que, le plus souvent, le chancre professionnel des médecins ou des chirurgiens siège soit au doigt, et particulièrement à l'index et au médius, soit à la face. Le chancre du doigt est généralement pris en pratiquant le toucher vaginal d'une personne infectée; le chancre de la face provient de l'infection produite par des mucosités projetées à la figure du médecin par mouvement réflexe, alors qu'il pratique l'exploration de la gorge d’un malade syphilitique.

La syphilis ainsi contractée semble la plus grave. Sur trois cas de chancre de la paupière supérieure, j’ai constaté deux morts, dans les six ou sept années de l'infection. Le troisième date de plus longtemps. Le médecin a survécu, mais a présenté des symptômes cérébraux extrêmement graves. Il a eu des phénomènes méningitiques à la suite desquels sont survenues la perte de l'ouïe et celle de la vision d’un œil. Dans les deux premiers cas, la mort a été précédée de symptômes identiques, mais ayant évolué avec une intensilé beaucoup plus grande.

Certains auteurs ont donné une autre explication de cette mortalité de la syphilis professionnelle. Ils ont admis que la syphilis, de même que certaines autres maladies infectieuses, est d'autant plus grave que l’âge de l'individu est plus avancé. Nous savons que, pour la variole, la morlalité varie suivant l'âge du malade ; ainsi, jusqu’à quinze ans elle est d'environ 3 à 4 p. 100; de vingt à quarante ans, elle est de 18 p. 100, et au-dessus de quarante ans, elle atteint le chiffre considérable de 70 à 75 p. 109 Les statistiques fournies pour la scarlatine et la rougeole montrent d'une façon aussi nette l'influence de l’âge sur la terminaison de la maladie.

En est-il de même de la syphilis? Messieurs, la question

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n'est pas résolue ; cependant, je dois dire que, parmi les cas de syphilis professionnelle que je vous ai cités, les survivants sont ceux qui ont pris leur chancre à un âge moins avancé. Il est fort probable que cette gravité tient aux deux causes que Je viens de vous indiquer, mais sans qu'il soit possible, au moins pour le moment, de savoir laquelle des deux a une action prédominante.

2° LE MÉDECIN SYPHILITIQUE CONTAMINE SON CLIENT. — Dans le courant de l’année 1873, la ville de Brive-la-Gaillarde fut en proie à une émotion profonde. La santé générale était excellente; les suites de couches, en particulier, étaient régulières et heureuses, quand tout à coup on remarqua que certaines femmes, récemment accouchées, éprouvaient des accidents d’une nature exceptionnelle; les enfants de plusieurs d’entre elles étaient gravement atteints, quelques-uns même succombèrent; certains maris élaient pris à leur tour et présentaient des symptômes semblables à ceux qui s'étaient développés chez leurs femmes.

A côté de ces accidents tout matériels, des conséquences d'un autre ordre devaient inévitablement se produire : le trouble se mettait dans les ménages; les maris et les femmes s'adressaient de mutuels reproches ; des menaces de séparation se faisaient entendre. Dans tous ces accidents, les médecins consullés reconnurent la syphilis et bientôt constatèrent qu'ils se produisaient dans la clientèle d’une même sage-femme.

Une instruction fut ouverte, et l'enquête médico-légale, confiée au D' Bardinet, de Limoges, établit que cette sagefemme avait eu depuis quelque temps un doigt malade, que cette lésion avait même persisté pendant une année, et que la sage-femme avait présenté tous les symptômes d’une syphilis générale ; affaiblissement, douleurs rhumatoïdes, chute des cheveux et des sourcils. Ces mêmes accidents se produisirent chez son mari. Il fut même démontré que cette femme, qui, pour se défendre, affirma qu'elle avait con-

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lracté cette affection en soignant une de ses clientes, n'avait pas ignoré la nature de sa maladie et qu'elle avait néanmoins continué à pratiquer de nombreux accouchements en se servant de sa main malade.

