Discours à Bonn, 6 janvier
sur leur exploitation agricole pour gagner quelqut> argent. « En fin de compte, dit H. von Falkenhausen % il n'y avait dans le Damaraland aucun colon qui vécût sans faire le commerce. » A vrai dire, ce n'était pas 1^ commerce, mais Tusure. On poussait les indigènes à acheter continuellement et à s'endetter, pour pouvoir ensuite les dépouiller légalement de leur bétail. Les blancs prirent Thabitude de toujours vendre à crédit aux indigènes, qui n'étaient pourtant que trop disposés par nature à retarder les règlements de comptes.
On ne peut pas se faire une idée de leur lenteur lorsqu'il s'agissait de payer; c'était à désespérer. Quelquefois, après des années d'attente, le Herero condescendait à régler une petite partie de sa dette ; il ne la payait jamais tout entière ; au contraire, il s'empressait généralement de reprendrç^ sur l'heure de nouvelles marchandises à crédit. Et si Pon faisait une observation, la réponse était toujours la même: mais je viens de payer 2.
La vente à crédit fut l'occasion de difficultés innombrables et souvent de violences. Le vendeur et l'acheteur cherchaient à se se leurrer réciproquement. La déloyauté était égale des deux côtés, si l'on croit les colons eux-mêmes; «certains trafiquants employaient une méthode grâce à laquelle leur gain était notablement accru : ils estimaient les bêtes que les indigènes amenaient pour régler tardivement leur dette, à un prix trop faible, parfois à la moitié seulement
1. Ansiedlerschicksaley Elf Jahre in Deutsch'Siidwestafrica, p. 190. 2* Ibid.
de leur véritable valeur*. » Les indigènes, en retour, disparaissaient quelquefois sans rien laisser à leur créancier. Mais il était rare qu'ils parvinssent à se dérober tout à fait aux poursuites. Le créancier souvent se mettait en route de sa personne, et quand il avait rejoint le fugitif, il se payait lui-même en enlevant une partie des troupeaux de l'indigène . Dans ce cas il ajoutait au chiffre de sa dette les frais causés par son déplacement.
Les colons se rendaient clairement compte les uns et les autres des inconvénients du système. Il n'eût tenu qu'à eux de supprimer toutes les difficultés en vendant au comptant seulement. Mais la jalousie réciproque et un âpre esprit de concurrence empêchaient toute entente entre les blancs. Ces deux ou trois milliers d'Allemands répandus sur un territoire plus grand que l'Empire se desservaient entre eux aussi méchamment que les boutiquiers d'une même corporation dans une petite ville de province.
Le gouverneur Leutwein essaya d'imposer le commerce au comptant. Mais il se heurta sur ce point à l'opposition de puissantes maisons de commission, des grandes compagnies elles-mêmes, qui prétendirent que l'immigration, déjà lente, diminuerait si les colons perdaient l'occasion de faire, grâce au crédit, de fructueuses affaires. Ces grandes entreprises capitalistes, très influentes à Berlin, réussirent presque à faire adopter leur opinion au conseil des
1. Ansiedlerschicksale, Elf Jahre in Deutsch-Sûdwestafricat p. 177.
colonies. Finalement, Ton transigea, et par décision du chancelier, un délai d'un an fut accordé aux indigènes pour se libérer de leurs dettes. Ce n'était là qu'une demi-mesure, dont l'effet fut fâcheux. Les prêteurs se hâtèrent d'exiger le paiement de leurs marchandises; ils tracassèrent et irritèrent les indigènes; et l'attitude insolente, même agressive, des petits trafiquants ambulants fit éclater la colère qui couvait partout contre les envahisseurs. L'ordonnance est du mois de juillet 1903 : les Hereros se soulevèrent en janvier 1904.
L'insurrection fournit aux colons Toccasion d'une revanche sur le gouvernement. En Allemagne l'opinion publique, devenue nerveuse aux nouvelles répétées d'assassinats de fermiers, condamna brusquement la douceur qu'elle exigeait la veille des fonctionnaires. Le gouverneur Leutw^ein, qui avait reçu mission d'appliquer une politique d'ententes et d'amitiés, devint le bouc émissaire des coloniaux ardents; on lui reprocha violemment son humanitairerie [Ueberhumanitât), Il fallut sacrifier et le système et l'homme qui le représentait : en mai 1904 on enleva le commandement des troupes à Leutvs^ein pour le confier au général de Trotha.
