‹ L'expansion allemande hors d'Europe:Chapitre 27 sur 48 · K. Dove, Deutsch'SMwestafrica, p · texte numérisé non relu

K. Dove, Deutsch'SMwestafrica, p

Au contraire des Ovambos, que la civilisation européenne n'a pas encore touchés et dont la plupart n'ont même jamais vu un missionnaire, les Hereros entretiennent depuis longtemps des relations avec des blancs. Ils ont de bonne heure connu les Boers et adopté dans leur langue de nombreux mots hollandais, en particulier la dénomination « Kaptein » pour leurs chefs. Des missionnaires (Rheinische Mission) étaient installés depuis plus de quarante ans dans les principaux centres. L'introduction du christianisme chez les Hereros a entraîné l'adoption du costume européen ; même les indigènes non-convertis le portent aujourd'hui, et le sommaire habillement d'autrefois, un court tablier de cuir fixé par une ceinture autour des reins, a presque partout disparu. Depuis longtemps aussi des trafiquants ou des chasseurs avaient parcouru le pays et apporté aux indigènes le tabac, l'alcool et les armes à feu. Toutes les peuplades du Sud-Ouest africain ont aujourd'hui une longue expérience des diverses sortes de fusils ; ils s'en servent avec une grande adresse, et cela explique que les troupes allemandes aient subi de cruelles pertes.

Le nombre des Hereros est estimé à 70000 ou 80 000 individus. Mais ils ne sont pas les seuls habitants du Damaraland. Ils ne sont à vrai dire que des usurpateurs. Avant leur arrivée, qui ne remonte peutêtre pas à beaucoup plus d'un siècle, le pays était occupé par les Damaras des montagnes. Des restes de cette peuplade subsistent encore, dont il est difficile d'évaluer l'importance numérique, parce qu'ils

vivent dispersés. Ils sont d'ailleurs réduits à une sorte de position subalterne ; les Hereros les considèrent comme des inférieurs et font d'eux leurs servants. Les colons ont souvent recruté des domestiques parmi eux. On les dit arriérés, mais non inintelligents, attachés à leurs maîtres et assez honnêtes. A côté des Damaras se rencontrent encore des Bushmen. Les deux peuplades réunies compteraient 30 à 40000 individus.

Les Allemands ont dans le Damaraland leur principal port, Swakopmund, et leur ville administrative, Windhuk.

Swakopmund, dans une rade ouverte aux vents du large, est un port très médiocre; les navires sont forcés de jeter Tancre à un ou deux kilomètres de la côte; un ressac violent gène le débarquement. Un môle, construit en plusieurs années de travail pénible, fut détruit en 1903, peu de mois après son achèvement, par quelques marées furieuses. Cette côte n'a pas de port naturel, à Texception de Walfish-bay, qui est aux mains des Anglais.

Trois cents kilomètres séparent Windhuk de la mer. Le trajet était jusqu'en 1902 pénible et lent. 11 s'effectuait au moyen de grandes voitures massives, semblables à celles qu'utilisaient les Boers dans leurs « trekks », et que traînent dix ou douze paires de bœufs. Il fallait camper en route; les frais étaient considérables. Le génie militaire a construit, de 1897 à 1902, un chemin de fer à voie étroite qui relie maintenant les deux points. Cette ligne aurait cer-

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tainement favorisé rimmigration de colons allemands, si le soulèvement n'avait éclaté peu de temps après sa construction.

Un peu au sud de Windhuk commence le grand Namaland, qui s'étend jusqu'à l'Orange, limite sud de la colonie. C'est, lui aussi, un pays de hauts plateaux, mais son élévation moyenne est moindre que celle du Damaraland. Il forme une série de terrasses parallèles, bordées du nord au sud par des crêtes d'une faible hauteur. Aucune voie naturelle ne relie les plateaux à la côte. Tandis que les fleuves du pays des Hereros descendent vers la mer et que leurs vallées forment des routes naturelles qu'emprunte le trafic, les rares cours d'eau du Namaland s'écoulent vers l'hinterland désert de l'est ou vers le sud. La région demeure en quelque sorte fermée . C'est pourtant un assez heureux terrain de colonisation. Le climat est presque le même que celui de l'Europe du nord. La végétation n'a plus aucun caractère tropical; la brousse et les buissons épineux, qui recouvrent une grande partie du Damaraland, cessent ici presque complètement ; il ne reste plus sur les hauteurs qu'une herbe sèche, dont vit le bétail. Mais le pays a un grand désavantage : son extrême sécheresse. L'eau à vrai dire ne manque pas : le grand fleuve des Poissons {grosser Fischfluss)^ qui traverse le Namaland du nord au sud, a souvent, à 1 000 kilomètres de son embouchure, en dehors même de la saison des pluies, un débit suffisant pour qu'on ait pu le comparer avec la Lahn à Marbourg. Mais la plupart

des cours d'eau s'écoulent souterrainement. Il sera nécessaire d'entreprendre dans toute cette région de grands travaux d'irrigation.