Celte sage-femme fut traduite en police correctionnelle sous l’inculpation d’homicide par imprudence, de blessures involontaires et d'exercice illégal de la médecine; elle fut condamnée à deux années d'emprisonnement et cinquante francs d'amende, c’est-à-dire au maximum de la peine corporelle (4).

A l'étranger, la contamination du malade par le médecin est également très sévèrement puuie, et si la prison est prononcée moins volontiers, on accorde aux malades des indemnités beaucoup plus considérables.

En Angleterre, un médecin accoucheur fort connu avait au doigt une légère écorchure. Il accoucha la femme d'un de ses amis; l'accouchement fut normal et se termina bien. Quelques jours après, le médecin s’aperçut que l’ulcération qu'il présentait au doigt était un chaucre. Il écrivit à son ami ce qu'il avait constalé, luj indiquant les précautions qu’il devait prendre.

L'accouchée ayant été contaminée, l'affaire vint devant les tribunaux et le médecin fut condamné à 3000 livres (75 000 francs) d'indemnité.

Au point de vue médical, ce médecin était bien peu coupable; vous n’ignorez pas combien le diagnostic du chancre du doigt est difficile; au début il peut très facilement êlre confondu avec une ulcération bénigne, une erevasse analogue à celles qui se produisent chez ceux qui ont des engelures, une papule d’eczéma irritée. Le médecin pouvait donc ne pas avoir fait son diagnostic à temps, et, à mon avis, l'indemnité accordée est beaucoup trop considérable.

En Allemagne, où les cas de syphilis transmise par le

(1) Bardinet, Syphilis communiquée par le doigt d’une sage-femme (Annales d'hyg. et de méd. légale, 2° série, t. XLII, 1874, p. 13#).

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médecin au malade ont été souvent signalés, Neisser (de Breslau) publia, en 1889, un mémoire assez confus sur cette question (1); il concluait en se demandant si le médecin atteint de syphilis pouvait continuer à exercer sa profession.

Messsieurs, à mon avis, un médecin syphilitique peut continuer à exercer sa profession, à condilion qu’il prenne certaines précautions pour éviter la contagion. Il faut distinguer deux périodes, au cours desquelles il existe des accidents contagieux. Le médecin devra employer, pendant la durée de l'accident primilif et pendant la période secondaire, qui dure deux ou trois ans, et comprend les efflorescences papuleuses de la peau et les altérations diverses des muqueuses, soit des gants, soit tout autre moyen de protection sérieux, qui lui permettra de rendre une inoculation impossible. Les accidents tertiaires ne doivent pas êlre considérés comme conlagieux.

A côté de la syphilis transmise par le médecin à son malade, je dois vous dire quelques mots de celle que peut donner le rabbin au cours de la circoncision. D’après le rite de la religion israélite, l'hémostase de la plaie faite lors de celte opération, peut être opérée par la succion. A un certain moment, Ricord fut frappé de la quantité de jeunes enfants qu'on amenait à sa consultation et qui avaient contracté la syphilis au moment de la circoncision. Il fit une enquête et acquit la certitude que le rabbin qui avait opéré l'hémostase, avait des plaques muqueuses de la bouche. Il rapporta ces fails au grand Rabbin, qui donna aussitôt l’ordre de cesser cette pratique dangereuse et de la remplacer par le pincement des deux bords de la plaie prépuciale avec des serres fines. ;

3° LE MÉDECIN TRANSMET A UN CLIENT LA SYPHILIS D'UN AUTRE cLiENT. — Dans ce cas, la transmission a lieu par l'intermédiaire d'instruments.

(1) Neisser, Centralblatt für Chir., 1889, t. XVI, p. 681.

