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CHAPITRE XVI

LES RÉSULTATS ÉCONOMIQUES (Agriculture — Industrie — Commerce;

« Plus on avance dans la connaissance des ressources de Fhinterland congolais dont certaines parties, au nord-est, en allant vers le Tchad, viennent à peine d'être explorées ou pacifiées, plus on envisage comme satisfaisant l'avenir économique de ces immenses régions (1).

« On voit... maintenant quelque raison de compter sur le développement commercial de l'Afrique tropicale » conclut, dans un article de revue tout récent, un publiciste qui examine les ressources de cette contrée (2). Il ajoute que : « Dans le problème futur de Talimentation du monde, l'Afrique encore peu peuplée sera sans doute appelée à nourrir... les pays de population plus dense ».

Dans son beau livre : Aie Congo belge ^ M. Pierre Mille cite Topinion très optimiste des agents français à Brazzaville. <( Il faut faire quelque chose du Congo français ; il vaut le Congo belge ». Le même auteur rapporte le jugement que Stanley a consigné dans son volume : Cinq années au Congo.

(1) Guvillier-Fleury, op. cit., p. 15 et sq.

(2) M. Heawod, Questions dipl. et coloniales, i"' février 1901.

Le concurrent de de Brazza dit que : « La France est maintenant maîtresse, dans rOuest africain, d'un territoire de vastes dimensions, riche en ressources végétales et minérales^ et dont l'avenir commercial promet d'être des plus brillants... De ces 90 millions d^hectares qui lui appartiennent, il n'en est pa.s un seul qui soit sans valeur ».

M. Paul Leroy-Beaulieu (1), constatant que le Congo belge « se montre déjà productif... et qu'il le sera bien davantage quand il sera passé du régime de la cueillette, quasi sans aménagement... à l'âge de l'agriculture et de l'exploitation méthodique des richesses du sol et du sous- sol » fait observer que « le Congo français, avec tous ses prolongements septentrionaux, paraît se trouver dans des conditions analogues. Ce pays n'a pas sans doute un système navigable aussi supérieurement constitué par la nature que celui du Congo belge ; mais il est, lui aussi, admirablement arrosé ».

En 1885 le même auteur écrivait : « Il est très vraisemblable que, pendant un quart de siècle, nous ne tirerons guère de profit de notre Congo et que nous n'y ferons autre chose que des explorations et des installations modestes. Cela ne doit pas nous décourager. Les colonies sont des plantes qui, suivant les circonstances et les lieux exigent pour leur croissance des périodes de temps très variables. »

M. Paul Bourdarie, examinant, au lendemain de la création desquarantesociétés congolaises, l'avenir qui s'offre àelîes, conclut qu'il sera heureux si elles savent éviter certains écueils et si elles sont secondées par l'administration. « Nous étions peu

(1) M. Paul Leroy-Beaulieu, Deja colonisation chez les peuples modernes^ Se édition, t. II, p. 483 et suiv.

nombreux, dit-il, à préconiser la colonisation méthodique de cette colonie ; et, peut-être, passions-nous pour des rêveurs, lorsque nous osions écrire sur la possibilité de tirer un parti très utile des vastes territoires que possédait la France dans le bassin du Congo. Tel colonial, bien connu à la côte d'Afrique m'assurait qu'il n^y avait rien à faire au Congo, qui est aujourd'hui l'un des concessionnaires dans cette région d'avenir ».

Nous pourrions rapporter encore d'autres opinions optimistes, de commerçants^ d'explorateurs, d'administrateurs qui, tout en constatant que les indigènes du Congo peu nombreux, décimés par la guerre ou l'esclavage, presque partout sans besoins et paresseux, ne tirent actuellement presque rien des ressources diverses de leur pays, affirment que ces richesses existent et promettent, si l'on est énergique et persévérant, un bel avenir économique à l'Afrique tropicale.

« Cependant au milieu de ce concert une note discordante fut lancée par un jeune publiciste, membre de la mission commerciale Bonnel de Mézières. Dans son livre au titre suggestif (l) il explique qu'il a trop le souci de la vérité pour dire après tant d'autres que le Congo et l'Afrique centrale sont des pays d'avenir ; il croit même que « quand les capitaux manquent pour mettre en valeur des pays comme l' Algérie-Tunisie, c'est un crime de lèse-patrie que de porter son argentan Congo ». Pour justifier d'aussi graves allégations. Fauteur présente un tableau des plus sombres de cette région de l'Oubangui^ des sultanats, démontrée si riche par

(1) Colrat de Montrozier, Deux ans chez les anthropophages et les sultans du centre africain, Paris, Pion, 1902.

les rapports les plus récents des administrateurs (1) et surtout par les bénéfices que certains concessionnaires en tirent déjà. Ses affirmations sont encore contredites par les conclusions du rapport officiel de la mission présenté par M. Bonnel au ministre des Colonies (2). Ajoutons, enfin, que c'est un singulier procédé que d'étendre la prétendue infertilité de FOubangui à toutes les autres régions du Congo, et d'affirmer que l'affaire des sociétés congolaises à qui on a livré presque toute la colonie, « sera le Panama des affaires coloniales ». Nous pensons que les opinions que nous venons de rapporter permettent d'apprécier la valeur des quelques critiques élevées en regard de tant de témoignages favorables : au reste, nous ne saurions en ce qui nous concerne trouver meilleurs arguments que dans l'exposé de la situation économique de la colonie. Tel sera l'objet de cette dernière partie où nous étudierons successivement les résultats obtenus au triple point de vue agricole, industriel et commercial.

(1) Par exemple : Georges Bruel, L'occupation du bassin du Tchad : la région du Haut-Chari, 1902 et Bobichon, articles et conférences sur le Haut- Oubangui.

(2) M. Colrat a reconnu depuis, paraît-il. qu'il s'était quelque peu trompé. Voici les conclusions du rapport Bonnel de Mézières : si le pays ruiné par

la guerreserepeuple, fournit une main-d'œuvre plus abondante qui permette d'effectuer les travaux nécessaires, on verra « l'Afrique centrale, l'Afrique de Bangassou de Rafaï et Semio surtout devenir une des plus riches contrées du monde. Le Nil sera dépassé. . . Cette région, nouvelle France du centre africain, deviendra, tant en ressources agricoles et industrielles qu'en soldats une de nos meilleures colonies » .

Rapport annexé au livre de M. Colrat, p. 262.

