‹ l` exercice de la medecineChapitre 136 sur 188 · CAT · texte numérisé non relu

CAT

1° La source de la contagion.

2° D'une facon très nette l'absence ou les imperfections de la désinfection.

3° Qu'il ne peut s'être agi d'aucune autre cause de mort que la fièvre puerpérale.

Si l’un de ces trois points fait défaut ou n’est pas nettement démontré, la preuve absolue n'existe pas.

Il y a quelques années, une sage-femme fort instruite s'établit dans une ville, près de la frontière d'Italie. Dès son arrivée, on constata une fréquence inusitée de cas de mort, à la suite de fièvre puerpérale. On ne savait à quoi attribuer ces infections, car celte sage-femme employait tous les moyens prophylactiques nécessaires, quand un médecin, venu par hasard dans le pays, s'aperçut qu’elle était atteinte d'ozène.

Le maire de cette ville m'écrivit pour me demander ce qu'il devait faire et s'il avait le droit de lui interdire l'exercice de sa profession. Je lui répondis qu'il ne pouvait prendre un arrêté semblable, qui serait considéré par le Conseil d’État comme un abus de pouvoir. Malgré cet avis, il m'écrivit que, soucieux de la santé de ses administrés, il allait prier la sage-femme de cesser d’exercer son art. J’ignore quelles furent les suites de cette interdiction.

Je vous citerai un autre cas à rapprocher du précédent. Un docteur accouche une femme; au bout de quelques jours, elle meurt de péritonite. Le mari demande au médecin 20 000 francs de dommages-intérêts, sous le prétexte que la mort de sa femme devait lui être imputée, parce que, affirmait-il, la délivrance avait été incomplète.

L'autopsie eut lieu trois semaines environ après la mort. Les experts trouvèrent des traces évidentes de péritonite ; à l’intérieur de l'utérus, il y avait une certaine quantité de matières dont la décomposition était tellement avancée qu'il leur futimpossible d'arriver à reconnaitre s’ils se trouvaient en présence de débris placentaires putréfiés ou si,

au contraire, cette masse n'était pas formée par les parois mêmes de l'utérus. Le médecin fut acquitté.

Depuis une quinzaine d'années, j'ai été plusieurs fois commis à l’occasion de poursuites engagées par suite d'appréciations fâcheuses faites par des médecins amis de la famille, au sujet d'une médication, d’une opération ou d’un accouchement.

Le 14 septembre 188., une dame T..… fut prise des douleurs de l'accouchement ; son mari alla aussitôt chercher le D' D... ; après examen de la malade, voyant que tout allait normalement, le médecin s’absenta à plusieurs reprises, déjeuna avec le mari, puis, à partir de six heures du soir, il resta constamment au chevet de la parturiente; il était accompagné d'une sage-femme.

A dix heures du soir, le D' D... appliqua le forceps. L'opération réussit parfaitement, l'enfant fut lavé et habillé, pendant que le médecin pratiquait la délivrance.

Le 15, tout alla bien et l’accoucheur fit deux visites à la malade. Le soir du même jour, le D' L..., ami de la famille, ignorant l'accouchement, se présenta chez M. T..., examina la femme. Il constata qu’elle n’avait pas eu de frissons, mais trouva que la malade avait un peu de fièvre et que l'odeur des lochies était un peu forte. Apprenant que son confrère n'avait pas prescrit d'injections, il dit au mari: « Mais votre médecin est un âne », et ordonna de faire à la nouvelle accouchée des injections phéniquées.

Le lendemain, 16 septembre, quand le D' D... se présenta au domicile de la malade, il fut éconduit par le mari. Ce jour-là même, c'est-à dire trois jours après l'accouchement, le D' L... examina Mme T... au spéculum; il continua à voir la malade pendant six jours, puis elle fut confiée à un nouveau médecin, le D' B...

Le 24 septembre, éclatèrent des accidents violents, accompagnés de frissons et de fièvre. M. le D' Dreyfus-Brissac fut appelé en consultation, et l'on diagnostiqua un adénophlegmon du ligament large droit.

node,

Après avoir été brusquement congédié par le mari de sa cliente, le D' D... fit présenter la note de ses honoraires, que M. T... refusa de payer. Le médecin intenta des poursuites contre lui. Celui-ci demanda reconventionnellement une indemnité, prétendant que les soins donnés à sa femme avaient été insuffisants et avaient occasionné une maladie extrêmement grave.

Le 22 octobre, je fus commis avec le professeur Tarnier pour examiner la malade.

Dans les déclarations de M. T..., dans les notes fournies par nos confrères, dans le procès-verbal de la consultation, il nous fut impossible de trouver aucun fait témoignant que, par maladresse, impéritie ou négligence, ie D'D... avait compromis la vie de sa cliente, celle de son enfant, ni que les accidents survenus ultérieurement pussent lui être imputés.

Une seule personne avait commis une faule grave: c'était le D' L... qui avait diffamé son confrère. Lors de l'examen de la malade, qui fut pratiqué en présence du mari et de ce docteur, le professeur Tarnier, dont vous avez pu connaîlre et apprécier la grande honnêteté professionnelle, prit le D' L... à part, lui montra, en termes très vifs et à coup sûr fort mérités, l’indélicatesse qu'il avait commise; je vous assure que cet entretien peut compter parmi les moments les plus désagréables de l'existence de ce médecin.

Le mari, qui était présent, comprit la faute commise par le D'L..., retira sa plainte et solda les honoraires.

Ce médecin, ainsi que je vous l'ai dil dans mon cours de

l’année dernière, avait eu le grand tort de critiquer une

opération à laquelle il n'avait pas assisté. Le bavardage est un défaut beaucoup trop fréquent chez les médecins, qui ne songent pas assez au discrédit qu'ils jettent sur la corporation médicale tout entière el sur eux-mêmes, quand, au milieu d'une réunion d'amis, ils parlent de leurs confrères en termes désobligeants.

J'espère que cette anecdote vous rappellera, en toute occasion les sentiments de bonne confraternité qui doivent unir

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