Vers 1865 ou 1866, alors que j'étais médecin du collège Sainte-Barbe, il vint à ma consultation un jeune collégien qui présentait des phénomènes douloureux dans l'oreille et avait un gros ganglion indolent au niveau de l'angle de la mâchoire inférieure. Je montrai ce jeune malade au professeur Hardy, qui aussitôt me dit : « IL est allé chez le D' X..… se faire soigner les oreilles. » Effectivement, ce jeune homme, souffrant des oreilles, avait été conduit par sa famille chez cet auriste, qui était fort connu, mais avait le tort de mal nettoyer ses instruments.

Quelques jours plus tard, je fus appelé à donner mes soins à la fille du Premier président d'une Cour de province, qui avait consulté ce même auriste pour des bourdonnements d'oreilles. IL lui avait fait le catéthérisme de la trompe d’Eustache et lui avait en même temps inoculé la syphilis.

Lorsqu'ii connut ces faits, Hardy fut indigné, car peu de temps auparavant, à la suite de contaminations syphilitiques faites dans les mêmes conditions, il avait prévenu cet auriste que le nettoyage de ses instruments était insuffisant. Des poursuites allaient être engagées lorsque le médecin incriminé mourut.

Messieurs, je ne saurais trop vous recommander de veiller avec soin sur vos instruments, surtout sur ceux que l’on porte dans des régions où des manifestations syphilitiques ont leur siège d'élection et peuvent se trouver cachées dans un repli de la muqueuse. Quelque saine que paraisse la personne que vous avez examinée ou opérée, je vous conseille de faire bouillir dans une solution antiseptique ou de flamber les instruments dont vous vous serez servis ; les abaisse-langue, les spéculums, les daviers, les sondes cannelées, doivent être désinfectés rigoureusement après chaque examen.

Je vous ai signalé, il n’y a qu’un instant, la propagation de la syphilis par le rabbin au cours de la circoncision, et

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je vous ai dit que, à la demande de Ricord, l'hémostase par succion fut remplacée par l'hémostase à l'aide de serres

fines. Malheureusement, M. le professeur Fournier a pu signaler plusieurs cas d'infection dus aux serres fines, qui, probablement, avaient été portées d’un enfant syphilitique , sur un enfant sain.

Avant de terminer ce qui concerne la contamination par les instruments, je dois vous signaler la possibilité d’une transmission du virus syphilitique au cours d’une injection hypodermique. Aucun exemple de ce genre n'est venu à ma Connaissance, mais surtout maintenant qu'on pratique journellement les injections, une infection par une aiguille de seringue de Pravaz peut aisément se produire. Je vous conseille donc de prendre, à ce point de vue, toutes les précautions nécessaires, en flambant et en désinfectant votre aiguille chaque fois que vous vous en serez servis et avant chaque opération.

4° SYPHILIS VACCINALE. — La syphilis vaccinale a vivement préoccupé l'opinion médicale il y a un quart de siècle ; bien que la substitution presque générale de la vaccination animale à la vaccination de bras à bras ait permis d’éloigner ce danger, la transmission est encore possible et couserve tout son intérêt, au point de vue du diagnostic et de

la doctrine.

Dès les premières années de la vaccine, la croyance populaire accusa la vaccination d’inoculer d’autres maladies, et en particulier la syphilis, en même temps que le virus vaccin.

Rowley en Angleterre (1810), Monteggia à Milan (1814), Marcolini à Milan (1823), aceusèrent la pustule vaccinale de pouvoir contenir deux virus, la vaccine et la syphilis. Troja et Galbiati à Naples (1810), pensant avoir observé que, après la vaccination, quelques vaccinés étaient affectés de maladies dont ils n'avaient pas souffert auparavant, instituèrent un service de vaccination animale, et c'est même de cet établissement que Chambon et Lanoix rame-

nèrent la première génisse vaccinifère, en 1864, lorsque la vaccine animale fut introduite en France.

