I- — La zone moiitagiieu^ie des bassins côtîers
Cette grande région comprend toute une bande parallèle à la côte d'une largeur moyenne de 500 kilomètres, dans les accidents orogéniques de laquelle sont sculptés les lits coupés de rapides de toutes les rivières du versant atlantique français, de l'embouchure du Rio Mouni au Tchiloango.
Les Monts de Cristal. — Les Monts de Cristal, qui établissent une ligne de démarcation bien définitive entre la région maritime et la région de l'intérieur, se composent de trois bourrelets dont l'altitude moyenne ne dépasse pas 700 mètres, inférieure par conséquent à celle du plateau Batiki, auquel ils conduisent. « Le versant ouest commence à environ 80 kilomètres de la côte ; la chaîne s'élève progressivement en pentes très raides pour atteindre le plateau qui constitue la Guinée espagnole. Ce plateau d'où émergent de rares pics isolés, est coupé de dépressions de forme et d'importance diverses au fond desquelles coulent d'innombrables cours d'eau » (1).
Si l'altitude moyenne de ces chaînons cristallophylliens n'est pas supérieure à 700 mètres, la hauteur des sommets est assez variable Les pics les plus élevés ne dépassent pas 1.500 mètres et ceux qui dépassent ou atteignent l. 000 mètres sont en petit nombre.
Tout en suivant une direction parallèle à la côte, la chaîne envoie vers l'ouest des petits rameaux qui se terminent généralement par des sommets assez élevés. Ainsi, le mont de Bâta
(1) Duboc, art. cité, suprà, p. 591.
(en territoire espagnol) culmine à 850 mètres ; le mont de la Mitre atteint jusqu'à 1.200 mètres (1). Souvent ils forment sur le littoral des promontoires escarpés, d'aspect rougestre dont le plus important est le Cap Saint-Jean.
A cet ensemble montagneux, il convient de rattacher dans la boucle de l'Ogôoué les monts Inogué et Dembé, et plus au sud les chaînes du Mayombe, orientées nord-sud dans le Congo portugais et inclinées vers l'ouest en territoire français.
Les rivières de la côte nord. — Toute cette région montagneuse des bassins côtiers est drainée par les rivières de la côte nord et les rivières de la côte basse.
Les rivières de la côte nord sont des torrents encaissés à pic et dont le caractère commun est l'embouchure d'estuaire sans delta proprement dit. Les derniers graviers des monts de Cristal forment cette côte élevée et boisée que la mer entraîne dans son grand mouvement des marées d'équinoxe — mer sans barre.
C'est d'abord la rivière Mouni qui forme la frontière des possessions franco-espagnoles depuis la convention du 27 juin 1900 et dont se disputèrent longtemps la possession les deux puissances voisines, et le réseau convergent des fleuves Congué, Utongo, Barre, Outemboni et Noya.
La rivière Moundah qui n'est en réalité qu'un estuaire, reçoit quelques petits affluents, dont un seul, le Djamboë, mérite d'être signalé.
(1) M. Duboc indique qu'il ne faudrait pas attacher à cps altitudes une trop grande importance : la carte publiée par le Dépôt de la guerre de Madrid, qui donne ces chiffres, indique des altitudes de I.IOO mètres près de Masillé, et elles n'existent certainement pas, car ce point est, d'après les travaux de la Commission française, chargée de la délimitation des frontières franco-espagnole, ;\ 590 mètres au-dessus du niveau de la mer.
LE PAYS !iT LL:8 GRAND IlS REGIONS NATURELLES -^0!)
Dans l'estuaire du Gabon aboutissent à la fois le Komo et la Rhambo^. Le Komo, originaire des monts de Cristal, non loin des sources du Rio Mouni, est navigable pour des navires de moyen tonnage jusqu'au point où le fleuve est obstrué par des lies appelées : Ningué-Ningué ; il est grossi de nombreux affluents, à gauche le Bokoué, et près de son embouchure la Maga et le Yambi.
La Rhamboë prend également sa source dans les monts de Cristal, d'où elle descend par une série de rapides ; son lit est étroit, mais profond.
Ces deux fleuves sont entre eux comme la Garonne et la Dordogne en France, ou, pour mieux dire, tous ces cours d'eau, Komo, Rhamboë et leurs affluents, Bokoué, Maga et Gambi contribuent tous à remplir de leurs eaux et de leurs alluvions l'estuaire du Gabon.
Les rivières de la côte basse. — D'une nature toute différente sont les rivières de la « cote basse ». Elles s'étalent dans des deltas et lagunes que le mouvement des sables de la (' barre » ouvre et débouche à divers endroits, qui occupent la zone littorale proprement dite, bien caractérisée par une végétation toute spéciale de roseaux, de papyrus, de pandanus, et de raphias et par des dunes sablonneuses.
Dans son ensemble et sauf la région du Kouilou et Konkuati, où la forêt vient lécher le littoral de l'Océan, la côte est basse, siliceuse, précédée d'un rideau de lacs et de lagunes profondes.
La Basse -Loëmé avec les grands lacs du Cayo et de Fodéba, régulateurs épuisés de son étroit chenal envahi par les sables et la végétation aquatique,, caractérise nettement ces cours d'eau de la côte basse.
