Th. Leutwein, op. cit,y p
après avoir publié la réponse du colonel Deimling, ajoutait les réflexions suivantes :
Ce qu'il y a de singulier dans ce télégramme, c'est l'allusion faite aux Ovambos, la plus dangereuse et la plus récalcitrante de toutes les tribus du Sud-Ouest africain. A-t-on l'intention de marcher sur eux? ou bien craint-on une attaque de leur part? 11 semble presque que nous soyons placés devant cette alternative. Dans l'un ou l'autre cas, nous aurions une nouvelle guewe coloniale, plus pénible peut-être que ne l'a été la campagne contre les Hereros et les Hottentots. Aussi le gouvernement fera bien de se demander à trois fois s'il doit dès maintenant, sans motif pressant, après les millions de dépenses causées par le soulèvement herero et hottentot, ouvrir la question ovambo; à vrai dire, il faudra bien la résoudre un jour, et peut-être dans un avenir assez proche.
On rencontre encore dans cette région septentrionale des troupeaux nomades de Bushmen, Hottentots dégénérés, qui vivent misérablement de l'élevage et des fruits naturels du sol. Mais, dépourvus de toute organisation, craintifs et très pauvres, ils ne constituent pas un danger pour les Allemands.
La région moyenne de la colonie est le Damaraland, ou pays des Hereros. Elle est plus élevée au-dessus de la mer que le pays des Ovambos ; le niveau moyen est de 1 200 mètres et va en s'élevant progressivement, à mesure que l'on descend vers le sud. La contrée est aussi plus accidentée ; bien que son caractère général soit celui d'un haut plateau, des massifs montagneux qui atteignent jusqu'à 2 700 mètres la dominent, souvent à pic. C'est au pied d'un de ces massifs, le
Waterberg, qu'eut lieu la grande et décisive bataille de la campagne.
La partie méridionale du Damaraland est tout à fait montagneuse. On Ta souvent comparée à la Forêt Noire ou aux Vosges. Les fleuves, qui ailleurs se perdent dans le sable et ne reparaissent qu'à certains points d'eau (Wassersteiien) ont creusé ici d'assez profondes vallées. C'est^ au milieu de ces montagnes que se trouve, à une altitude de i 620 mètres, la capitale de la colonie, Windhuk.
Le climat de cette rég^n est très favorable à une colonisation européenne. La température moyenne à Windhuk varie de 16* centigrades en hiver à 22° en été. Le maximum observé jusqu'ici n'a été que de 34°7. L'hiver est assez froid, mais non rigoureux; il gèle souvent la nuit, mais la température de la journée est toujours modérée. Les Allemands se sont portés d'instinct vers cette région que la sécheresse de l'air rend, même au moment des plus fortes chaleurs, parfaitement saine, si saine, disent même les médecins, que l'on ne saurait mieux faire que d'y envoyer les tuberculeux et d'y construire des sanatoriums.
Les habitants de ce pays appartiennent, comme les Ovambos, à la race des nègres Bantous. Mais ils sont plus étroitement apparentés aux Cafres du Natal qu'aux Ovambos. Ils sont généralement grands, d'une taille supérieure à celle des Européens. Leur peau est moins noire que celle des nègres de l'Afrique équatoriale. Les traits de leur visage sont quelquefois assez fins, et il n'est pas rare de remarquer parmi
eux, comme parmi les Zoulous, des nez aquilins et longs, d'un type presque sémitique. Ils sont divisés en plusieurs tribus, mais ils restent nominalement groupés sous Tautorité d'un seul chef, et ils ont en fait prouvé, au moment de la révolte, qu'ils étaient capables de se plier à une discipline commune.
Ces Hereros sont un peuple de pasteurs. Ils entretiennent, ou du moins entretenaient avant la guerre, d'immenses troupeaux de bœufs et de moutons ; ils disposaient donc d'un véritable capital, grâce auquel leur indépendance matérielle se trouvait assurée. Ils étaient profondément attachés à leur bétail bien qu'ils n'en retirassent aucun profit pécuniaire et qu'ils n'en fissent même que rarement usage pour leur subsistance propre, leur nourriture étant surtout végétale. C'était une précieuse richesse qu'ils conservaient avec soin, et même avec une sorte d'avarice, comme moyen d'échange, non comme objet de consommation. Les colons, qui avaient besoin de main-d'œuvre, ne pouvaient pas spéculer sur la pauvreté des individus; car la propriété des troupeaux était collective, et tous les membres d'une tribu participaient à la richesse de leur chef. Cette indépendance du peuple herero a souvent irrité les Allemands. « On peut dire, écrit Dove, que ces réserves de bétail ont été par moment un obstacle au développement de la vie économique, car c'est sans doute pour cette raison que si peu de Hereros se sont décidés à entrer comme ouvriers au service d'Européens ^ »