CARTE DES POPULATIONS
certaines tribus prolifiques, comme les Pahouins, Taccroissement rapide de la population vers la mer accéléra ce mouvement : l'extension se fit du reste avec d'autant moins de résistance du côté des peuplades déjà amollies par la vie plus facile, les excès et les vices que leur communique le contact des Européens. Les Loangos, qui formaient, au siècle dernier, une race fière et courageuse, sont maintenant lâches, voleurs et paresseux, et cent ans de domination européenne et d'alcool ont suffi pour les amener à une décadence complète et à leur prochaine extinction. Les Mpongwès ont presque entièrement disparu, de même que les Bengas, les Kombés, inondés sous les flots de l'invasion pahouine.
L'intérêt prend, du reste, souvent d'autres formes que celle du commerce. Chez les Musulmans du Soudan, c'est le prosélytisme religieux ou plutôt Tappât des terres plus grasses et plus fertiles de la région fluviale. Chez les N'Sakaras, c'est affaire de cuisine : leur goût du gibier humain les entraîne tous les ans à des guerres contre leurs voisins les Boubous.
La conséquence de ces divers mouvements est que, en cer-' tains points, régnent des zones de compression de tribus, sans lien commun de parenté, accumulées les unes contre les autres par une poussée d'ensemble. Ainsi, nous voyons s'écraser à la côte et s'y éteindre les^Bomoudi, une fraction des Bosgyéba, les Kombés, les Mabéa, les Bengas, les Boulons, les Mpongwès, et plus au sud, les six tribus venues des Mpongwès, toutes refoulées dans l'innombrable invasion des Pahouins.
Vers la côte de Loango, sur une profondeur de 400 kilomètres, se pressent sept peuplades qui n'ont rien de commun
344 CONDITIONS DE Lk VIE SOCIALE AU CONGO FRANÇAIS
entre elles, ni caractères physiques, ni coutumes, ni langues : Bavili, Bayombé, Bakamba, Basoundi, Bakongo, Ballali, Batéké.
En pénétrant vers l'intérieur, la compression diminue. Les Batéké sont fort à Taise sur leurs plateaux, d'où ils se sont dirigés vers le Stanley-Pool, tandis que, de l'autre côté du couloir, les Bayandzi couvrent une énorme surface de terrains, avec leurs ramifications, Bolobo, Bouga, Bafourou, Bobanghi, Bangha, auxquelles on pourrait rattacher, malgré de notables divergences des types de transition qui occupent la moyenne Sangha et le bas Oubangui.
Au-dessus de Bangui, nouvelle zone de compression, composée de plusieurs couches de populations échelonnées les unes derrière les autres et refoulées vers le sud par la lente invasion des Musulmans du Soudan. C'est d'abord tout à fait, au bord de i'Oubangui, une étroite bande de peuplades assez disparates, Sabangas, Ouadas, Banziris et Bourakas, Sangos et Yakomas. En arrière s'étend de Test à l'ouest un formidable front de bataille entre la Sangha et le Chinko et qui est composé d'une chaîne de tribus de même race et presque de même langue, les Ndérés, les Langouassis, les Ngapous, les Bougons, les Gabous. En arrière vient encore une masse compacte de fétichistes exposés, directement aux entreprises et aux razzia, les Musulmans de l'Adamaoua, du Bornou, du Baghirmi, du Ouadaï, du Darfour. Ce quadruple plan se pousse de proche en proche et vient s'écraser sur les bords de I'Oubangui ; car, de l'autre côté de ce rempart, de nouvelles tribus en défendent le passage.
Et parmi toutes ces tribus, quelle variété de types, de coutumes, de dialectes. « Voici les Bakanba aux formes épaisses
Femme pahouine du Campe
et charnues, à côté d'eux, lesBasoundi, et surtout les Bakongo, aux traits fins et intelligents, au front saillant, aux membres vigoureux, malgré leur gracilité. Voici également les Ballali actifs tout petits, aux formes quasi-féminines ; à côté d'eux, les Batéké à la haute taille, à Tallure dégingandée et paresseuse. Et combien tous ces gens diffèrent encore desBayandzi, beaux hommes, vigoureusement découplés, à la poitrine développée de pagayeurs, au front large, mais bas, à la tête ronde » (1).
