‹ L'expansion allemande hors d'Europe:Chapitre 25 sur 48 · B. Dernburg, Id., p · texte numérisé non relu

B. Dernburg, Id., p

Mais il faut voir comment cette politique de relèvementmoral et matériel des noirs a été appliquée.

Géographiquement, le Schutzgebiet allemand de l'Afrique du Sud-Ouest ne forme pas un tout. On y distingue trois régions, de caractère différent, habitées par des peuplades différentes.

Le nord est un pays tropical; le climat est encore presque semblable à celui de l'Afrique équatoriale, tandis que tout le reste de la colonie appartient à la zone tempérée. Une ligne imaginaire, partant du cap Frio, et rejoignant la frontière orientale de la colonie à l'endroit où elle coupe le 20** degré de latitude sud, marque à peu près la limite sud de cette région *. C'est un pays plat, élevé de 1 000 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, où les pluies sont assez fréquentes, mais où l'eau s'écoule rapidement; il n'y a point de fleuve régulier en dehors des deux cours d'eau frontière, le Counéné et l'Okavango. L'humidité générale est suffisante pourtant pour permettre quelques cultures. Aussi les habitants de cette région sont-ils plus sédentaires que ceux du sud de la colonie.

Ces habitants, les Ovambos, appartiennent, comme la plupart des peuplades africaines du sud de l'Equateur, à la race des nègres Bantous. Ils sont divisés en

1. K. Dove, Deutsch-Sâdwestafrika, dans Dos ûberseeische Deutschland, p. 287.

sept OU huit tribus, qui vivent en partie sur le territoire allemand, en partie sur le territoire portugais. On ne sait d'ailleurs presque rien de ces Ovambos. Des missionnaires ont pu entrer en rapport avec quelques-unes de leurs tribus; des autres, on ne connaît que le nom. On évalue leur nombre à 300000 individus environ. Leur organisation politique semble assez forte ; leurs chefs exercent le pouvoir tyranniquement. C'est un peuple industrieux, réputé parmi les peuplades voisines pour son habileté à travailler le fer, et qui fabrique aussi des poteries et de la vannerie fine.

Ils sont restés jusqu'aujourd'hui les maîtres incontestés de leur pays. Les Allemands n'ont pas encore fait de tentative sérieuse pour établir leur autorité parmi eux. Plusieurs officiers ont traversé le pays, rendu visite à quelques chefs et cherché à conclure ou conclu effectivement avec eux des traités. Mais l'indépendance de ces chefs reste entière. Le général Leutwein, qui fut pendant onze ans gouverneur de la colonie, rapporte* qu'il s'abstint, par prudence, de jamais envoyer des soldats dans le domaine des Ovambos.

Pour ne pas éveiller le soupçon que la troupe renonçait par peur à la visite qui avait d'abord été projetée dans le pays des Ovambos, j'écrivis au chef le plus proche, un certain Kambonde, connu d'ailleurs pour ses dispositions pacifiques, que je regrettais de ne pouvoir, faute de temps,

1. Theodor Leutwein, Elf Jahre Gouverneur in Deutsch-Sâdwestafrika (1906), p. 172 et suivantes.

songer à lui rendre visite. Je l'assurais du reste de mes intentions pacifiques. Je reçus, plusieurs mois plus tard, à Windhuk, par l'intermédiaire du missionnaire Rautanen, la réponse suivante : que tout ce que j'avais écrit était fort beau, mais que lui, Kambonde, souhaitait néanmoins ne Jamais me voir de sa vie ; car les Allemands se présentaient avec des paroles d'amitié, mais lorsqu'ils étaient là, ils voulaient gouverner, et lui était capable de gouverner tout seul.

Mais s'ils ne sont pas des vassaux dociles, les Ovambos n'ont pas encore marqué d'hostilité ouverte aux Allemands. La vie des voyageurs européens ou des rares colons établis parmi eux est respectée. On cite, comme une exception, le meurtre d'un fermier et de sa famille en 1903; encore ne s'agissait-il, dans ce cas, que d'une vengeance personnelle et non pas d'un soulèvement collectif. La révolte du sud n'eut point de retentissement dans le nord. Une grande société minière, la South- West-Africa C°, qui, depuis quelques années, exploite à la limite sud du territoire ovambo, à Otavi et à Tsumeb, d'importants gisements de minerai de cuivre, a pu continuer ses travaux, presque sans interruption, pendant la campagne.

On a longtemps espéré établir la domination allemande en ce pays par des voies pacifiques. On comptait pour cela sur le développement assuré de cette South-West-Africa C°, la seule des grandes compagnies concessionnaires dont le capital versé égale le capital nominal et la seule qui ait pris à cœur de remplir les obligations de son contrat. Rapidement, pensait-on, le pays deviendrait, d'agricole, industriel;

les indigènes profiteraient de Taccroissement général de la richesse et viendraient se grouper autour des usines, auxquelles ils fourniraient l'indispensable main-d'œuvre.

Mais la paix était une condition nécessaire à la réalisation de ce programme. Or il esta peu près certain, depuis la dernière guerre, qu'une expédition en pays ovambo sera entreprise tôt ou tard. Le gouverneur Leutwein était hostile à ce projet.

Lorsque commença le soulèvement des Hereros, écrit-iP, il n'était plus question que d'entreprendre, aussitôt après sa répression, une campagne contre les Ovambos. Bien plus, — ajoute-t-il en note, — il me fut suggéré dans une lettre privée, venant d'une source tout à fait qualifiée, d'engager cette campagne. Je priai l'auteur de la lettre de vouloir bien me rappeler la chose quelques années plus tard, attendu que je pourrais bien l'avoir oubliée avant d'être venu à bout du soulèvement des Hereros.

Mais le commajidement des troupes a été retiré en 1904 au général Leutwein, — alors colonel, — et le second de ses successeurs, le colonel Deimling, a paru moins- circonspect. Consulté en décembre 1906 par le gouvernement sur la question de la réduction des troupes d'occupation, il répondit que le chiffre de 8 000 hommes lui paraissait le minimum indispensable, parce qu'il fallait compter non seulement avec les bandes errantes de Hereros, mais encore avec les Ovambos. Le Berliner Tageblatt du 16 janvier 1907,

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