PT PE PE NE PET SU
CREME TER DRE PUS UN Me ur [cs UN MT ee CU
ALIÉNATION MENTALE. — MÉDECIN TRAITANT. Jo
placées dans les asiles et qui y restent après guérison. En général, une famille qui voit l’un des siens atteint d’aliénation mentale est dans une profonde désolation ; elle cherche autant que possible à cacher cette tare, et conserve le malade souvent plus longtemps qu'elle ne devrait le faire. Mais quand la personne est internée, on agit comme si elle était décédée, comme si elle ne devait jamais guérir : on vend tout chez elle; les articles visant la gestion des biens des aliénés sont, en effet, très peu protecteurs et doivent être réformés. L’aliéné est abandonné de toute sa famille, qui est persuadée que la maladie est incurable, de sorte qu'après quelques années, quand il est guéri ou est suffisamment ainélioré pour se soigner chez lui, il est absolument dénué de ressources et personne, parmi ses proches, ne se soucie de le prendre à sa charge. Il est certain que ce fait se présente souvent et, sur le nombre des aliénés internés dans les établissements spéciaux, beaucoup ne sont gardés que par charité.
Voyons maintenant comment votre responsabilité peut être engagée, soit comme médecin traitant, soit comme médecin attaché à un établissement d’aliénés. Supposons que, comme médecin traitant, vous soyez appelé à faire un certificatayant pour résultat de faire interner un de vos clients. Votre malade est examiné. Rentré dans votre cabinet, placé en face de votre feuille de papier, vous serez souvent, je vous l’assure, dans un véritable embarras.
Tout d’abord, après un examen consciencieux du malade, il peut se faire que votre diagnostic soit hésitant.-Il faut véritablement être spécialiste pour caractériser d’une facon certaine les différentes variétés d’aliénation mentale.
Le législateur a fort sagement prévu ce point délicat; aussi, dans le paragraphe 2 de l’article8 de la loi de 1838, ilne demande pas au médecin traitant de faire, dans le certificat, le diagnostic dela maladie, il lui demande de constater l’état mental de la personne à placer et d'indiquer les particularités de sa maladie. Vous n'avez donc qu'à dire : « J'ai constaté tels où
tels accidents, à cause desquels j'estime que M. X... doit être interné dans un établissement spécial. » Ce que l'on vous demande est moins un certificat qu'un rapport.
Votre certificat devra être détaillé et clair. Sur ce point, je tiens à vous mettre en garde contre un vice de forme que j'ai rencontré parfois dans les rapports qui me sont passés sous les yeux. Souvent, le médecin confond ce qu'il a constaté lors de l'examen du malade et ce que la famille lui a raconté; or, ce que vous avez vu, vous pouvez l’affirmer, cela peut êlre tenu pour rigoureusementexact; ce que l'on vousraconte,au contraire, peut être exagéré soit en bien, soit en mal, suivant que la personne qui vous donne les renseignements aura ou n'aura pas intérêt à l’internement du malade. Votre situation. est délicate; car les intérêts des membres de la famille peuvent être dissemblables.
Aussi, Messieurs, quand vous aurez à rédiger un cerlificat de ce genre, je vous conseille de bien peser vos mots, de ne rien laisser dans l'ombre. Supposons que votre examen ait porté sur un paralytique général arrivé à la période d'état. Vous noterez sur votre certificat les symptômes que vous pourrez reconnaitre au cours de votre examen: les troubles des réflexes pupillaires à l’accommodation ou à la lumière, le tremblement des mains et des lèvres, l’embarras de la parole, les modifications de l'écriture ; il vous sera parfois possible de constater la nalure du délire du malade, soit le délire expansif, le délire ambitieux où, au contraire, le délire dépressif ou mélancolique. Les faits que vous aurez personnellement reconnus, qui par conséquent sont indéniables, devront être placés en tête du certificat.