Entre le Fernan-Vaz et le Kouilou, les seules rivières qui méritent d'être- signalées sont :
Le Rhembo qui traverse deux grands lacs et se jette dans la mer au Fernan-Vaz (on peut le remonter en pirogue pendant quatre jours) ;
Le N'dokou qui se jette à Setté-Cama ;
Le Nyanga qui sort du nœud orographique de l'Ongomo et dont le cours, assez considérable, est grossi par la Nanama et le N'gongo ;
Le Numbu qui arrose Chibotte.
Plus important pour l'établissement des relations entre Loango, port actuel du Congo français, et Brazzaville, sur le fleuve, parla vallée de TAlima, est le cours du Kouilou, dont la trouée en V, sur 600 kilomètres de développement, semblait devoir être l'amorce d'une voie de communication sur Brazzaville. Sous le nom de Niari, qu'il conserve jusqu'au village de Makabana, ce cours d'eau prend sa source vers le plateau Batéké. « Grossi de la fraîche Loudima et de la Louisa aux méandres capricieux, le Niari-Kouilou s'engage alors dans une vallée encadrée de montagnes et de collines, et son cours^ tantôt large et profond, tantôt lisse et rapide, est coupé de cascades et de cataractes jusqu'à 601 kilomètres de son embouchure » (1). Sans la barre mobile, difficile à franchir, le fleuve serait facilement pénétrable jusqu'à 60 kilomètres de son embouchure (700 mètres environ de largeur).
Citons enfin la Loëmé^ dont l'embouchure s'ouvre avec peine dans les sables du littoral près de Massabi après un cours hésitant, lagunaire, parallèle à la côte.
(1) Camille Guy, Les colonies françaises, publié sous la direction de Max. Petit, t. II, p. d2.
Le bassin de VOgôoué. — Mais de tout le réseau hydrographique côtier, il convient de placera part l'immense nappe d'eau de rOgôoué, appelé Ogobi par les Bakalais, Lebagni par les Adoumas, Otemboué parles Okandas, et Rhembo ri polo par les Inengas et les Galoas. L'Ogôoué est en effet avec son cours de 1.200 kilomètres à travers la chaîne côtière et son vaste delta de 200 kilomètres de largeur enveloppant le cap Lopez le plus beau fleuve côtier du Gabon. Venu du plateau gréseux des Achikouyas à 450 mètres d'altitude, il se heurte de suite à l'ossature cristalline des massifs intermédiaires pour former une série ininterrompue de rapides célèbres par l'histoire de tous ceux qui firent la pénétration de 1860 à 1885 et pour décrire ensuite un arc de cercle dont la courbure vers le sud laisse dans sa concavité le beau massif central de Birogou d'où rayonnent une série de rivières imposantes, la Liboumbi, la Lolo^ l'Ogôoué, la N'Gounié, puis la Nyanga et la Louessé.
Par Franceville, Booué, N'djolé, il se heurte à une série de passages difiîciles qui rendent impossible une navigation véritable et dont les principaux sont les rapides de Doumé, de Mikengué, de Boundji, de Booué, de N'djolé pour arriver aux collines granitiques de Lambaréné.
C'est là que commence le Bas-Ogôoué proprement dit, la région des deltas avec des rives basses d'argile rouge, des lacets et bras secondaires qui relient les grands lacs régulateurs de son cours, dont ceux d'Ouengé, Ogémoué et Ozenga, parmi les grandes clairières basses et les palétuviers.
L'Ogôoué reçoit un grand nombre d'affluents. La plupart sont des ruisseaux sans importance ; tels sont à gauche, le Likoko qui descend des plateaux Oudumbas; la Libumbi; la
212 CONDITIONS DE LA VIE SOCtALE AU CONGO FRANÇAIS
Likélé; la Leboka ; la Leyii et le Mumbu ; à droite, la Libako, la rivière N'Koni dont les rives sont très pittoresques, mais qui est impraticable à la navigation à cause des fameuses chutes de Fougamou, hautes de 600 mètres ; la rivière Sébc qui change plusieurs fois de direction avant de rejoindre rOgùoué et surtout Tlvindo qui sort du fossé d'écoulement au pays marécageux des M'Fans. Le N'Gounié, large de 400 mètres à son embouchure et qui a été longtemps considéré comme le principal des affluents de l'Ogôoné, apporte seul un volume d'eau appréciable ; c'est au confluent de cette rivière avec l'Ogôoué que s'étend une longue bande de terre appelée Pointe-Fétiche et dont Taspect rappelle assez exactement celui de notre Bec d'Ambez.
Le delta de TOgôoné communique avec de vastes réservoirs. Le plus grand de ceux-ci est à gauche, le Zonangué, que parsèment une multitude de petits îlots dont le groupe principal est celui des îles Sacrées. A droite, la rivière Adoumba fait communiquer le fleuve avec le lac Azingo dont les eaux s'écoulent vers la mer par la rivière N'Goumba. Enfin le lac Anengué, alimenté par les eaux de crue se déverse souvent dans rOgôoué.
Au moment où ses eaux se mêlent à celles de l'Océan, rOgôoué a un débit moyen de 10.000 mètres cubes d'eau par seconde, supérieur par conséquent au Rhône et au Rhin réunis ; il a parcouru 1.200 kilomètres de longueur et son bassin a une superficie de 300.000 kilomètres carrés.
Tout ce vaste bassin de TOgùoné, couvert en partie de riches forêts aura le plus bel avenir le jour où des moyens de communications modernes, routes et chemins de fer, supprimeront la navigation piroguière, dangereuse et d'un prix trop élevé.
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