CARTE DE LA. COMMISSION DE DÉLIMITATION FRANCO-ALLEMANDE
voyage de M. Mizon et par Ngaoundéré atteignit Yola où les agents de la « Royal Niger Company » lui opposèrent de nombreuses difficultés) (1) étaient signalés comme des empiétements contraires aux engagements formellement inscrits dans Tarrangement du 24 décembre 1885 (2).
L'Allemagne manifesta son mécontentement en signant avec l'Angleterre la convention du 14 août 1893 : tout ce qui se trouvait au nord et à Fouest de la ligne allant de Yola sur la Bénoué au lac Tchad rentrait dans la sphère d'influence anglaise ; en revanche, l'Allemagne avait la faculté de s'étendre au sud et à l'est jusqu'aux confins du bassin du Nil. Dès que la convention fut connue à Paris, le gouvernement fît entendre les plus énergiques représentations. Le cabinet de Berlin estima que le moment était venu de reprendre les pourparlers interrompus en 1890 et fit au moins depuis 1893 des ouvertures dans ce sens. Les négociations engagées dans les premiers jours de décembre 1893 se prolongèrent jusqu'au 4 février 1894 date de la signature du protocole, confirmé le 15 mars suivant par l'arrangement conclu entre M. flerbette, ambassadeur de France à Berlin et le baron de Marschall, secrétaire d'Etat des Affaires étrangères de l'empire d'Allemagne.
Le protocole du 15 mars 1894. — Aux termes de ce document, la frontière entre la colonie du Congo français et la colonie du Cameroun suivra, à partir de l'intersection du parallèle formant la frontière avec le méridien 12°40 Paris (15<^ Greenwich), ledit méridien jusqu'à sa rencontre avec la
(1) Ponel, La Haute-Sangha [Bull. Soc. Géogr, 1896. 2« trimestre, p. 188); id., La Haute-Sangha (1892-1893) ; Annales de Géographie, 1895, p. 72.
(2) Voir le protocole de 1894. Exp. des motifs, p. 10.
rivière Ngoko, le Ngoko jusqu'à sa rencontre avec le parallèle 2", de là en se dirigeant vers l'est, ce parallèle jusqu'à sa rencontre avec la rivière Sangha. Elle suivra ensuite, en remontant vers le nord, sur une longueur de 30 kilomètres, la rivière Sangha, une ligne droite aboutissant, sur le parallèle de Bania, à 62 minutes (62) à l'ouest de Bania ; de ce point, une ligne droite aboutissant sur le parallèle de Gaza, à 43 minutes (43') à l'ouest de Gaza.
De là, la frontière se dirigera en ligne droite vers Koundé, laissant Koundé à l'est avec une banlieue déterminée à l'ouest par un arc de cercle d'un rayon de cinq kilomètres, partant, au sud, du point où il sera coupé par la ligne allant à Koundé, et finissant, au nord, à son intersection avec le méridien de Koundé ; de là, la frontière suivra le parallèle de ce point jusqu'à sa rencontre avec le méridien 12H0' Paris (15° Greenwich).
Le tracé suivra ensuite le méridien 12^^40' Paris (15° Greenwich) jusqu'à sa rencontre avec le parallèle 8<^30', puis une ligne aboutissant à Lamé, en laissant une banlieue de cinq kilomètres à l'ouest de ce point.
De Lamé^ une ligne droite aboutissant sur la rive gauche du Mayo-Kebbi, à hauteur de Bifara. Du point d'accès à la rive gauche du Mayo-Kebbi, la frontière traversera la rivière et remontera en ligne droite vers le nord, laissant Bifara à l'est, jusqu'à la rencontre du 10® parallèle. Elle suivra ce parallèle jusqu'à sa rencontre avec le Ghari, enfin le cours du Chari jusqu'au lac Tchad » (1).
En somme, la France conservait dans la Haute-Sangha
(1) Dubois et Terrier, op. cit., p. 628.
tous les postes créés et organisés par M. de Brazza ; elle obtenait un accès au Mayo-Kebbi et pouvait ainsi utiliser la voie de pénétration du Niger et de la Bénoué, Indépendamment de certains districts orientaux et méridionaux de TAdamaoua, toute la région où la mission Maistre avait conclu des traités
La Commission de délimitation franco-allemande M. le D"" Cdreau, et ses collaborateurs.