Ensuite, vous indiquerez les faits qui ont été signalés par l'entourage, mais en ayant bien soin de ne pas en affirmer l'absolue authenticité. Vous ne devez pas mettre : « Le malade a fait tel ou tel acte » ; mais bien : « M. X... m'a dit que le malade à accompli tel ou tel acte ». IL doit êlre évident que vous ne prenez aucune part de responsabilité dans cette partie du certificat, et, pour cela, il est né-
DU Ou ET PET SERRE TE SAR LS TEE Ce N 5 PSE
cessaire que, dans aucun cas, votre personnalité ne se trouve substituée à celle du parent ou de l’ami qui vous a fourni les renseignements,
| Je tiens à vous donner lecture d’un certificat qui fut délivré par un médecin, pour vous bien montrer ce que vous | ne devez pas faire.
Certificat de vingt-quatre heures, délivré le 9 avril 188... sur la nommée X...
Celle jeune femme est atteinte de mélancolie.
Mariée depuis quelques mois seulement à un garçon boulanger, elle a été, de la part de son triste mari, l’objet de tentatives honteuses; ce misérable voulait se livrer sur elle à des actes de pédérastie.
Révoltée du vice ignoble de son mari, elle fut prise de désespoir et voulut en finir avec la vie; elle essaya de se couper le poignet
La et était prise d’une envie irrésistible de se tuer; son chagrin fut
Le tél que ses facultés intellectuelles furent sérieusement ébranlées, troublées.
£. Je l’ai trouvée douce, calme, répondant catégoriquement aux
| questions qu’on lui pose.
Loin de la cause qui a provoqué son dérangement intellectuel, cette jeune femme, j'en suis persuadé, reprendra rapidement possession d'elle-même. Seulement, une fois sortie, elle irail infailliblement au-devant d’une rechute, si elle reprenait la vie commune avec son dégoùütant époux, qui me paraît devoir être . justiciable des tribunaux.
Ne faites jamais un certificat semblable à celui-là. Voilà un médecin qui, sortant absolument de son rôle, vient accuser le mari d’avoir outragé sa femme. Qu'en sait-il? Peut-il l’affirmer ? Tout ce qu'il raconte sur les vices du mari lui a été dit par la femme, mais la femme peut mentir, et quand une femme ment, elle ment bien, donnant aux choses les plus fausses une apparence de vérité > absolue.
Que devait être dans ce cas le certificat? Le médecin avait à dire: Cette jeune femme est atteinte de mélancolie. Je l'ai fe trouvée douce, calme, etc. Voilà ce qu'il pouvait affirmer, ce qu'il avait constaté. Pour le reste, il devait écrire sur son
certificat : La malade m'affirme que, mariée depuis quelques mois, elle a été de la part de son mari l'objet de tentatives honteuses, ete. C'est la femme qui affirme, ce n’est pas le médecin, auquel tout contrôle échappe. En plus, je trouve étrange que, dans un certificat, un médecin conseille une poursuite devant les tribunaux ; ce n’est pas à lui de déposer une plainte, c'est à la personne lésée, et il ne doit, sous aucun prétexte, substituer son action à celle du malade.
Messieurs, quand il s'agit d’aliénation mentale, soyez défiants ; il peut arriver que des familles vous racontent des petits romans, présentant, suivant les besoins de leur cause, des faits en faveur du trouble mental ou contre celui-ci; il arrive bien souvent que, plus ou moins consciemment, le médecin de la famille les accepte, variant, lui aussi, suivant les intérêts temporaires du malade.
Il y a quelques années, M. X..., membre d’une famille fort connue dans l’Université, fut poursuivi à l’occasion d’une affaire assez complexe; il était accusé, dans un grand hôtel de Paris, d’avoir projeté une pendule sur la tête d'une autre personne. La famille, pour éviter Les poursuites, prétendit qu'il était atteint d’aliénation mentale; elle fournit un certificat médical, signé du nom d'un médecin des hôpitaux; ce certificat concluait à l’aliénation; il y était même noté, afin de donner plus de valeur aux faits plaidant pour la folie, que ce monsieur était marié depuis sept ans à une femme charmante, sans que pendant ce long laps de temps l'union eût été consommée. L'aliénation mentale fut admise et le malade interné.