Au moral, les divergences sont plus grandes encore : le Pahouin est le brocanteur retors qui fait le petit commerce^ marchande pendant des heures et des jours avec la plus mauvaise foi du monde ; les Bakongo sont voyageurs, commissionnaires, brasseurs d'affaires, débattant de gros intérêts avec vivacité, mais non sans quelque largeur d'idées ; les Ballali sont de petits agriculteurs économes, qui visent au bénéfice raisonnable, mais honnête ; les Batéké sont gens d'importance, répugnant au travail manuel ; le Mobangui est l'homme d'audace, qui fait le voyage au loin, trafique d'esclaves avec ceuxci, d'ivoire avec ceux-là, connaît les produits qui font prime sur tel ou tel marché ; les Baloï et surtout les Bondjos sont des ventres : c'est tout ce qu'il y a de plus bestial en fait d'anthropophagie.
Il y a des degrés jusque dans l'anthropophagie elle-même. « Les uns, comme les Pahouins, dévoreront l'ennemi tué à la guerre, par manière de représailles, ou afin d'hériter de ses vertus et de sa valeur : il n'y a pas longtemps que les héros de V Iliade n'en faisaient plus autant. D'autres sont anthropo-
(1) Cureau, ihid., p. 603.
phages par rencontre : la faim, l'occasion..., quelque diable aussi les poussant : tels les Banziris, Sangos, et Yakomas. Les N'Sakaras avancent d'un degré de plus, ils font la guerre pour se procurer la viande humaine. Quant aux Bondjos, aux Langouassis, aux Bougons, ils tuent pour manger ; ils achètent des esclaves pour la cuisine, ils se tuent entre eux ; dans certaines tribus au nord de l'Oubangui, les hommes dispersés ,dans la brousse par petits groupements de cases, vivent dans une alerte perpétuelle, de case en case, exposés aux embuscades de leurs voisins.
De ce rapide aperçu, on concluera qu'il est bien difficile, dans un ouvrage de l'étendue de celui-ci, de passer en revue les divers types de populations qui abondent au Congo français, et dont il est même difficile de déterminer le chiffre (1) : aussi bien serait-on réduit souvent à une énumération à la fois fastidieuse et inutile, et nos connaissances actuelles ne nous permettent-elles pas souvent d'établir des rapprochements, voir même d'essayer de dégager des affinités. Nous nous proposons simplement de présenter les principales tribus que l'on rencontre :
1^ Dans la zone de compression cotière ;
2" Bans la zone des plateaux ;
3*^ Dans la zone de compression fèiicho-musulmane^ sur les extrêmes confins de nos possessions congolaises.
(1) Une statistique officielle adressée au ministre des Colonies au début de 1905, indiquait un total de 200.000 indigènes recensés, et évaluait la population indigène d'une façon globale à 8 millions d'individus.
I* — La zone de comprei§»Siioii eôtièpe.
La plupart des populations, que nous avons vu se réfugier dans la zone de compression côtière, succombent sous l'invasion pahouine, dont les premiers flots commencent à apparaître sur rhorizon du Kouilou.
Village pahouin de N'komakak.
Les Pahouins
Les Pahouins ou M'Fans habitent depuis peu le pays et constituent une population encore sauvage. Autant qu'on en puisse préjuger d'après les renseignements que nous possé-
dons, les Pahouins, qui ont envahi le Bas-Ogôoué jusqu'au cap Lopez^ et le moyen Ogôoué vers Boué^ sont venus du Haut-Oubangui. Ils ont émigré vers l'ouest, poussés par la conquête musulmane, les attaques des Bayas et la recherche des pays riches. Leur marche fut coupée en deux tronçons par l'invasion Banda du nord-est. La migration des Baya- Mandjia du nord et de la Oua rejeta le groupe ouest des Pahouins vers laSangha. Aune époque plus récente, les M'Fans de la Sangha sous la poussée des Foulbés, venant du nord, et du N'Diré, venant de Test et du nord-est, ont repris leur marche à travers la forêt et fait la conquête de l'Ogôoué tant par infiltration que par suppression des races autochtones.
Le type du Pahouin a été maintes fois décrit par les voyageurs qui ont exploré ces régions (1).
Le Pahouin est de taille élevée, il a la figure énergique, les yeux expressifs, le nez gros mais non écrasé, quelques-uns même ont presque un nez aquilin. Leurs lèvres ne sont que très peu épaisses : la couleur du visage est celle du café au lait un peu foncé, leurs dents sont limées en forme de pointe, ce qui est encore considéré comme signe évident de leur cannibalisme. Mais, lorsqu'on les interroge, ils répondent que c'est là chez eux une fantaisie et ils repoussent énergiquement Faccusation portée contre eux.
