I. — Pendant la grossesse
Vous savez, Messieurs, que l'erreur de diagnostic au cours des quatre premiers mois de la gestation est excessivement fréquente. Jusqu'à ce moment le médecin ne peut se baser que sur des signes fort incertains, tels que l’absence des règles, l'existence d’un souffle utérin, l’augmentation de volume du ventre et des seins, l'hypertrophie des tubercules de Monigomery, les modifications de l'intelligence, de la volonté, de l'appélit, les vomissements, etc. Tous ces signes, dits de probabilité, sont inconstants, et quand une cliente vient consuller un médecin dans cette période, lui demandant : « Suis-je enceinte ? » il ne peut que lui conseiller d'attendre quelques mois et lui donner de l'espoir.
Ce n’est pas dans ces cas que se pose la responsabilité du médecin, auquel nul ne peut reprocher de n'avoir pas établi un diagnostic précis sur des signes incertains.
Depuis vingt ou vingt-cinq ans, un grand nombre de médecins pensent qu'il est indipensable, au cours de certaines affections ulérines, de reconnaître si le col de l'utérus est perméable, si l'utérus est en antéversion ou en rétroversion; ils mesurent le degré de déviation à l'aide de l’hystéromètre.
C'est là une dangereuse pratique, car si la femme ést
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PENDANT LA GROSSESSE. o01 enceinte, l'introduction de ce corps étranger ne manque pas de provoquer un avortement, au sujet duquel le médecin peut êlre poursuivi. Dans deux cas qui me sont connus,
-il y eut un commencement d'enquête; je ne crois pas que,
jusqu'à ce jour, la question ait été posée devant les tribunaux; cependant je tiens à vous signaler ce danger.
A côté de l'introduction de l’hystéromètre, il faut placer les cautérisations du col à l’aide d’un caustique ou du fer rouge. À la suite d’une opération semblable, Jobert de Lamballe eut à déplorer un avortement de deux mois et demi.
Vous ne devez donc procéder à ces manœuvres que lors-
que vous avez acquis la certitude que l'utérus est vide.
Mais, Messieurs, le médecin peul être trompé. Une femme, ayant toutes les apparences de la bonne foi, se présente à votre consultation, elle se plaint de douleurs dans le ventre, de pesanteur, elle a de la leucorrhée et vous demande un traitement. Vous l'examinezet vous lui demandez si elle est bien réglée, si ses règles sont abondantes et quelle est la dale de sa dernière menstruation. Elle vous répond, sans hésitation, qu'elles viennent de se terminer quelques jours auparavant.
Méfiez-vous ! Il peut se faire que cette femme désire se faire avorter et vous ait choisi comme complice inconscient. Examinez votre cliente avec soin, mais sans introduire aucun instrument dans le col de l'utérus; dites-lui qu'il vous est impossible de faire actuellement un diagnostic précis, et que, pour vous éclairer, il vous est nécessaire de pratiquer un nouvel examen le dernier jour des règles prochaines.
Si elle est de bonne foi, elle viendra; vous pourrez vous renseigner complètement et instituer un traitement convenable, sans craindre de commettre un acte délictueux ; si au contraire elle est de mauvaise foi, elle comprendra et ne
se représentera plus chez vous.
D'autres erreurs fort graves peuvent être commises, même par les docteurs les plus autorisés.
Il y a quelques années, je reçus une lettre d'un médecin expert d’une ville du Midi, qui avait à résoudre quelques questions embarrassantes. Un officier de santé de son arrondissement, appelé auprès d’une femme de quarante-deux ans dont le ventre avait, depuis quelques mois, considérablement augmenté de volume,croitse trouver en présence d’une ascite, Il pratique une ponction qui lui donne 800 grammes de liquide. Le lendemain, cette femme, qui était enceinte,accouche de deux jumeaux, âgés de quatre mois et demienviron.
Le parquet demandait au médecin expert : si l’on devait considérer la ponction d’une asecite comme une grande opération, interdite à un officier de santé, et si l'intervention chirurgicale, ayant provoqué cet avortement, constituait une faule grave, pouvant donner lieu à des poursuites correctionnelles. L'expert me semblait pencher vers l'affirmative.
A mon avis, l'on ne pouvait affirmer la culpabilité de l'officier de santé sur aucun de ces deux points. La ponction de l’ascite, faite avec les précautions d'usage, est une opération relativement bénigne, qui n’a guère de chances d'entraîner des complications graves et qui peut même être répétée un grand nombre de fois sur le même sujet.
Quant à l'erreur de diagnostic, qui consistait à avoir pris une hydramnios pour une ascite, je pus rapporter à cet expert un cas dont je fus témoin au cours de mon internal. Moutard-Martin avait dans son service une femme présentant des signes d'ascite; trouvant quelques particularités anormales dans la marche de cette maladie, il demanda à deux de ses collègues, Aran, dont j'étais alors l’interne, et Jarjavay, chirurgien de l'hôpital, de vouloir bien l’examiner. Tous trois arrivèrent au même diagnostic. À la suite de cet examen fait par trois médecins dont la compétence ne pouvait être mise en doute, on pratiqua la ponction et on retira trois litres de liquide. Trente-six heures après, la femme mettait au monde deux jumeaux mort-nés.
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