A. — L'agriculture

Aptitudes agricoles des pojndations. — L'agriculture est loin d'être aussi rudimentaire qu'on pourrait le croire chez les peuplades de Fouest et du centre africain. La race noire est essentiellement agricole, et au moment de la saison des pluies, la seule pendant laquelle on puisse se livrer à la culture dans les régions soudanaises, tiommes et femmes travaillent du matin au soir à l'ensemencement et à l'entretien de leurs cultures. Dans le Haut-Oubangui, la mission Chevalier a signalé plus de trente espèces de plantes qui sont cultivées par les indigènes. Chacune de ces plantes possède d'ailleurs plusieurs variétés culturales, chacune étant spécialement adaptée à la nature du terrain dans lequel on sait la cultiver. Dans la région avoisinant l'Oubangui, les bananes (Musa paradisiaca et Musa sapientum) constituent encore la base de l'alimentation. On en cultive plusieurs variétés à proximité de chaque village. Les guerres continuelles que se font les tribus, le manque de sécurité dont jouissent les indigènes sont l'une des principales causes de famine qui déciment ces contrées. Ce serait une erreur d'incriminer exclusivement la paresse et l'imprévoyance du noir et la mauvaise qualité des terres.

L'indigène, en efFet^ sait multiplier le bananier. Il sait entretenir ses plantations avec le plus grand soin aux environs des habitations, mais souvent l'attaque inopinée d'un village voisin l'oblige à abandonner ses cultures et à aller se réfugier en un autre point de la forêt, avant d'avoir pu faire la récolte qu'il avait préparée.

Chez les Bandas et les Mandjias, c'est le manioc qui est principalement employé pour la nourriture. C'est^ comme on le sait, une plante exigeante qui ne réussit bien que dans les endroits où le sol est profond et où l'humidité est assez grande. Il lui faut en effet 1 m. 50 d'eau par an, au minimum, pour prendre un beau développement. 11 lui faut également des terres profondes pour arriver à lui faire produire de gros rendements. C'est surtout le manioc amer, contenant de l'acide prussique, qui est cultivé partout en grand. C'est un poison dangereux, et le tubercule ne peut être consommé sans une préparation préalable qui consiste à le faire fermenter quelque temps dans une eau courante afin d'entraîner la substance toxique. Les indigènes prétendent qu'en cultivant le manioc doux qui peut se manger sans avoir subi une préparation préalable, on s'expose à le voir véier avant que la récolte puisse être faite. Les porteurs aff'amés qui traversent le pays auraient vite dévasté des plantations dans lesquelles ils n'auraient qu'à arracher le manioc pour le manger cru.

Dans le Haut-Oubangui on cultive encore d'autres plantes à tubercules alimentaires, en particulier les patates^ plusieurs espèces d'ignames et enfin des Coleus connus sous le nom de « Dazo », et de pommes déterre de Madagascar. Ces Coleus, constituent des plantes susceptibles de remplacer les pommes de terre dans nos colonies.

A partir du 7^ parallèle, le sorgho commence à être cultivé en grand et se substitue au manioc dans l'alimentation des indigènes. Dans le pays de Snoussi, ainsi que dans tout le cercle de Fort-ilrchambault, c'est cette céréale qui constitue la base de Talimentation. lien existe de nombreuses variétés^ mais les meilleures sont loin de valoir les sortes si

764 LA. iMISE EN VALEUR DE NOTRE DOMAINE CONGOLAIS

productives du Sénégal et du Soudan français. Il serait donc souhaitable de voir ces dernières introduites, par notre administration, dans le bassin du Tchad.

Les Sarassont, le peuple qui s'adonne à l'agriculture avec la plus grande activité. A partir de mai jusqu'à fin de novembre, époque à laquelle se fait la récolte du gros mil, toutes les familles Saras travaillent du matin au soir dans le lougan (champ) qu'elles cultivent. On ensemence non seulement le sorgho, mais aussi Tarachide, le « Woandzou » ou pois souterrain, le haricot du pays ou Vigna Catjang, le sésame, le petit mil ou Penicillaria, l'Eleusine, les courgettes à huile et la pastèque dont les graines servent à l'extraction de Thuile. Les indigènes font leurs labours très soigneusement avec des outils des plus primitifs ; ils mettent la terre en sillons avec ces grossiers instruments agricoles ; le sol est parfois travaillé à 0 m. 40 de profondeur, les sillons ne laissent pas trop à désirer comme régularité. Pas une parcelle de terrain n'est perdue dans les endroits où la terre est cultivable, et l'on passe fréquemment d'un village à l'autre sans quitter les cultures. A travers le sorgho sont des cultures intercalaires accessoires de pastèques, de courgettes à huile et de haricots du pays. Les récoltes que les Saras obtiennent dépassent beaucoup leurs besoins, aussi transforment-ils une grande partie du sorgho en bière qu'ils consomment.

Les musulmans du Ouadaï et du Baguirmi venaient autrefois fréquemment en razzia chez les Saras pour -enlever une grande partie des récoltes de céréales que ne pouvait produire leur pays.

Le Baguirmi est en effet une province très pauvre. Il ne doit pas seulement sa pauvreté aux ruines qu'ont accumulées

des guerres incessantes depuis un siècle, mais à part de très rares exceptions qui s'appliquent aux villages situés sur les bords du Cliari et du Bahr-Erguig, le sol du Baguirmi est réellement des plus ingrats. Presque partout on ne trouve qu'un terrain argileux incultivable. Les pluies sont parfois trop nombreuses pour permettre aux variétés productives de sorgho de se développer suffisamment ; aussi dès qu'on atteint le 12e parallèle, on voit déjà la culture du petit mil ou Penicillaria, qui donne des rendements beaucoup plus faibles et vit de préférence sur les terrains sablonneux, se substituer à la culture du sorgho qui est la céréale par excellence des pays noirs. Le petit mil entre pour une grande part dans l'alimentation des peuples musulmans vivant au nord du Baguirmi et dans le Kanem, mais il ne suffit pas à Falimentation des habitants qui sont fréquemment réduits à la famine ou obligés de se chercher des vivres dans la brousse. C'est ainsi qu'ils utilisent la gomme arabique produite en abondance de décembre à mars, par un Acacia très commun dans le pays. Pendant la saison des pluies ils récoltent les graines de certains Panicum (Krebs), et ils n'ont souvent que cette ressource pour vivre plusieurs mois. Autour du Tchad et des marigots avoisinant le lit du Bas-Chari, ce sont les tubercules et les graines de nénuphars qui sont utilisés pour Falimentation. Au Kanem, enfin, la région saharienne fait son apparition et les indigènes n'ont même plus la ressource de rechercher des produits de cueillette, la végétation faisant à peu près complètement défaut. En quelques points comme Mao et Bir-Alali, on commence déjà à cultiver des dattiers, mais les fruits produits sont de qualité très inférieure. Les Berbères kredas, pendant les périodes de famine, vont à de

grandes distances récolter les fruits du palmier Doum, et sans cette ressource bien pauvre qui se trouve en abondance dans le nord du Ouadaï et au Kanem, ils seraient fréquemment réduits à mourir de faim.

