II. — L«es grandes dépres^^ions équatoriales
La région des vastes cuvettes équatoriales dont le système hydrographique est formé par les trois grandes artères du Congo, de TOubangui, et de la Sangha, se caractérise par l'absence du modelé et la riche végétation équatoriale qui couvre de son immense rideau de forêts tout le pays et rend sa pénétration lente et difficile.
Elle est limitée de façon imprécise vers Bania et le 4'' de latitude Nord. La vaste cuvette centrale d'alluvions, drainée par la moyenne et basse Sangha, le Congo et le moyen Oiibangui, inondée aux hautes eaux et arrosée par une multitude de canaux et lagunes sur plus de 180.000 kilomètres carrés n^est d'ailleurs que la partie française de Ténorme dépression centrale qui s'étale dans le Congo belge vers les grands lacs et le magnifique bief équatorialdu Congo jusqu'à la Lomami. Le trait géographique de cette partie est évidemment la puissance de son hydrographie.
Le bassin du Congo. — Pour un développement de 4.000 kilomètres, le grand fleuve ne longe la colonie que sur un parcours relativement faible de 600 kilomètres entre ManyangaetrOubangui, avec une largeur moyenne de 5 kilomètres sur Liranga. « Des marais, des îles, des deltas et des estuaires étalent son cours dans la dépression où il reçoit tous les grands tributaires. Pénétrant ensuite dans les premiers contreforts gréseux par le défilé de Tchumbiri, il pousse ses eaux dans le « couloir » étroit de 1.500 mètres qui le conduit entre les collines et falaises Batékès jusqu'au Stanley-Pool, cuvette dépri-
niée de 450 kilomètres carrés, que l'île M'Bamou divise en deux parties inégales » (1).
Entre les monts de Cristal et les premières terrasses occidentales des plateaux de l'Afrique centrale une vaste cuvette à fond très légèrement incliné vers l'Atlantique, a en effet, longtemps retenu en un lac les eaux descendues d'amont. « A cette époque, les monts de Cristal n'envoyaient à la mer que de courtes rivières, comme la Sannaga, du Cameroun ou le Niari de Loango ; Tune de ces rivières desservait sans doute le cours qui est aujourd'hui celui du grand fleuve ; la pression du lac sur les monts de Cristal a, en effet, rompu la digue de ceux-ci : les eaux amassées en arrière s'y sont violemment ouvert un passage, dont elles nivellent encore les aspérités et se précipitant vers la côte à travers la plaine littorale ont fait un estuaire de quelque ancienne vallée envahie ; le Stanley-Pool, à la porte même du couloir des monts de Cristal^ le lac Toumba, le lac Léopold II, plus en amont, sont autant de témoins pour affirmer que le drainage de la cuvette congolaise est encore inachevé ; comme dans la plaine hongroise en amont des Portes-de-Fer, nous saisissons ici un régime de transition » (2).
C'est exactement en face du village de M'Soumbi que le Congo pénètre sur le territoire français, dont il formera la frontière naturelle presque jusqu'à son embouchure. En ce point, c'est-à-dire à quelques kilomètres du confluent de la rivière Léfini, il a déjà une largeur de 5 à 6 kilomètres, mais son lit est encombré d'un grand nombre d'îles boisées. C'est alors une immense nappe d'eau qui s'avance majestueuse-
(1) Dujour, Voir Annuaire du Congo, pour 1906.
(2) H. Lorin, V Afrique au début du XX^ siècle, p. 79.
ment vers le sud- ouest et qui s'étale jusqu'à 18 kilomètres de largeur. Bientôt cette largeur diminue. Le fleuve doit, en effet, se frayer un chemin à travers une barrière montagneuse. (( A son confluent avec le N'Kéni, il n'a plus que 9 à 10 kilomètres de large, et bientôt il longe les falaises escarpées et crayeuses dont les parois, analogues aux falaises des environs de Douvres, constituent le fameux Stanley-Pool » (1). Les dernières assises des monts de Cristal ont été rongées par l'effort séculaire du fleuve qui remplit de ses eaux cette vasque de 210 kilomètres au milieu de laquelle apparaît la grande lie centrale de Bamou. « Le lac, immense comme une petite mer intérieure, écrit le colonel Thy s, est entouré de montagnes boisées dont les contours s'évanouissent dans un lointain bleuâtre. La vue s'étend librement, d'abord sur la partie du Pool qui termine en aval la grand expansion du fleuve. Au delà, la vue est bornée parles hauteurs de la rive française aux pentes couvertes de verdure et sur laquelle tranchent les aspérités blanches des falaises que Stanley a nommées, /)oifer- Clipps, à cause de leur ressemblance avec les rochers de la côte anglaise de Douvres ».