était réservée à la sphère d'influence française. Le cours entier du Chari était attribué à la France depuis sa source jusqu'au 17°10' de Greenwich 115^50' de Paris) ; à partir de ce point, la rive droite du fleuve, ouvert à la libre navigation des deux pays nous était réservée ; enfin étaient compris dans la sphère d'influence française les Etats situés à l'est du Chari et du lac Tchad et tous les territoires compris entre rOubangui, le Chari et la rive orientale du Tchad.
Les Allemands avaient acquis d'énormes territoires qui comptent parmi les plus riches de l'Afrique occidentale « le gouvernement impérial le reconnut lui-même en toute sincérité, après la signature de la convention, dans une réunion officielle tenue au ministère des Affaires étrangères » (1).
Les annexes à la convention, — En une série d'annexés importantes la convention prévoyait les cas où la ligne des démarcations des sphères d'influence ne pourrait être conforme au tracé porté sur la carte annexée au protocole. C'est ainsi que « dans le cas où la rivière Ngoko, à partir de son intersection avec le méridien 12^40' Paris (15*^ Greenwich), ne couperait pas le deuxième parallèle, la frontière suivrait le Ngoko sur une longueur de 35 kilomètres à l'est de son intersection avec le méridien 12''40' Paris (IS^' Greenwich) : à partir du point ainsi déterminé à l'est, elle rejoindrait par une ligne droite l'intersection du deuxième parallèle avec la Sangha ».
De même « s'il venait à être démontré, à la suite d'observations nouvelles dûment vérifiées, que les positions de Bania, de Gaza ou de Koundé sont erronées^ et que, par suite, la frontière, telle qu'elle est définie par le présent protocole, se trouve reportée, au regard de l'un de ces trois points, d'une distance supérieure à dix minutes de degré (10 minutes) à l'ouest du méridien 12"40' Paris (15" Greenwich), les deux gouvernements se mettraient d'accord pour procéder à une rectification du tracé^ de manière à établir une compensation équivalente au profit de l'Allemagne dans la région en question.
(i) Darcy, oy. cit., p. 290. — Discours du chef de la section coloniale au ministère des Affaires étrangères (février 1894).
Une rectification du même genre interviendrait en vue d'établir une compensation au profit de la France, s'il était démontré que l'intersection du parallèle 10" avec le Ghari reporte la frontière à une distance de plus de dix minutes (10') à Test du point indiqué sur la carte (longitude 14^50' Paris, 17° 10' Greenwich) ».
En ce qui concerne le point d'accès au Mayo-Kebbi, il demeure entendu que, quelle que soit la position définitivement reconnue pour ce point, la frontière laissera dans la sphère d'influence française les villages de Bifara et de Lamé.
Enfin (( dans le cas où le Chari, depuis Goulfei jusqu'à son embouchure dans le Tchad, se diviserait en plusieurs bras, la frontière suivrait la principale branche navigable jusqu'à l'entrée dans le Tchad, avec cette réserve que, pour que ce tracé soit définitif, la différence de longitude entre le point ainsi atteint par la frontière sur la rive sud du Tchad et Kouka, capitale du Bornou, pris comme point fixe, sera un degré.
Dans le cas où des observations ultérieures, dûment vérifiées, démontreraient que fécart en longitude entre Kouka et ladite embouchure diffère de cinq minutes de degré (5') en plus ou en moins,, de celui qui vient d'être indiqué, il y aurait lieu, par une entente amiable de modifier le tracé de cette partie de frontière, de manière que les deux pays conservent, au point de vue de l'accès au Tchad et des territoires qui leur sont reconnus dans cette région des avantages équivalents à ceux qui leur sont assurés par le tracé porté sur la carte du protocole » (1).
La première Commission de délimitation franco -allemande. — A la suite de pourparlers engagés pendant le cours des
(1) Dubois et Terrier, op. cîÏ., pp. 630-631.
années 1899 et 1900, les deux puissances intéressées se mirent d'accord pour procéder sur place à une détermination provisoire de la frontière, telle qu'elle était établie par le protocole de 1894 ; il fut stipulé toutefois que la délimitation serait limitée à la reconnaissance de la ligne frontière dans le bassin de la N'goko jusqu'au point terminus nord de la section de 30 kilomètres sur laquelle la limite se confond avec le cours de la Sangha : ces opérations rendaient en tout état de cause nécessaire la détermination préalable du parallèle dit « du Campo ».