Ces indigènes se tatouent et portent comme coiffures de véritables casques faits en peaux d'animaux recouvertes de perles, de coquillages, etc. Ces casques sont visibles de loin.
(1) Voir notamment : Roche « Au pays des Pahouins » {passim). Duboc, « La mission du golfe de Guinée (Races, mœurs) » {Revue coloniale, nouvelle série), 1903 \%Â, p. 249. Cureau, Rapport sur les travaux de délimitation du Congo-Cameroun 'Revue coloniale, nouvelle série, 1902-1903, p. 407.
aussi les recouvrent-ils d'un morceau de pagne plus ou moins sale pour se dissimuler plus facilement aux regards de leurs ennemis. Cette précaution est prise surtout par les habitants des bords du M'Tem.
Habituellement, les Pahouins de la côte cherchent à emprunter, dans la mesure du possible, le costume des Européens. Pourtant ils paraissent moins envieux de nos vêtements que ne le sont les autres races en contact avec nous. Dans Tintérieur, là où l'argent des blancs a pu pénétrer, l'indigène emploie un morceau de pagne attaché par une ficelle autour des reins ; quelques-uns même, les plus riches, ont comme vêtement unique, soit un tricot, soit une cburte chemise.
Plus loin encore, là où il n'existe aucune trace de notre civilisation, on se sert d'un pagne d'écorce battue qui est passé entre les jambes et maintenu par une liane.
L'armement du M^Fan^, tel que l'ont dépeint Crampel et du Ghaillu, est au point de vue défensif un bouclier en peaux d'oreilles d'éléphants ou en osier, un bambou et un long et large couteau. Le manche est en bois, la lame, longue de 30 centimètres, est large de 8 à 10 centimètres, le couteau est fixé dans le porte-sabre.
Pour l'offensive, ce sont la lance et la sagaie, une arbalète très bien confectionnée, avec de petites flèches en bois dur, dont la pointe est enduite d'un poison mortel. Ils ont, en outre, une arme de forme singulière dont ils se servent avec beaucoup d'adresse, c'est une sorte de large couteau à plusieurs lames, disposées autour d'un point central, les unes droites et pointues, les autres courbées et arrondies et aiguisées sur toutes leurs faces. Ils lancent ce couteau horizontalement de façon à atteindre l'ennemi au cou, ils manquent
rarement leur but. Cet armement primitif est délaissé maintenant, car les indigènes sont armés du fusil à piston ou du fusil à pierre.
Le fusil à piston est fort prisé et à part quelques tribus des bords du M'Tem et quelques pauvres diables des autres régions qui emploient le fusil à pierre, il est celui dont se servent les Pahouins.
On peut à juste titre, en raison des réserves de la convention de Berlin, s'étonner de voir les nègres armés de fusils à tir rapide, mais il faut songer que les commerçants européens en rivalité constante pour accroître par tous les moyens possibles leurs achats de caoutchouc et d'ivoire doivent employer la marchandise de traite la plus recherchée des producteurs et que, pour réussir, ils se soucient peu de la prohibition. L'indigène ne manque jamais de capsules, provenant des manufactures allemandes, belges ou françaises.
Quant aux projectiles, tout sert au MTan pour charger son arme. Le canon du fusil est bourré jusqu'à la bouche de morceaux de fer, de cuivre ou de plomb de la grosseur du doigt. En cas de nécessité absolue les manilles sont coupées en petits morceaux. Ces projectiles appelés vulgairement « pieds de marmite », causent souvent de très graves blessures et leur extraction est très difficile.
Le village pahouin est construit sur un emplacement débroussé de la forêt, généralement à flanc de coteau et de façon à n'être commandé par aucune élévation, la plupart du temps à proximité d'un cours d'eau. Il est composé de deux rangées de cases rectangulaires, séparées entre elles par une large allée centrale^ bien alignée. La case est construite en bambous fendus en deux, fichés en terre et réunis par des
perches placées horizontalement et rehées aux premières au moyen de lianes. Elle est couverte en feuilles de romègues, sorte de bambou dont la feuille est aussi longue, plus épaisse et un peu moins large que celle du maïs. Le toit à double pente est construit de la même façon que le corps du bâtiment. Sur les deux plus grandes faces, sont ménagées des ouvertures qui permettent Tentrée du local.