Quelques années après, M. X... s'échappe de la maison de santé et se réfugie en Suisse. La famille fait aussitôt des démarches pour qu'il lui soit permis de rentrer en France, et, après avoir réclamé son internement, prétend qu'il n'a jamais élé aliéné. A l'appui de son affirmation, elle fournit un certificat, signé du même médecin qui avait conclu à l’internement, dans lequel il était dit que M. X... n'avait jamais élé aliéné.
ro
Je fus chargé d'examiner le dossier de celle affaire et je demandai au médecin lequel de ces deux certificats était le bon.
Ce médecin, j'en suis persuadé, élait d’une entière bonne foi, mais il avait eu le tort de se laisser influencer par la famille; dans ces deux circonstances différentes, il avait suivi l'impulsion qui lui avait été donnée par les personnes qui lui avaient fourni des renseignements sur l’état habituel du malade, et avait interprété les faits suivant les intérêts du moment.
Il est un point sur lequel je désire appeler votre attention, car il peut engager votre responsabilité sans que vous vous en doutiez.
Il arrive assez souvent, à Paris, que vous soyez appelé à délivrer des certificats à des personnes qui vous sont inconnues. Il peut en résulter de graves inconvénients, ainsi que le montre l'affaire suivante :
Une femme F..., accompagnée d'une autre femme, se présente à la consultation gratuite du D' B.... Notre confrère examine cette dernière au point de vue mental et rédige un certificat où il note tout ce qu'il constate chez la malade. Au moment de mettre le nom, il demande à Mme F... l’état civil de la personne qu'elle accompagnait. Au point de vue médical, le certificat s’appliquait à la personne qui accompagnail la femme F..., mais, sur les indicalions de cette dernière, le médecin inséra dans le certificat les indications d'état civil de la femme F... ellemême.
C'était un véritable guet-apens dans lequel on avait fait tomber le médecin, et il fut, quelque lemps après, cilé directement par les époux F..., qui lui reprochaient d'avoir délivré à une tierce personne, M. B..., un certificat constatant que Mme F.. était atteinte d'acci-
dents nerveux, ne permettant pas de lui confier la garde :
d'un enfant. Ce certificat faux, au dire de la plaignante, lui avait fait perdre deux procès, et c’est pourquoi les
OR PIC AMP RSI REEN PATES, Pets
époux F.. demandaient 10 000 francs de dommagesintérêts.
Je fus commis, avec M. Motet, pour rechercher les conditions dans lesquelles ce faux certificat avait été rédigé. Nous arrivàmes facilement à découvrir les fils de cette machination, et nous avons déclaré que M. le D' B... n'avait encouru aucune responsabilité. Devant ces conclusions, les époux F... retirèrent leur plainte, mais, indigné à juste titre, le D' B... fit déposer des conclusions reconventionnelles par lesquelles il réclamait des dommages-intérêls pour abus de citation directe. Les époux F... furent condamnésà 1500 francs de dommages-intérêls.
Vous voyez par cet exemple que vous devez, avant de délivrer un certificat, vous renseigner complètement sur l’état civil des personnes qui viennent vous le demander.
Si, après examen du malade, vous ne concluez pas à l'internement, je vous conseille de prendre néanmoins une précaution que je considère comme essentielle. Laissez toujours entre les mains de la famille de la personne que vous avez examinée une pièce constatant son élat au moment où l’on a réclamé vos soins.
Il y a quelques années, un médecin fut appelé à faire un cerlificat au sujet d'un homme que sa famille supposait alleint d'aliénation mentale. Il ne conclut pas à l’internement; mais comme le délire du malade était excessivement. violent et qu'il brisait tout dans son domicile, il conseilla de: le maintenir par des liens. Cette contention fut sans doute: pratiquée trop brutalement, puisqu'il y eut des érosions de: l'épiderme des membres.
Quelques Jours après, le malade, redevenu calme, déposa une plainte contre le médecin. Le tribunal ne fut pas tendre et condamna notre confrère à 1500 francs de dommagesintérêts (1). Le médecin eut lort de ne pas aller en appel, car la condamnation est basée sur des considérants vrai-
(1) Trib. de Chalon-sur-Saône, 13 mai 1896.