Ces faits, ainsi que d’autres que je vous citerai dans un moment, vinrent se briser en France contre les deux arguments suivants : |

Pour Husson, Bousquet, Steinbrenner, le virus vaccin reste toujours pur; il ne peut être mélangé à aucun autre virus. Ils invoquèrent, en faveur de cette opinion, des expériences en apparence très démonstratives. Ils avaient vacciné, en prenant à dessein le virus sur des enfants syphilitiques, et les vaccinés n'avaient jamais eu la syphilis. D'autre part, pour l’école de l'hôpital du Midi, dont les doctrines régnèrent sans conteste jusque vers 1860, l'accident primitif seul pouvait donner la syphilis; les accidents secondaires élaient incapables de l'inoculer. Le chancre naît du chancre et seul peut le reproduire (1). Forts de ces deux lois, qui avaient subi avec succès l'épreuve de bien des discussions, les médecins ne voyaient dans les cas de syphilis vaccinale publiés que les efforts impuissants des détracteurs de la vaccine.

Celte doctrine de l'innocuité des accidents secondaires devait bientôt recevoir un formel démenti, mais, à ce moment, elle était incontestée. Je me souviens que, étant externe des hôpitaux, l'un de mes collègues atteint de syphilis alla consulter Ricord afin de lui demander s’il pouvait avoir des rapports sexuels, sans crainte de transmettre la syphilis. 11 élait guéri de son chancre, mais présentait des accidents secondaires. La réponse affirmative de Ricord eut pour résultat la contaminalion d’une jeune femme, amie de cet étudiant.

La question fut fort discutée vers cette époque, et certains médecins n'ont pas hésité à pratiquer des inoculations de syphilis à des malades venus pour réclamer leurs soins. A Lyon, un médecin et son interne inoculérent le pus prove-

{1) Ricord, Leçons sur le chancre, 1860, P-22%:

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nant de plaques muqueuses, au cuir chevelu d’un enfant de dix ans atteint de teigne faveuse. Ils furent poursuivis et les considérants du jugement furent très sévères ; je vous en cite quelques passages :

Attendu qu'il résulte de l’aveu même des prévenus que... par des piqûres faites à l'aide d’une lancette, X..… a inoculé le virus syphilitique à Charles B..., enfant de dix ans,

Qu’à la même époque G..., averti de l’opération que X... se proposait de faire, a confié à ce dernier l'enfant B.., et l’a autorisé à pratiquer l’opération ;

Atlendu que, pour échapper à la responsabilité de ces actes, les prévenus soutiennent... que le moyen tenté par eux ne l'était pas dans un but seulement expérimental, mais quil avait principalement pour mobile la guérison du malade el a eu seulement pour effet de résoudre une question des plus importantes et des pius controversées ; que dès lors ils ont agi dans la limite de leurs droits de médecin et ne relèvent que d'euxmêmes... ;

Attendu que les droits du médecin et ses obligations envers la science ont des limites ; que toutes les fois que, dans l'application d’une méthode curative nouvelle,le médecin aura eu essenliellement pour but la guérison du malade, il ne relève que de sa conscience; mais que telle n’est pas la situation des prévenus ; que tout dans la cause démontre que leur pensée dominaute, leur but principal a été de résoudre, au moyen d’une expérience, une question médicale qui faisait le sujet de vives controverses ; que, si, accessoirement, ils ont pu se dire que l'opération... pouvait éventuellement être favorable à la guérison de l'enfant, déja atteint de la teigne, cetle réflexion n’est venue que dans un ordre d'idées très secondaire... ;

Attendu que pour qu'il y ait délit il n’est pas nécessaire que l'auteur ait eu le dessein caractérisé d'agir méchamment.. mais qu'il suffit qu'il ait agi en connaissance de cause et avec l'intention de satisfaire, au risque de nuire, soit l'intérêt de sa renommée, soit même une passion purement scientifique el désintéressée ;

Attendu que les faits reprochés aux prévenus sont d'autant plus répréhensibles qu’ils se sont accomplis sur un enfant incapable de tout consentement libre, confié à la charité publique et aux soins des prévenus...

