LES TOURISTES
Le tourisme, à première vue, apparaît bien comme relevant d'une conception relativement moderne. Nous considérons, en général, le « touriste » comme un voyageur amateur qui utilise l'extraordinaire développement des voies de communications de toutes sortes, ferrées, fluviales et maritimes, — et bientôt même, — ce n'est pas folie que de le prévoir ou, du moins, d'y penser, — aériennes. Il est bien évident que^j dans l'antiquité, la difficulté des voyages, l'absence de grandes routes commodes et sûres, prédisposaient assez peu les hommes même de tempérament aventureux à entreprendre de longues excursions. Puis, nous l'avons dit, les groupements sociaux, — et cette vérité s'avérera davantage encore au Moyen Age avec la société féodale, — étaient particularistes. La notion « na-
tion » était le plus souvent limitée à la Cité^ « TzoXii; », d'où, une vie resserrée, concentrée sur soi, excluant les possibilités de curiosité objective, par contre, préparant merveilleusement les citoyens à toutes les hantises du rêve et à l'audition des grands gestes contés par les rhapsodes errants de ville en ville.
Cependant, dès les temps les plus reculés, il se trouva des hommes assez hardis pour rompre avec la conception cloîtrée de la cité antique et pour tenter de lointains voyages. Tentative méritoire et intéressante, d'autant que ces premiers touristes, à la différence de nos touristes d'aujourd'hui qui se recrutent parmi des oisifs désœuvrés, n'abusaient pas de la situation : ni cartes postales illustrées, ni Kodaks. De retour dans leur patrie, ils contaient ou écrivaient ce qu'ils avaient vu ou ouï dire, car la tradition orale était, à cette époque, le grand mode d'information. C'est ainsi qu'Hérodote, qui fut autant un touriste qu'un voyageur, recueillit et mit en œuvre, pour ses contemporains, tous les documents qu'il avait soigneusement rassemblés, — et jamais touriste ne fut plus curieux, — sur les contrées grecques et l'Egypte. Pausanias qui, au ii® siècle avant Jésus-Christ, écrivit son Voyage en Grèce, donne une description exacte et circonstanciée des sites et des monuments.
« Sans cet ouvrage, a pu dire Schœll (1), un des plus importants que nous ayons sur les antiquités et l'archéologie de la Grèce, Barthélémy n'aurait probablement pu écrire son Voyage d'Anacharsis : aU moins, ne lui aurait-il pas donné le cadre qu'il a choisi ou l'aurait-il moins bien rempli. Pausanias décrit les objets en voyageur qui n'a pas toujours eu le loisir nécessaire pour tout examiner et il les décrit dans la supposition que la Grèce resterait toujours à peu près dans l'état où il la voyait. «
Conception objective et qui vaut bien un lyrisme descriptif débridé, tel que celui qu'offre dans la littérature latine de la décadence le Gaulois Rutilius Numatianus. Ce Numatianus, maître des offices et préfet du prétoire sous l'empereur Honorius, partit vers l'an 420 de Rome, pour la Gaule et fit par mer le voyage dont il a raconté les incidents dans un poème en vers élégiaques. La barque qui le portait touchait terre chaque soir : autant d'occasions pour le voyageur de descriptions, et parfois de déclamations qui gâtent un peu la valeur littéraire de cet Itinéraire. Le genre descriptif est d'ailleurs une sorte de maladie, cultivée par nombre de touristes et de voyageurs, et qui atteindra son apogée avec
(1) Schœll, Histoire de la littérature grecque profane.
Bernardin de Saint-Pierre et Chateaubriand. Toute autre sera, au xiv^ siècle^ la conception d'un Froissart dont la vie est bien le plus extraordinaire voyage qu'on puisse imaginer. Ce chroniqueur fut perpétuellement en mouvement.