US
av; Am 67 tn
Na di:
ment étonnants. Le jugement porte, en effet, que le médecin a pris des précautions inutiles et que, d'autre part, il a commis une faute lourde, parce qu’il « ne suffit pas d'isoler le dément et de pourvoir à sa sécurité, mais qu’il est encore un principe admis par tous les auteurs ayant écrit sur Les affections mentales, et d’après lequel, dès qu’un diagnostic est établi, il faut agir rapidement et avec énergie, et faire application des éléments actifs du traitement, hydrothérapie, balnéation ; que L... (le médecin) a omis de recourir à de pareils procédés usuels ; qu'il n’a rien prescrit, ni bains, ni réfrigérants sur la Lête, qu'il n’a imposé aucun régime... » Tous ces considérants ne devaient pas figurer dans le jugement, car il me semble difficile qu'un magistrat puisse connaître le traitement de choix, destiné à apporter un soulagement au cours d'une affection quelconque. Je ‘suis cerlain que si cette affaire était venue devant la Cour d’appel, le jugement, ainsi motivé, eût été réformé.
Je vous ai cité ce cas, car il peut vous arriver d’être obligé de prendre, chez des malades délirants, certaines mesures de contrainte; il ne faut le faire qu'au moment où cela devient absolument nécessaire et seulement lorsque la famille elle-même en aura exprimé la pensée, en voyant que le malade brise tout autour de lui ou à des tendances au suicide.
Quand le malade sort de la maison de santé où il à été placé sur la demande de sa famille et en vertu de votre certificat, il est beaucoup plus calme qu’au moment de son internement; ce calme n’est parfois qu'apparent. En effet, le médecin de l'établissement qui interroge el soigne les aliénés ne manque pas de demander au malade s’il continue à avoir telle ou telle pensée; celui-ci comprend bientôt que, s’il répond affirmativement, il sera gardé dans la maison de santé, tandis qu’il peut être rendu à la liberté s'il répond négativement.
Une fois libre, son premier soin est de se retourner contre le médecin qui a fourni le certificat cause de son inter-
P. Brouarpez. — Exercice de la méd. 22
nement et de lui demander des dommages-intérêls.
Lasègue fut ainsi poursuivi par un malade, qui trouvait fort plaisant d'uriner dans la rue du haut de son balcon et qui, pour ce fait et bien d’autres, avait été interné. Bien entendu Lasègue se retira indemne.
La cour de Rouen, dans son audience du 30 juin 1896, acquitta un médecin poursuivi par un aliéné sorti de l'asile.
Les poursuites judiciaires sont relativement peu graves, comparées à d’autres vengeances plus dramatiques que les aliénés libérés peuvent exercer contre le médecin qui a contribué à leur internement. C'est ainsi que l’on a été obligé d'interner à nouveau un officier de marine qui, une fois sorti de l'asile, voulait tuer son ancien médecin. Il y a quelques années, à Troyes, un autre aliéné mit ses menaces à exécution et tua le médecin dont le certificat avait amené son jiuternement.
Il est un point sur lequel j'appelle toute votre attention. Vous êtes tenu, comme je vous l’ai dit, au secret professionnel, aussi bien que le Préfet, le médecin et le directeur de l'établissement d'aliénés. Cependant il arrive qu'un individu qui a été interné, possesseur d’une assurance sur la vie, se suicide. Vous savez que les compagnies d'assurance ne payent la prime, en cas de suicide, que s'il est démontré que la personne assurée s’est donnée la mort au cours d’une crise d’aliénation mentale. La famille aura recours à vous pour obtenir un certificat constatant que la personne qui s'est suicidée était atteinte d’aliénation mentale et qu’elle avait été internée. Vous ne devez rien dire, car la famille ne peut vous délier du secret qui n’était pas exclusivement le sien, mais qui était en même temps celui de la personne décédée. C’est à la famille à faire la preuve de l’aliénation et non à vous.
Dans un autre cas, si un délit est commis par un de vos clients, la justice peut vous demander des renseignements sur l'état mental de la personne inculpée. Dans ce cas éga-
not HE Ne à :/ dd
” lement, vous devez observer le secret médical et ne donner } aucun renseignement. Ge sont des affaires d'expertise médico-légale, dans lesquelles vous, médecin traitant, n'avez aucune opinion à émettre.
