‹ L'expansion coloniale au Congo françaisChapitre 17 sur 98 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

t, A. — Aperçu géologique.

Il est bien difficile, en l'état actuel de nos connaissances, de se faire une idée exacte de la constitution géologique du Congo français, les travaux qui y ont été effectués s'appliquant, en effet, à des étendues de terrain relativement limitées, et il serait prématuré d'en déduire des conclusions.

En décembre 1882, M. Jacques Savorgnan de Brazza, docteur es sciences naturelles et frère cadet de l'explorateur, était chargé, par le ministère de l'instruction publique, de diriger une mission scientifique ayant pour objet l'étude de l'histoire naturelle et de l'ethnographie des nouvelles possessions françaises du bassin du Congo. La mission termina ses travaux en 1886 et revint à Paris, rapportant de nombreuses collections zoologiques, botaniques et minéralogiques qui font aujourd'hui partie de notre Muséum d'histoire naturelle, où elles forment une galerie spéciale. Les renseignements rapportés par M. Jacques de Brazza ont été complétés par une mission confiée à M. Barrât, ingénieur des mines.

Des travaux partiels ont été effectués par les membres de

diverses missions. M. le lieutenant Duboca spécialement étudié la région du contesté franco-espagnol (1) ; sur la zone située entre Ouesso et Librville, M. le docteur Spire a fait d'intéressantes recherches (2) ; la géologie du Bas-Ogôoué a été l'objet d'un travail érudit de M. Ernest Hang (3) ; et à côté des documents rapportés par M. Le Ghatelier sur la région du Kouiliou (4), prennent place les observations géologiques, recueillies par M. le capitaine Dujour, lors de la mission, chargée de la délimitation des frontières franco-portugaises de Gabinda.

De remarquables découvertes, dues à MM. Huot, Bernard, Lœfler^ Rousset, ont, dans la zone de Thinterland, marqué ces dernières années, et, avec le sens critique dont il sut maintes fois faire preuve M. le docteur Cureau, dans une savante série d'articles sur V Afrique équatoriale (5), put déjà émettre quelques judicieuses hypothèses sur la conformation et la structure du sol.

En divers opuscules, M. Bruel, entre beaucoup d'autres, étendit spécialement à la région du Chari le champ de ses investigations. Plus récemment, la mission, dirigée par M. Auguste Chevalier trouva dans M. Courtet un précieux

(1) Commission française de délimitation du golfe de Guinée (Rapport géographique et ethnographique. Revue Coloniale (nouvelle série), t. II, 1902- 1903, p. 576.

(2) Rapport géologique sur les régions comorises entre la Sangha et l'Atlantique. Revue Coloniale, 1900, p. 1382.

(3) E. Hang, Le Bas-Ogôoué. La Géographie, 1903, p. lo9-171.

(4) Comptes rendus, Académie des sciences, 24 avril 1893.

(5) Docteur Cureau, Notes sur l'Afrique équatoriale. Revue générale des sciences pures et appliquées^ AU" année, n^s 4^ et 13, 30 juin 1901, p. 0S8 et sq.

collaborateur pour Tétude des questions géologiques dans la zone Ghari -Tchad (1).

Sans avoir la présomption de donner ici un aperçu géologique — tout incomplet fût-il — de la colonie du Congo français, nous croyons nécessaire de fournir quelques explications d'ordre très général sur la constitution de ces territoires.

Autant qu'on en puisse préjuger, on a affaire à un très vieux continent qui a acquis son assiette définitive à la fin des temps primaires. Le continent africain est^ comme on le sait, Tune des plus anciennes terres émergées, et, en dehors de la partie septentrionale, occupée par l'Afrique mineure et le Sahara, le nord du Soudan, on ne trouve la série des terrains secondaires et tertiaires que le long des côtes.

Le centre de l'Afrique est, en effet, formé de roches très anciennes, qui sont, en certaines places, recouvertes de dépôts relativement récents, qui ne contiennent pas de débris organiques. C'est vraisemblablement à l'époque archéenne qu'il faut faire remonter les terrains qui forment le squelette des régions situées au nord du 10^ parallèle. Cette région offre, dans son ensemble, l'aspect d'un immense plateau ondulé dont les altitudes vont en croissant, à partir de TOubangui, dans la direction Nord-Nord-Est et qui varient de 442 mètres (Fort Sibut) à 611 mètres (Ndellé) pour atteindre le maximum de 827 mètres un peu au sud-est de Ndellé.

