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II. — La zone des plateaux

Après la zone côtière^ la compression diminue en avançant vers rintérieur. Déjà les Atyo ou Batéké sont fort à l'aise sur leurs plateaux, d'où ils se sont écoulés vers le Stanley-Pool, pour prélever leur dime sur le commerce fluvial.

Les Batékés.

Les Batékés occupent le pays compris entre le Haut Niari, l'Alimaet le Congo, en descendant vers le Pool.

Les Batékés sont de petite taille, d'une sobriété extrême, ils vivent de manioc et de millet ; ils mangent aussi des fourmis blanches, des vers et des insectes, la viande leur faisant souvent défaut. Gomme beaucoup de leurs congénères, ils pratiquent le cannibalisme en temps de guerre et mangent les prisonniers ou les gens de leur tribu morts au combat.

Ce sont des travailleurs fort actifs qui se livrent principalement à l'agriculture, ne laissant aux femmes que les soins du ménage. Celles-ci, d'ailleurs, sont loin d^être traitées en esclaves et assistent même parfois aux conseils. Les Batékés vont également faire le commerce chez les peuples voisins, enfm ils s'engagent comme porteurs et sont d'excellents serviteurs de l'autorité française.

Comme vigueur physique, intelligence et activité commerciale, ils sont bien supérieurs aux indigènes de la région de Kaonga.

A l'exception de quelques groupements intéressants des Bassoundis, les villages sont de peu d'importance. Ils comptent de 15 à 20 cases en moyenne, cases de forme rectangulaire, étroites et basses, mal entretenues, d'une seule pièce, sans lit de bambous, ni de branchages.

(^ Les indigènes couchent sur des nattes à même le sol, autour d'un feu de bois humide dont la fumée éloigne les moustiques. Nulle recherche de confortable ni d'hygiène. Ils se nourrissent mal, car le poisson et la viande sont rares. Le

manioc et le banane, quelques patates arrosées de Malafou ou vin de palme constituent la base de leur alimentation. Aussi ces populations sont-elles en pleine décadence physique,

décimées par les affections de poitrine en saison sèche, par la variole et par la maladie du sommeil qui, depuis quelques années surtout, exerce de gros ravages dans tout le pays.

Les mœurs et les coutumes sont celles des tribus de la côte avec lesquelles les Bacongos et les Bassoundis sont en rapport constant par la voie des caravanes : condition analogue des femmes vouées aux travaux les plus rudes ; esclavage domestique de forme atténuée. L'esclave s'occupe prin-

cipalement de portage et des menus travaux du village, sa vie n'est pas sensiblement différente de celle de l'homme libre, dont il partage les repas ; il fait en quelque sorte partie de la famille.

L'autorité des grands chefs ou chefs de terre est purement nominale. L'unité politique est le village, dout le chef n'a conservé d'influence que pour le règlement des palabres toujours nombreux en pays noir et auxquels prennent part les hommes libres des villages intéressés. Le féticheur y joue un rôle prépondérant, notamment pour la recherche des coupables en matière de délits ou de crimes. L'usage de soumettre les prévenus à l'épreuve du poison est encore très répandu malgré la surveillance des agents de l'administration et les efîorts qu'ils déploient pour mettre fin à cette coutume barbare » (1).

Les principales peuplades sont, d'après M. Merlet :

« Au sud -est et à l'est de Kaonga les M'Sékés, au sud, en tirant sur Mauyanga, les Bacongos.

Dans la partie qu'arrosent les rivières Loungon, Dyessa et leurs affluents les Bassoundis qui se divisent en Bassoundis N'gaila que l'on trouve principalement aux environs de Missafo et vers la rivière Lonkougnié, affluent du Niadi-Quillou, les Bassoundis Bissi-Banda sur la Loungou et le cours supérieur de la rivière Dyessa.

Sur la ligne de partage des eaux, en se dirigeant vers le Tchiloango les Bassoundis Bissi-Banda et les Bagangalas.

Ces tribus, de mœurs et de coutumes peu différentes, bien qu'elles ne parlent pas les mêmes dialectes, tendent à mêler leurs villages et les marchés sont souvent communs ».

(1) Ces renseignements figurent clans un rapport inédit sur « la région frontière franco-congolaise » de M. l'administrateur Merlet.

Les Bayandzis.

De l'autre côté du couloir, il y a tout un groupe de populations que les gens du bas Congo dénomment d'une façon générale les Bayandzis et qui couvre une immense surface de pays avec leurs ramifications, Bolobo^ Bonga, Bafoiiroii, Bobanghi, Bangaia.

