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COocAÏNE

Cet alcaloïde est entré dans la pratique médicale depuis 1884, époque à laquelle Koller (de Vienne) a étudié ses propriétés et ses usages.

Les cas de mort causée par la cocaïne sont assez nombreux et, comme je vous l’ai dit à propos de l’exercice de l’art dentaire, la mort survient le plus souvent à la suite d’injections hypodermiques pratiquées soil à la face, soit aux gencives. Sur 23 cas de mort recueillis par Woffler (de Gratz), 19 fois les piqûres avaient eu lieu dans ces régions. Le docteur Abadie a signalé un cas de mort, survenue au bout de cinq heures, chez une femme de soixante et onze ans, à laquelle il avait pratiqué dans la paupière inférieure une injection sous-cutanée, contenant 05,04 de cocaïne. ;

Les cas d'intoxication par voie stomacale sont très rares et proviennent soit d'une erreur de flacon, soit d'une erreur du pharmacien.

Ii y a quelques années, je reçus d’un médecin de l'Oise la lettre suivante :

Mon cher Maitre,

Je suis appelé à témoigner prochainement dans une affaire d’empoisonnement accidentel non suivi de mort, par suite d’une erreur du pharmacien de ma localité, et je voudrais obtenir de votre haute compétence la consultation suivante.

Voici le fait :

Un de mes malades reçoit du pharmacien deux fioles, l’une qui est un vomilif et la seconde une solution de 08,60 de cocaïne dans 20 grammes de glycérine, pour badigeonner la gorge, et portant sur l’ordonnance la mention usage externe.

Le pharmacien interverlit les étiquettes et, sur la solution de cocaïne colle l'étiquette de la potion vomitive, avec la mention à prendre en une fois le matin à jeun.

Le malade avale d’un seul coup les 60 centigrammes de cocaine, sur la foi de l'étiquette, el présente immédiatement (ous

les symptômes d’un empoisonnement grave. Je serai donc interrogé

sur les points suivants :

4° A quelle dose la cocaïne introduite dans l'estomac peut-elle

déterminer des accidents mortels ?

20 Sur une solution devant servir pour la gorge et portant la mention usage externe, le pharmacien doit-il apposer une étiquette rouge, ou bien est-ce purement facultatif de sa part ?

3° Le pharmacien a-t-il le droit de garder les ordonnances du médecin, même quand le client les réclame avec insistance ? L’ordonnance est-elle la propriété du pharmacien ou du client?

Il est bien évident, dans ce cas spécial, que, même en admettant que les étiquettes eussent été interverties, l’étiquette rouge eût attiré l'attention du malade et si l'ordonnance eût été rendue au client, l'erreur ne se fût pas produite. En effet, Le vomitif était incorporé à du sirop de violettes qui est bleu, et la cocaïne à de la glycérine qui est blanche.

Tels sont, mon cher Maitre, les points sur lesquels je voudrais être éclairé; je vous prie de m'’excuser si j'abuse de votre complaisance el d’agréer, elc...

Ilest bien certain que dans ce cas la responsabilité du médecin n'était en rien engagée et que,seul, le pharmacien avait commis une faule.

Je répondis à ce médecin que la cocaïne prise à l'intérieur élait toxique à la dose de 0s',30 environ, que le pharmacien est tenu d’apposer sur les médicaments externes une étiquette rouge orange, enfin que l'ordonnance est la propriété du client et ne doit dans aucun cas être gardée par le pharmacien.

Je ne sais comment l'affaire s'est terminée, mais je pense que notre confrère n'eut aucun ennui, car je n'ai plus eu de ses nouvelles.

