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Messieurs, j'insiste sur cette question, parce qu'elle peut se présenter dans votre clientèle, et surtout parce que, lorsque le jeune médecin se trouve en présence d’une présentation de l'épaule, il peut manquer du sang-froid que Pajot recommandait aux accoucheurs. Lui aussi conseillait au médecin de se méfier de cette présentation, et dans son langage imagé, il disait à ses auditeurs: « Si vous êtes appelés auprès d'une femme en couches, et que vous trouviez à votre arrivée une main à la vulve, prenez garde, c’est un enfant qui vous demande une rente viagère. »
Je désire dire quelques mots de la craniotomie et de la céphalotripsie; je n’y insisterai pas longuement, car je ne voudrais pas, dans cette enceinte, réveiller des querelles récentes, qui peuvent n'être pas complètement éteintes {1).
La craniotomie est une opération délicate, pendant laquelle l’accoucheur peut faire des lésions graves, surtout s'il est contraint de la pratiquer extemporanément, sans l'instrumentation nécessaire. À l’hôpital, où l’accoucheur a des aides habitués aux opérations et les instruments appropriés, les accidents sont peu fréquents; mais il n’en est pas de même en clientèle, et l'on peut citer plusieurs cas de perforation de la vessie ou du rectum survenus dans de telles conditions.
Dans l'affaire Laporte, il s'agissait d’un accident opératoire; c’est ce que M. Maygrier a bien mis en lumière dans son rapport. La craniotomie élait indiquée, puisque l'extraction de l'enfant n’avait pu se faire par le forceps; le seul fait qui pouvait être reproché au médecin, c'était de ne l'avoir pas pratiquée avec toute l’habileté désirable. Du reste, à l'audience, le D' Maygrier a précisé ce qu'il faut entendre par les mots habileté désirable; il à diten se
résumant :
« Il y a lieu de tenir compte : 1° des conditions absolument déplorables de milieu, d'entourage, d'assistance et
(1) Socquet et Maygrier, Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., 1898, 3e série, t. XXXIX, p. 438 et 455.
P. BrouARDEL, — Exercice de la méd, 26
d'aide matérielle dans lesquelles, appelé déjà trop tardivement, Laporte a eu à intervenir, seul, livré à lui-même au milieu de la nuit;
« 2 De son inexpérience en matière de craniotomie, car il pratiquait cette opération pour la première fois et était cependant impérieusement obligé de la faire, puisqu'elle constiluait la seule chance de salut de la parturiente;
« 3° De l’instrumentation défectueuse qu’il a eue à sa disposition et telle que des accidents opératoires pouvaient être à redouter, même entre des mains plus expérimentées. »
Je vous l'ai déjà dit, il est impossible de demander au médecin d’être un spécialiste dans toutes les branches de l’art médical ; un accident peut arriver à tout le monde au cours d’une opération.
Quand le médecin est obligé d'intervenir pendant un accouchement, dans des circonstances aussi défectueuses que celles où opérait le D' Laporte, l’un des points principaux est de garder un sang-froid absolu; les personnes de l’entourage, parents ou voisins, sont fort émus, et si le médecin prononce des paroles malheureuses, telles que celles qu’on apporta au cours du procès : « Je ne sais plus que faire. Je suis au bout de mon rouleau... », les assistants s’affolent et pensent aussitôt, si un accident survient, qu'il doit reconnaître comme unique cause la maladresse ou le manque de savoir de l'opérateur.
D'autres accidents, tels que des ruptures du périnée, peuvent se produire; je fus commis, en 1882, avec Depaul et Léon Lefort, dans les circonstances suivantes :
Le D' Lagoguey fut appelé à minuit auprès d’une dame D... ; il trouva le travail commencé, la poche des eaux rompue et une dilatation du col grande comme une pièce de deux francs ; les douleurs furent normales, mais lorsque la tête se présenta au détroit inférieur, elle fut arrêtée par la résistance des muscles du périnée.