C'est le juif-errant de l'histoire^ ainsi qu'il ressort de sa biographie telle que l'a tracée M. Lanson (1). Né à Valenciennes en 1337, il va à Londres en 1361. Il entre dans l'Eglise et s'attache à la reine Philippe de Hainaut, femme d'Edouard III. Il vient en France en 1364 et visite l'Ecosse en 1365. Il suit le prince Noir à Bordeaux en 1366, le duc de Clarence à Milan en 1368. Il voit la Savoie, Bologne, Ferrare, et Rome. Après la mort de la reine Philippe en 1369, il se retire à Valenciennes, rédige un premier livre de ses Chroniques, gagne la protection du duc de Brabant, Wenceslas de Luxembourg, et celle du comte de Blois, obtient la cure des Estinnes-au- Mont près Mons en 1373, revise et complète son premier livre, devient chanoine de Chimay et chapelain du comte de Blois qu'il suit en France en 1384, 1385, 1386. En 1386, on le voit à l'Ecluse en France, puis à Riom, en Auvergne. En 1387, rédaction du deuxième livre. Vers la fin de 1388, il va visiter Gaston Phébus, comte de Foix et de
(1) Gustave Lanson, Histoire de la littérature française.
Béarn, qui le retient trois mois à Orthez. Il revient par Avignon. En 1389-1390, on le trouve à Riom, Paris, Valenciennes, en Hollande, de nouveau à Paris (août 1389), en Languedoc, à Bourges et en Zélande. Entre 1390 et 1392, rédaction du troisième livre. En 1392, il est à Paris, en 1393, à Abbeville ; en 1394-1395, en Angleterre ; en 1395, à Chimay et Valenciennes. Dans ses dernières années, il complète son ouvrage, écrit son quatrième livre et semble être devenu plus sédentaire. Il fut donc un touriste effréné et l'admirable diversité de son œuvre le démontre suffisamment. Et, si nous nous sommes étendus sur le cas de Froissart, c'est qu'il est symptomatique de la mentalité d'un certain nombre des écrivains du xiv^ siècle à la Révolution. Beaucoup semblent possédés d'une extrême agitation qui, en dépit de la difficulté réelle des communications, les pousse aux déplacements fréquents. Rabelais passa une partie de sa vie en voyage, de même Ronsard, de même Baïf, et plus tard, nous verrons Scarron, peu de jours avant sa mort, projeter un grand voyage en Orient. Mais il faut arriver à Montaigne pour rencontrer un auteur à qui ses manifestations de tourisme inspirent véritablement une œuvre. Montaigne participe, d'ailleurs, du même esprit que des poètes comme Ronsard ou Baïf. L'intense
curiosité de la Renaissance l'a touché de sa grâce. Il semble qu'à cette époque on assiste à un élargissement subit de la sphère des connaissances humaines. Le « désir de voir » s'accroît d'autant.
De 1572 à 1580^ Montaigne vient de donner les premières éditions de ses fameux Essais. Il entreprend alors de voyager et parcourt la France, la Suisse, l'Allemagne, l'Italie^ prenant des notes, philosophant sur les hommes et sur les ahoses .Une édition des Essais, parue en 1582, contient le récit de séjours qu'il fit dans plusieurs villes d'Europe, notamment à Plombières, à Bade et aux bains de Lucques. Il ne destinait pas à la publicité le récit de son excursion en Italie qui n'a été mis au jour qu'en 1774 par Meunier et Querlon sous le titre de : Journal du Voyage de Montaigne en Italie, par la Suisse et l'Allemagne en 1580 et 1581 (1).
On retrouve dans ce récit de touriste toutes les qualités de l'auteur des Essais, observation juste, notation du trait décisif, psychologie avisée. A Rome, le titre de citoyen romain lui avait été décerné. Il n'en tira pas exagérément vanité, car Rome qui tenait une grande place dans
(1) Cf. la récente réédition du Journal de voyage de Montaigne, par M. Pierre Lautrey, précédée d'une remarquable étude critique.
son imagination avant qu'il ne Teût vue lui valut quelques déceptions.
« On n'y voit plus^ dit-il^ que le ciel sous lequel elle est assise et le plan de son gîte. Ce n'est plus qu'un sépulcre et les masures chrétiennes perdues clans les ruines antiques font l'effet de nids d'hirondelles suspendus aux voûtes et aux parois des Eglises de France. »
Cette désillusion devant l'objet rêvé se retrouvera chez maint voyageur. Peu l'ont avouée et traduite avec autant de sincérité que Montaigne.