Le système n'a peut-être échoué que parce que TAUemagne a lésiné au début sur les crédits de la colonie. La force militaire qu'elle entretenait sur
place n'était pas capable d'assurer partout à la fois le respect du nom allemand. Les indigènes ont été encouragés par la faiblesse des effectifs stationnés dans le pays. Ils pouvaient estimer exactement la valeur de la troupe allemande; les uns ou les autres avaient fait campagne avec elle dans de petites expéditions à Fintérieur. En revanche, les Allemands avaient une idée très fausse et un trop grand mépris de la force des indigènes. Ils s'étaient arrogé peu à peu une situation de maîtres, qu'ils n'étaient pas en état de défendre le cas échéant. La présence d'une armée dès le début plus forte aurait peut-être prévenu toute explosion : le principe de la douceur n'était pas incompatible avec une occupation militaire sérieuse.
Mais si la faiblesse numérique de la troupe allemande a pu encourager la rébellion, elle ne Ta pas provoquée. Les causes immédiates du soulèvement, nous les avons déjà citées, ce furent l'appauvrissement rapide des propriétaires du sol, l'aliénation constante de leurs terres et de leurs troupeaux, le recouvrement brutal des dettes par les petits trafiquants. Ces peuplades de pasteurs voyaient approcher le moment où elles n'auraient plus à garder que les troupeaux du blanc. C'en serait fini de l'existence nomade et paresseuse; les anciens maîtres de la brousse seraient parqués dans des réserves étroites, s'ils ne voulaient pas se résoudre à devenir les ouvriers agricoles du blanc. L'infériorité de leur situation devenait chaque jour plus évidente. Ils
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savaient que des traités signés entre leurs chefs et les étrangers reconnaissaient une parfaite égalité des deux races; mais ils voyaient qu'à chaque occasion la justice des blancs violait ce principe reconnu. Les iniquités légales, les avanies, les mauvais traitements excitaient chez eux une indignation journalière.
A cela s'ajoutait une manière de patriotisme rudimentaire. Les indigènes n'étaient pas insensibles à l'abaissement politique de leur pays et aux empiétements continuels des Allemands sur Tautorité de leurs chefs. Ils en voulaient aux Allemands en particulier, et non pas à tous les étrangers. 11 suffisait qu'un trallv: Liant fût Anglais, ou se fît passer pour Anglais, pour être reçu à bras ouverts dans les campements. Les indigènes avaient des rapports pacifiques et même amicaux avec les Boers. Parmi les Allemands eux-mêmes, ils faisaient une distinction entre les immigrants récemment débarqués et ceux dont Tarrivée était antérieure à l'occupation. Un fermier du nom de Conrad, qui habitait le pays depuis plus de trente ans et qui s'était d'ailleurs toujours fait estimer des indigènes par son esprit d'équité et de bienveillance, fut épargné au moment des massacres. Les missionnaires ne furent pas inquiétés.
Dans quelques tribus, il y eut une explosion de fanatisme à la fois religieux et nationaliste. On ne peut guère expliquer autrement que par des motifs religieux la défection subite du vieux Hendrik Witbooi. Les missionnaires américains de VEtliiopian
Church avaient apporté aux nègres une doctrine qui fit vite fortune : à chaque race, le pays qu'elle habite; TAfrique doit appartenir aux nègres. Des pasteurs noirs portèrent aussitôt la doctrine à ses limites extrêmes; ils prêchèrent l'expulsion du blanc ; ils fondèrent dans la colonie du Cap une Église indépendante et un séminaire; ils eurent un journal en langue basouto et menèrent une active propagande en faveur de leurs idées, qui se résument dans cette formule : South Africa for ihe blacks. Un « prophète » de cette Église séjournait en 1904 près de Hendrik Witbooi qui se crut le chef élu, prédestiné du grand mouvement d'affranchissement. Dieu luimême le déliait du serment de fidélité et lui mettait les armes en mains : « Les comptes que j'ai à rendre à Dieu le Père, qui est au ciel, sont très grands. Dieu a entendu nos larmes et nos supplications et nos soupirs et nous a délivrés. Car je l'attends et je l'implore, afin qu'il sèche nos larmes et nous délivre en son temps. Dieu a, du haut ciel, rompu notre traité »... C'est en ces termes qu'il écrivait à Leutwein, en lui expliquant sa décision.