Types M'Pongwé du Gabon
On ne connaît guère aux M'Fans d'autre industrie que celle du fer et encore n'est-ce que plus loin que le 9° méridien que le fer est travaillé très sérieusement. Quoi qu'il en soit, les couteaux de guerre faits entièrement par eux sont très bien confectionnés. Les femmes fabriquent une sorte de poterie
grossière à peu près semblable pour la forme aux ustensiles européens dits : pot-au-feu ; il est juste d'ajouter que dès qu'elles entrent en contact avec les blancs, toutes les familles se procurent des sortes de marmites en fer ou en fonte que leur vendent les traitants. Elles fabriquent également une courte cuillère en bois ayant la forme d'un cône renversé faite en un bois très tendre et qu'il est de bon goût d'orner de cuivre jaune. Il e^ bon d'ajouter que l'indigène mange peutêtre la première bouchée de son brouet avec cette cuillère mais il la laisse bientôt de côté pour prendre sa pitance avec la main. Outre les couteaux ils fabriquent également quelques sagaies mais ces sortes d^armes sont reléguées au fond des cases et il est excessivement rare que l'on en fasse usage. Les villages situés à proximité des cours d'eaux ou fleuves importants, fabriquent de petites pirogues peu profondes larges de 0 m. 70 et longues de 2 m. 50 à 3 mètres. Ces pirogues sont employées soit pour la pêche, soit pour aller d'une rive à une autre, mais il ne saurait être question pour les Pahouins de descendre un fleuve jusqu'à son embouchure. Ces pirogues sont très peu nombreuses car le M'Fan ne se livre aux travail que lorsque la nécessité l'y oblige. Dans le même ordre d'idées, ils fabriquent des pagaies grossières.
Ils possèdent aussi le génie du commerce, et leur patience au marché n'a d'égale que leur malhonnêteté en affaires.
Nous ne saurions, pour terminer, résister au plaisir de citer un fragment du pittoresque portrait du Pahouin que nous a, dans une de ces intéressantes monographies dont il est coutunier, tracé M. le D' Cureau.
« Il subit dans sa race la profonde impression mentale de la forêt. L'habitation continue de longues séries de générations
SOUS ces voûtes sombres, parmi ces broussailles propices aux embiiches, l'existence sans cesse disputée à la forêt, cette sorte de captivité dans une prison végétale qui enserre l'esprit et entrave la liberté du mouvement, ont donné au Pahouin la circonspection, la méfiance, les instincts barbares, le courage et un idiome qui, dans ses accentuations à la fois nasales et gutturales, reflète tous ces instincts du rude homme des bois. Il n'est point foncièrement méchant, certes, ni cruel. Il est anthropophage à Toccasion, mais seulement par représailles de guerre. II se défie de tout ; sa vie est une alerte continuelle. Il choisit pour construire son village, l'endroit d'abord le plus malaisé et le plus abrupt. Il le forme de deux rangées ininterrompues de cases ménageant entre elles une longue et large allée et flanquées aux deux extrémités de sortes de blockhaus de construction robuste. Généralement le village est à cheval sur un mamelon environné de plantations. Or qui a vu les plantations de Pahouins sait qu'il est fort mal aisé de s'y mouvoir, attendu que, après débroussement, elles restent à l'état d'abatis, servant à défendre les approches. Il est impossible de parvenir aux premières cases sans être depuis longtemps signalé.
La police de la forêt est très bien faite. Il y a des espions, qui étudient les mouvements de tout être insolite, animal ou humain. Il y a les intelligences entretenues parmi les tribus voisines et dans les postes européens. Il y a les tambours de guerre, avec batteries conventionnelles. Il y a les sentiers cachés, dans lesquels, partant des sentiers frayés, on ne s'engage qu'en sautant par-dessus un tronc d'arbres, une touffe de fougères, ou en rampant à plat ventre sous un épais buisson.
L'existence inquiète du Pahouin l'a rendu sournois, menteur, circonspect, renfermé, de mauvaise foi. Sa conduite obéit à je ne sais quels intérêts obscurs, à quelles considérations tortueuses. 11 soupçonne toujours chez autrui une intention de lui nuire. La question la plus anodine provoque souvent de sa part une réponse ambiguë ou sciemment fausse » (1).