Des points culminants, on aperçoit, s'estompant à l'horizon, les lignes de plus en plus indécises de collines, puis çà

(1) Rapport sur une mission scientifique et économique au Giiari-lac Tchad, par Aug. Clievalier, Nouvelles archives des missions scientifiques et littéraires, t. XIII, fascicule 1.

et là, dissémiaés à 20 ou 30 kilomètres les uns des autres, des mamelons ou des rochers abrupts surgissant brusquement au-dessus de la plaine et des collines, et s'élevant parfois de 50 à 100 mètres au-dessus des régions environnantes. Ces rochers, mis à nu par l'érosion, sont constitués par des granités très variés, des quartzites micacés, des gneiss à grands cristaux, etc. Ces massifs se sont désagrégés sous l'influence de l'érosion et il est resté seulement des pitons formés souvent de calottes s'emboitant les unes dans les autres. L'embarras est de les caractériser par une désignation générale. Le nom de rocher est trop modeste ; le nom de montagne trop ambitieux. S'il n'y en a pas déjà d'autres dans la science, le mot banda : Kaga parait convenir aux si remarquables monolithes qui hérissent cette région centrale. « C'est à tort que longtemps les cartographes les figurèrent avec des hachures dignes des plus superbes chaînes. Illusion fort naturelle : Junker n'avait vu que de loin l'alignement des Pambias, et le nom de Djebel, donné emphatiquement par les indigènes arabisants du groupe du Mangayat, avait pu en imposer aux nombreux voyageurs qui sont venus à Dem Ziber, mais ne l'avaient pas visité » (1).

Ces kagas aux formes bizarres, mitres d'évêques, panthéons à moitié éboulés, lions couchés, monstres marins vautrés dans la vase, prodigieuses pierres tumulaires, sont très nombreux dans les régions élevées entre le bassin de l'Oubangui et du Chari : tels les pics Do, Bandero, Djé, Pongourou; tels encore les affleurements de Djoma, de Paoua, sur la lisière sud-est du Dekakiré^ ainsi que le massif d'Andi. Partout où

(1) Cureau, art. cité, p. .562.

les quartzites micacés se trouvent en contact avec le granit ils ont été métaniorphisés, ce qui indique que la venue de ce granit est postérieure au dépôt des quartzites qui sont généralement très fortement relevés.

Tous les terrains éruptifs, dont nous venons de parler, datent probablement de l'époque primaire. Les grands cataclysmes de l'Afrique orientale et du Cameroun, qui ont donné lieu aux volcans plus ou moins récents (Kénia, Kilimandjaro, Cameroun) et aux effondrements méridiens des lacs Tanganyika et Rodolphe, etc., n'ont eu aucune répercussion au cœur de l'Afrique ; les collines volcaniques signalées dans le pays Bagara, au centre du Darfour, par Felkin (1879) et portées sur la carte d'Etat-major, ne sont probablement que des terrains granitiques mal observés par le voyageur anglais, non géologue. On ne doit accepter aussi qu'avec une très grande réserve l'opinion de Nachtigal suivant laquelle il y aurait des terrains volcaniques au Ouadaï. Il faut sans doute aller jusque dans Tinlérieur du Sahara, au massif du Tibesti, pour trouver des terrains volcaniques datant de l'époque quaternaire.

Les noyaux orographiques de l'Afrique étaient donc constitués dans la primaire et atteignaient sans doute une importance dont nous pouvons difficilement nous faire une idée.

M. de Launay admet que l'érosion a abaissé l'altitude de l'intérieur de l'Afrique de 8.000 mètres ; ce chiffre ne parait point exagéré quand on considère la quantité d'alluvions qui ont du être transportées dans les plaines du Soudan et du Sahara aux époques anciennes.

Rabotée aujourd'hui par l'érosion de tous les siècles géologiques, cette énorme chaîne des époques primaires, du

développement de laquelle le relief actuel ne peut donner la moindre idée, limitait vers le nord la grande mer soudanaise et tchaddienne, dont de récents travaux ont démontré Texistence et dont il sera question plus loin.