… Pour la répression, condamne : X... à 100 francs d'amende,

G.… à 50 francs d'amende et tous deux solidairement aux dépens (1).

La condamnation est, en somme, légère; elle ne fut pas plus forte parce l'enfant avait été amélioré par ce traitement au moins basardeux.

Un fait semblable se passa à la même époque à l'hôpital Saint-Louis, à Paris. Le D' Gibert avait inoculé la syphilis à cinq malades atteints de lupus incurable. Le ministère public du Rhône provoqua le parquet de Paris à agir dans le même sens que lui et à poursuivre le D" Gibert.

Tardieu fut chargé du rapport. Il ne chercha pas à légitimer l’acte de son confrère, mais il insista spécialement sur ce point que les malades incurables avaient été un peu améliorés par l’inoculation qu’ils avaient subie. L'affaire n'eut pas de suites.

Lorsque les observations de contagion des accidents secondaires et le résultat positif d'inoculations eurent ruiné la loi de Hunter et de Ricord, lorsque surtout furent publiées les relations de véritables épidémies de syphilis vaccinale, l'opinion s’émut, et quand en France, en 1860, Viennois publia son mémoire sur la transmission de la syphilis par la vaccination (2), une nouvelle phase s’ouvrit dans l'histoire de la vaccine.

Depaul, en 1865, porta la question de la syphilis vaccinale à l'Académie de médecine (3). La lutte fut vive, elle reprit en 1869, et c'est seulement en 1870 que les derniers arguments démontrant la possibilité de cette transmission furent formulés et admis.

On doit tout d’abord écarter un certain nombre de faits, ainsi que Viennois l’avait bien établi. Dans certains cas de Friedenger, de Baumberger, de Ceccaldi, de Whitehead, la

(1) Tardieu, Etude médico-léqule sur les maladies produites accidenlellement ou involontairement, 1819, p. 275.

(?) Viennois, Transmission de la syphilis par la vaccination (Arch. gén. de méd., 5e série, t. XV, 1860, p. 641).

(3) Depaul, La syphilis vaccinale, Communications à l’Académie de médecine. J.-B. Baillière, 1865, p. 237.

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syphilis latente parait s'être révélée à l’occasion de l'état fébrile produit par la vaccination.

Je vous donne la relation de deux épidémies de syphilis vaccinale; je choisis celles qui ont eu le plus grand retentissement.

Première observation de Gaspard Cerioli, à Milan, 1821. — Une petite fille de trois mois, enfant trouvée, fut inoculée avec du vaccin pris sur un enfant bien portant et qui ne cessa pas de l'être. Des pustules régulières se développèrent et servirent à inoculer quarante-six enfants. Six de ces derniers eurent des pustules normales, avec lesquelles on inocula cent autres enfants, qui ne présentèrent ultérieurement aucun symptôme de syphilis. Chez presque tous les autres, on observa sur les points où les piqûres avaient été faites, des ulcères recouverts de croûtes permanentes ou des ulcères indurés. Ces accidents survenaient au moment de la chute des croûtes vaccinales. Plus tard, on vit apparaître des ulcères de la bouche et des parties sexuelles, des éruptions croûteuses sur le cuir chevelu, des taches cuivrées, enfin tous les accidents secondaires. Les systèmes osseux et glandulaires ne furent pas épargnés. Ces accidents se communiquèrent aux nourrices et aux mères des enfants.

Admis à l'hôpital, les malades furent traités par le bichlorure de mercure à l’intérieur et par les frictions mercurielles. Dix-neuf enfants moururent, les autres se rétablirent plus ou moins vite. Toutes les femmes infectées furent guéries (1).