En 1656^ parut^ moitié vers^ moitié prose, Le Voyage de Chapelle et Bachaumont, relation d'une excursion faite dans le Midi de la France par ces deux « bons compagnons ». Sainte-Beuve, dans ses Causeries du lundi^ estime que cette œuvre n'est pas toujours d'un goût parfait. Voltaire qui, dans son Voyage à Bej'lin adressé à sa nièce ^jine Denis, s'est souvenu de la fantaisie de tourisme de Bachaumont et de Chapelle, traite leur œuvre de « charmant badinage », mais déclare :
« N'allez pas imaginer que je veux imiter Chapelle qui s'est faitj je ne sais comment, tant de réputation pour avoir été de Paris à Montpellier et en terre papale, et en avoir rendu compte à un gourmand. »
Quoi qu'il en soit^ Tœuvre de Chapelle et de Bachaumont rencontre de nonibreux imitateurs : Hamilton (1), La Fontaine^ qui a adressé à sa femme une relation d'un Voyage de Paris en Limousin ; Regnard, dans son Voyage en Normandie ; Le Franc de Pompignan^ dans son Voyage en Languedoc et en Prowence (1740) (2) ; Desmahis^ dans son Voyage à Saint- Germain ; Boufflers dans ses Lettres sur la Suisse (1762) ; Parny, dans son Voyage en Bourgogne (1777) ; pour ne citer que les principaux.
Avant qu'il ne se livrât avec succès au théâtre, Regnard^ pour se guérir, dit-on, d'un amour violent et de sa passion pour le jeu, entreprit un grand voyage dans le nord de l'Europe. Parti de
(1) Antoine, comte d'Hamilton, auteur des Mémoires de Grammont.
(2) Mélange de vers et de prose : l'auteur, dans sa préface^ déclare : « Nous avons depuis longtemps un chef-d'œuvre « dans ce genre, c'est le voyage de Chapelle et de Bachau- « mont. De Castelnaudary à Toulon, tel est l'itinéraire. « Le lever de l'aurore et le coucher du soleil sont ordinaire- « ment accompagnés de ces douces exhalaisons. Les jardins « d'Hyères ne sont pas moins utiles qu'agréables. Il y en a « un entr'autres qu'on dit valoir communément en fleurs « et en fruits jusqu'à vingt mille livres de rente pourvu que « les brouillards ne s'en mêlent pas. »
Ce bref extrait donne le ton général de l'ouvrage de Le Franc de Pompignan,
Paris en 1681, il passa par la Flandre et la Hollande pour gagner le Danemark et la Suède. Engagé par le roi de Suède à visiter la Laponie, il partit dans ce pays avec deux gentilshommes français et parvint jusqu'à l'Océan glacial. Arrivé à la montagne de Metavara^ il grava sur le roc^, les vers fameux :
Gallia nos genuit, vidit nos Africa, Gangem Hausimus, Europanique oculis lustravimus omnem, Casibus et variis acti terraque manque, Hic tandem stetimus, nobis ubi defuit orbis.
C'était quelque peu prétentieux, cette inscription de touriste qui fait songer aux innombrables fâcheux que le précédent de Médor et d'Angélique, — que, d'ailleurs, ils ignorent, — incite à graver des initiales entrelacées sur le tronc des arbres de nos forêts.
En quittant Stockholm, Regnard traversa la Baltique, débarqua à Dantzig, d'où il passa en Pologne, de là, en Hongrie, et ensuite, en Allemagne. En 1687, il publia le récit de son Voyage en Laponie, ouvrage qui n'a point une grande valeur scientifique, mais qui vaut néanmoins par l'exactitude et l'originalité de l'observation, et l'esprit qu'il prodigua dans le récit de ses aventures normandes.
