Le 28 octobre
ce livre^ ne peut qu'ajouter à sa gloire; il est écrit avec une simplicité et surtout avec une concision qui ne sont pas les qualités ordinaires des romans allemands; et il est exempt de déclamation et de pathétique affecté, bien que Fauteur prétende incliner son lecteur à des réflexions morales.
Frenssen, qui fut pasteur à ses débuts, n'a jamais su dépouiller tout à fait le prédicateur et le directeur de consciences. On sent partout dans ses romans un christianisme libéral, élargi, amoureux de la vie saine, indulgent aux inflrmités du cœur humain, soucieux d'exciter chez les lecteurs l'esprit d'initiative, le goût du travail modeste allègrement accompli, le sincère et constant contrôle de l'individu sur luimôme* L'intention moralisatrice ne s'étale pas dans Peter Moors Fahrt, mais elle est aisément saisissable. Le livre est une glorification de l'énergie, de l'abnégation, du courage désintéressé des soldats chargés de la répression. La guerre qu'ils ont menée était cruelle; en un sens même elle était injuste, puisqu'on voulait déposséder un peuple de son pays; mais une chose excuse la brutalité et l'iniquité de la conquête : c'est la culture supérieure de l'élément conquérant. La civilisation progresse dans la douleur et dans le sang. Il faut savoir éprouver de la pitié pour les victimes nécessaires de cette évolution meurtrière, mais il faut se fermer aux remords.
Les soldats d'infanterie de marine, ouvriers et paysans , qu'on envoya, à partir de 1904 en Afrique pour renforcer les troupes mercenaires jusqu'alors
chargées de protéger la colonie, ne savaient qu'une chose en s'embarquant pour ce lointain pays, c'est qu'il fallait venger Thonneur allemand. De la colonie elle-même et des questions soulevées par l'occupation des blancs, ils ne soupçonnaient rien :
Le soir du 14 janvier, je passais avec Behrens et un autre camarade rue du Danemark. Nous rencontrâmes Gehlsen qui faisait à ce moment son service comme volontaire d'un an et qui avait été affecté à ma compagnie. Il me dit : « As- tu déjà lu? » Je répondis : « Quoi donc? » Il dit : « Dans le Sud-Ouest africain les noirs ont massacré tous les fermiers lâchement et traîtreusement, eux, leurs femmes et leurs enfants. « Je connais assez bien ma géographie; au premier moment pourtant je me trouvai tout dérouté et je demandai : « Est-ce que ces gens, qu'on a massacrés, étaient des Allemands? » « Bien sûr », répondit-il, «des Silésiens et des Bavarois, et d'autres encore, tous Allemands; trois ou quatre même sont du Holstein. Et maintenant, hein? qu'en penses-tu? nous autres, de l'infanterie de marine... » Je lus instantanément dans ses yeux ce qu'il voulait dire : « Il faut que nous partions là-bas >>, dis-je. Il haussa les épaules : « Qui donc, sinon nous ? » dit-il. Je restai silencieux un moment; il me passait toutes sortes d'idées en tête. Puis je me ressaisis et je dis : « Eh bien, allons-y I » Et je me sentis joyeux. Et j'examinais en passant les gens qui nous croisaient, pour voir s'ils étaient déjà au courant et s'ils remarquaient, à nous regarder, que nous allions partir pour le Sud-Ouest, afin de faire expier à un sauvage peuple de païens le crime d'avoir répandu du sang allemand *.
Personne parmi les soldats, ni même parmi les officiers ne croyait que la révolte fût sérieuse et que