Tel était, au reste^ l'esprit des instructions ministérielles, données le 30 octobre 1900 à M. le D"^ Cureau, administrateur des colonies, auquel fut confiée la direction de la délégation française à la Commission mixte de délimitation.
Les travaux de la Commission, qui ne durèrent pas moins de trois ans, furent consacrés par trois procès-verbaux, relatifs à la détermination du parallèle du Campo et aux questions de la N'goko et de la Sangha ; les commissaires jugèrent inutile de procéder à une description complète de la frontière qui n'eût fait que coïncider avec le protocole élaboré le 7 juillet 1900 par M. Binger, directeur des affaires d'Afrique au ministère des Colonies, et le baron de Danckelmann, conseiller intime de régence. Les délégués se mirent d'accord sur la détermination du parallèle du Campo, qui forme la plus grande partie de la frontière, mais ils durent s'en remettre à leurs gouvernements respectifs du soin de déterminer deux points de la limite à fixer sur la N'goko- Sangha. Après l'échange d^une longue correspondance entre le gouvernement français et le cabinet de Berlin, les deux puissances constatèrent d'un commun accord que toute dé-
ACTION POLïTfOUE ET OEUVRE DIPLOMATIQUE
marcation ne saurait avoir un caractère absolument irrévocable et qu'il s'agissait plutôt en l'espèce d'adopter un modus vivendi jusqu'au moment où les travaux cartographiques permettraient d'établir une limite reposant le plus possible sur des lignes naturelles.
M. le Commaiidanl Moll,
chef de la Commission de délimitation du Congo-Cameroun
(frontière orientale).
La deuxième Commission de délimitation franco-allemande (1905). — Le gouvernement impérial accepta ces propositions, à la condition expresse toutefois que nous nous déclarerions prêts à entamer aussitôt la délimitation de la frontière orientale du Cameroun, dans la direction de Gaza et N'g'aoundéré, subordonnant l'une à l'autre la question de Textension des travaux de délimitation entre le Cameroun
oriental et le Congo français jusqu'au Tchad et celle de Fadoption provisoire du tracé de la Commission mixte de délimitation^ dans la première partie de la frontière.
Il nous était d'autant plus difficile d'écarter les propositions du cabinet de Berlin que le gouvernement allemand, se basant sur des observations astronomiques dues au lieutenant Fœrster et déterminant pour Koundé notamment une position plus occidentale que celle que l'on attribuait jusqu'à présent à ce point par rapport au 15° Grenwich, demandait la mise en vigueur du § 3 de Tannexe à l'arrangement du 15 mars 1894 et estimait, en se référant à ce texte, qu'il y avait lieu de procéder à la délimitation de la partie orientale de la frontière.
Les deux gouvernements se mirent donc d'accord pour procéder à une nouvelle délimitation sur le terrain. A la suite d^une entrevue qui eut lieu à Paris au mois de septembre 1905, les représentants du gouvernement français et du cabinet de Berlin tombèrent d'accord pour déclarer qu'il y avait intérêt à ce que de nouveaux conflits fussent rendus impossibles sur la frontière sud du Cameroun, où venait de se produire l'incident de Missoum-Missoum, et que, d'autre part, il n'y avait que des avantages à ce que la Commission de délimitation parcoure toute la zone frontière orientale depuis Koundé jusqu'au lac Tchad.
Il sembla, dans ces conditions, préférable de songer à la constitution de deux missions qui procéderaient simultanément aux opérations de délimitation. Tune sur la frontière méridionale, l'autre sur la frontière orientale.
