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Un autre exemple est donné par la mauvaise pratique de la vaccination en Bretagne. Dans l'arrondissement de Ponüvy, qui compte 110000 habitants, on constata en 1888-1889, 1034 décès causés par la variole; à Douarnenez, en 1887 et 1888, sur une population de 10993 habitants, 844, soit 77 p. 1000, succombèrent à cette même maladie.
Quelles sont les mesures que nous devons prendre pour faire disparaitre cette cause de mortalité? Messieurs, rien n'est plus simple : il suffit de rendre la vaccination obligatoire. Actuellement la variole est en décroissance, parce que, si la vaccine n’est pas encore obligatoire, on exige que les enfants reçus dans les écoles de l’enseignement primaire el secondaire soient vaccinés; au moment de l’incorporation, on vaccine les conscrits ; on vaccine les réservistes, les territoriaux. Dans l'armée, cette mesure prophylactique a donné les meilleurs résultats. En 1876, la mortalité par la variole était encore de 127; en 1893 elle était descendue à 3. Voilà les résultats que l’on peut obtenir, mais ils sont insuffisants, car une grande partie de la population, notamment les femmes, échappe à la revaccination.
Quand, en Angleterre, la loi rendit la vaccination obligatoire, on vit de tous côtés se fonder des ligues antivaccinales, qui prétendaient qu'imposer la vaccine aux citoyens était un attentat contre la liberté individuelle. Savez-vous, Messieurs, comment les Anglais s’y prennent pour éviter la propagation des maladies infectieuses : rougeole, scarlatine, variole ? Ils isolent rigoureusement leurs malades. Je vous rapporterai, à ce sujet, la mésaventure d’un médecin des hôpitaux de Paris, qui, s'étant marié, eut la malencontreuse idée d'aller faire son voyage de noces en Angleterre; à Edimbourg, sa jeune femme fut prise de la fièvre scarlatine. Ce cas de maladie infectieuse fut bientôt connu de l’autorité municipale, qui vint chercher la malade pour la transporter à l'hôpital des contagieux. Malgré les protestations de notre confrère, sa femme fut isolée, et ce n’est qu'après bien des démarches qu’on l'autorisa à s'interner en même
temps qu’elle pendant six semaines. Ainsi se passa leur voyage de noces.
Les Anglais, vous le voyez, considèrent comme moins attentatoire à la liberté individuelle une séquestration de six semaines, que l'obligation de se faire pratiquer trois piqüres au bras trois ou quatre fois au cours de la vie.
Quoi qu'ilen soit, Messieurs, je pense que les mesures restrictives ne feront rien pour la disparition de la variole; la vaccination et la revaccination seules peuvent amener, non seulement la diminution, mais la disparition de cette redoutable affection; c’est à elles que nous devons avoir recours, si nous voulons épargner le tribut de 12 000 existences, que nous payons annuellement à cette maladie évitable.
D. — DiPpaTÉRIE.
Examinons une autre maladie, que je suis très heureux de pouvoir maintenant ranger au nombre de celles qui sont évitables, je veux parler de la diphtérie.
Avant la découverte du sérum de Behring et de Roux, la diphtérie faisait chaque année, en France, 10 000 victimes, A ce moment déjà, à Paris, l’on s'était occupé des moyens prophylactiques : isolement dans les hôpitaux, désinfection, et le nombre des cas avait diminué dans une notable proportion.