Les populations du Congo français montrent, en somme, souvent des aptitudes agricoles ; mais on peut, d'une manière générale, affirmer que la culture indigène ne prend aucune extension. Le manioc, le bananier, Tigname, la patate, le maïs, l'arachide fournissent seuls l'alimentation des naturels du pays, et en dehors de ces produits on ne saurait guère leur attribuer le mérite de favoriser la culture du papayer et de l'ananas, qui poussent à l'état sauvage, et on ne pourrait constater le faible rendement que donnent dans les régions du centre africain le mil, le sorgho, le riz et le maïs, céréales néanmoins très cultivées.

L'exploitation européenne, — Tout autre est l'essor de l'exploitation européenne.

Les centres qui attirent particulièrement l'attention à l'heure actuelle, et dont tous les agriculteurs suivent la marche avec intérêt, sont ceux de Libreville, Como, Gap-Lopez, Ogôoué, Mayumba, Kouilou, Brazzaville (1).

Il y a lieu de signaler dans la région de Libreville :

1^ Les vanilleries de la mission de Sainte-Marie et de la Compagnie coloniale du Gabon. Cette culture s'approprie fort bien aux exigences du pays ; en raison du manque de maind'œuvre on peut se contenter de superficies restreintes, quelques hectares pouvant donner des bénéfices sérieux, et lorsque la plantation est installée les travaux qu'elle nécessite ne sont ni très onéreux ni pénibles ;

(I) Voir Rapport (Vensemhle sur la colonie du Congo français, 4903, p. (H.

LES RÉSULTATS ËCOiNOMÎQUES :6§

2° Les plantations de café et cacao de la maison Woermann et Qi^ à Sibangue.

3" L'île Perroquet, entièrement mise en valeur par M. Jeanselme, son propriétaire ; pendant la troisième année le rendement a été de 35 tonnes de très beaux produits ;

kP A Mafu et à Ayémé, les exploitations de la Société du Haut-Gomo^ qui comprennent chacune 10.000 pieds de cacao de 3 à 4 ans ;

5" A Ningué-Ningué, la concession Brandon, comprenant 10.000 pieds de 1 à 2 ans ;

6" La Mission Catholique, qui possède également, à Donguila, un terrain contenant 6.000 cacaoyers ;

7° La concession Sajoux-Balincourt, à Mina, qui est en bonne voie de rendement ;

8^ A Pongara, où 30.000 pieds de cocotiers ont été plantés par la maison Brandon.

Dans la région du Gap-Lopez, il existe plusieurs plantations : celles de MM. Rousselot, Delon frères, de la Société du Haut-Ogôoué, dont la culture se répartit en caféiers, cacaoyers, citronniers et arbres divers, sur une superficie de 426 hectares.

Dans la circonscription de N'Djolé, il faut citer les plantations del'Ogôoué-N'Gounié, de la Société agricole de N'Kogo, de la Compagnie coloniale du Gabon, comprenant vanille, café et cacao.

La Compagnie française du Congo occidental à Mayumba, cultive du cacao, du café, de la vanille, du caoutchouc, du citron. D'autres produits, tels que papayers, ananas, mangues, y sont destinés à la distillation.

Les maisons Ancel-Seitz, Sargos frères^ Compagnie pro-

priétaire du Kouilou-Niari, Saubat-Lalanne possèdent de vastes et belles cultures de café et cacao dans la rivière Kouilou et sur les bords du lac Cayo. En présence des résultats acquis, certaines de ces maisons ont d'ailleurs sollicité de l'Administration l'octroi de nouveaux terrains en vue d'agrandir leurs exploitations.

A ce nombre, il y a lieu d'ajouter celles de moindre importance ainsi que les concessions toutes récentes de 300 à 500 hectares accordées à MM. Lucas, Blot, Vecten, Picard et veuve Bettencourt, destinées à la culture du cacao.

Enfin, dans la région de Brazzaville, « grâce au nouveau procédé d'extraction du caoutchouc, installé à Brazzaville, les plateaux sablonneux des environs sont actuellement exploités.

La plante vulgairement appelée caoutchouc des herbes, qui serait, d'après M. Chevalier, une landolphiée {landolphia owariensis) transformée, par les incendies de brousse, en une plante à tige annuelle et à racine vivace, existe sur les plateaux de Brazzaville en grande quantité, et son exploitation par le broyage au pilon, entreprise par les indigènes du Kouango belge, donnait un produit très impur, de vente peu rémunératrice.

La substitution du procédé d'extraction ancien par une méthode industrielle rationnelle donne ainsi à la colonie un nouvelle élément de richesse » (1).

Les jardins d essai. — L'administration locale s'est efforcée de seconder le développement agricole de la colonie au moyen des jardins d'essai.

(1) Rapport d'ensemble etc., 4904, p 75.

LKS RÉSULTATS ECONOMIQUES lli

Trois stations agricoles ont fonctionné régulièrement depuis 1903. L'une, le jardin d'essai de Libreville, date du début de l'organisation de la colonie ; l'autre a été créée, en 1900, à Brazzaville ; enfin, une troisième a été installée provisoirement, à Fort-Sibut, par la mission Chevalier pour introduire dans le haut pays des plantes vivrières et fruitières. Ces trois stations agissent indépendamment les unes des autres.

Jardin d'essai de Libreville. — Le jardin botanique de Libreville a indiscutablement rendu de très grands services à la colonie.

Le terrain en partie sablonneux et marécageux avec soussol rocailleux est peu propice à de nombreux essais de culture et son exiguïté s'oppose à des expériences plus générales ayant pour but de perfectionner les différentes cultures en préparant des types sélectionnés.