La direction de la première Commission française fut confiée à M. le capitaine Cottes. Elle devait se livrer à un exa-
ACTION POLITIOUE ET OEUVRE DIPLOMATIQUE llS
men attentif de la frontière à l'ouest de la N'goko, la Commission commençant ses travaux sur les rapides de Dongodu-Dja, et « s'attacher à une détermination aussi exacte que possible du parallèle dit du « Campo » qui a déjà fait l'objet d'observations astronomiques de la part de la précédente mission, et cela jusqu'au point d'intersection du méridien qui forme la frontière hispano-française ». Le ministre recommandait au chef de la mission, dans les instructions qu'il lui remettait le 21 septembre 1905, de rapporter des <( indications aussi précises que possible sur la topographie des régions traversées, afin que^ dès maintenant, il soit facile de savoir si tel ou tel village, tel ou tel poste, telle ou telle factorerie sont français ou allemands et afin que, plus tard, dans l'hypothèse d'une revision de la frontière de 1894, il soit possible de déterminer, grâce à ces renseignements, l'attribution à la France où à l'Allemagne des villages voisins de la frontière ». C'est au premier lieutenant allemand Hirkler que le gouvernement allemand a confié la direction de cette partie des opérations ; le premier lieutenant Winckler lui a été adjoint.
M. le commandant MoU, que désignaient tout spécialement au choix du ministre de remarquables travaux de délimitation dans la région du Niger-Tchad^ fut chargé de diriger la Commission française, sur la frontière orientale. M. le lieutenant Fœrster, assisté de M. le lieutenant Schultze et de M. le lieutenant baron de Reitzeustein, représentait le gouvernement allemand.
Ainsi que le mentionnaient les instructions ministérielles en date du 21 septembre 1905, il s'agissait beaucoup plus d'(( une reconnaissance topographique ne comportant que les
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déterminations de longitudes indispensables » que d'à une délimitation véritable ». « La vérification sur le terrain de la partie orientale de la frontière, y était-il indiqué, ne serait pas sans présenter de grandes difficultés et il serait particulièrement malaisé, avant d'avoir relevé les positions exactes de Bania, Gaza, Koundé (par rapport auxquelles est déterminée la frontière), de suivre la ligne prévue par le protocole de 1894 ». Il sembla donc préférable « de remonter le cours de la Sangha et de déterminer tout d'abord les positions de ces trois points, par rapport au 15" Greenwich » : la Commission poursuivrait ensuite ses travaux jusqu'au Tchad par Lamé, Bifara et le 10° parallèle, en ne se bornant pas à des observations astronomiques, mais en recueillant des renseignements sur la topographie de cette région, sur le groupement des villages et des populations et sur la situation des concessions territoriales qui, limitrophes de la frontière, pourraient avoir à subir dans l'étendue de leurs concessions des modifications de nature à influencer grandement leurs intérêts.
Les opérations devaient commencer à Bania, où les commissaires se rendraient en usant de la voie du Congo : l'accès de ces régions semblait, du reste, plus aisé par le cours supérieur de la Sangha.
Le départ des deux Commissions françaises s'efî'ectua le 29 novembre 1905 à Anvers et nos délégués abandonnaient Brazzaville le 30 octobre suivant pour se diriger sur le terrain des opérations.
La question de la frontière franco-allemande n'a donc pas reçu, à Theure présente, une solution, et il s'écoulera sans doute de longs mois encore avant que ne soit clos ce chapitre
déjà abondant de nos négociations diplomatiques au Congo français.
Ainsi, les limites de la colonie étaient désormais bien déterminées par l'acte de Berlin et les différents traités passés depuis 1885 avec les diverses puissances qui nous avoisinaient. Dans le mouvement qui poussait les nations civilisées vers le centre africain, deux voies nous restaient ouvertes, la Sangha et l'Oubangui. Dans Tune et dans l'autre région, nous sûmes établir et consolider nos droits, et, à la fin de 1894, l'Oubangui français était délimité à l'ouest par la convention franco-allemande et à l'est, par rapport à l'Etat du Congo, par la convention du 14 août 1894 : l'accès au Nil et au Tchad était ouvert à la France. Déjà un plan d'expansion se précise, et la pensée d'une idéale liaison du Congo à l'Algérie par le Soudan germe dans les cerveaux congolais. Le Congo devient, dès ce moment, une voie d'accès vers le centre de l'Afrique, et l'expansion congolaise suit les deux directions qui lui étaient ouvertes parla convention de 1894, celle du Nil et celle du Tchad.