Après les éruptions de Tépoque primaire, les phénomènes d'érosion et de transport d'alluvions sont les seuls qui semblent avoir joué un rôle capital dans l'histoire de l'intérieur du continent noir. Ils ont débuté à une période très reculée, vraisemblablement contemporaine des formations permo-carbonifères. C'est à l'activité de ces phénomènes que sont dus en effet les grès horizontaux de Ndellé et de la plupart des grands massifs de Tintérieur du Soudan que l'on ne peut assimiler que par hypothèse (en Tabsence de fossiles) aux formation du Karroo. Les grès horizontaux de Ndellé sont formés de bancs de grès fins souvent d'un rouge pourpre, parfois blanc-jaunâtre, épais chacun de 0 m. 30 à 3 ou 4 mètres. Entre ces couches alternent des bancs de conglomérats nombreux. Tantôt ils sont formés par une pâte gréseuse, couleur lie-de-vin, enveloppant de petits galets de la taille d'une noisette, parfaitement polis et arrondis ; tantôt ils sont constitués par une roche beaucoup plus gréseuse formée de gros grains de quartz mal cimentés et empâtant d«s galets très variables par leur dimension. Tandis que beaucoup de ces galets ont seulement la taille d'un poids, d'autres atteignent la grosseur de la tête. Ordinairement de forme sphéroïde, ils n'offrent jamais d'angles saillants, preuve qu'ils ont été charriés par des courants violents ; les roches qui les constituent

appartiennent à tous les terrains anciens du continent ; ce sont : des gneiss, des roches porphyroïdes, des quartzites anciens, des schistes noirs, et même de gros blocs roulés provenant des parties anciennes du conglomérat lui-même.

L'épaisseur de ce conglomérat du Soudan est considérable puisque sur les plateaux des hauts affluents du Boungoul, on trouve des altitudes variant entre 500 et 800 mètres. Les falaises de Bongolo ont 80 mètres de haut et sont entièrement taillées dans cette roche. Quant à sa position géographique, ce terrain se trouve presque toujours au voisinage des nœuds orographiques du Soudan, quand il ne les forme pas.

Ainsi il occupe le point culminant de l'Afrique centrale où convergent les bassins de la Kotto, du Mbomou, du Nil et du Chari. C'est à ces terrains qu'appartiennent vraisemblablement les régions accidentées parsemées de grottes rencontrées par le capitaine Lœffler, entre les bassins de la Sangha et du Bahr-Sara.

Dans les plaines basses, au contraire, le grès horizontal fait totalement défaut et les roches qui font si fréquemment saillie au-dessus de vrais dépôts alluvionnaires du bassin du Bas-Chari appartiennent toutes au granit ou à d'autres terrains éruptifs.

Il faut donc admettre, avec M. Chevalier (1) que « ce grès horizontal s'est déposé dans de grandes nappes d'eau douce dont le lit était creusé dans les montagnes de roches anciennes qui formaient la charpente du continent africain. Les eaux charriaient violemment des blocs et des galets arrachés

(1) Chevalier, rapp. cité, p. 36.

192 CONDITIONS DE LA VIE SOCIALE Al" CONGO FRANÇAIS

à ces massifs et les déposaient, à liane de montagne, dans des lacs d'eau douce étendus. Des périodes d'accalmie succédaient aux périodes d'affouillement, et, pendant ce temps, des particules de silice se déposaient au-dessus du lit des galets et donnaient alors naissance à des bancs de sable. Puis les chutes d'eau torrentielles revenaient, amenant de nouveaux blocs. Enfin, à mesure que les sommets étaient arasés, il subsistait, à leur place et sur leur emplacement, des bandes alternatives de grès et de conglomérats qui;, à leur tour, étaient ravinés et dont les débris étaient charriés plus loin ».

Ainsi s'explique la formation de cette couche d'éléments extrêmement complexes, superposée sur l'assise la plus profonde du sol, épaisse sur le versant du Congo, plus mince sur celui du Nil, et dont la superposition constitue l'immense plateau gréseux de l'Afrique centrale entre la double zone cristalline des kagas du Chari, d'une part, et celle de la région côtière des Monts de Cristal, de l'autre.

A un long intervalle, après la formation de ce grès horizontal, postérieurement à la période tertiaire, les phénomènes que nous venons de décrire reparaissent avec moins d'intensité en Afrique et donnent naissance aux grès ferrugineux anciens, à la latérite ; leur mode de formation ressemble beaucoup à celui du terrain précédent. Ils se constituent ainsi toujours autour des massifs rocheux, mais le charriage est beaucoup moins violent. Les fragments de roches qui constituent ces roches ferrugineuses ne sont parfois mème'pas roulés.

Tantôt ces dépôts se sont formés dans des lacs à fonds rocheux, fréquemment asséchés (c'est sous l'intluence du ruissellement suivi d'évaporation rapide que, de nos jours encore, se forment des dépôts ferrugineux en Afrique tropicale).

LE PAYS ET LES GRAiNDES REGIONS NATURELLES 193

Tantôt ces grès se sont déposés dans des lacs dont le fond était formé par du sable ou de l'argile, pourvu qu'il y eût à proximité un massif rocheux dont les débris étaient charriés et agglutinés par une pâte siliceuse mêlée de sels de fer. L'agglutination est d'ailleurs imparfaite puisqu'il reste de nombreux méats donnant à la roche un aspect scoriacé ou caverneux.