Le* soulèvement n'avait pas été concerté entre les diverses peuplades. Mais l'excitation des esprits était la même dans le centre et dans le sud, dans le Damaraland et dans le Namaland. Il suffit d'une dispute misérable, provoquée par le vol d'un mouton, pour que la révolte, éclatant sur un point, gagnât de proche en proche. Le capitaine des Bondelzw^arts, Abraham Christian, avait enlevé à un de ses sujets un
mouton et Tavait mangé. Le volé se plaignit au lieutenant allemand, chef du district. Le lieutenant accueillit sa plainte, en violation du traité qui réservait au chef indigène le droit exclusif de rendre la justice dans tous les différends où Tune des parties n'était pas un blanc. Il exigea du capitaine la restitution du mouton. Abraham Christian consentit à verser au plaignant une indemnité de 20 marks. Mais le lieutenant, pour donner une « leçon » à ce chef barbare, exigea qu'il comparût en personne devant lui. Le capitaine répondit qu'il était malade, mais se fit représenter par ses conseillers. Le lieutenant, jugeant l'humiliation insuffisante, se rendit lui-même à la hutte de Christian, pour l'en arracher de force. Il était accompagné de 5 soldats. Christian disposait de plus de 50 fusils. Deux soldats se saisirent du chef indigène et l'entraînèrent, non sans quelque brutalité. A ce moment, les indigènes, affolés et furieux, ouvrirent le feu, tuant d'une même salve leur chef, les deux soldats et le lieutenant allemand (25 octobre 1903).
Le centre de la tribu était Warmbad, dans TExtrême-Sud. La lutte en cet endroit était difficile. Les insurgés pouvaient à leur gré se réfugier dans le massif montagneux du Karras, ou passer l'Orange. Un de leurs chefs les plus fameux, Morenga, s'était établi sur la rive même de l'Orange; en cas de danger, il passait aussitôt en territoire anglais. Le réapprovisionnement en munitions était aisé sur cette frontière. Ce fut une guerre d'embuscades,
pénible et peu décisive. Leutwein put néanmoins signer une paix provisoire et obtenir la reddition d'un certain nombre de fusils en janvier 1904. Mais quelques mois plus tard, Morenga et les frères Morris, bâtards d'un Anglais du Cap et d'une Hottentote, reparurent à la tête de bandes pillardes, qu'il fallut de nouveau poursuivre.
Pour combattre les Bondelzwarts, il avait fallu dégarnir les petites garnisons du centre. Les Hereros se hâtèrent de saisir l'occasion. Le ;11 janvier 1904, Samuel Maharero fît parvenir à tous les capitaines la proclamation suivante : « Je suis le chef suprême des Hereros, Samuel Maharero. J'ai promulgué une loi et dit la parole qu'il fallait, et je décrète pour tous mes sujets qu'ils ne devront pas porter la main sur les personnes suivantes : Anglais, Bastards, Damaras des montagnes, Hottentots et Boers. Sur tous ceux-là nous ne porterons pas la main. Et j'ai fait le serment que cette chose resterait secrète, même pour les missionnaires. C'est assez. »
Dans les deux ou trois jours, tous les Allemands, fermiers ou marchands, qui se trouvaient isolés à travers le Damaraland, furent massacrés. Ce fut une stupeur. Personne n'avait soupçonné l'approche d'une émeute ou d'un danger. Le secret avait été rigoureusement gardé, même à l'égard des missionnaires qui croyaient avoir la confiance de leurs catéchumènes. On suppose que les capitaines indigènes auraient voulu épargner les femmes et les enfants; mais leurs hommes ne firent point de distinction :
123 personnes furent ainsi tuées ; quelques-unes subirent un horrible martyre. Mais les nègres n'osèrent pas approcher des agglomérations ou des postes fortifi -: ils ne s'attaquèrent qu'aux personnes isolées.
