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Sommeil hypnotique

Le sommeil hypnotique présente avec le sommeil produit par les anesthésiques quelques ressemblances, mais c'est surtout parce que certains actes criminels peuvent être commis, sans que la personne qui est endormie en garde le moindre souvenir, que la responsabilité du médecin se trouve engagée.

Ces cas sont rares ; le premier qui ait été signalé date de 1858.

Une jeune fille, âgée de dix-huit ans, se présente à la consultation d’un magnétiseur de Marseille, qui prétendait guérir Certaines maladies. Quelques mois plus tard, elle s'aperçut qu'elle était enceinte; elle porta plainte et le

(1) Maurice Perrin, Bulletins el mémoires de la Sociilé de chirurgie,

1875, p. 213 et 217.

(2) P. Brouardel, Asphyxie par les gaz, les vapeurs et les agents anes-

thésiques, 1896, p. 393.

commissaire de police commit MM. Coste et Broquier « à l'effet de constaler la grossesse et l'époque à laquelle elle pouvait remonter, et, en secondlieu, de répondre à la question de savoir si la jeune Marguerite A... avait pu être déflorée et rendue mère contrairement à sa volonté, c'està-dire si cette volonté avait pu être annihilée complètement ou en partie par l'effet du magnétisme ».

Les experts, s'appuyant sur le rapport de Husson, fait en 1831 à l'Académie de médecine, au nom d’une Commission composée de Double, Magendie, Guersant, Gueneau de Mussy, Husson, etc., conclurent affirmativement.

Afin de prendre toutes les garanties nécessaires, MM. Coste et Broquier demandèrent l'avis de Devergie, qui leur répondit :

Je crois qu’une fille de dix-huit ans peut, en thèse générale, avoir été déflorée et rendue mère, contrairement à sa volonté, dans le sommeil magnétique. Ceci est une affaire d'observation et de sentiment personnel. Mais, en dehors du sommeil magnétique, il y a tant de mensonges que je ne saurais aller plus loin. Le sommeil magnétique est fictif ou réel; fictif, en ce sens que toutes les personnes qui donnent des consultalions ou des représentations de magnétisme ne sont jamais endormies; réel, et alors tout rapport, tout sentiment de relation peut être interdit par le sommeil; la

sensibilité peut être émoussée, et même éteinte, partant la femme dans l'impossibilité de se défendre.

Tardieu se rangea absolument à l'avis de Devergie (1).

Tardieu cite un autre cas de viol, commis pendant le sommeil hypnolique, qui lui a été fourni par le D' Roux. Enfin lui-même fut appelé à donner son avis sur le cas d’une jeune fille qui s'était prétendue victime d'un médecin magnétiseur. Les affirmations de la plaignante lui semblèrent tellement invraisemblables qu’il conclut : que «ses déclarations élaient en désaccord formel avec les données les plus positives et les plus élémentaires de la science » (2).

(1) A.Tardieu, Étude médico-légale sur les atlentats aux mœurs. Paris, 1e édit., 1878, p. 90.

(2) A. Tardieu, Loc. cit., p. 98.

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Le 20 juillet 1879, je fus commis par le Président des assises de la Seine-Inférieure pour examiner le rapport de MM. les docteurs Levesque, Thierry et Cauchois, con- | cernant une affaire de viol imputé à un dentiste du nom de Lévy. L'affaire se présentait dans des conditions | vraiment extraordinaires : vous pourrez en juger par un rapide exposé des faits.

Pendant le cours de l’année 1879, un dentiste nommé Lévy vint à plusieurs reprises exercer sa profession à Rouen. C'était un fort bel homme ; il descendait dans l’un | des plus grands hôtels de la ville et sa venue était annoncée | par des affiches, des prospectus et des insertions dans les journaux de la localité.

Atlirés par ces réclames, les époux B.., dont la fille | souffrait des dents depuis plusieurs mois, se décidèrent à la faire soigner par ce dentiste, que l’on disait plus habile | que ses confrères de la ville.

Le 27 février, la dame B... se présenta, accompagnée de É sa fille âgée de vingt ans, à l'hôtel d'Angleterre ; Lévy lui F posa une série de questions sur sa santé générale, sur sa conduite habituelle, disant que, pour la sûreté de son traitement, il lui importait de savoir si elle était vierge ; pour s’en assurer, il la visita. Ce singulier dentiste conclut que la malade était anémique et qu'il fallait, d'après les expressions mêmes rapportées par la mère, amener une réaction du sang par les organes génitaux.

La chambre dans laquelle avait lieu la consultation avait 7 mètres de longueur et 4 ou 5 de largeur; elle était éclairée par une fenêtre placée à l’une des extrémités de la pièce ; en face se trouvait le fauteuil de l'opérateur et, à la paroi opposée, la cheminée.

Lévy pria la mère de s'asseoir près de la cheminée, puis fit placer la jeune fille sur le fauteuil, dont il avait au | préalable rabaltu le dossier. Il lui recommanda de relever | sa lèvre supérieure vers ses narines et de l’y maintenir à

l'aide du doigt. Au bout de quelques minutes, elle sentit P. Brouarpez. — Exercice de la méd. 29

qu’elle perdait connaissance. Les séances se succédèrent et la jeune fille n’apprit les actes auxquels Lévy s'était livré que parce qu'elle se trouva enceinte. Une plainte fut déposée et l'on crut que la jeune fille avait été endormie à l’aide d’un anesthésique.

Les experts démontrèrent qu'aucun anesthésique n'était capable de provoquer ainsi le sommeil sans agitation, et sans qu’ensuite la malade ail eu la conscience d’avoir été endormie. Au cours de l'examen, ils s'aperçurent que la jeune fille présentait des stigmates d’hystérie. C'est dans ces conditions que je fus commis.