Certaines personnes semblent avoir une susceptibilité spéciale pour la cocaïne. Kolômnin rapporte le cas d’une femme qui mourut en trois heures, après avoir pris un lavement contenant 06,15 de cocaïne. Sims a observé un cas de mort en vingt minules après l'injection dans l'urètre d'un drachme (environ 4 grammes) d’une soiution de cocaïne à 20 p. 100, ce qui représente un peu moins de 08",80

COCAÏNE. 235 de l'alcaloïde. Gelte injection avait été faite dans le but d’insensibiliser le canal de l’urètre pour praliquer une urétrolomie; aussitôt après qu'elle fut faite, on constata des contractions spasmodiques du visage, de la dilatation des pupilles, l'arrêt de la respiration, des convulsions épileptiformes, de la cyanose. A l'autopsie, les viscères et le cerveau élaient congestionnés. Je vous ferai remarquer que, dans ce cas, la plus grande partie de la substance active s'étail écoulée aussitôt après l'injection; la quantité d’alcaloïde ayant occasionné la mort était donc bien inférieure à la dose qui avait été injectée.

Bien que Dujardin-Beaumetz ait observé des cas de syncope avec des quantités ne dépassant pas 05",01 à 0s",02, je pense que vous pouvez sans crainte employer une dose de 05,03, mais sans jamais la dépasser.

Ce sont surtout les oculistes et les dentistes qui emploient la cocaïne, et c’est dans le cabinet de ces derniers que l'on a eu à constater le plus grand nombre d'accidents. Les dentistes se servent, pour pratiquer l’anesthésie, de pastilles qu'ils font dissoudre dans une certaine quantité d’eau ; ces pastilles, de fabrication anglaise, contiennent de 05,02 à 0:",03 de cocaïne et paraissent bien titrées.

En 1890, M®° D... lit dans un journal l'avis suivant :

Louvre dentaire. — Grand établissement dentaire unique en Europe; réunion des plus habiles dentistes français et américains. Toutes les opérations SANS LA MOINDRE DOU- LEUR ET SANS ENDORMIR, PAR UNE SIMPLE INSENSIBILISATION LOCALE DE LA DENT ET DE LA GENCIVE. Ce nouveau procédé, exclusif à l'établissement, est complètement efficace et inoffensif, à l'encontre des toxiques qui endorment et provoquent des accidents souvent funestes. D'ailleurs les nombreuses opérations pratiquées journellement avec succès et à l'admiration générale, prouvent le bienfait de notre ANESs- THÉSIQUE LOCAL.

Le 14 novembre,M"° D... se rend au Louvre Dentaire avec

sa fille; elle y arrive à 2 heures; on la fait asseoir et on lui dit: « Nous allons endormir la partie sensible, vous n'aurez pas de douleurs. » La jeune fille fait remarquer à l’employé que sa mère a parfois des palpitations de cœur, celui-ci passe outre et fait une piqûre à la gencive. Au même moment, M®° D... porte la main à son front, sa tête s'affaisse, et elle perd connaissance. Au bout de quatre heures de soins infructueux, on la porte dans une voiture, on la remonte chez elle; à 10 heures du soir, elle meurt, sans avoir pu proférer un son, ni faire un geste.

M. Hallopeau rapportant cette observation, ajoute: « La durée de la survie ne permet guère de supposer qu'il se soit produit là un état purement syncopal, que l'on pourrait attribuer à une maladie du cœur préexistante; il s’est agi, sans aucun doute, d'une intoxication par la cocaïne (cocaïnisme aigu), comme dans nombre de cas semblables. Il y a eu vraisemblablement introduction directe dans une veine d’une dose toxique de cet agent. »

L'année suivante je fus commis, à deux reprises, par le juge d'instruction, à la suite d'accidents s'étant produits dans ce même établissement.

Dans la première affaire, une dame qui avait été insensibilisée, mourut au bout de sept à huit heures: un arrangement étant survenu entre le chef de l'établissement et le mari, l'affaire n'eut pas de suites.

La seconde affaire avait pour objet une poursuite intentée par une dame, qui, à la suite d’une injection de cocaïne, s'était trouvée pendant plusieurs heures dans un état des plus graves, mais cependant n'avait pas succombé. Un mois après, lors de notre examen, cetle dame souffrait encore de troubles cardiaques, et était essoufflée au moindre effort.

A la suite de ces accidents assez fréquents, vous le voyez, on a recherché quelle pouvait être la cause de la mort.

Voici quel est, sur ce point, l'avis de M. Reclus, qui pra-

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