Certains emplacements ont néanmoins permis de se rendre compte de tout le parti qu'il y avait à tirer de la culture du cacao, du café et des nombreux arbres fruitiers, tels que avocatiers, goyaviers, citronniers, orangers, arbres à pain, pomme cannelle, corossol, carambolier, cerisier de Cayenne, pomme rose, papayer, etc.

Parmi les épices qui poussent avec une végétation remarquable, il faut mentionner le cannellier, le quatre-épices, le poivrier, et le giroflier, mais leur exploitation ne paraît pas pratique pour Tinstant en raison de la rareté de la maind'œuvre, ces arbres demandant beaucoup de soins et d'entretien.

Quelques plantes médicinales ont également été obtenues avec succès.

112 LA MISE EN VALEUR tiE NOTRE DOMAINE CONGOLAIS

Jardin de Brazzaville. — Le jardin d'essai de Brazzaville, créé par arrêté du 1^^' septembre 1900, a prospéré avec une très grande rapidité malgré les faibles moyens dont il dispose.

Son personnel, qui devrait comprendre un agent de culture, directeur, trois contremaîtres bacongos, un manœuvre loango, trente- huit travailleurs, n'est pas toujours au complet. Il y a été adjoint des élèves apprentis qui forment un effectif de dix en moyenne.

L'entretien des parties en culture et des allées absorbe la majeure partie du personnel, au détriment des travaux d'aménagement et d'agrandissement.

Sa création, fort légitimement motivée par la venue de nombreuses sociétés concessionnaires qui allaient exploiter et mettre en valeur toute la partie de la colonie comprise dans les bassins delà Sangha, de l'Oubangui et du Chari, permettra de rendre de très utiles services par les pépinières constamment, entretenues.

Les travaux de cette station ont constitué principalement dans la culture de plantes utiles provenant en majeure partie du jardin d'essai de Libreville.

Les travaux de culture vivrière ont permis de démontrer la possibilité d'obtenir, dans la région, le riz, le mil et les tubercules farineux.

L'étude des plantes à caoutchouc a été poussée activement, utilement aussi, puisque la direction du jardin a pu fournir, la première, les indications nécessaires à l'envoi en France de racines de landolphia des plaines.

Différentes essences d'arbres et lianes à caoutchouc du pays et des autres colonies ont été successivement reçues.

Jardin de Fort-Silmt. — La superficie totale mise en culture, en y comprenant les allées, était de 4 hectares,, 36 ares, 49 centiares, et les semis ou transplantations ont porté sur 460 espèces ou variétés de plantes utiles. Ce jardin a été remis par la mission Chevalier, le 6 décembre 1903, au moment où elle quittait Fort-Sibut pour rentrer en France, à l'administration locale représentée par M. Fourneau, délégué du commissaire général du Congo dans le territoire du Tchad.

(( Ce n'est pas après une année de tentatives, pendant les difficultés de notre début, écrivait M. Chevalier, dans une région où font défaut la plupart des moyens d'action qu'on a dans la grande majorité des jardins analogues du littoral ouest-africain, que Ton peut se prononcer sur les possibilités culturales de la région du Haut-Oubangui et du Haut-Chari. Le jardin de Fort-Sibut a été un jardin d'acclimatation de plantes utiles, et nous n'avons pas la prétention d'en avoir tiré, après un an d'essai, autre chose que des acclimatations (1).

Les produits agricoles du Congo français

Le caoutchouc.

Plus que toute autre colonie, le Congo français est à l'âge de l'agriculture ; et même ceux qui y fondent des entreprises, devront-ils, au début surtout, se contenter de tirer leurs

(1) Chevalier, Revue coloniale, rapport cité, p. 269.

bénéfices des produits dits de cueillette, c'est-à-dire d'exploiter la production végétale spontanée du pays.

Nous placerons en lête de ces produits le caoutchouc, tout en faisant remarquer que cette production spontanée est en même temps, et fort heureusement^ cultivable. « L'x\frique, dit M. Colrat de Montrozier, est le pays de l'ivoire, marchandise de luxe^ en attendant qu'il devienne le pays du caoutchouc, marchandise d'utilité dont l'Europe fait une consommation énorme, surtout pour les véhicules^ et qui ira sans cesse en croissant. Ce produit sera pour elle la source de la richesse et de la civilisation. L'ivoire exige une chasse qui ne se sépare guère de celle à l'esclave ; le caoutchouc demande un travail agi^icole facile qui, au contraire, supprime la traite, l'anthropophagie et la polygamie en fondant la famille, et permet le repeuplement du pays ». Dès sa première année d'exploration, Stanley avait signalé l'avenir du caoutchouc du Congo. « Sur les seules îles du fleuve, disait-il, j'estime que l'on pourrait recueillir en un an assez de caoutchouc pour payer les frais de la construction du chemin de fer ». Cameroun est encore plus catégorique : « On récolterait, dans les jungles et les fourrés inextricables que j'ai traversés assez de caoutchouc pour répondre à toutes les exigences du monde civilisé » (1).

En effet, le caoutchouc croît en grande abondance et est représenté par les espèces les plus différentes.

D'après les études de M. Chevalier, les plantes qui fournissent le caoutchouc du Congo français appartiennent à trois catégories (2).

(1-2) Voir à ce sujet le rapport de M. Chevalier.

(( l" L'arbre à caoutchouc nommé Funtamia elastica est répandu dans la forêt équatoriale du Congo. Il est particulièrement abondant dans la région comprise eatre le confluent des rivières Congo. Sangha, Oubangui, jusque vers le quatrième parallèle nord. Cet arbre est encore très peu exploité. Il constitue une richesse latente appréciable.

2^ Les lianes à caoutchouc du Congo appartiennent à plusieurs espèces des genres Landolphia et Clitandra, mais ce sont surtout les deux espèces Landolphia Kleinei et Landolphia Owariensis qui fournissent une grande partie du caoutchouc actuellement exploité. Ce caoutchouc est d'excellente qualité lorsqu'il est préparé avec soin. Il serait de la plus haute importance d'amener l'indigène, dans toute l'étendue de nos possessions congolaises, à recueillir le latex des lianes et à le coaguler chaque soir par des moyens appropriés. Nous avons fait connaître par une note qui a été publiée dans le Journal officiel du Congo français et dans le Bulletin du Jardin colonial de Nogent- sur-Marne^ quels étaient les procédés de coagulation qui nous avaient donné les meilleurs résultats.