Il est certain qu'en lisant ce récit, la première idée est de songer à la simulation, et vous savez que les hystériques sont passés maîtres en celte matière; cependant le doute n’était pas permis sur la réalité des actes commis, car l'inculpé, lors de la première confrontation dans le cabinet du juge d'instruction, avait fait cet aveu étonnant: « Oui, vous étiez pure, vous étiez vierge, vous avez cru dans votre naïveté que ce que je faisais était nécessaire au traitement et vous n’avez pas résisté. A celte heure, sauvez-moi; ayez pitié de ma femme et de mes enfants; de grâce, dites que je ne vous ai pas violée, dites que je ne vous ai pas endormie ; je vous donnerai tout ce que je possède. » Le doute n'élait pas permis ; restait à savoir si la jeune fille avait été consentante, ainsi que l’affirmait l'inculpé.

J'examinai la jeune fille et je pus me convaincre qu’elle présentait des symptômes évidents d’hystérie; j'essayai de l’endormir en lui fermant les paupières. Presque aussitôt, je sentis les globes oculaires agités de mouvements convulsifs, portés en haut et en dedans en strabisme convergent. La tête se renversa sur le dos du fauteuil, les bras tombèrent le long du corps; en moins d'une minute, elle était endormie. Une légère secousse suffit à la réveiller. Cetle épreuve, répétée deux fois, donna des résultats identiques.

Voyons comment les choses ont pu se passer. Je vous ai

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exposé le plan du cabinet du dentiste. Celui-ci faisait asseoir la mère près de la cheminée, puis rabattait le fauteuil, faisait coucher la fille. J'ai pu m'assurer, au cours de l'enquête, que, le fauteuil étant abaissé, le pubis d’une personne debout se trouvait à la hauteur du siège du fauteuil. L'opérateur se plaçait debout devant ce siège, entre les jambes de la jeune fille dont les pieds reposaient sur un rond élevé placé derrière lui, à la hauteur de son jarret : il se trouvait entièrement masqué.

Toutes les probabilités militaient en faveur de la plaignante; cependant, que pouvais-je conclure? Il m'était absolument impossible d'affirmer que l’état de sommeil provoqué, pendant lequel l'attentat supposé avait eu lieu, avait réellement existé. Ce que je pouvais direen m’appuyant sur l'autorité de Tardieu, Devergie, Lasègue (1), de Mathias Duval (2), c'est que ces catalepsies passagères peuvent se produire et que rien ne prouvait que les faits ne se soient pas passés ainsi que l’exposait la plaignante (3).

L'affaire vint devant la Cour d'assises de la Seine-I[nférieure, le 19 août 1878. Malgré la défense de M° Lachaud, Lévy fut condamné à dix ans de réclusion.

Quand les délais d'appel furent passés, le Président des assises fit demander à Lévy s’il était coupable de l'attentat pour lequel il avait été condamné. Celui-ci, dans une lettre qui, malheureusement, fut égarée par le Président après qu'il en eut pris connaissance, avouait que les choses s'étaient passées ainsi que j'avais dit qu'elles pouvaient s'être passées.

Enfin, Messieurs, en terminant cette question, je vous rappellerai que le sommeil hypnotique n’est pas exempt d’ac-

(1) Lasègue, De Panesthésie el de l'ulaxie hystériques (Arch. gén. de méd., 1864,t. IL, p.385). — Des catalepsies partielles et passagères {Arch. gén. de méd., 1865, t. IV, p. 385).

(2) Mathias Duval, Nouv. dict. de méd. el de chir. prat., t. XVIU, 1874 HypNorisMe, p. 123.

(3) P. Brouardel, Accusation de viol accompli pendant le sommeil hypnolique. Relalion médico-légale de luffaire Lévy, dentiste à Rouen. (Annales d'hyg. et de méd, lég., 1879, 3° série, t. T, p. 39).

cidents, surlout si les personnes qui veulent endormir ne eonnaissent que superfciellement les pratiques de l'hypnotisme. Je fus mêlé à une hisloire assez bizarre à propos de sommeil hypnotique.

Il y à quelque douze ans, au moment où le magnétisme jouissait d'une grande vogue, un homme du monde endormit un soir une dame auprès de laquelle il n'aurait pas dû se trouver, son mari étant absent. Au bout de quelque temps, il voulut la réveiller, mais cela lui fut impossible. Il passa toute la nuit à lui faire des frictions, des piqûres d’éther, sans arriver à un résultat. Enfin, il me fit chercher en toute hâte, car on attendait le mari d'un moment à l’autre.

J'entr'ouvris les yeux de la dame, je soufflai légèrement sur les globes oculaires, elle se réveilla et tout rentra dans ordre.

6. — Rapports entre les médecins traitants et les médecins des compagnies d'assurances.

Je ne veux pas revenir ici sur Ce que je vous ai dit à propos du secret médical, qui, dans aucun cas, ne doit être violé par le médecin traitant, même si un certificat est demandé par la compagnie, à la suite du décès d'un assuré (1). Je vous exposerai seulement un conflit survenu en 1886, entre diverses compagnies d'assurances el les médecins du Havre.

Au moment où la loi sur les syndicats fut votée, en 1884, les médecins du Havre constituèrent un syndicat. La première base de leur entente fut d'établir un tarif des visites de jour et de nuit et des opérations; entre autre chose, ils décidèrent que le prix des visites, pour les com-

pagnies d'assurances, fort nombreuses dans cette ville, serait

de vingt francs.

Les compagnies trouvèrent ce prix trop élevé, mais comme tous les médecins étaient syndiqués, elles s'entendi-

(1) Brouardel, La responsabilité mé'icale, 1895, p. 154.

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