Au lac Stanley, sur les bords duquel sont à gauche Léopoldville et à droite Brazzaville, commencent les rapides qui obstruent le Congo inférieur sur un parcours d'environ 450 kilomètres et qui sont connues sous le nom de chutes de Livingstone, empêchant toutes communications directes entre la côte et l'intérieur du pays. Le fleuve s'étend en larges cuvettes où ses eaux tournaient dans un cirque de rochers ;
(1) C. Guy, dans Les colonies françaises, sous la direction de M. Petit, t. II, p. i4.^
puis, les chutes de Yellala une fois franchies, le Congo se termine, à travers deux rideaux de forêts qui arrêtent la vue à droite comme à gauche. C'est à Manyanga que se trouve la limite de nos possessions.
Le fleuve, longeant ensuite les stations belges de Matadi, de Boma et Banana, entre bientôt en contact avec l'Océan, dont la marée retarde le courant fluvial et en exhausse le niveau.
Les affluents de droite du Congo. — Le Congo, dans l'étendue de son cours comprise en territoire français, reçoit un certain nombre d'affluents dont les principaux sont :
L'AHma (dont le bassin appartient à la 20/ie secondaire subeqiiatoriale) ;
La Likouala-Mossaka ;
La Sangha ;
LaLikouala-aux-Herbes ;
L'Oubangui, sans parler des affluents qui se jettent dans le grand fleuve en deçà de la Likouala-Mossaka et, faisant partie de la région de Brazzaville, se rattachent à la zone secondaire subéquatoriale, comme nous le verrons plus loin.
La Likouala-Mossaka a été parcourue presque entièrement en J884 et 1885 par la mission scientifique dirigée par Jacques de Brazza. Elle a, dit-on, une longueur de 650 à 700 kilomètres, dont plus de 300 sont navigables ; le débit de cette rivière est de l.lOO mètres cubes par secojade. Elle reçoit ellemême divers affluents qui sont à droite, le Lekoli ; la Lebaï N'Ghié, grossie elle-même de la Lebaï-Okoua (rivière de sel); de la Likoua et son affluent ; la Lebaï-N'Gouko ; la Likouala N'Goyo, et enfin la Mossaka, qui donne son nom à la rivière.
2ùi\ CONDITIONS DE LA VIK SOCIALE AU CONGO FRANÇAIS
La Sangha, — La Sangha ou Massang-ha est un des plus importants affluents du Congo. On estime son cours de 1.600 à 1.700 kilom. En amont du 4°, à la rencontre des premiers effleurements granulitiques qui donnent les rapides de Bania, la Haute-Sangha — qui fait partie de la troisième zone, le Congo transéquatorial ou Haut- Pays — est navigable jusqu'à Carnot, sauf la difficulté du passage sur de nombreux bancs de sable. Elle draine dans celte zone collinaire et très accidentée un grand nombre de rivières marécageuses cachées sous un épais rideau de forêt : la Nana, la Mambéré, la Liboumbi, etc. ; grossie notamment de la Mambéré, qui est en quelque sorte la mère originelle et qui arrose notamment Carnot et Bania, elle descend du nord au sud quelques méandres d'une courbe peu accentuée, en arrosant Nola, N'Dongo, Ouesso (au confluent de la N'Goko), Piconda. Quand elle se jette dans le Congo, la Sangha débite environ 3.000 m. c. d'eau. La Sangha est elle-même grossie de la Kadeï, qui passe aux environs de Bakoundé, la N'Goko, la Bali et quelques autres rivières secondaires.
La Likoaala. — C'est le capitaine Jobit, aidé du lieutenant Demars qui a démontré qu'il n'existait aucune jonction naturelle entre la Sangha et la Likouala aux Herbes, sauf celle qui doit forcément s'établir, à la saison des pluies, entre les marais de boue qui séparent les deux rivières. La Likouala aux Herbes est d'abord un petit ruisseau, dont les sources ne sont pas exactement connues et que les dires des indigènes placent assez loin dans le nord. C'est un cours d'eau guéable, qui s'élargit rapidement jusqu'à avoir 120 mètres de large. Il se divise fréquemment en plusieurs bras et trace de nombreux méandres, tout en conservant une direction du nord au
sud, sensiblement parallèle à celle de la Sangha. De nom breux bras^ dont quelques-uns navigables, se détachent verS la Sangha et FOubangui. Dans les cinquante derniers kilomètres de son cours, la Likouala oblique nettement vers la Sangha dans laquelle elle se termine par deux embouchures, non loin de la factorerie de Bohengué, établie par la Compagnie française du Congo. La Likouala, remontable par des vapeurs sur une partie de son cours, est une voie navigable, d'un accès relativement facile, grâce à la profondeur constante de ses eaux.