Les habitants du pays sont des Hottentots, c'est-àdire qu'ils n'ont rien de commun avec les nègres des deux autres régions. Les Hottentots ne sont pas noirs ; ils sont jaunes; on leur attribue, sans preuves certaines, une origine asiatique; les traits de leur visage rappellent souvent, dit-on, le type mongol. Ils sont assez petits, mais bien bâtis; leurs pieds et leurs mains sont d'une grande délicatesse. Us sont, sans aucun doute, beaucoup plus intelligents et plus cultivés que les nègres. Leur langue a des raffinements inconnus aux autres dialectes africains; on a noté comme un signe exceptionnel de culture qu'ils ont un mot pour désigner le sentiment de Thumanité. Ils savent travailler le cuir d'une façon qui révèle, en plus d'une grande habileté technique, un goût artistique développé. Ils sont excellents musiciens; ils apprennent aisément les mélodies européennes que leur enseignent les missionnaires, aiment à chanter à plusieurs voix et composent eux-mêmes des chants, dont l'originalité a toujours frappé vivement les colons.

Leur nombre total est de 15 à 20000. Ils forment huit tribus distinctes, dont les plus connues sont les Witboois et lesBondelzwarts; la résidence principale des premiers est à Gibeon, les seconds sont groupés dans l'extrême-sud, autour de Warmbad. Les Hottentots possèdent moins de bétail que les Hereros et

apportent moins de soin à Télevage. C'est un peuple de chasseurs et de pillards. Pendant la plus grande partie du xix® siècle, ils ont vécu du butin ramassé dans leurs expéditions guerrières en pays herero. C'est pour- être mieux défendus contre leurs incessantes rapines que les Hereros ont au début accepté le protectorat allemand.

A ces Hottentots s'ajoute une tribu de métis, le peuple des « Bastards », établi autour de Rehoboth. Ce sont des individus nés d'unions entre Boers et femmes hottentotes. Ils habitaient autrefois la colonie du Cap, mais ils ont émigré vers 1870 dans le territoire de l'actuelle colonie allemande, pour se soustraire à l'hostilité des Bushmen. Ils ne sont guère que 3 ou 4000. Ils forment une sorte de classe intermédiaire entre les Allemands et les indigènes. On leur reproche d'avoir conservé la plupart des vices maternels : ils ont un grand penchant à la paresse et au mensonge. Mais ils ont hérité aussi de leurs ancêtres hottentots de rares qualités de chasseurs et de pasteurs. Ils sont chrétiens et assez soumis à l'autorité de leurs missionnaires. Le niveau de'leur culture est de toutes façons bien supérieur à celui des Hottentots, à plus forte raison à celui des peuplades nègres. Leur langue maternelle est le hollandais. Ils avaient, bien avant les Allemands, introduit dans le pays les constructions de type européen; Rehoboth avait, avant tout autre centre habité, ses maisonnettes entourées de jardins et ses places régulières, ombragées d'arbres.

ALLEMANDS ET INDIGÈNES DANS l' AFRIQUE DU SUD 213

Pendant la guerre, les Bastards ont combattu du côté allemand. Ils étaient d'excellents guides et de bons soldats. Ils désirent être de plus en plus considérés comme des égaux par les Allemands. Ceux-ci ont d'ailleurs des sentiments sympathiques à leur égard. Toutefois ils n'ont pas encore voulu leur accorder l'exercice des droits civiques. Mais ils s'y verront bientôt naturellement contraints. Les unions ne sont pas rares entre les colons allemands et les femmes du peuple des Bastards; les enfants nés de ces unions sont considérés comme citoyens allemands. A la longue, il sera bien difficile de maintenir la distinction entre les premiers métis et les Allemands métissés.

Jusqii'à la révolte, les indigènes du Sud-Ouest africain n'ont pas été considérés comme un peuple soumis et dépendant étroitement de l'Empire. Les tribus conservaient tous leurs biens et à peu près toutes leurs libertés, sous la protection nominale de l'Allemagne. C'était la période des ententes et des traités. Il n'y a pas eu, à proprement parler, d'administration allemande avant l'année 1892, bien que la déclaration officielle du protectorat remonte à avril 1884. Jusquelà, la direction des colonies se reposait de tout sur les grandes compagnies. Non seulement on avait reconnu les concessions qu'avaient accordées, antérieurement à l'occupation, les principicules indigènes, mais on

en avait immédialemeni consenti de nouvelles. Le gouvernement allemand était enclin par principe à favoriser les grandes compagnies. « Bismarck eût confié volontiers l'administration des territoires conquis aux Compagnies « intéressées ». Il les eût faites souveraines territorialement et les eût rattachées par un lien de vassalité seulement à l'Empire. Elles auraient dû se protéger elles-mêmes, lever leurs propres milices. Des Chartes impériales eussent suffi à les garantir contre les empiétements des autres nations *. »

Mais les compagnies concessionnaires n'ont pas répondu à Tattente du gouvernement. La plupart d'entre elles n'ont qu'un maigre capital versé; des actions de fondateurs constituent la plus grande partie du capital nominal. Six compagnies, qui possèdent ensemble un capital nominal de 65 millions de marks, n'ont en fait à leur disposition, comme fonds d'exploitation, que 13 millions de marks. La concession est pour elle une traite tirée sur l'avenir. Elles espèrent que, tôt ou tard, à la suite de découvertes de gisements miniers, leurs terrains prendront naturellement et sans aucun effort de leur part une plus grande valeur, et qu'il leur suffira alors de les revendre au détail pour obtenir une grosse rémunération de leur capital. En attendant, elles refusent de vendre des terres aux colons, ou les mettent à un si haut prix qu'elles ne trouvent pas d'acheteurs. D'immenses

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