(1) Consultez également : Deuxième observation de Gaspard Cerioli 1841, Syphilis vaccinale, Communications à l’Acad. de méd. Paris, J.-B. Baillière, 1865. — Ville de K. Journal de Berlin (Médizinische Zeilung, avril 1850). — Faits du Dr Hubner de Hollfeld, Bavière, 1852, Syphilis vaccinale, p. 6 et 291. — Observations de Lecoq, 1858, Syphilis vaccinale, p. 7, 35, 329. — Observations de Trousseau, Clinique de l'Hôlel- Dieu, 1868, t. I, p. 65. — Observations de Hérard et Chassaignac, — Observations de Devergie (Gaz. hebd., 1863, p. 338). — Faits de Quarenghi, Syphilis vaccinale, p. 12 et 203. — Cas de Béziers, Syphilis vaccinale,

p- 14. — Observations de Viani, Syphilis vaccinale, p. 106 et 237. — Observations de Rodet. — Observations de Marone de Lupara, Syphilis

Épidénie de Rivalta. — Vers la fin de mai 1861, le chirurgien Coggiala vaccina un enfant Chiabrera, qui avait été infecté, avant la vaccinalion, par le sein d’une nourrice qui l'avait allaitée accidentellement, pendant une courte absence de sa propre nourrice. Cette circonstance ne fut connue qu'à la suite d'enquêtes répétées du D' Pacchioti. Cet enfant servit de vaccinifère, le 2 juin, pour 46 enfants, tous parfailement sains, d'après l'observation. Le 12 du même mois, 17 autres enfants furent vaccinés avec du virus pris sur l’un des 46 enfants, L. Manzone; le chiffre des vaccinés s'est donc élevé à 63. Sur ce nombre 46 furent infectés ; 59 sur les 46 de la première série, 7 sur les 17 de la seconde.

L'infection s’est manifestée en moyenne le vingtième jour après l'inoculation du vacein; les limites extrêmes ont été dix jours et deux mois. Les ulcérations du bras se sont produites soit pendant la cicatrisation des pustules, soit alors qu’elle était déjà terminée ; puis survinrent des éruptions généralisées.

Une enquête fut faite. Le 7 octobre, 7 enfants élaient morts sans traitement, la maladie n'avait pas été reconnue. Depuis on avait institué un traitement spécifique, et il n'y avait pas eu de nouveau cas de mort. 14 enfants étaient en voie de guérison, trois en danger. Cette enquête montra que 23 de ces enfants, que l’on put retrouver, avaient tous les symptômes d'une syphilis constitutionnelle ; les enfants l'avaient communiquée à leurs nourrices; les mères et les nourrices à leurs maris, en sorte que la propagation de la syphilis avait fait des progrès effrayants.

Dans tous les pays on cilait des faits analogues.

En 1850, un vétérinaire de Coblentz vaccina 24 enfants, sur lesquels 19 prirent la syphilis ; il fut poursuivi et condamné à deux mois de prison et 50 thalers d'amende. vaccinale, p. 108. — Observations de Bouvier, Syphilis vaccinale, p. 172. — Depaul, Rapport à l’Académie de médecine sur les faits du Morbihan (Bull. de l’'Acad. de méd., t. XXXII, 1856-67, p. 201). — Bourdais, Acci-

dents graves conséculifs aux vaccinations failes par une sage-femme du 3 au 1? juin 1866. Thèse de Paris, 1869.

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SYPHILIS VACCINALE. 273

En 1852, Hubner de Hollfeld (Bavière), sur 12 enfants vaccinés, en contamina 9. Il fut condamné à une détention de deux années dans une forteresse; l'affaire vint en appel et la peine fut abaissée à deux mois de prison.

Les faits se multipliaient et, en 1863, lorsque Devergie (1) communiqua à l’Académie de médecine le cas d’un enfant de quiuze ans vacciné par Fritz, interne dans le service de Barthez, et atteint, six semaines après, d’accidents secondaires, Ricord prononça les paroles suivantes : « Les observations se sont multipliées, les preuves se sont accumulées et il n'est plus permis d’hésiter à accepter comme certain ce mode de transmission. » Aveu précieux, que Ricord eut le tort de ne pas confirmer dansles discussions suivantes.