Au-dessus viennent enfin l'humus, les marais, tous les produits de la décomposition végétale. Sur le versant du Nil^ Faction corrosive des agents atmosphériques sur les massifs cristallins a répandu dans la plaine une épaisse couche de sables, à peine mélangés d'un peu d'humus et, par suite, doués d'une très médiocre fertilité.

Remarque importante : les calcaires manquent à peu près complètement dans toute cette partie de l'Afrique. A Comba, près de Brazzaville, il en passe une bande dirigée du Nord- Est au Sud-Ouest. A partir de là, on n'en trouve plus. Les eaux des rivières ne tiennent en solutions que des traces de chaux tout à fait insensibles. Pourtant, FOubangui renferme des quantités considérables d'huitres, dont les indigènes font une grande consommation. Il s'en trouve également dans le Soué et jusque dans le Gobo.

Au delà du plateau central gréseux^ les Monts de Cristal, qui forment la façade gabonaise, constituent dans la région côtière, une nouvelle zone cristalline.

Les Monts de Cristal, sont essentiellement quartzeux et' le quartz s'y trouve sous les formes les plus diverses. On pour-

rait peut-être expliquer la nature des terrains de ce pays, en admettant que la région était d'abord recouverte de terrains sédimentaires. Dans le mouvement d'affaissement général, se seraient formés les trois plis qui constituent les Monts de Cristal et qui, en perçant les couches sédimentaires, auraient mis à jour les terrains primitifs. Cette hypothèse permettrait de se rendre compte de la nature ancienne des roches dans les Monts de Cristal et de leur nature sédimentaire sur les plateaux de l'intérieur.

Ainsi toute la région des bassins côtiers, caractérisée par le faciès montagneux, semble a priori couverte d'une série de plis et de chaînons parallèles à une petite distance de la côte dont ils épousent la forme générale. « En réalité, elle n'est que le substratum granitique du grand plateau africain, mis à nu sur toute cette large bande par une érosion intense, peutêtre même consécutivement au recouvrement tectonique récent d'affaissement du plateau'central ».

D'une manière générale, ici encore, les roches primitives, granit et quartz, constituent donc comme la base du sol. Celuici est recouvert d'une épaisse nappe d'argile ferrugineuse, audessus de laquell3 les affleurements rocheux (schiste, silices, micaschistes, grès) sont rares : les roches qui donnent naissance à l'épaisse couche d'argile ferrugineuse sont principalement des schistes et des granités.

Mais, l'énorme développement de l'argile ferrugineuse est un des caractères les plus frappants de la géologie de cette région. C'est, nous Tavons vu, un produit de décomposition superficielle plus ou moins remanié par les eaux ; mais tandis que dans les pays tempérés, cette destruction est le plus souvent très limitée, elle prend ici une importance capitale par l'ac-

tioii combinée d'une température très élevée et des pluies abondantes.

La couche supérieure constituée également par un revêtement de latérite, ce manteau ferrugineux spécial aux contrées tropicales et recouverte elle-même dune forte épaisseur d'humus, est très profonde ; et c'est seulement, dans les berges des cours d'eau, qui sont, d'ailleurs, peu élevées et dans les pièges de chasse, que l'examen du sol peut être fait.

Dans les vallées formées par les cours d'eau, apparaît alors un grès quartzeux de nature friable et de couleur blanchâtre, de sorte qu'au seul examen d'une carte géologique, on pourrait à peu près reconstituer le parcours des rivières.

C'est ainsi que dans le bassin de Kouilou, la Lali traverse tour à tour des bancs de granit, de calcaire gris, de grès quartzeux et le fleuve longe sur sa gauche une vaste région cuprifère dont le centre principal est à M'Boko Songo (1).

De son côté le Niari passe à travers un banc de phyllades ressemblant à ceux des terrains anciens, à travers un autre de calcaire gris et s'achemine ensuite, à travers du granit, du quartzite veiné et desgites métallifères ; enfin de Loudima à la côte, on a constaté l'existence d'un vaste dépôt de grès quartzeux coupé en deux parties par des phyllades et du calcaire gris.

Tout le pays compris entre le Niari et TOgôoué comprend successivement en descendant vers la mer du schiste siliceux, du quartz, du micaschiste, du gneiss et des alluvions. En remontant le cours de l'Ogôoué, on trouve, à partir de Lambaréné, du granit qui remplace les alluvions du littoral, des

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