Au moment même où il lançait sa proclamatioUn Samuel écrivait au capitaine des Bastards et à Hendrik Witbooi pour les entraîner dans la rébellion. « Empêche la guerre du gouverneur (contre les Bondelzwarts), écrivait-il à Witbooi; fais qu'il no puisse pas passer par ton pays. Et fais en sorte promptement que nous prenions Windhuk d'assaut; nous aurons alors des munitions. »
Hendrik Witbooi ne reçut pas cette lettre que 1rs Allemands interceptèrent. Pendant plus de six mois encore, il resta fidèle à la cause des Allemands ; ses hommes combattirent dans le sud contre les Bondelzwarts, dans le nord contre les Hereros. Il n'éLinL pas homme, d'ailleurs, à obéir aux suggestions de se^ vieux ennemis les Hereros, pour lesquels il n'avait que mépris. Ce furent, nous l'avons vu, des motifs religieux qui le décidèrent. Sa détermination fut ^ï brusque qu'il ne prit pas le temps de rappeler ceux de ses hommes qui servaient dans la troupe allemande : dès que sa défection fut connue, on arrtki ces indigènes qui n'avaient commis d'autre faute que de ne pas savoir trahir à temps et on les envoya, pour l'exemple, à Togo, où, dit le général Leutwein^ « ils succomberont vraisemblablement au climat », Les fermiers de la région de Gibeon, résidence ilo Hendrik Witbooi, furent massacrés comme ceux du
Damaraland et le vieux capitaine prit la campagne. Il était âgé de quatre-vingts ans environ. Seuls les Bastards demeurèrent jusqu'au bout de fidèles alliés.
La répression dura trois ans. Ce fut une guerre atroce et coûteuse. L'Allemagne, qui prétendait réduire au minimum son budget colonial, dut envoyer peu à peu jusqu'à 14000 hommes. En 1906, les dépenses causées à la métropole par son empire colonial dépassaient 180 millions de marks. Souvent les Allemands se sont demandé si leur possession du Sud-Ouest africain valait tous ces sacrifices d'hommes et d'argent. Mais Tamour-propre national était engagé dans cette lutte.
L'histoire de cette guerre, qu'il fallut conduire simultanément en plusieurs lieux, et où les bandes des adversaires, sans cesse dispersées, se reformaient sans cesse dans la brousse ou dans la montagne, est naturellement assez confuse; c'est un émiettement de petites rencontres, de combats de patrouilles, d'embuscades, de surprises. Il y eut, à proprement parler, deux guerres, l'une, assez courte, contre les Hereros, l'autre, interminable, contre les Hottentots.
Les Hereros, soulevés en janvier 1904, parvinrent à réunir jusqu'à 6 ou 7 000 fusils. Ils menacèrent au début d'une façon inquiétante les postes militaires et les settlements de la ligne de Swakopmund à Windhuk. Mais, en quelques mois, des renforts importants arrivèrent d'Allemagne. Le général de Trotha
refoula peu à peu vers le nord les Hereros qui ne formèrent bientôt plus qu'une confuse masse errante, traînant d'oasis en oasis, de point en point d'eau, ses innombrables troupeaux de moutons et de bœufs. Acculés au massif du- Waterberg, les Hereros se virent obligés d'accepter une véritable bataille rangée (10-12 août 1904); pendant deux jours, ils parvinrent à tenir les Allemands en échec; ils obtinrent même, grâce à leur supériorité numérique, des succès partiels; puis soudain, pris d'une terreur panique, ils s'enfuirent et allèrent se jeter dans le désert de TOmahéké, où la plupart moururent defaim et de soif.
Les Hottentots n'opposèrent jamais aux Allemands une armée comparable à celle des Hereros. La guerre n'en fut que plus longue, plus malaisée et plus meurtrière. Il fallut poursuivre et réduire successivement des bandes extrêmement mobiles, conduites par des chefs expérimentés, ravitaillées par la contrebande organisée sur la frontière anglaise, dans un pays dépourvu de communications rapides avec la côte et mal connu des troupes. L'ennemi disparaissait pendant des mois sans que' l'on pût retrouver sa trace. Les Allemands, de leur côté, se voyaient forcés de demeurer inactifs pendant de longs intervalles, à cause des préparatifs minutieux et compliqués de chaque expédition. Pendant une année entière, Hendrik Witbooi put harceler impunément les convois de ravitaillement ; avec les 60 ou 80 cavaliers de sa troupe il se glissait sans difficulté entre les lignes
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allemandes; jamais on ne réussit à le cerner. Déjà le général de Trolha songeait à réunir des troupes importantes pour s'emparer de lui, lorsque, dans une rencontre avec une patrouille allemande, le vieux chef reçut une blessure mortelle (29 octobre 1905). Privé de son capitaine, la tribu des Witboois se rendit à discrétion.
