Op, cit., p
l'expansion allem. hors d'europe. 17
Les vivres s'épuisent, Teau fait défaut, la brousse met les vêtements en lambeaux, le soleil accable la colonne, les nuits sont glaciales; et lentement la lassitude, le découragement entrent dans les cœurs.
Le soir, au bivouac, Pierre Moor rejoint les vétérans et se fait raconter l'histoire de la colonie et des colons :
Ils en vinrent à parler aussi des causes du soulèvement et un ancien, qui était déjà depuis longtemps dans le pays, dit : « Voyons, est-ce qu'il pouvait en être autrement? Ils étaient éleveurs et propriétaires, et nous étions en train de les déposséder et de les transformer en manœuvres; alors ils se sont révoltés. Ils ont fait la même chose que l'Allemagne du nord en iB13. C'est leur guerre de délivrance. » — « Oui, mais toutes ces cruautés ? » dit un autre. Mais le premier répondit avec flegme : « Crois-tu que les choses se passeraient sans cruautés, si le peuple tout entier chez nous se soulevait contre des oppresseurs étrangers? Et est-ce ^ue nous ne sommes pas cruels à leur égard? » Ils parlèrent aussi de ce que venaient faire les Allemands dans ce pays. Ils déclaraient qu'il était nécessaire de bien s'entendre là-dessus : pour l'instant, voici ce qui en était : il y avait d'une part des missionnaires, qui disaient : u Vous êtes nos chers frères dans le Seigneur, et nous voulons vous apporter ces biens : la foi, l'espérance et la charité », et, d'autre part, il y avait des soldats, des fermiers et des trafiquants, qui disaient : « Nous allons vous prendre tout doucement votre pays et votre bétail, et nous ferons de vous des travailleurs privés de tous droits». Cela ne pouvait pas aller ensemble. C'était une chose ridicule et absurde. Ou bien il était juste et légitime de coloniser, c'est-à-dire d'enlever aux indigènes leurs droits, de les piller et d'en faire des serfs, ou bien il était juste et légitime de christianiser, c'est-à-dire de prêcher la fraternité et d'en donner l'exemple. Mais il fallait se décider
pour Tun et rejeter l'autre, il fallait être résolu à asservir ou résolu à aimer, être pour Jésus ou contre Jésus. Les missionnaires leur prêchaient : Vous êtes nos frères ! Et ils leurs brouillaient toutes leurs idées. Non, ils ne sont pas nos frères; ils sont nos serfs, et nous devons les traiter humainement, mais sévèrement. Comment? Ces gens-là seraient nos frères? Peut-être pourront-ils le devenir, après cent ou deux cents ansl Qu'ils commencent d'abord par apprendre ce que nous avons trouvé par nos propres moyens : faire des digues et creuser des puits, bêcher et planter du maïs, bâtir des maisons et tisser des vêtements. Après cela ils pourront peut-être devenir, plus tard, nos frères. Mais on n'accepte personne dans une corporation avant qu'il n'ait payé son droit d'entrée.
Un vieux conducteur de voiture, qui mêlait à ses paroles un certain nombre de mots anglais et hollandais, dit que le mieux serait de vendre la colonie aux Anglais, que les Allemands étaient sans doute de bons soldats et de bons fermiers, mais qu'ils n'entendaient rien à l'administration des colonies; tantôt ils voulaient ceci, tantôt ils voulaient cela. Un autre, plus jeune, qui n'était dans le pays que depuis trois ans, répliqua : « Il faut d'abord qu'un ou deux milliers de tombes allemandes aient été creusées dans ce pays, et ce sera peut-être pour cette année * ».
Au bout d'un mois de recherches vaines^ une patrouille, dont faisaient partie beaucoup d'officiers, se laisse surprendre. Presque tous sont massacrés : <( Je remarquai d'une voix forte : « Il y a un nombre incroyable de morts pour si peu de blessés ». Mais Hansen répondit : « Ne dis donc pas de ces bêtises. Ils ne font pas de prisonniers. Nous n'en faisons pas non plus ».
Dépourvu de vivres, isolé et privé de communica-