ACIDE PHÉNIQUE
L’acide phénique est, avec le sublimé, l’antiseptique le plus employé. L’intoxication peut survenir, soit par ingestion, soit par application de compresses imbibées d’une solution phéniquée plus ou moins forte.
L'ingestion, hormis les cas de suicide ou d’empoisonnement criminel qui sont rares, provient le plus souvent d'une erreur de flacon; on doit donc, comme pour le sublimé, exercer une surveillance active, et ne laisser traîner sur les tables, à portée des malades, aucune bouteille contenant une solution phéniquée.
La mort survient après un temps variable, suivant la quantité ingérée et suivant le degré de la solution; les individus intoxiqués ressentent une brûlure intense; partout où a porté la solution phéniquée, on constate la présence d'escarres profondes. Le pouls devient extrèmement faible ; l'acide phénique, ayant une action sur la matière colorante des globules du sang, provoque rapidement de l’hémoglobinémie et de l'hémoglobinurie, et le spectroscope révèle la présence de méthémoglobine dans le sang. Les urines deviennent brunes; la respiration est ralentie, slertoreuse ; la température s’abaisse, et quand elle est arrivée aux environs de 33°, le malade meurt.
Les cas d'intoxication par absorption stomacale sont rares; Maschka en cite deux : Un homme, bien portant à sept heures, fut trouvé mort, onze heures après avoir absorbé 250 grammes d’une solution phéniquée à 10 p. 10); l’autre cas est relatif à un enfant de seize mois, qui mourut en une heure, à la suite de l'absorption d’une très petite quantité d'acide phénique au 20°.
L'intoxication par suite de médication externe par l'acide phénique est beaucoup plus fréquente. Dans les exemples que je vaisvous rapporter, je vous citerai en première ligne les lavements, que l’on considère, bien à tort, selon moi, comme rentrant dans la médication externe.
Vous savez que l'on a beaucoup vanté la désinfection du rectum et du gros intestin dans certains cas de diarrhées rebelles et au cours de la fièvre typhoïde; cette pratique à donné lieu à quelques accidents.
Le D' Thibierge rapporte un cas dans lequel on donna à une jeune fille de vingt ans un lavement contenant 35 grammes d'acide phénique au lieu de 45 centigrammes : elle mourut.
Le D'Springer (1) a publié l'observation de deux malades, atteints de fièvre typhoïde, qui furent gravement malades à la suite de l'administration de lavements contenant 60 grammes de la solution suivante :
ACIdeDHENIqUE Er re ro er ere ANCOOL RIRE Pre Eten res Leo 1
Le chef de service avait prescrit des lavements contenant 50 centigrammes d'acide phénique. La quantité d'acide phénique injectée avait été d'environ 48 grammes en solution à 96 p. 1000.
Je pense donc qu'il vaut mieux s'abstenir de la pratique des lavements phéniqués; d'ailleurs, je les crois absolument inefficaces. Autrefois, Lorain, désirant savoir jusqu'à quelle hauteur montait dans l'intestin un lavement d’un litre, fit administrer à des phtisiques, peu de temps avant leur mort, des iavements contenant une substance colorante; dans tous les cas, le liquide ne dépassa pas l’S iliaque. D'autre part, du moins c'est ainsi que les choses se passent dans les hôpitaux, le pharmacien remet à la personne chargée d'administrer le lavement phéniqué, une solution titrée : il lui recommande d'en verser une quantité donnée dans un litre d’eau, pour obtenir la solution indiquée par la prescriplion; l'infirmière peut mal comprendre, et des accidents graves peuvent survenir.
A côté de celte variété peu fréquente nor on il
(1) M. Springer, Deux cas d'intoxicalion par l'acide Dos (Revue 3 de médecine, &. Il, 1882, p. 718).
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