Les germes de la diphtérie, vous le savez, sont très tenaces; un jouet manié par un enfant diphtéritique, puis enfermé dans une armoire pendant un an, contient encore des germes virulents. Quand nous avons parlé de la désinfection pour cette maladie, on nous a objecté, et l’on nous a démontré par des cultures, que, dans des linges souillés, puis désinfectés, on pouvait retrouver des microbes de Leæffler qui, cultivés, étaient capables de récupérer toute leur virulence. Cela est exact, mais vous avez déjà dû vous en apercevoir, Messieurs; en médecine, il n’est pas de panacée universelle, les médicaments les meilleurs, ceux que nous
manions avec le plus de confiance, nous donnent parfois des insuccès,; le sulfate de quinine, que l'on peut à juste titre regarder comme l’antidote de la malaria, n’est pas suffisant, dans certains cas, pour couper un accès de fièvre palustre. Il ne faut pas demander à une méthode d’être absolument bonne dans tous les cas; la désinfection ne tue pas tous les germes, je l'avoue, mais elle en fait disparaître 90 ou 95 sur 100, et je vous assure que ce résullat est encore fort appréciable, puisque, au lieu de 100 germes disséminés, il n’y en a plus que 5; les chances de transmission ont diminué d'autant.
Le feu seul pourrait détruire absolument tous les germes pathogènes, mais il n’est guère possible de l'employer comme moyen de prophylaxie. Cela m'est pourtant arrivé une fois. Au cours de l'épidémie de choléra de 1884, je me rendis à la Villette avec M. Camescasse, qui était alors Préfet de police, pour voir dans quelles conditions un homme était mort du choléra. Nous arrivâmes dans une sorle de hutte, construite à l’aide de quatre piquets de bois qui soutenaient du papier goudronné, formant toit. L'intérieur contenait un monceau de chiffons, sur lequel le cadavre était étendu, et une commode qui n'avait plus que trois pieds. Il était impossible de pratiquer la désinfection. M. Camescasse demanda à la femme qui nous avait reçus à combien elle eslimait son habitation, contenant et contenu; elle lui répondit que dix francs la dédommageraient complètement. On lui en donna vingt, puis, après avoir fait enlever le cadavre, en dépit de la loi, cette trisle demeure fut incendiée. Messieurs, la méthode curative instituée par Behring et Roux a fait baisser le nombre des décès dus à la diphtérie, mais, en même temps, elle a fortement aidé à la prophylaxie de cette affection en diminuant considérablement le nombre de germes fournis par chaque malade.
Voici, du reste, la statistique de M. le D' Martin, collaborateur de Roux, qui donne les chiffres suivants pour Paris depuis 1890 :
Moyenne des décès de 1890 à 1894............ 1008 Décestenml895 ere. ccm OA D SE 423 = T8D6 ee. mr eretise S'randc re 454 — Enr oe ito0 db C0 bic D 303
Le bureau d'hygiène au Ministère de l’intérieur, par les travaux duquel est établie chaque année la statistique sanitaire des villes de France et d'Algérie, a groupé dans un travail d'ensemble le nombre des décès par diphtérie constatés depuis 1888 jusqu’en 1896 par les villes de France de plus de 20 000 habitants.
Cette étude, qui porte sur une population de 8 millious d'individus, a donné les résultats suivants :
Années. Décès. Moyenne annuelle.
18881400. ete : 4948 412 LS are ee 4952 412?
IR duenent ess 4901 408 MÉTRO. 0 4611 384 SOLE enr ee 44922 368 L'MSe eee elec 4461 312 LS MANN ent EL 3 330 211 LIST ELA en 1565 130 SIG re mehr 1510 126
Ces statistiques sont rassurantes, on peut affirmer qu'elles deviendront encore plus favorables. Grâce aux mesures prophylactiques et à l'injection du sérum, la mortalité de 1897 a été le tiers de celle de 1894, mais il faut remarquer que les résultats curatifs de la diphtérie par le sérum sont différents, suivant l'expérience de l’opérateur; c'est ainsi que, dans la clientèle des médecins, en ville, la moyenne des morts, sur 100 cas observés, est tombée de 49 à 16, alors que, dans les hôpitaux, dont la clientèle est cependant composée de sujets en état de santé générale moins bonne, elle est seulement de 10 à 11.
Ce que je vous disais, dans une précédente leçon, sur le licenciement des écoles est vrai pour la diphtérie, encore plus que pour toute autre maladie microbienne. Aucune autre affection de cette nalure n’est aussi susceptible de se transmeltre à distance, même si l'individu qui transporte la