LOubangiti. — Le M'Bomou Oubangui est la grande voie de pénétration vers le Haut-Nil ; il appartient à la fois à la zone du Congo transéquatorial ou Haut-Pays jusqu'aux rapides de Zinga, et à la zone des grandes dépressions équatoriales, depuis les rapides de Zinga jusqu'à Djoundou.
L'Oubangui est formé de la réunion de deux cours d'eau, rOuellé et le M'Bomou qui tous deux arrivent directement de l'est.
Parallèlement à l'équateur et à environ 3 degrés 1/2, au Nord, coule la première rivière qui prend successivement les noms de Kibali, Makoua et Quelle et dont le cours appartient entièrement au Congo belge. Une fois constituée par une multitude de petits ruisseaux, elle coule dans une plaine herbeuse très mouvementée et franchit par une série de méandres des seuils et des barrages extrêmement élevés. A la saison des maigres, les eaux sont limpides et se glissent péniblement à travers les roches ; mais, à Tépoque des crues qui atteignent 5 mètres de hauteur, les eaux limoneuses se précipitent avec une grande rapidité. De nombreuses îles, qui sont toutes habitées, émergent du lit de cette rivière.
224 COXDITIOXS DE LA Vlli SOCIALE AU CONGO FRANÇAIS
Quant au M'Bomou, grossi du Chinko, c'est un puissant cours d'eau qui vient se joindre à l'Ouellé, après avoir coulé plus au nord,, et avoir, en formant la limite entre l'Etat indépendant du Congo et le Congo français, ouvert, par ses affluents de droite un chemin vers le Ghari, et par ceux de gauche vers le Bahr-el-Gazal. Près de son confluent, le M'Bomou reçoit le M'Bili, barré lui aussi par de nombreuses chutes et rapides. Toute cette région est donc admirablement arrosée et les cours d'eau sillonnent le sol comme les mailles d'un gigantesque filet. C'est sur les biefs utilisables du M'Bomou que se trouvent les grandes résidences du Haut- Pays : Sémio, Rafaï, Bangasso, arrosé par les affluents du M'Bomou, le M'Bokou, la Moi, la Ouarra, le Chinko, le Bari ou Bali, etc.
L'Oubangui, une fois formé, coule d'abord dans un pays plat et coupé de rivières peu profondes. A Sétéma,il traverse une première série de lignes rocheuses, au milieu d'un site tourmenté et sauvage d'une grandeur indescriptible. Etalé sur trois kilomètres dans les biefs, le cours de l'Oubangui se rétrécit jusqu'à 330 mètres dans le couloir rocheux de Sétéma.Puis, après s'être de nouveau fait un passage à travers les roches, il s'étale largement jusqu'à avoir plusieurs kilomètres d'une rive à Tautre, il se heurte de nouveau aux collines de Mokoangay. Les grands centres de Ouango, de Mobaye, de Kouango et de Bembé commandent cette région, arrosée par les affluents de la Kotto, le Kouango, la Kémo, grossie elle-même de la Tomi, qui baigne Krébedjé, l'Ombella, dont le confluent est situé près du centre important d'Ouadda.
Enfin, après avoir fait une troisième série de chutes à
Zongo, rOubangui entre, à partir de Bangui, dans la grande cuvette du plateau central et s'écoule rapidement vers le sud par des rapides qui se succèdent sur une étendue de 100 kilomètres, rapide de Belli, rapide de Longo, etc. La MToko, son affluent, marque, en quelque sorte, la limite entre les deux régions naturelles du Congo transéquatorial et des grandes dépressions équatoriales. L'Oubangui atteint bientôt le Congo à Djoundon, après avoir été grossi par la Lobaï et avoir arrosé Bousembi, Lissongo et Impfondo. A ce moment, le fleuve a parcouru environ 2.500 kilomètres et son débit moyen est de 8.000 mètres cubes par seconde.
Les affluents de rOubangiii. — Les principaux affluents de rOubangui sont :
La Kotto, dont le cours fut reconnu par M. l'administrateur Superville (1).
Le Kouango ;
La Kémo ;
L'Ombella ;
La M'Poko ;
La Lobai.
