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TRAITEMENT RATIONNEL

Rue... Paris.

4° Prendre matin et soir une cuillerée à bouche de Rob dépuratif et 4 capsules anliblennorragiques ;

2° Avant chaque repas, prendre 4 pilules balsamiques; après les repas, prendre 35 gouttes diurétiques dans 1/2 verre d’eau;

3° Faire matin et soir une injection spéciale n° 1. La garder cinq minutes dans le canal de l’urètre;

4° Faire baigner la verge deux fois par jour dans un verre d’eau additionnée de deux cuillerées à bouche d’eau anticontagieuse pendant dix minutes:

5° Frictions avec la pommade résolutive matin et soir sur l’adénile ;

6° Prendre un grand bain tous les deux jours.

Régime. — Pas de liqueurs alcooliques ni bière.

Muni de cette ordonnance, le malade se rendit chez le pharmacien indiqué, qui lui demanda 21 francs. Il refusa de prendre les médicaments, et se rendit chez un autre pharmacien, qui ne put exécuter une ordonnance aussi bizarrement libellée.

Cet Américain m'écrivit pensant que, comme Doyen, je pouvais intervenir dans la manière dont un médecin exerce son art; c'est là une idée assez répandue dans le public, qui s'imagine, je ne sais pourquoi, que les docteurs d'une Faculté restent toujours sous l'autorité du Doyen, même après qu'ils ont recu leur diplôme.

Une autre variété de médecins charlatans sont ceux qui prescrivent des médications destinées à frapper l’imaginalion des malades par leur étrangeté. Ils peuvent obtenir de bons résultats dans le cas de maladies nerveuses et parti-

culièrement dans l'hystérie; c’est du reste de la même façon que se produisent les miraculeuses guérisons de Lourdes ou de la Salette.

Le D’ Potain m'a communiqué une ordonnance qui lui a été montrée chez une personne auprès de laquelle il avait été appelé en consultation. Elle est ainsi conçue :

Urine d’un enfant de six ans, une cuillerée à bouche trois fois par jour.

Un autre médecin, le D" G.…., ordonnait à un malade de dormir dans une écurie, attaché à l’aide d’une corde; ce même médecin prescrivit à une personne atteinte de cancer de l’estomac de vivre continuellement sur un bateau à vapeur, qui devait descendre et remonter le Rhône entre Lyon et Avignon. En même temps, il lui était ordonné de faire jouer de la musique pendant ses repas et de manger en mesure.

Il y a longtemps déjà, je soignais avec Gosselin une jeune fille de dix-huit ans, atteinte d’une inflammation de la tête du fémur. Sous l'influence du repos au lit, l’état de l’articulation coxo-fémorale s’améliora, mais à mesure que les phénomènes d'inflammation diminuaient, les symptômes de coxalgie augmentaient. Cette jeune fille était devenue hystérique et ne présentait plus que de la contracture due à cet état nerveux spécial. Je prévins un parent que cette malade était appelée à guérir subitement, à la suite d’une émotion vive, à condition toutefois que ni elle ni sa mère ne fussent prévenues.

Un matin, je me présentai au domicile de cette personne, et je fus recu par la femme de chambre, qui ne put retenir un sourire railleur. J'étais fixé, la guérison était obtenue. J'entrai dans la chambre et je vis sur une table une feuille de papier et une plume prêtes, afin que je fisse un certificat constatant la guérison. J'appris alors que, la nuit précédente, on avait placé dans le lit de cette jeune fille les ossements d’un ecclésiastique qui avait été fusillé pendant la Commune.

Je voulus bien faire le certificat, sur lequel je notai qu'ainsi

que j'en avais prévenu l'oncle de la jeune fille, à la suite de l'émotion vive causée par le contact d’ossements humains, la contracture avait cessé. Je n'ai pas besoin de dire que ce certificat ne donna pas entière salisfaction à mes clients.

Ces cas de médications étranges ne sont pas rares, et, ce qui est plus étonnant, c'est que les malades les exécutent scrupuleusement. J’ajouterai que ce n’est pas seulement dans les classes pauvres, mais aussi parmi les personnes qui ont reçu l'éducation la plus soignée, que se recrutent les meilleurs clients de ces charlatans, qui abusent de leur crédulité vraiment inconcevable.

Enfin, une variété de charlatanisme très répandue est celle qui consiste à donner aux malades des consultations par correspondance. Il n'est pas question des malades que le médecin traite habituellement, mais de ceux, inconnus de lui, qui lui indiquent, par lettre, les divers symptômes qu’ils ressentent et demandent une médication appropriée.

Il y a quelques jours, je reçus une lettre de ce genre qui m'élait adressée par un instituteur de Corse, dont le fils est phtisique. Cette lettre n’était d’un bout à l’autre qu'un cri de douleur. Que pouvais-je faire et que devez-vous faire dans un cas analogue ? Il faut répondre, c’est une question d'humanité. Vous pouvez donner quelques conseils généraux, mais vous devez en même temps prévenir votre correspondant qu'il vous est impossible de traiter un malade saus l’avoir vu et lui conseiller de faire appeler un médecin.

Le traitement par correspondance se pratique surtout en province. Un malade de Béziers m'écrivait, en 1892, pour se plaindre à moi des agissements d'un médecin qui faisait de la réclame à la quatrième page du Petit Méridional, journal publié à Montpellier.

Ce D' de R..., qui donnait à Paris des consultations en son hôtel, rue M..., faisait suivre son nom d’une mullitude de litres : il était professeur libre de pathologie générale de la Faculté de Paris, ancien interne des hôpitaux, ancien

rage

CHARLATANISME MÉDICAL, ATS

médecin chef des hôpitaux militaires, spécialiste, membre de l'Académie nationale de la Société des anciens officièrs membres de la Légion d'honneur, grand officier de l'ordre du Mérite littéraire, scientifique et artistique de France, officier de la légation militaire de Saint-Maurice, etc.

Ébloui par cette multiplicité de titres, ce malade peu forluné, puisqu'il ne gagnait que 83 francs par mois, écrivit au D' de R..., qui lui adressa un petit opuscule, lui recommandant de répondre au questionnaire qui y était contenu. Il étail ainsi conçu :

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