Le caractère ombrageux de cette race, sa fourberie, son esprit querelleur et batailleur nous créeront beaucoup d'ennuis ; mais, en éclaircissant ses forêts^, en y faisant le jour, en y perçant des routes, nous tiendrons stratégiquement ces tribus remuantes et nous exercerons sur leur moral la pression lente, mais sûre, qui nous en fera des auxiliaires, longtemps encore mal commodes sans doute, mais pourtant utiles à l'exploitation de la partie si riche de notre colonie, qu'ils occupent.
Les M'Pongwés et les Bengas.
Les M'Pongwés ou MTongoués, ont presque entièrement disparu ; à l'heure actuelle, il en reste à peine au Gabon, deux ou trois représentants de race pure ; les autres tribus sont de sang mêlé. Les maladies, provenant principalement de la scrofule, du miasme tellurique, de l'abus des liqueurs fortes et de Favortement ont si bien éclairci les rangs de ce peuple, qu'il n'a pu lutter contre l'envahissement desM'Fans,
Aux M'pongwés proprement dits ou Gabonais se rattachent
en effet les Ajiimbas, les Oroimgoiis, les N'Koimi, étabhs
j (1) Gureau, article cité.
dans la région de Fernan-Vaz et dans le haut delta de rOgôoué, les Galoas^ les Inengas^ que l'on rencontre particulièrement vers Lanibaréné, les Chekianis.
Chez les M'pongwés comme dans les autres peuplades, l'homme libre ne travaille pas ou du moins travaille le moins possible ; il chasse, pêche ou fait palabre. A la femme incombent les besognes les plus pénibles, les soins du ménage, les soins à donner aux animaux domestiques et aux plantations destinées à la subsistance.
La race M'pongwé est assez belle : les indigènes ont la peau d'une couleur bronzée, les extrémités un peu grêles,
mais bien prises, le front haut, l'œil clair, la physionomie intelligente ; contrairement aux indigènes des autres peuplades qui se distinguent entre eux de cette façon, les M'pongwés ne portent pas de tatouages.
Au même titre que les M'pongwés, les Bengas ou Bingas, dont proviennent les Koumbis, les Moiissedjis et les Egaras, établis au nord du Gabon principalement et un peu au sud de l'estuaire, représentent un reste de tribus qui ont dû finir devant les invasions des Pahouins et des Bakalais.
Les Ghakés
Tout le long de la rivière de TOgôoué, sur une partie de la rive droite et s'étendant vers le nord, en suivant un des affluents de ce fleuve, la rivière Tobé, la race Ghaké comprend les Bakalais^ les Bangoués^ les Okandas^ les Okotas . Adoumas et Ohambas. Ils sont d'une taille au-dessus de la moyenne et bien découplés ; ils ont eux aussi un tatouage spécial. Habitant autrefois sur les deux rives de l'Ogôoué, ils ont été chassés d'une partie de la rive droite par la tribu pahouine des Ossyébas. La plupart d'entre eux sont d'excellents piroguiers ; les Adoumas sont également de bons tisserands.
Les Loangos
Vers la côte de Loango, le long du littoral, dans le bassin du N'gounié et dans celui du Kouilou se presse un groupe hétérogène de peuplades qui n'ont rien de commun entre elles, ni caractères physiques, ni coutumes, ni langues: Bavili
OU Loangos, Bayombi, Bakamba, Basoundi, Bakongo, Ballali, Batéké.
Les Loangos vivent aussi retirés que possible, les souvenirs de la traite leur ayant fort peu donné le désir de fréquenter les Européens. Ils n'ont, d'ailleurs, pas de besoins et se contentent pour vivre des produits du sol ou de ceux de la pêche. La seule industrie à laquelle ils se livrent est l'exportation du sel qu'ils vendent à une autre tribu loango, les Bayakas. Les Loangos sont de belle taille et d'un naturel orgueilleux et fier, ils se considèrent comme les plus civilisés de tous les noirs. Ils sont marins et font le cabotage des côtes ; ils sont également porteurs et font le service des convois de Niari-Kouilou et de Brazzaville. Ils s'engagent volontiers pour aller en pays étranger et sont bons musiciens et tailleurs assez habiles. Chez eux, comme chez beaucoup de peuplades congolaises, la division du temps est quaternaire et non pas septénaire comme chez nous : le quatrième jour est le jour du marché. Les femmes occupent une grande place dans la tribu : elles ont, comme chez les Batékés, voix aux conseils et ont même le droit de choisir leurs époux. Cette race se développe beaucoup en nombre, à cause des soins que les mères ont pour leurs enfants dont la mortalité est presque nulle.