‹ L'expansion allemande hors d'Europe:Chapitre 39 sur 48 · Op, du, p · texte numérisé non relu

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lions avec les autres colonnes, le régiment bat en retraite. Les noirs, embusqués sur la route, assaillent brusquement, férocement, Tarrière-garde, qui succombe presque tout entière. Pierre Moor, blessé au bras, s'échappe. A partir de ce jour, il suit la colonne avec rhôpital de campagne; il assiste de près aux souffrances des blessés, forcés "de subir les mêmes privations que le reste de la troupe. Les tonneaux d'eau sont vides. On rencontre seulement, à de rares intervalles, des trous bourbeux, où les hommes boivent le miasme de la fièvre typhoïde. A cela s'ajoute la dysenterie, et le régiment n'est bientôt plus qu'une bande de malades et d'estropiés, errant dans la lande hostile.

Or, pendant que les soldats meurent ainsi d'épuisement dans l'Afrique lointaine, que pense la mèrepatrie?

Un soir — il y avait déjà des semaines que j'étais dans ce camp de typhiques — l'un de nous reçut une lettre, de Swakopmund, je crois; il y avait dedans, entre autres choses, qu'en Allemagne tout le monde parlait de la guerre entre la Russie et le Japon, mais que de nous personne ne soufflait mot, ou bien que l'on se moquait de nous et de notre misère, comme de gens qui combattent pour une cause ridicule et perdue, et que l'on ne voulait pas entendre parler de nous parce que nous ne nous entendions pas à vaincre rapidement. Je voulus d'abord jeter cette lettre loin de moi; mais ensuite je pensai que je ferais bien de la montrer à Heinrich Hansen. Seulement il ne vint pas. Mais le lendemain un autre vétéran vint, et je lui montrai la lettre ; car tout mon courage s'en était allé. Il la lut, et dit : « Qu'est-ce qui te surprend? Est-ce que ça n'a pas toujours été comme ça? — Combien de femmes a

le roi de Siam? Quelle sorte de jarretières porte la reine d'Espagne? Quelle réponse as-tu reçu à la carte postale que tu avais envoyée au général japonais? — cela, voistu, ce sont des choses qui intéressent les Allemands. Je voudrais que tu entendisses comme les Anglais se moquent de nous, et de nos commérages et de notre badauderie. Les Anglais se demandent en toute occasion : «Quel profit en retirerai-je, quel profit en retirera l'Angleterre? » Et là-dessus il s'en alla *.

L'exemple de l'Angleterre a toujours été invoqué en Allemagne par les écrivains qui se font métier d'aiguilloner le sentiment national. Il faut, disent-ils, cultiver, comme les Anglais, ce « gesunder Egoïsmus », ce bel égoïsme, qui est, en fin de compte, le fondement du patriotisme. Mais, à la différence des nationalistes ordinaires, Frenssen ne prêche pas la haine des Anglais. Il leur rend même, au début de son livre, un témoignage inattendu sous la plume d'un Allemand :

Nous autres marins, dit un lieutenant de vaisseau, nous avons des Anglais une autre opinion que les gens de l'intérieur du pays. Nous les rencontrons dans tous les ports du monde, et nous savons qu'il n'y a pas de gens qui s'imposent davantage au respect. Derrière les hautes falaises crayeuses que voilà demeure sans conteste le premier peuple de la terre, peuple de gens bien élevés, prudents dans leur conduite, braves, unis et riches. Tandis que nous...! Il n'y a qu'une de leurs qualités que nous ayons possédée de tous temps : la bravoure. Nous sommes en train d'en acquérir lentement une autre : la richesse. Aurons-nous jamais le reste? c'est une question vitale pour nous *.

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