Les Bondelzwarts résistèrent encore pendant plus d'une année. Ils avaient trouvé en Jacob Morenga un chef énergique, aussi habile que le vieux Hendrik Witbooi et plus entreprenant que lui. Morenga, fils d'un Hottentot et d'une femme herero, avait imposé son autorité aux tribus du sud, malgré le mépris que les Hottentots de race pure portaient aux bâtards de sa sorte. Les officiers allemands qui, à deux ou trois reprises, ont eu l'occasion de négocier avec lui, ont été frappés de son intelligence et de la décision de son caractère. Il avait vécu plusieurs années dans la colonie du Cap et y avait reçu quelque instruction ; il parlait couramment le hollandais et l'anglais, et assez bien l'allemand. Jusqu'à la fin de 1906, il opposa dans le massif du Karras et sur les bords de l'Orange une résistance désespérée, chevaleresque d'ailleurs, ne s'attaquant qu'aux troupes et épargnant autant que possible les non-combattants. Mais ses partisans finirent par se lasser; le 23 décembre 1906, quinze jours après les grands débats coloniaux du Reichstag, le capitaine des Bondelzwarts, Jean Christian, et ses conseillers consentirent à effectuer leur soumission, à la condition toutefois qu'on ne les déportât pas
dans une autre région de la colonie. La révolte paraissait vaincue; la cessation de Tétat de guerre fut proclamée le 31 mars 1907.
Pourtant les troubles n'étaient pas encore terminés. Morenga n'avait pas voulu se soumettre. Il s'était réfugié en territoire anglais, où peu à peu il put reconstituer une troupe d'environ 160 fusils. En septembre 1907, il essaya de franchir la frontière. Le nouveau commandant militaire du Schutzgebiet^ von EstorfiF, fît aussitôt interrompre le rapatriement des troupes coloniales, qui déjà avait commencé, et prépara une nouvelle campagne. Mais l'intervention des Anglais rendit cette fois toute expédition inutile. Au cours de la visite que le roi Edouard VII avait rendue, en août 1907, à l'empereur d'Allemagne à Wilhelmshôhe, sir Charles Hardinge et le chancelier de Btilov^ avaient, selon les communiqués publiés par les journaux, envisagé l'éventualité d'une action commune dans l'Afrique du sud, pour y assurer d'une façon définitive l'ordre et la paix. L'Allemagne ne devait pas tarder à profiter de cette entente. Morenga, ayant abandonné la résidence qui lui avait été désignée par le gouvernement du Cap, fut considéré comme rebelle; un détachement anglais se mit à sa poursuite, le rejoignit près de la frontière, dans le désert de Kalahari, et le tua (!22 septembre 1907).
Le grand État-Major a publié un compte-rendu minutieux de toutes les opérations de Tarmée coloniale *. Mais, pour le public allemand, il n y a qu'un historien de la guerre, c'est le romancier Gustave Frenssen.
Peter Moors Fahrt nach Sùdwest^ ein Feldzugsbericht, « le voyage de Pierre Moor dans le Sud-Ouest africain, récit d'une campagne », tel est le titre d'un petit livre de Frenssen, paru au début de 1906. Ce n'est pas un roman à proprement parler; la fiction y est réduite à un minimum ; Frenssen se défend même d'avoir rien inventé; il veut n'avoir été que le simple porte-parole d'un ancien soldat de l'armée coloniale.
Comme je flânais sur le Jungfernstieg (à Hambourg), raconte Pierre Moor, le héros du livre, vêtu encore de mon uniforme usé et sali, le visage tout bruni et brûlé de soleil, un homme d'âge moyen m'accosta, et tout en marchant m'interrogea sur ceci et cela. Au cours de la conversation, je m'aperçus que j'avais souvent entendu parler de lui dans la maison de mes parents ; car il connaissait mon père depuis Tenfance. Je lui ai raconté tout ce que j'avais vu, tout ce qui m'était arrivé, et toutes les réflexions que je m'étais faites là-dessus. Et de tout cela il a fait ce livre*.
Mais s'il s'est trouvé un Pierre Moor pour fournir à Frenssen la trame de son livre, Frenssen a en
1. Die Kàmpfe der deutschen Truppen in Sudwestafrika, — I. Der Feldzug gegen die HereroSy 1906. — II. Der Hottentottenkrieg, 1907.