Le cours supérieur du Kouango, qui est vraisemblablement constitué par la Ouaka n'a pas été reconnue ; au printemps de 1901, M. le lieutenant-colonel Destenave a envoyé, sur les indications de M. Bruel, M. le capitaine TrufTert, faire une reconnaissance dans cette direction (2).
La Kémo prend sa source au Kaga Bayérè, coule vers
(1) Superville, De iOubangui à N' délié par le bassin de la Kolto (La Géographie. . ., tome VIII, 1903, p. 13-22).
(2) Bruel, U occupation du bassin du Tchad, région du Haut-Chari, Moulins, 1902 (juin), in-80, p. 33.
l'ouest pour s'infléchir ensuite vers le sud. Elle passe dans une vallée encaissée, resserrée par des collines qui la dominent d'une centaine de mètres environ. Des éperons de gneiss granitoïde la barrent presque complètement en certains endroits et rendent toute navigation impossible, comme MM. Dybowski et Gentil l'avaient constaté depuis longtemps en aval.
Son affluent, la Tomi, est la vraie voie de pénétration vers le nord, c'est celle que nous avons utilisée. Elle est excessivement sinueuse et, près de son embouchure, elle est coupée par quelques petites chutes qui sont franchissables en toute saison ou peu s'en faut, et, sauf les années exceptionnelles, les pirogues et les baleinières peuvent remonter toute Tannée à Fort-Sibut. Les Gbaggas l'ont coupée par de grands barrages de pêche, fort bien construits (M. l'Administrateur en chef Fourneau affirme en avoir vu d'identiques dans la Mamberré- Sangha) ; ces barrages sont fort rapprochés : il y en a quatorze sur moins de vingt-cinq kilomètres de rivière.
L'Omhella, qui prend sa source tout près de celle de la Tomi est formée par la réunion de quatre cours d'eau d'importance presque égale : la lambéré, la Fafa, la Sy^ et la Baba. Son cours n'a jamais été remonté tout entier en pirogue, ce qui fait qu'il est impossible de dire quelle est sa navigabilité et par suite son importance comme voie de pénétration. C'est une reconnaissance hydrographique intéressante à faire, car par là on pourrait peut-être se rapprocher de la Fafa, affluent de la Oua (Bahr-Sara) et décharger un peu la route de ravitaillement ordinaire. Mais ce ne sera jamais qu'une voie de pénétration accessoire.
La Mpoko, qui est appelée Bali dans son cours supérieur,
prendrait sa source par 6'' nord environ au Kaga Bigoua, d'où descendrait aussi une rivière Bili ou Bi. M. l'Administrateur Rousset, qui a exploré la Mpoko, croit qu'elle est la Lobaï, les indigènes lui ayant dit qu'elle allait directement à TOubangui. Ne serait-ce pas plutôt la Konga, dont le cours inférieur a été remonté en 1888 par M. Dunod et qui se jette dans la Mpoko tout près de son embouchure ? D'ailleurs nous savons depuis l'exploration de M. Fredon que la Lobaï vient des environs de la Sangha.
La Mpoko est encombrée de rapides dans tout son cours, car elle coule dans une vallée étroite et M. l'Administrateur Rousset a découvert, au printemps 1901, qu'elle s'est frayé une route à travers les contre-forts des Kaga Dama et Tounga, qui la dominent de 150 à 200 mètres. Près de Dendè, où il l'atteignit, la Mpoko est coupée sur plus de 500 mètres par des chutes et des rapides d'une extrêoie violence, et, quelques kilomètres plus bas, il estime qu'elle a une dénivellation de vingt-cinq à trente mètres sur un parcours de 3 à 400 mètres seulement. Il y a donc là, non plus des rapides mais bien des chutes importantes. En aval, il semble qu'elle est seulement encombrée de rapides nombreux et fort difficiles. En septembre 1891, M. Nebout avait dû renoncer après cinq ou six jours de vains efïorts à remonter cette rivière au courant violent : et en janvier 1901, M. le capitaine Brunet n'a pas été beaucoup plus heureux ; en cinq jours, il n'avait pu le remonter que sur environ SO*' de latitude et encore avec beaucoup de peine. Ce n'est donc pas une voie de pénétration vers le nord.