3" A notre arrivée à Brazzaville, en juillet 1902, nous nous sommes attachés à Tétude des plantes laticifères brûlées chaque année par Tincendie des herbes afin de déterminer celles qui étaient susceptibles de produire du caoutchouc par leurs racines. Tous les renseignements qui avaient été publiés sur cette question jusqu'au moment où nous avons entrepris nos recherches étaient entièrement erronés.

Les plantes contenant du latex abondant dans les racines, mais ne fournissant pas de caoutchouc, les Carpodimiis Lanceolatus^ par exemple^ étaient regardées comme la source du

caoutchouc des herbes, et Ton ne faisait pas attention au contraire au Landolphia Tholloni, qui est aujourd'hui la principale source de caoutchouc des racines.

Nous avons envoyé à cette époque trois notes à l'Académie des sciences, pour faire connaître les résultats de nos investigations. Nous avons soumis, en outre, à plusieurs laboratoires des échantillons de racines destinés à Fétude chimique pour déterminer la richesse caoutchoutifère de ces racines. Le résultat de toutes ces recherches a été d'attirer l'attention du commerce sur la question du caoutchouc des herbes. Une usine s'est établie à Brazzaville et se livre à l'exploitation de ce produit dont on ne tirait aucun parti dans le Congo français avant notre expédition.

Dans les territoires du Haut-Oubangui et du Tchad, nous nous sommes occupés également de l'étude de la question du caoutchouc. Nous avons constaté que cette substance était produite par une seule espèce de liane, le Landolphia Owariensis, nommée Banga (en banda) et qui existe depuis l'Oubangui jusqu'au 9^ parallèle. Plus au nord, on trouve encore plusieurs plantes à latex, mais aucune ne peut donner la précieuse substance. La liane Banga a été l'objet d'études détaillées. Nous avons déterminé les régions où elle était particulièrement répandue, les terrains sur lesquels elle croissait de préférence, les rendements qu'elle pouvait donner, et nous avons été amenés ainsi à constater que cette liane était malheureusement assez clairsemée dans les régions relevant de notre administration. L'exploitation peut en être considérablement étendue, mais comme en Afrique occidentale on atteindra en quelques années un maximum de production qui ne pourra pas cire dépassé.

Dans le territoire du sultan Snoussi, que nous avons particulièrement étudié en détail, nous estimons que si toutes les lianes actuellement existantes étaient en exploitation, le rendement annuel de ces lianes ne dépasserait pas une vingtaine de tonnes.

Nous avons aussi rencontré des plantes plus ou moins analogues comme port aux végétaux des savanes de Brazzaville, fournissant le caoutchouc des herbes. Elles en sont cependant très différentes. L'étude botanique que nous avons faite de ces plantes nous a montré qu'elles étaient complètement identiques aux grandes lianes vivant le long des marigots, mais elles sont restées naines par suite des incendies annuels d^herbes qui détruisent les parties aériennes de la plante. L'action répétée pendant des siècles de ces incendies annuels a amené le Landolphia Owariensis à s'adapter aux nouvelles conditions biologiques dans lesquelles il se trouvait. Brûlée périodiquement, la partie aérienne de la plante s'est atrophiée et est devenue une tige annuelle dépourvue de caoutchouc, ayant à peine la grosseur d'une paille et s'élevant à 0 m. 60 de hauteur. Cette tige sub- herbacée fleurit et fructifie très rapidement, puis se dessèche après l'hivernage ; finalement, le feu allumé aux herbes sèches la consume (1). Seuls, les rhizomes souterrains et les racines ne sont pas atteints. Ils s'accroissent progressivement en grosseur et en longueur, forment finalement des câbles souterrains dépassant la grosseur d'un pouce et atteignant 5 à 10 mètres de longueur et probablement davantage. Après le passage de

(1) Au sujet de l'incendie ^des savanes, voir le décret du 10 mars 4904 (Journal officiel du Moyen-Congo, 2^ année, n" 12, p. 113).

l'incendie^ les rhizomes émettent de nouvelles pousses aériennes qui subissent, après la saison des pluies, le sort des premières. En certains endroits, cette plante a envahi complètement la brousse et elle est plus abondante que les herbes au milieu desquelles elle vit. On ne peut d'ailleurs songer à exploiter ses tiges même en les fauchant. Elles ne contiennent pas ou presque pas de caoutchouc; au contraire, les parties souterraines (racines et rhizomes) ont une écorce aussi riche que celle des plus belles lianes. Ces racines ou plutôt leurs analogues de la région de Brazzaville, analysées au laboratoire de chimie du Muséum, ont donné un rendement de 2 à 5 0/0 de caoutchouc excellent contenu dans les écorces sèches.

Le Landolphia Owariensis nain, sur lequel nous avons appelé l'attention, constitue donc par le caoutchouc contenu dans l'écorce de ses racines, une richesse actuellement inexploitée. Dans les Etats de Snoussi où il foisonne en certains endroits, nous pensons que l'on pourrait retirer de ses racines et de ses rhizomes mille tonnes de caoutchouc en une année. Xaturellement, les années suivantes le rendement serait beaucoup plus minime, puisqu'une partie des racines auraient été arrachées au début de l'exploitation.

La récolte de ce caoutchouc présente, il est vrai, de réelles difficultés en raison de la lenteur avec laquelle se font l'arrachage et les manipulations suivantes. Les racines sont toujours profondément enracinées Leur grosseur excède rarement la grosseur du pouce. On les arrache difficilement et les extrémités se brisent toujours, une partie restant dans le sol, ce qui permettra d'ailleurs à la plante de repousser lorsque l'exploitation rationnelle sera commencée.

Dans la région de Brazzaville^ où les plantes donnant le caoutchouc des herbes étaient très abondantes en 1902, on a calculé que l'indigène ne pouvait pas arracher plus de 25 kilos de racines par jour. Ces racines étant arrachées, il reste à les sécher, à les écorcer et à en extraire le caoutchouc. Ce dernier existe coagulé et il faut l'extraire en le séparant des matières ligneuses. Pour cela, nous avons employé le mortier en bois et le pilon dont les femmes noires se servent pour préparer la farine de mil. Sous l'action du pilon, Técorce est réduite en poussière qu'on élimine au fur et à mesure, et le caoutchouc s'agglomère peu à peu. Quand le pilonnage à sec n'élimine plus la poussière, on humecte la masse et on pilonne de nouveau pendant une minute environ et on continue Topération jusqu'à ce que la dernière parcelle d'écorce ait disparu par des lavages successifs. La masse obtenue sèche très facilement à l'ombre et le caoutchouc est de bonne qualité. Malheureusement ces diverses manipulations prennent un temps considérable, et pour obtenir un kilo de caoutchouc, il faut plus de 80 heures de travail. Il s'est établi à Brazzaville une usine pour l'exploitation du caoutchouc de racines (1). Au moment de notre passage, elle traitait exclusivement des racines du Landolphia Thollonié. Ces racines étaient récoltées par les indigènes et apportées après séchage à l'usine où l'on procède par des manipulations mécaniques à la séparation du bois et de l'écorce, au

