ABANDON DU MALADE. ANT
ballonné, du gargouillement, la langue rouge, un peu de stupeur.
Je préviens de suite la maitresse de la maison que nous nous trouvions en face d'une fièvre typhoïde grave; cette dame, ne voulant pas la garder chez elle, car la chambre de la malade était contiguë à la sienne, me déclara qu’elle allait envoyer de suite un télégramme aux parents de sa domestique, afin qu'ils vinssent la chercher.
Vendredi 21 novembre. — Plus d'abattement que la veille, température axillaire : 39°,5. Le père, arrivé la veille, ne se soucie pas d'emmener sa fille; je lui explique qu'il faut se procurer un wagonlit, et je vais avec lui à la gare pour donner des explications au chef de station. Mme X... signifie au père qu'elle ne veut pas garder sa fille, qu'il faut ou qu’il l'emmène, ou qu’il se procure une maison dans le village.
Le soir, je revois la malade, la température est à 41°, elle comprend bien ce qu’on lui dit, mais ne répond que par signes.
Samedi 22 novembre, 8 heures du matin. — Même état que la veille au soir; il y à eu un peu d’agitation la nuit, le cœur a encore une certaine énergie; je déclare, devant les personnes présentes, que, si la fièvre ne diminue pas, la malade ne peut vivre plus de deux ou trois jours, mais que je ne vois pas d’inconvénient à la transporter par chemin de fer, couchée dans un lit, surtout parce que le chemin de fer aboutit directement chez ses parents. Le trajet est de quatre heures et demie, dont deux heures d'arrêt à T..., pendant lesquelles elle n’aura pas à quiller son compartiment, le wagon étant loué jusqu’à domicile.
On l’embarque à 10 heures par une température de 41 à 12e, aussi chaude que celle de sa chambre, et elle meurt à midi, en gare de T... Émotion à la gare, la justice s’en mêle et ordonne l'autopsie.
Voici la conclusion du rapport : « Atteinte de fièvre typhoïde, environ à la fin du second septénaire, morte probablement de syncope, ce qui arrive quelquefois dans cette maladie. »
Sur ces entrefaites, on voit dans les journaux une note dénonçant la sauvagerie de Mme X..., le médecin s’y trouve naturel lement mêlé. Le parquet ordonne une enquête et, aujourd’hui, je recois une citation à comparaître lundi prochain devant le juge d'instruction.
J'avoue que je ne me sens guère coupable ; tous ceux qui ont approché la malade ne doutaient pas du résullat fatal, mais on va me dire qu’elle n’était pas transportable et qu’elle est morte à cause du transport.
Pour moi, un fiévreux (j'écarte les cas chirurgicaux), un fiévreux
P. BrouArDeL. — Exercice de la méd, 12