Navigabilité de rOuhang^n. — Tandis que la plupart des rivières secondaires qui alimentent TOubangui sont torren-
228 COxXDITIONS DE LA VIE SOCIALE AU CONGO FRANÇAIS
tielles, coupées de rapides, encaissées dans d'étroits « campons » à riche végétation forestière que dominent les plateaux ferrugineux couverts de taillis et de steppes, l'Oubangui est remontable jusqu'aux rapides de Zongo qui peuvent euxmêmes être franchis en pirogue pendant l'hivernage . Pendant la saison sèche, l'Oubangui inférieur, large de plus de 3 kilomètres, n'a guère que 1 mètre de profondeur, et il est obstrué par des bancs de sable ; mais pendant l'hivernage, les eaux s'élèvent à plus de 6 mètres. Des îles boisées^ des bancs de sable, des manjots masquent si bien l'embouchure que nombre d'explorateurs, Grenfell et Clozel entre autres, ont pénétré dans l'Oubangui^ jusqu'à 180 kilomètres au nord, en croyant naviguer sur le Congo, et que d'autres ont continué leur route jusqu'à Equateurville, alors qu'ils voulaient au contraire gagner le Comptoir de Bangui.
Ces rivières contribuRut à faire du Congo le plus admirable réseau de navigation de toute l'Afrique ; aussi bien, tous ces cours d'eau permettent aux si denses populations de la forêt des déplacements rapides en tous sens.
En somme, comme nous l'indiquions au début de ce paragraphe, le trait caractéristique de cette région est la puissance hydrographique : « Le Bas-Oubangui sur un cours de 700 kilomètres depuis les rapides de Zinga jusqu'à Djoundou, coupe la grande forêt de son lit magnifique d'une largeur moyenne de 3 kilomètres, importante voie de pénétration vers le haut pays.
La Sangha, elle aussi, depuis Bania, grossie de la N'goko et de la Bali, deuxième grande artère, traverse la forêt pour aboutir à la région marécageuse, inondée, coupée de canaux de communication de lagunes et de marécages. Dans son
delta indécis une série de bras, le canal de N'Sébé, celui de Missongo, la rivière Licona, le canal de l'Ikenzi relient le fleuve aux rivières voisines, la Likouala Mossaka, l'Alima et la Likouala aux Herbes » (1).
Zone secondaire subsquatoriale : région de Brazzaville.
Une région toute particulière, celle des plateaux gréseux Batékès, se sépare nettement de la précédente par sa structure et son aspect pour se rapprocher des pays belges Bakongos : c'est comme une enclave au sud de la région que nous venons d'étudier. Le pays est découvert et sablonneux et on y retrouve les montagnes de grès tendre qui sont la prolongation de celles que l'on trouve sur l'autre rive. Seulement, dans les ravins encaissés et les vallées subséquentes, de larges couloirs de forêt donnent un refuge aux villages et aux plantations et nourrissent les essences caoutchifères.
L'Alima, la N'Kéni N'Kéni, la Léfîni, le N'Djoué apportent au Congo les eaux des plateaux Batékès. Ce sont des rivières au cours accidenté.
L'Alima, dont la vallée explorée par MM de Brazza et Dallan, en 1878, et dont le cours assura longtemps nos communications avec rOcéan, au moyen d'un portage de 150 à 200 kilomètres entre Franceville sur FOgôoué et Diélé sur l'Alima, a une longueur d'environ oOO kilomètres ; c'est une belle rivière pendant la saison sèche, mais noirâtre pendant
(1) Dujour, op. cit.
l'hivernage. Descendue du plateau des Achicouyas et formée par la réunion des rivières Diélé et N'Gampo, elle coule d'abord vers le nord-est, puis vers l'est, et enfin vers le sud. Elle se termine dans le Congo par un vaste delta à 350 kilomètres au nord-est de Brazzaville, après avoir reçu de nombreux affluents dont les plus importants sont la Lékcti etleM'Pama. C'est la grande voie de communication de la côte au Congo par les vallées du Niari-Kouilou et de FOgôoué^ avec lesquelles elle communique directement. Son débit est de 1.000 mètres cubes par seconde.
A cette région se rattachent, comme il vient d'être dit, les cours supérieurs de rOgôoué et du Niari qui descendent du plateau des Achicouyas pour se diriger vers l'Océan, coulant en sens inverse des affluents congolais. Le bassin du Niari traverse au pied des grès rouges le bassin calcaire de Komba dont la teneur en minerais de cuivre vers Mindoulia été signalée depuis longtemps déjà.
C'est dans cette région que se trouve Brazzaville. De par sa situation même à l'origine du Congo navigable et au débouché de l'énorme réseau fluvial qui draine une si importante partie du continent africain, Brazzaville devait forcément devenir le centre de l'activité commerciale de la colonie.