(l) M.William Guynet fait remarquer, au cours d'un article qu'il a consacre à cette question dans le Journal d'agriculture tropicale, qu'il y aurait lieu de chercher à abaisser le prix du portage : la matière utile étant en effet de S 0/0 environ, le coût d'une tonne de caoutchouc revient k un prix trop élevé.

broyage des écorces, à la pulvérisation de ces dernières, enfin au traitement à l'eau bouillante et à l'agglutination des parcelles de caoutchouc. La quantité totale de caoutchouc contenue dans les racines est ainsi retirée et se trouve débarrassée de toutes les impuretés par un passage au déchiqueteur. De cette manière on épargne une main-d'œuvre considérable.

Il esL à espérer que l'exploitation du caoutchouc des herbes prendra de plus en plus d'importance dans nos territoires du centre de TAfrique le jour où on sera en mesure de mettre à la disposition des chefs indigènes des appareils très simples et très peu dispendieux.

Certains prétendent que Tépuisement des ressources en caoutchouc de notre Congo est très prochain par suite de l'exploitation inintelligente des indigènes et de Tavidité des Européens.

M. Pierre Mille entreprend de réfuter cette idée très accréditée, selon lui, que la richesse en caoutchouc de l'Afrique tropicale sera vite épuisée, que la production arrivera bientôt à être nulle (l). Il fait remarquer que le caoutchouc repousse ; « M. de Brazza, dit-il, a constaté qu'aux environs de Loango des territoires abandonnés par les cueilleurs après complet épuisement étaient retrouvés, au bout de sept ans, aussi riches qu'ils l'avaient jamais été... ». « Un pays qui contient des richesses naturelles végétales est un pays naturellement riche et qui le reste, parce que cela tient au soleil, au sol, aux fleuves, aux pluies qui tombent du ciel et que ces choses ne changent pas ». M. Mille accorde toutefois qu'il y a quel-

(I) Au Congo belge, op. cit., p. 175.

ques précautions à prendre : « Ce que nous appelons V aménagement clans nos forêts d'Europe pour les plus vulgaires essences devra être imposé par Tadministration aux exploitants, et ce sera leur intérêt de ne point épuiser les précieuses lianes, s'ils sont concessionnaires pour une période assez longue ». Au reste, les dangers d'une exploitation destructive viennent bien plus des nègres que des blancs : les naturels coupent les lianes à caoutchouc, au lieu de les inciser, cela pour recueillir beaucoup de gomme en peu de temps.

« Mais bien des personnes ne partagent pas l'optimisme de M. Pierre Mille. Elles soutiennent qu'il sera à peu près impossible de réformer la méthode d'exploitation des indigènes, et que les Européens eux-mêmes ont été jusqu'ici peu portés à leur donner le bon exemple. Le seul moyen d'empêcher cet épuisement prochain de la production spontanée du pays serait de se mettre énergiquement à planter les essences à grand rendement de latex. — Nous croyons que cette opinion est la bonne, — elle peut surtout produire cet heureux effet de faire comprendre que la question vitale qui se pose pour le Congo est moins celle de l'épuisement du caoutchouc par l'exploitation que celle de ^augmentation rapide de la culture de ce précieux végétal.

Le problème, pour le caoutchouc, ne consiste pas uniquement à éviter sa disparition et à augmenter son rendement, il s'agit aussi de démêler les meilleurs moyens de le recueillir et de le coaguler. Les procédés indigènes pour cette coagulation sont divers et en général mauvais parce que le noir cherche à frauder. Certaines manipulations, pourtant, donnent de bons résultats, en sorte que l'on constate de grandes différences dans la valeur des boules vendues sur les marchés

lu LA MiSE EN VALEUR i3E NOTRE DOMaINË CONGOLAIS

d'Europe. Le caoutchouc mal préparé, contenant des impuretés, vaut seulement 4 à 5 francs le kilogramme tandis que celui qui est bien coagulé se vend le double, soit 9 à 10 francs le kilogramme » (1).

11 y a encore la question des frais d'exploitation qui ne doivent pas être très élevés, si l'on veut que la culture à\x caoutchouc soit avantageuse. M. P. Bourdarie conseille de ne l'entreprendre qu'avec une extrême prudence, car elle ne peut être immédiatement rémunératrice : a une plantation de caoutchouc est un placement de capitaux à longue échéance ; la plenie production ne devant venir qu'à la dixième et même douzième année » (2). Ne doit tenter cette culture^ à son avis que le commerçant ayant de nombreux établissements, pouvant attendre une récolte dont le produit viendra ensuite s'ajouter annuellement au chiffre d'affaires de ses factoreries. Les compagnies concessionnaires du Congo remplissent assurément mieux ces conditions qu'un petit planteur qui devra surtout pratiquer les cultures riches. De plus, selon lui, le reboisement, le repiquage des jeunes plants, l'ensemencement devront être effectués par des équipes d'enfants qui suffiront amplement à cette besogne peu délicate et en réduiront les frais.

La mission commerciale Bonnel de Mézières rapporte encore qu'il y a, surtout dans l'Oubangui, de nombreuses essences arborescentes semblables au Polakium, sans doute celles du genre Bassia Parkii découvert par Schvveinfurt, et dont le latex fournit une résine identique à la gutta. Ces ar-

(1) Guvillier-Fleury, op. cit., \). 27, 28, et s.

(2) P. Bourdarie, (( La culture des plantes à caoutchouc » Journal officiel du Dahomey, se[»teiTibre 1898.

LÈS RÉSULTAIS ÉCONOMIQUES 78S

bres de 2 mètres de circonférence et, comme l'ireh, d'environ 20 mètres de hauteur, sont dune puissante végétation : ce qui permettra d'obtenir, comme pour l'ireh, d'importantes forêts. « L'exploitation de la gutta-percha deviendrait alors, concurremment avec celle de Tivoire et du caoutchouc, l'une des plus fructueuses du centre africain » (1).

Les bois précieux.