Ces indigènes sont de grande taille, très forts et généralement très beaux. Ils sont anthropophages et sont ordinairement vêtus de feuilles et de filaments croisés et joints ensemble. Ils se peignent le corps qu'ils couvrent de tatouages en forme de bourrelets charnus, obtenus au moyen de tiges de bambous faisant séton. Ils sont très commerçants, hardis en affaires et avides de nouvelles qu'ils s'empressent de colporter dans les pays environnants. Les femmes portent aux jambes et au cou des ornements en cuivre massif d'un poids souvent considérable.

Leurs bateaux sont de grandes dimensions. En raison du nombre considérable des pagayeurs, un homme, placé à l'avant de l'embarcation, est chargé de battre du pied pour indiquer le rythme des pagayes ; un autre agite une sonnette pour effrayer les hippopotames, qu'on rencontre en grande quaiitité dans les rivières.

Lorsqu'un chef meurt, on sacrifie plusieurs de ses femmes et de ses esclaves : c'est la première épouse qui est chargée de désigner celles de ses compagnes qui suivront le mari dans le tombeau.

Certaines tribus de cette race vivent entièrement sur l'eau : ce sont elles qui vont chercher chez les Batékés dans le haut

Alima, le manioc destiné à la nourriture d'une partie des peuplades riveraines du Congo.

Les M'Bochis.

Dans cette même aone des plateaux^ la race des M'Bochis domine le Bas-Alima, principalement sur la rive droite.

Sauvages, méfiants, entêtés, très âpres au gain, ces indigènes, autrefois grands marchands d'esclaves^ nous ont été longtemps hostiles, et, encore aujourd'hui, ils voient notre occupation d'un fort mauvais œil. /

Ils sont particulièrement graves et ne dansent ni ne chantent comme les habitants de l'Afrique tropicale. Ils se badigeonnent le corps de diverses couleurs ; ils défendent l'entrée de leurs villages par des retranchements gazonnés (fossés et parapets) que protègent des abatis d'arbres aux pointes empoisonnées.

Les Bondjos.

Dans la Sangha jusqu'au Haut-Oubangui séjournent les Yanghérés qui viennent du Maarba, pays Zandé, et ont refoulé les M'fans Makinas, dont le groupe M'zima ou Djem habite entre la N'goko et la Sangha, en amont d'Ouesso. Au delà d'Ngombi, les tribus des Bohoyas prolongent les Yanghérés. Enfin^ sur FOubangui, diverses tribus connues sous le nom de Bondjos^ rappellent les caractères ethniques des Bangalas de l'Etat indépendant.

« Les Bondjos qui habitent le nord de la forêt de TOuban-

gui constituent l'une des races humaines les plus dégradées par l'anthropophagie et vraisemblablement l'une des plus réfractaires à la civilisation européenne.

Type Bakamba (région du Niari).

Grâce à la surveillance de notre administration qui commence à s'exercer sur le pays, les razzias de village à village destinées surtout à approvisionner le garde-manger deviennent plus rares, de sorte que les repas de viande humaine semblent aujourd'hui moins fréquents le long du fleuve.

Cependant on rencontre encore parfois autour des cases des trophées de crânes humains bouillis dans la marmite ou rôtis sur la braise les jours de fête, et les Boiidjos les plus

distingués se parent encore d'élégants colliers de dents humaines pour venir nous saluer.

Je n'ai pu, écrit M. Chevalier, savoir la véritable cause de l'anthropophagie congolaise. Est-ce, comme le pensait Stlanley, le besoin de consommer de la viande dans un pays où l'élevage du bétail est inconnu et où les produits de chasse sont rares, ou bien est-ce comme chez les Bandas une sorte de fétichisme rituel qui pousse les vainqueurs à dévorer les vaincus dans l'espoir de s'assimiler leur force ?

Cette dernière hypothèse parait la plus vraisemblable si l'on songe que les individus morts naturellement ne sont habituellement pas mangés, mais jetés dans lOubangui qui charrie leurs cadavres. Ce n'est que dans les cas de famine extrême qu'on repêche les corps des étrangers, pour s*en repaître ensuite, quel que soit leur état de décomposition.

Malgré ces habitudes choquantes, appelées à disparaître, nous l'espérons, à notre contact, le Bondjo est réellement, si étrange que cela paraisse, un peuple avancé en civilisation. Le D'^ Schweinfurth, dans son mémorable voyage au cœur de l'Afrique, avait déjà remarqué que les Niamniams^ proches parents des Bondjos et anthropophages comme eux, étaient bien supérieurs à la plupart des races nilotiques. Le travail du fer, du bois, de la poterie est chez les Bondjos comme chez les Niamniains assez avancé, les habitations sont construites parfois avec confort et élégance, les .danses et les chants de tamtam témoignent d'une certaine culture artistique, enfin l'agriculture dispose de plus de trente espèces végétales cultivées.

Cependant les Bondjos sont actuellement l'une des races

africaines les plus misérables, de celles où la maladie et la famine font le plus de victimes chaque année » (1).

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