La cause était gagnée, un seul membre de l’Académie de médecine restait inébranlable. Parlant de la syphilis vaccinale, Bousquet disait : « Husson, notre glorieux prédécesseur,n'en a jamais vu; M. Depaul, lui-même, n’en a jamais vu et je me plais à lui prédire qu'il n’en verra jamais. »

Hélas! deux ans après, la prédiction de Bousquet recevait un cruel démenti, et le fait se passait à l’Académie même sous les yeux de Depaul. Voici en quels termes celui-ci a rapporté ce triste accident (2) :

« Le 19 août 1865, un confrère de Paris envoyait à l’Académie, pour y être vacciné, son neveu, jeune homme de vingt-sept ans. Je ne pus venir à l’Académie ce jour-là, et les vaccinations se firent en mon absence. Je pensais que tout s'était passé normalement, lorsque je fus averti que ce jeune homme était atteint de syphilis vaccinale. MM. Millard, Hardy, Ricord, soignèrent ce malade, qui guérit difficilement.

« Plein d'inquiétude pour les autres vaccinés, je courus aux informations; j'appris que, ce jour-là, on avait employé

(1) Devergie, Syphilide luberculeuse généralisée, chez un enfant de quinze ans, avec des présomplions d'infection par la vaccine (Bull. de l'Acad. de méd., 1863, t. XX VIII, p. 664).

- (2) Depaul, Bull, de l'Acud. de méd., 1866-67, t. XXXII, p. 1041.

P. Brouarpez. — Exercice de la méd. 18

le virus de deux vaccinifères, avec lequel on avait inoculé quelques enfants et quelques soldats. Grâce aux renseignements qui avaient été recueillis par M. Lanoix, je vis les enfants qui étaient atteints de syphilis; deux moururent. Quant aux soldats, un jour, je reçus du Val-de-Grâce une lettre qui me priait de venir examiner des soldats atteints de syphilis vaccinale. Trois présentaient des ulcérations caractéristiques, de l’adénopathie, etc. J’eus la certitude, en les interrogeant, que c’étaient bien trois des soldats vaccinés à l'Académie le même jour que le jeune homme ei les enfants en question.

« Le premier des vaccinifères qui avait fourni le virus inoculé ce jour-là était parfaitement portant, c'était celui qui avait servi à la vaccination de la plupart des soldats.

« Quant à l’autre enfant, je ne pus le voir; il était mort le lendemain du jour de la vaccination. Lorsque J'entrai chez sa mère, elle me dit ces mots, que je cite textuellement : « Est-ce qu'il aurait donné du mal aux autres? » Cette femme avait mis son enfant en nourrice dès sa naissance ; elle avait dû le reprendre, parce que cette nourrice avait une affection vénérienne. L'enfant avait des taches, des boutons, des ulcérations aux aines et aux parties génitales. »

La possibilité de la transmission de la syphilis par la vaccination de bras à bras, ne pouvait plus être contestée. Il restait à déterminer les moyens de prophylaxie ; nous verrons dans un instant comment celle-ci peut être et est organisée.

Auparavant, étudions comment se fait cette contaminalion.

Il est certain tout d’abord que, dans l'immense majorité des cas, un vaccinifère syphilitique ne donne pas la syphilis à ceux qu'il a servi à vacciner; les expériences anciennes de Husson, Bousquet et tant d’autres le prouvent. Les observations que nous avons citées confirment cette proposition, puisque, sur un certain nombre d'individus vaccinés,

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SYPHILIS VACCINALE. 275

on en trouve toujours quelques-uns qui ont échappé à la contagion syphilitique.

Pourquoi cette immunité pour les uns, celte contagion pour les autres?