Au xviii^ siècle^ considérable fut le nombre des écrivains qui voyagèrent en Europe et qui^ comme Voltaire^ Grimm^ Helvétius et bien d'autres, tracèrent dans des lettres ou des études spéciales le récit de leurs impressions. Afin de ne pas surcharger une étude déjà fort complexe^, nous ne citerons que les plus intéressants. Parmi ceux-ci et au premier rang^ il convient de nommer le président Debrosses^ celui dont M. Rigault a pu dire : « Le président Debrosses qui^ dans la « vieille Bourgogne, avait fait des études dignes « du XVI® siècle, a eu plus de goût que son temps « et, par là, il a su mieux comprendre l'Italie, « mieux voyager que Duclos (1), qui n'estimait « guère les Romains ni les Grecs. »
Debrosses, qui désirait donner une édition nouvelle et complète de Salluste, son auteur favori, se rend en Italie où il pensait trouver dans les bibliothèques d'utiles documents. En passant, il s'arrête à Marseille, à Toulon, à Nice et il appelle la Provence « une gueuse parfumée ». A Gênes, il cherche des gens de lettres, mais les négociants de la ville ne connaissent que les
(1) Duclos, académicien, auteur des anodines Considérations sur les mœurs, après un incident connu avec M. de Galonné, dut quitter Paris. Il vécut quelque temps à Rome. Il rapporta de ce séjour des notes qui furent publiées en 1791, sous ce titre : Considérations sur l'Italie.
lettres de change. Partout où il pense trouver des documents littéraires ou historiques intéressants, il s'arrête. C'est ainsi qu'il séjourne à Mantoue, à Vérone, à Vicence, à Padoue, à Bologne, à Florence, à Pise, à Livourne. Venise, la ville chère à Casanova, — cet autre touriste impénitent, — Venise Tenchante, Il gagne Naples où il évoque mille souvenirs. « Tous ces lieux, dit-il, sont déli- « cieux et tirent un agrément infini des gens qui « n'y sont plus. » Le climat, lui parut, d'ailleurs, valoir mieux que les habitants. Il n'aime pas le bas peuple, « pervers à l'excès, méchant, supers- « titieux, traître, enclin à la sédition et toujours « prêt à piller à la suite du premier Masaniello qui « voudra saisir une occasion favorable de faire du « tumulte. )) Bonheur inespéré, le président Debrosses assiste à la découverte d'Herculanum et de Portici, d'où ses Lettres sur Herculanum. Les lettres sur V Italie [1), œuvre infiniment spirituelle, sont très intéressantes et constituent sur les mœurs italiennes au xviii® siècle un document de premier ordre dont les admirables mémoires du chevalier de Seingalt confirment la véridicité.
(1) Dupaty, magistrat comme Debrosses, et auteur d'un Eloge de Montaigne, donna également en 1788 des Lettres sur l'Italie, dont un biographe déclare « qu'elles sont entre toutes les mains ». Ceci est quelque peu exagéré.
Le président Debrosses, parmi tant d'autres voyageurs que l'Italie attira, a écrit sur ce pays les meilleures pages, et c'est une joie de s'y reporter^^ en quittant le fatras prétentieux et sentimental que Florence et Venise inspirèrent à nos littérateurs d'aujourd'hui. Debrosses écrivit encore une Dissertation sur les dieux fétiches et une Histoire des nai^i gâtions aux terres australes (1756) par quoi il se rattache à l'esprit de l'époque, curieux d'aventures lointaines, et dans laquelle il relate les divers voyages tentés au xvii® et au xviii^ siècle par les précurseurs de Franklin.
De Saussure, de 1770 à 1779, parcourt les. Alpes, le Jura, les Vosges, les montagnes de la Suisse, de l'Allemagne ,de l'Italie, de la Sicile et des îles adjacentes, et les volcans éteints de la France et des bords du Rhin. De 1779 à 1796, il publie son célèbre Voyage dans les Alpes qu'il avait traversées quatorze fois par huit passages différents. Cet ouvrage est surtout considéré comme un ouvrage scientifique intéressant par les nombreuses constatations d'ordre géologique qu'il renferme. Mais il vaut aussi, au point de vue littéraire, par l'intérêt des descriptions qui valurent à son auteur le surnom de « premier peintre des Alpes ». De Saussure aux qualités d'analyse et d'observation du savant sut allier,^ en effet, de véritables dons de styliste et de poète.
