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Pierre Moor, plus heureux que beaucoup de ses camarades, guérit lentement. On l'attache au service d'un officier chargé d'opérer de longues et périlleuses reconnaissances à travers la brousse. Lui-même dirige une fois une patrouille, au cours de laquelle il découvre, dans un lieu écarté, un campement de plusieurs milliers de femmes et d'enfants fugitifs :
Sur une hauteur qui allait en s'élargissant jusqu'au pied de la montagne, dressée à pic vers le ciel bleu et constellé, des huttes s'entassaient, semblables à de grosses mottes de terre, formes indécises et sombres. On entendait de ce côté l'aboiement des chiens et le mugissement du bétail. Les yeux fixes et grands ouverts, j'épiais dans les ténèbres ce tableau grandiose; je notai soigneusement la position par rapport au pied de la montagne. Pourtant une réflexion me traversa l'esprit : « Voilà un peuple, avec ses enfants et tous ses biens que le plomb menace affreusement, sauvagement, de tous les côtés, un peuple condamné à mort » ; et un frisson glacé me passa dans le dos * .
C'était bien en effet une condamnation à mort. Et le récit des événements qui suivent — la bataille de Waterberg et la poursuite dans .le désert — représente un des plus terribles épisodes de Fhistoire coloniale européenne. Les Hereros, réunis en une bande unique, et traînant derrière eux le troupeau lamentable de leurs familles et de leurs bestiaux, sont acculés à la limite de l'Omahéké. Derrière, c'est la solitude, la mort par la soif et la faim. L'armée allemande les cerne presque. Leur défense est désespérée. Les deux armées se fusillent à portée de la voix; quelques indi-