Enfin, comme médecin traitant, vous pouvez vous trouver mêlé à des affaires de testament excessivement délicates. Un malade atteint d'une affection cérébrale grave fait appeler un notaire et dicte un testament. Parmi les héritiers, quelques-uns, se trouvant lésés, attaquent la validité du testament, et disent que le malade était hors d'état de tester, n'étant pas compos sui. Les deux camps d’héritiers viennent alors demander au médecin un certificat. Les uns {. veulent qu'il affirme l'incapacité du malade, les autres 4 demandent l’inverse. Sollicité par les deux parties adverses, le médecin doit se récuser et conseiller de faire nommer, par le tribunal, un médecin expert qui fera une enquête, et pourra donner son avis sans violer le secret profes-
sionnel.
Ces cas sont fort ennuyeux pour le médecin; il faut qu'il se garde de laisser entrevoir sa pensée, car il pourrait fort bien se faire que le malade, malgré l’état de dépression dans lequel il l’a vu, ait pu faire un testament absolument valable.
‘ Vous soignez, par exemple, une personne atteinte de Ë sclérose généralisée; à votre visite, elle vous semble incapable d’un effort intellectuel quelconque, elle ne vous
. reconnait même pas. Le lendemain, vous retournez la voir, vous la trouvez dans le même état. Vous êtes fort étonné s quand vous apprenez que, entre vos deux visites, le malade à
demandé un notaire et, en présence de quatre témoins, a dicté son testament avec une lucidité d'esprit parfaite et a soutenu, avec les personnes présentes, une conversation d’une demi-heure ou d'une heure, sans avoir présenté la moindre défaillance intellectuelle. Vous pouvez penser que ce testament a été irrégulier, que la bonne foi du notaire et des témoins à pu être surprise. Il n'en est rien.
Vous ne sauriez croire l'effort qu'est capable de faire un moribond, surtout quand c'est un paysan äpre au gain, et qu'il s'agit du partage des deniers qu'il a accumulés ou de la terre qu'il a acquise grâce à des privations supportées pendant tout le cours de son existence ; il rappelle et concentre le reste de ses forces vers ce but unique, le partage de son bien, la chose à laquelle il tenait le plus sur terre. C’est pourquoi vous ne devez pas nier d'une facon absolue qu'un testament, une question d'argent, ait pu être résolue par un malade, quelque désespéré que vous ait paru son état.
Vous pourrez encore être consullé à l'effet de savoir si une personne atteinte d’aphasie était dans un élat mental suffisamment sain, pour faire comprendre sés volontés testamentaires. Certains aphasiques gardent longtemps leur intelligence à peu près intacte; d’autres ont une dépression cérébrale considérable; je ne puis que vous répéter ce que je vous disais tout à l'heure: quand il s’agit d'argent, le malade peut fort bien, concentrant toute son intelligence dans un effort dont on ne l’eût pas cru capable, partager son argent lui-même entre ses héritiers.
Enfin, avant de terminer ce que je voulais vous dire au sujet du médecin traitant, je tiens à vous mettre en garde contre un danger très fréquent.
Une personne semblant avoir la plénitude de ses facultés mentales se présente dans votre cabinet et vient vous demander, pour une raison quelconque, de lui délivrer un certificat constatant qu’elle n’est pas aliénée. Ne délivrez jamais un tel certificat, éconduisez votre client avec le plus de douceur possible, mais ne lui donnez aucune pièce. En
effet, que pourrez-vous certifier? Simplement ce que cette
personne vous dira; vous n'aurez donc aucune donnée pour faire votre diagnostic. Le plus souvent, la personne qui
viendra vous consulter dans ces conditions a déjà été dans.
une maison de santé, elle a un dossier dont votre certificat
serait destiné à contrebalancer l'effet; comme toutes celles qui ont passé un certain temps dans une maison de santé, elle sait parfaitement les points sur lesquels elle délire et sur lesquels il ne faut pas appeler votre attention. Une personne saine d'esprit, pourrait-on dire sans grande exagération, ne demande jamais qu’on certifie l'intégrité de son intelligence.