‹ l` exercice de la medecineChapitre 119 sur 188 · ET · texte numérisé non relu

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était fort impressionnable, se tua le lendemain, ne voulant pas survivre à sa disgrâce.

Ses deux frères entreprirent alors de réhabiliter sa mémoire et soumirent le cas au professeur Bergmann, en sa qualité de Président de la Société allemande de chirurgie. Celui-ci se prononça hautement en faveur de Seidel et condamna publiquement la conduite de ses assistants. Les frères du chirurgien n'hésitèrent pas alors à les accuser d'avoir causé la mort du professeur Seidel par leurs dénonciations inconsidérées.

Un procès s’ensuivit ; il vient de se terminer par un jugement en faveur des frères de Seidel, la Cour estimant qu'ils avaient justement agi, dans la défense du bon renom de leur frère.

La déposition de Bergmann contreles assistants de Seidel a été d’une extrême violence. Parlant des problèmes de l'asepsie et de l’antisepsie en chirurgie, il a déclaré qu'ils étaient encore loin d'être résolus, et que les chirurgiens les plus distingués variaient beaucoup d’opinion sur ce sujet. Il a cité à ce propos la discussion sur les « gants » soulevée au dernier Congrès dechirurgie, discussion qui montre qu'une seule et même méthode peut être proclamée à la fois un progrès et un danger, par des voix également autorisées. U est donc absurde, à son avis, de dénoncer un chirurgien comme coupable de n'avoir pas observé les règles de certaines pratiques modernes (1).

Certains modes de pansement ou d'intervention présentent des dangers spéciaux ; il en est ainsi de la ouatehydrophile et de l’éther, à cause de leur facile inflammabilité.

Il y a quelques années, un médecin du Havre fit une injection d’éther à un blessé, qu'ilse préparait à panser avec de la ouate hydrophile; par malheur, il oublia de boucher le flacon dans lequelil avait pris l'éther. Une lumière se trouvant placée à proximité, les vapeurs d’éther s’enflammèrent et

(1) Gazette des Hôpilaur, T juin 1898, no 64, p. 597.

communiquèrent le feu au pansement. Le blessé fut profondément brülé et mourut des suites de ces brülures.

Quand vous employez une substance aussi inflammable que l'éther, vous devez avoir soin de ne jamais vous placer à proximité d’une flamme, et, pour plus de prudence, je vous recommande de ne jamais laisser le flacon, qui, par un mouvement maladroit peut être brisé, dans la chambre où vous opérez.

Enfin, avant de passer aux opérations proprement dites, je vous dirai quelques mots de certaines applications externes qui peuvent produire chez quelques personnes, des accidents graves, alors que chez d’autres elles sont absolument inoffensives. Je vous citerai quelques faits sans commentaires.

Vous savez que, chez certaines personnes, un vésicatoire, destiné à produire une brûlure du deuxième degré, détermine des brûlures du troisième et même du quatrième degré, sans que rien, dans l'état de la personne malade, ait pu faire songer à une contre-indication formelle.

Il en est de même d’autres substances vésicantes.

Je fus commis avec M. le professeur Hayem dans les circonstances suivantes :

Le D'M... (de Sannois) soignait une dame atteinte d’une arthrite du genou droit, accompagnée d'un gonflement assez notable de l'articulation. Il lui ordonna le liniment suivant :

Hydrate derChloral eee 4/0 #0 | Chloroforme ..::..7 CE Te à 2? grammes.

pour faire des frictions matin et soir avec de la ouate.

La ouate fut imbibée du tiers environ du liniment et appliquée sur le genou. La douleur provoquée fut très vive et, au bout de cinq minutes, la malade retira la ouate. Cette application ne fut pas renouvelée.

Le lendemain, le D' M... constata l'existence d'une vésication et prescrivit de la vaseline boriquée. D'après la malade

la cicatrisation ne fut complèle qu'au bout de quatre mois et demi.

Quand le médecin présenta la note de ses honoraires, la malade refusa de payer et demanda reconventionnellement 175 francs de dommages-intérêts, invoquant une faute

ourde commise par son médecin.

Le D' M... nous a déclaré que, dans l’espace de six ou sept ans, il avait employé cette préparation plus de cent fois, sans avoir Jamais eu à déplorer le moindre accident, et nous pûmes vérifier son dire, par l’examen des livres des pharmaciens de la localité.

Dans ce cas particulier, il est certain que le liniment prescrit avait produit des effets beaucoup plus intenses qu'à l'ordinaire. Nous avons cherché quelle pouvait être la cause de cette susceptibilité anormale; nous avons trouvé que cette malade était atteinte d’une légère insuffisance mitrale, et qu'elle présentait, à certains moments, un peu d'æœdème des membres inférieurs. La circulation périphérique était donc gênée, et l’on peut attribuer à ce fait la possibilité d’une mortification plus facile.

Le médecin avait-il commis unefaute lourde? Assurément non. Un seul reproche pouvait être adressé au D' M...; il était regrettable, comme ce liniment est très actif, qu'il ne l'eût pas appliqué lui-même ou, au moins, qu'il n’ait pas formulé, d’une façon détaillée, toutes les précautions qu'il y avait à prendre.

Je vous conseille, quand vous prescrivez un médicament très actif de l'appliquer vous-même, et de surveiller les phénomènes qui se produiront.

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