Mentionnons comme autres produits de cueillette offrant des bénéfices surtout quand on leur donne quelques soins culturaux : la noix de kola (Kola Ballayi) assez recherchée par les indigènes, la gomme arabique fournie par l'Acacia ethica, la gomme copal fournie par le Trichylobium Hornemannium et servant à fabriquer les vernis de bonne qualité les résines fournies en grande quantité par divers arbres du genre Boswellia et employées par les indigènes pour la préparation des torches, les bananes très utiles au point de vue de l'alimentation des blancs, l'orseille (Rocella tinctoria), enfin, et surtout, les bois précieux.

« Les millions d'arbres géants des forêts, dit Wauthers, à propos des forêts du Congo belge, constituent une mine inépuisable pour le commerce du bois... leur exploitation est commencée... Aujourd'hui déjà, quelques bois du Congo sont utilisés dans l'ébénisterie d'art, entre autres l'acajou jaune du Congo (Sarcocephalus Didderichi), de couleur d'or et admirablement flammé,, et le mpennze qui a l'aspect du palissandre clair ». Or, les forêts du Congo français ne sont

(1) Bonnel de Mézières : Rapport de Mission, Annexes, o;}. cit. Golrat, p. 271.

ni moins étendues, ni moins exubérantes ; l'une d'elles, immense^ se développe le long de la côte sur une largeur variable atteignant parfois plusieurs centaines de kilomètres. Elles contiennent principalement des essences précieuses : l'ébène (Diospyros), surtout abondant au Nord dans la région de rOgôoué et du Fernan-Vaz, l'okoumé qui sert à la construction des grandes pirogues d'une seule pièce, le santal rouge d'Afrique (Pterocarpus erinaceus). Ces bois précieux font l'objet de l'exportation la plus importante, mais, ils sont lourds et difficilement transportables car ils ne peuvent flotter. Il y aurait intérêt à les débiter surplace, et aussi, pour les exploitations les plus nombreuses qui se font près de la côte, à utiliser les services des éléphants, afin de suppléer à la pénurie de la main d'œuvre.

La mission Chari-lac Tchad s'est livrée à l'étude des plantes utiles et des productions végétales de nos colonies de l'Afrique tropicale, non seulement pendant son séjour dans le bassin du Tchad, mais encore au cours des voyages d'aller et de retour.

Parmi les plantes les plus intéressantes observées par la mission Chari-lac Tchad au cours de ses investigations, nous devons signaler :

(( 1^ Plusieurs espèces de copaliers découverts le long des rives de TOubangui ;

2* Quelques espèces de caféier nouvelles ou très peu connues, observées dans le bassin du Conso et près des sources

pr

du Chari dans le bassin du Tchad ;

3*^ Uii grand nombre de plantes à caoutchouc, et en particulier les petites plantes de savanes donnant par leurs racines le caoutchouc des herbes :

4" Les acacias à gomme de la région avoisinant le Tchad ;

5" Un arbre du bassin du Congo fournissant les bois utilisables (1) ;

6" Les arbres du bassin du Tchad contenant dans leurs fruits des substances oléagineuses >y.

Les cultures jn^oprement dites

Si les produits de cueillette sont susceptibles de donner des bénéfices faciles et immédiats aux concessionnaires du Congo, il est à croire que les produits obtenus par la culture proprement dite, en d'autres termes, les plantations sont Tavenir de l'Afrique tropicale.

On ne peut le contester aujourd'hui, en présence des résultats obtenus tant par les cultures indigènes pourtant si mollement poursuivies, que par les essais faits dans les jardins botaniques de l'Afrique équatoriale, et surtout dans les plantations de cacao sinon dans celles de café (2).

« Les journaux allemands, dit M. Henri Lorin (3), annoncent le jour où l'empire entier ne consommera que du cacao provenant de ses plantations africaines ». — « Il n'y a pas de doute, affirme M. Heawod (4), que le sol et le climat de certaines parties, au moins, de IWfrique tropicale sont éminemment propres à la culture du café, du coton (5), du tabac^ du

(1) Un décret du li avril 1904 a fixé les dimensions au-dessous desquelles les boisd'okouméet d'acajou ne pourront être exportés de la colonie du Gabon.

(2) Au sujet de la culture du cacaoyer, voir Journal officiel du Gabon, 2e année, n^ 1, p. 12 et sq. — Au sujet de l'huile de palme, voir ihid., 2^ année, no 1, p. 13.

(3) Henri Lorin, l'Afrique, etc , op. cit.,\). 6i.

(4) Heawod, art. cit.

(5) Nous lisons dans la Notice sur le Congo français, Exposition univer-

tSS LA MISE EN VALEUR t)È NOtRE DOMAINE CONGOLAIS

cacao, de l'indigo et peut-être du thé ». Les îles portugaises situées à l'ouest de notre Congo et qui en sont le prolongement, permettent d'embrasser d'un coup d'œil sur un espace restreint ce que pourra devenir notre fertile colonie si les cultures riches sont largement entreprises : « Saô-Tomé, vue de la mer, constate encore M. H. Lorin, montre sur les pentes inférieures de ses collines comme une forêt éclaircie et régulièrement aménagée : ce sont des champs de caféiers, de vanilliers, de bananiers ».

JM. Aug. Chevalier eut au cours de sa mission l'occasion de découvrir ie coffea congensù, café dont la teneur en caféine et les qualités de goût et d'arôme font une sorte très estimable. Malheureusement les indigènes montent fréquemment sur l'arbre qui le porte et en brisent les branches d'où s'ensuit le dépérissement et mort du sujet. Des mesures de protection seraient nécessaires, d'autant plus que dans le traité passé avec Snoussi, il est spécifié que ce dernier devra fournir 300 kg. de café décortiqué (1).

La banane n'est pas seulement destinée au dessert des colons ; on est parvenu à en faire une farine très saine,, d'un goût agréable et elle constitue sous cette forme une bonne alimentation pour les blancs.

On commence, du reste, à s'apercevoir au Congo que la

selle de 1900 : <« Les plantes textiles sont particulièrement abondantes au Congo, et cependant, le commerce a négligé complètement jusqu'à ce joiir cette source importante de trafic ». Le cotonnier très abondant, se rencontre près d'un grand nombre de villages. Les indigènes en recueillent les capsules et fabriquent divers objets, surtout des havresacs. Le cotonnier du Congo à poils courts, présente beaucoup d'analogie avec les sortes du Bengale. D'autres textiles sont encore exploités et utilisés par les indigènes.