Le D' Lagoguey appliqua le forceps, en présence et avec
rat
l’aide de M. D... Au moment de l'extraction de l'enfant, le périnée se rompit. L'enfant présentait une écorchure du front, qui devint le point de départ d’un érysipèle de la face auquel il succomba en quatre jours.
La rupture du périnée intéressait le sphincter de l'anus tout entier, à l'exception de quelques fibres profondes, de sorte que l'anus ne retenait plus les matières fécales.
Le lendemain, le D' Lagoguey ful pris d'une amygdalite qui l’obligea à garder la chambre, et l’un de ses confrères, le D' B.., se rendit auprès de l’accouchée.
Pour guérir la déchirure du périnée, celui-ci pratiqua des sutures. Celles-ci ne tinrent pas; cet insuccès aurait été causé, d’après M. D.., par l'administration intempeslive d’une purgation d'huile de ricin, suivie de l'irruption de matières fécales entre les surfaces d’affrontement. Les médecins affirmèrent n'avoir jamais ordonné de
purgation.
Quelques jours après, le D' Lagoguey, remis de son indisposition, se rendit auprès de l’accouchée, mais le mari de celle-ci refusa de le recevoir.
Un autre médecin, le D' M..., fut appelé deux jours après, constata que les surfaces de la plaie périnéale affrontée ne s'étaient pas réunies et étaient souillées par des matières fécales. Il donna les soins de propreté nécessaires, et, un mois après, il pratiqua la périnéorraphie, qui réussit parfaitement; et lors de notre examen, nous trouvâmes l'anus bien conformé, retenant parfaitement les gaz et les malières fécales.
Le juge nous posa un certain nombre de questions. Nous répondimes : Que chez une primipare, l'accouchement étant arrêté par la résistance du périnée, on est parfois obligé d'employer le forceps ; que, le mari ayant été prévenu, puisqu'il avail servi d'aide, l'application du forceps n'avait pas eu lieu par surprise; et, enfin, que la rupture périnéale est un accident fréquent dans les applications du forceps au détroit inférieur.
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La rupture périnéale ne pouvait donc être en rien impulée au D' Lagoguey, attendu que cet accident, aussi bien que l'écorchure du front de l'enfant par la cuiller du forcepssont des lésions que les plus grandes précautions, prises par les accoucheurs les plus habiles, ne permettent pas toujours d'éviter.
L'affaire se termina par un non-lieu.
Il existe d’autres cas dans lesquels il y a une faute grossière du médecin, et non plus un accident opératoire, ou une erreur de diagnostic. La faute peut provenir de l’état dans lequel se trouvait le praticien au moment de son intervention; par exemple s'il opère en état d'ivresse.
Le D' Toulmouche cite le cas suivant au sujet duquel il fut commis avec le D' Guyot (1).
Un sieur 0..., officier de santé, fut poursuivi sous inculpation d’homicide par imprudence dans les circonstances suivantes :
Le 12 février 1850, au dire des témoins, la femme M... était accouchée au bourg de G..., dans des conditions malheureuses. Le sieur M..…, officier de santé, appelé auprès de la malade, avait reconnu que l'accouchement se présentait mal et avait réclamé l'assistance d’un confrère. Le mari avait alors demandé le sieur O..., qui se trouvait en ce moment au café, dans un état voisin de l'ivresse. Comme il ne vivait point en bonne intelligence avec son confrère M..., il refusa d'abord de se rendre près dela malade; puis, sollicité de nouveau par le mari, il consentit enfin à prêter son concours, à la condition, dit-il, que M... f... le camp. En effet, à son arrivée, son confrère cessa de tenter l'accouchement. Après des essais multipliés et infructueux, 0... employa inutilement le forceps d’abord, puis un crochet, et enfin, avec la main, il arracha les intestins de la
(1) Toulmouche, Accusation d'homicide par imprudence par suile d'un arcouchement accompagné de la déchirure du vagin et de l’arrachement des intestins (Ann. d’hyg. publ. el de méd. lég., 1857, ?° série, t. VIH, p. 186).