Lorsque l’on pratique une vaccination, la lancette qui prend le vaccin se charge, non seulement de vaccin, mais encore d’une petite quantité de sang ; lorsque l’on prend le virus destiné à plusieurs vaccinations sur un même bouton, celui-ci saigne presque toujours. De plus, l'examen microscopique du liquide vaccinal, prouve qu’il contient toujours quelques globules sanguins; nous nous en sommes personnellement assurés et les recherches de Ch. Robin etde Chauveau ne laissent aucun doute à cet égard.

Puisqu’il est parfois impossible de n'avoir pas du sang en même temps que du vaccin sur la lancette, il importe de déterminer si la contagion peut se faire par l’un ou l’autre de ces deux liquides.

L'inoculation du sang d’un syphilitique suffit-elle,' en dehors de tout liquide vaccinal, pour donner naissance à la syphilis? L'expérience l’a prouvé maintes fois.

Je cite pour mémoire les recherches de l’anonyme du Palatinat, celles de Waller et de Gibert; elles sont passibles de quelques objections, mais, comme il suffit d’une seule expérience probante, je ne vous rapporterai que la suivante, que je considère comme inaltaquable.

En 1860, Pellizari (de Florence) (1)exposa, dans une lecon, la question de la syphilis vaccinale et combattit l'opinion de l'École médicale de Lyon; celle-ci professait que le liquide vaccinal est incapable de donner la syphilis, que c’est le sang seul qui est le véhicule du virus. Après la lecon, les docteurs Billi et Sébastien Testi prièrent Pellizari de leur inoculer du sang d’un syphilitique. Malgré les objections du Professeur, leur résolution fut inébranlable. L'expérience fut pratiquée et les résultats furent négatifs.

(1) Pellizari, Gaz. méd. de Lyon, 1862, traduction de Corporandi, p. 231.

L'année suivante, après une leçon sur le même sujet, trois médecins, les docteurs Gust. Bargioni, H. Rosi, H. Passigli, se firent inoculer. Le D' Bargioni seul eut la syphilis.

Voici les détails de l'expérience. La femme dont Pellizari prit le sang élait âgée de vingt-cinq ans, enceinte de six mois. L'accident primitif remontait à cinquante jours. Dans le service, on constata qu'elle avait des papules muqueuses confluentes et sécrétant beaucoup, au niveau des parties génitales ; l’une d'elles correspondait au siège de l'accident primitif et avait une base franchement indurée. Il existait aussi des papules muqueuses au pourtour de l’anus et des ganglions durs, gros et indolents aux aines. De plus, la peau du tronc était le siège d’un érythème assez confluent: il existait des adénopathies du cou, des pustules cunéiformes dans le cuir chevelu.

Cette femme n'avait subi aucun traitement.

On pratiqua la saignée de la veine céphalique, au pli du coude droit; aucune manifestation syphilitique n’existait dans celte région, qui fut préalablement lavée; tous les instruments dont on se servit étaient neufs. Le sang, à peine extrait, servit à imbiber un plumasseau de charpie que l’on appliqua au docteur Bargioni à la région supérieure et externe du bras gauche, au niveau de l'insertion deltoidienne, point où l’on avait enlevé l’épiderme et pratiqué trois incisions transversales.

La même opération fut pratiquée ensuite aux docteurs Rosi et Passagli; seulement le sang était déjà coagulé.

Viugt-quatre heures après, la charpie fut enlevée.

L'inoculation avait été faite le 6 février 1862; le 3 mars au matin, le D' Bargioni nota une petite élevure un peu prurigineuse ; il y avait une petile papule arrondie, rouge foncé : il ny avait à ce moment aucune induration de cette papule; rien dans les ganglions. Huit jours après, la papule avait la dimension d’une pièce de vingt centimes, puis elle se couvrit d'une squame. Le 14, on trouva dans l’aisselle

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