En 1782, le comte de Choiseul-Gouffier publie le premier volume de son Voyage pittoresque en Grèce, dont les deux autres volumes parurent en 1809 et en 1820. L'auteur avait visité la Morée, les îles de TArchipel, l'Asie-Mineure et les îles voisines. Les plaines de la Troade le retinrent longtemps et il consacra des pages émues à la description de Constantinople moderne et à l'évocation de l'ancienne Byzance.
En 1787^ Volney publia son Voyage en Egypte et en Syrie, qui obtint un vif succès et que^ plus tard, l'expédition d'Egypte dirigée par Bonaparte devait remettre à la mode.
Ce livre^ dit Quérard (1), « valut à son jeune auteur l'estime des savants^ l'admiration de ses compatriotes instruits et une célébrité contemporaine européenne. Grimm, ayant eu la délicatesse d'en présenter un exemplaire à Catherine II, de la part de Volney, sans l'avoir prévenu, l'impératrice gratifia l'auteur d'une très belle médaille en or, qu'il renvoya à Grimm lorsque Catherine eut pris parti contre la France, avec une lettre dans laquelle il témoignait le regret de ne pouvoir conserver cette marque flatteuse de l'estime d'une souveraine, qui se déclarait l'ennemie des institutions que la France venait de se donner pour assurer sa liberté. »
(1) Quérard, La France littéraire.
Volney avait donné comme épigraphe à son ouvrage cette phrase : « J'ai pensé que le genre « des voyages appartenait à l'histoire et non aux « romans. » Donc, peu de détails précis d'excursîonS; d'aventures personnelles. C'est du tourisme prétentieux sur le mode historique, et cette œuvre vaut ce que valent les Ruines.
Cette revue rapide des écrivains qui^ des temps anciens à la période révolutionnaire, eurent l'occasion de faire œuvre de tourisme, serait incomplète si nous n'accordions une mention toute spéciale à l'anglais Arthur Young, qui publia en 1792 ses Voyages en France pendant les années 1787, 1788, 1789. Ce n'est plus l'esprit, la verve comique, les anecdotes soigneusement contées que prodigua Sterne dans son Voyage sentimental (1768). Néanmoins, l'œuvre de Young est curieuse et fort instructive à maints égards. L'humour y éclate à chaque page. A propos de l'abbaye des Bénédictins à Paris, il constate :
« C'est la plus riche abbaye de France ; l'abbé a 300.000 livres. La patience m'échappe quand je vois disposer de tels revenus comme on le faisait au x^ siècle, et non selon les idées du xvin®. Quels navets ! Quels choux ! Quelles pommes de terre ! Quels trèfles ! Quels moutons ! Quelle laine 1 Est-ce que tout cela ne vaut pas mieux qu'un prêtre à l'engrais ! Si un fermier anglais
était derrière cet abbé, il ferait plus de bien à la France avec moitié de sa prébende que la moitié des abbés de ce pays avec toute la leur. Je suis passé près de la Bastille, autre objet propre à faire vibrer dans le cœur de Thomme d'agréables émotions. Je suis en quête de bons cultivateurs et, à chaque pas, je me heurte contre les moines et les prisons d'Etat. »
Notre agronome est sévère. Gouverneur Morris le sera moins. Puis, la Révolution va éclater.... Les armées de Napoléon vont parcourir l'Europe, atteindre même à l'Orient, tourisme armé et collectif, dont il ne serait pas sans intérêt de noter les effets au point de vue de son influence sur l'évolution littéraire. Bornons-nous à constater ici, comme nous aurons à le constater plus tard, que, déjà, les écrivains de profession, — et Bernardin de Saint-Pierre sera très explicite à cet égard, — éprouvent le besoin d'élargir leur champ habituel d'observation, de « sortir de leur pays », de noter les mœurs étrangères, et, soit eux-mêmes par des excursions hors de France, soit par l'étude des écrits des voyageurs de profession, cherchent dans l'exotisme un condiment inédit, un élément nouveau d'intérêt.