ABANDON DU MALADE
teurs de Moulins. Un jeune homme, au cours d'une légère épidémie de scarlatine, fut pris de symptômes alarmants semblant marquer le début d’une fièvre typhoïde grave. A l'École normale, il n'existait pas d’infirmerie, ou, du moins, dans la pièce à laquelle on donnait ce nom, il était impossible de placer des malades, surtout s'ils étaient atteints d'affections contagieuses. Cette pièce formait, en effet, une sorte d'antichambre à d’autres salles dans lesquelles étaient faits des cours. Les malades de l'école devaient donc aussitôt être évacués à l'hôpital, qui, assez. mal installé, ne contient qu’une seule chambre d’isolement généralement occupée par un galeux. Dans ces conditions, le troisième jour de la maladie, le directeur écrivit au père de l'élève qu'il lui renvoyait son fils, ne pouvant, dans son établissement, lui donner les soins que nécessitait son état.
Le jeune homme s’habille seul, descend sans aide du dortoir dans la cour où il monte dans une voiture fermée qui le conduit à la gare. Il est placé dans un wagon, accompagné d’une personne de l’administration, à laquelle on avait remis un flacon d’éther, pour le cas où le malade aurait eu des défaillances au cours du voyage. Une demi-heure après, il meurt subitement, sans agitation, sans qu’un changement quelconque dans son état ait pu faire prévoir une terminaison si rapide.
Commis par le Ministre de l'instruction publique à l'effet de faire une enquête administrative sur les faits que je vrens de vous rapporter, je me rendis à Moulins, et je pus constater de visu l’état défectueux de l’infirmerie et de l'hôpital. Ayant interrogé les personnes qui avaient approché le jeune homme au cours de sa maladie, je pus me convaincre qu'aucune faute grave n'avait été commise, aussi bien par le directeur, qui avait surveillé et fait accompagner le malade, que par le médecin qui l'avait examiné.
En effet, si le malade était atteint de fièvre typhoïde, rien ne pouvait faire prévoir au médecin la possibilité d'une mort subile, qui ne se produit en général que vers le dix-sep-
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tième jour de la maladie, et le plus souvent à un âge plus avancé que celui du malade en question.
Comme il avait régné à Moulins une légère épidémie de scarlatine, on pouvait penser que le médecin avait fait une erreur de diagnostic. Mais, même en supposant que cette erreur eût été faite, et que le jeune homme eût été atteint d'une fièvre scarlatine frustre ayant évolué anormalement, rien encore n'était susceptible d'engager la responsabililé du médecin, car la mort subite, survenant ‘dans ces conditions, est extrêmement rare et dépasse la limite des prévisions.
L'affaire n'eut pas de suites, surtout, je crois, parce que le directeur avait eu soin de faire accompagner le malade, au cours de son voyage, par une personne attachée à l’établissement.
Messieurs, je ne saurais trop vous mettre en garde contre celte tendance qu'ont les directeurs de certains établissements d'éducation, aussi bien que les hôteliers ou les particuliers, à se débarrasser des personnes tombant malades dans leurs maisons, par erainte du tort que leur mort peut leur faire subir ou du danger de contagion. Une fois sûr de votre diagnostic, si le malade est gravement atteint, opposez-vous à son transport; si la maladie est peu grave, exigez loujours que le malade soit accompagné, vous éviterez par là, outre les poursuités judiciaires, de graves ennuis qui ont amené l'un de nos confrères de province à m'adresser la lettre suivante :
Monsieur le Professeur,
Auriez-vous la bouté de me donner votre avis sur un fait de responsabilité médicale qui m'intéresse personnellement, mais qui intéresse aussi tout le corps médical.
Le jeudi 20 novembre, je suis appelé dans un château voisin pour la domestique de Mne X .… Cette fille prétend qu'elle n'avait pas la fièvre la veille; les renseignements postérieurs ont montré qu'elle souffrait de la têle depuis huit jours, mais elle n’en avait rien dit. A l'examen, ce jour-là, je trouve le pouls à 120, le ventre