(1) Aug. Chevalier, a Un caféier nouveau de l'Afrique centrale {Compte rendus de V Académie des Sciences, 20 février 1905).

culture du cacao et des plantes textiles n'est pas la seule dont l'avenip promette, mais aussi celle des plantes susceptibles d'être consommées sur place et dont la demande croit tous les jours.

En tête de ces dernières il faut placer le riz qui vient admirablement dans les régions basses. Sa consommation progresse beaucoup ; il sert à la nourriture des indigènes miliciens, des ouvriers de la côte en service dans l'intérieur et des travailleurs indigènes. Les prix locaux de vente à Brazzaville (1 fr. le kilog., d'après M. Bourdarie) laissent à la fois un gros bénéfice au producteur et une importante économie à l'acheteur européen sur les prix du riz importé. De plus, cette culture convient très bien à une main-d'œuvre de femmes et d'enfants. Ici encore, l'Etat indépendant nous a donné Texempie ; des centaines de tonnes de riz provenant de la région des Stanleys-Falls, dans le haut fleuve, sont expédiées pour la consommation intérieure jusqu'à Léopoldville et Brazzaville.

Le manioc, très cultivé autour des villages indigènes doit aussi fixer Tattention des colons français.

Citons encore la patate donnant, paraît-il, un rendement considérable, l'igname, l'ananas qui croît abondamment à l'état sauvage dans les forêts et dont on pourrait retirer une eau-de-vie de bonne qualité.

Les cultures maraîchères viennent aussi fort bien et devraient être développées autour de toute agglomération, poste ou factorerie, comme elles l'ont été jusqu'ici presque exclusivement autour des stations des missionnaires. En saison sèche, la plupart des légumes européens peuvent être facilement obtenus au Congo : choux, salades, carottes,

792 LA MISE EN VALEUR DE iNOTRE DOMAINE CONGOLAIS

navets et même pommes de terre^ mais ces dernières en petite quantité seulement. Outre les religieux, on doit signaler les relégués annamites établis autour de Libreville qui se distinguent par l'excellence de leurs cultures maraîchères.

Dépouilles cVanimaux : l

ivoire

Une richesse naturelle, facilement exploitable mais sujette à un épuisement rapide, appartient à la fauue du pays congolais : nous voulons parler des dépouilles d'animaux.

La principale est \ ivoire, dont le commerce a été pendant un temps au Congo belge la source de bénéfices démesurés.

(( D'après les dernières statistiques, dit Wauthers, la consommation annuelle d'ivoire dans le monde est d'environ 700 tonnes, l'Afrique en fournissant à elle seule 600... Actuellement, l'Etat du Congo arrive au premier rang des pays exportateurs. » Cet ivoire provient de la dépouille des animaux abattus dans les chasses annuelles, ou des réserves accumulées depuis longtemps par les indigènes qui n'utilisent pas ce produit, mais connaissent la valeur qu'il a pour les traitants. Or, si nombreux que soient ces grands pachydermes en Afrique, il est indéniable que le carnage inintelligent qui en est fait, surtout par l'indigène, amène leur rapide diminution et tend même à les faire disparaître. De plus, les réserves indigènes étant à peu près épuisées, on peut prévoir que les bénéfices résultant de ce commerce n'auront malheureusement qu'un temps très limité si on ne remédie à la destruction des espèces qui donnent l'ivoire.

Si l'ivoire n'est pas l'avenir, il est le présent. Dès lors, il est intéressant de savoir si notre Congo en possède autant que la colonie du roi Léopold : un peu plus sans doute^ parce que notre exploitation n'a pas été poussée avec une hâte aussi fébrile. La mission Bonnel de Mézières affirme que l'ivoire se trouve surtout dans la région des sultanats de TOubangui et, de fait, elle en a rapidement opéré une belle rafle (1). En donnant les renseignements les plus précis sur la façon de faire fructueusement le commerce de ce produit, elle arrive à cette triste constatation que, pour Tacheter aux indigènes, il faut absolument donner en échange a lobjet précieux par excellence et qui personnifie chez eux la puissance souveraine, le fusil, et, s'il s'agit de grands chefs, le fusil à tir rapide. »

Cette habitude des transactions par le fusil-monnaie est, paraît-il, très ancienne ; elle provient des Ghellabas, traitants du Darfour et du Ouadaï ; mais, elle a été si bien développée par les Belges qu'elle est maintenant indéracinable. Pas de fusils et de cartouches, pas d'ivoire !

L'ivoire se vend bien. Pour donner une idée exacte de son prix actuel il faut distinguer : P les grosses pointes de 25 kilos et au dessus (il n'est pas rare d'en trouver pesant 60 kilos et ayant 2 m. 50 de longueur !) ; 2'^ les moyennes de 18 à 25 kilos ; 3" les petites au dessous de 18 kilos ; les premières, si elles sont saines et sans défaut, sont vendues de 20 à 25 francs le kilo sur les marchés d'Anvers et de Liverpool ; les deuxièmes 15 à 20 ; les dernières 14 à 16. Ces prix, loin de fléchir, semblent devoir monter pour deux motifs :

(1) En 36 mois, 36.300 kilos d'ivoire !

l'un est que l'art chryséléphantin, qui renaît sous l'impulsion du roi Léopold, emploie beaucoup d'ivoire, et du plus beau et augmente ainsi la consommation, l'autre que la production décroit par suite de l'épuisement déjà sensible des réserves et de la destruction trop grande des éléphants vivants.

Pour les concessionnaires français, les bénéfices de ce commerce pourront néanmoins durer assez longtemps, sans trop de diminution ; car Tivoire abonde chez eux et les frais de transport qui pèsent lourdement même sur ce riche produit, seront réduits par suite de l'amélioration ou du développement des voies d'évacuation fluviales ou terrestres.

Mais ils auront deux fuites à faire cesser : c'est-à-dire l'achat de 1 ivoire existant sur leurs concessions, et par les traitants arabes venus du Nord, tout à fait hostiles à notre influence, et par les Belges venus du Sud qui ont définitivement implanté la mauvaise mais fructueuse méthode d'échanger ce produit contre des fusils et des munitions (1).

Un arrêté du i^^ juillet 1904 a interdit la vente et l'exportation des pointes d'ivoire de 2 kilos et au-dessus (2).

Les plumes dautruche

On rencontre beaucoup d'autruches au nord de notre Congo, dans la vallée du Ghari ; elles pullulent, comme les antilopes, à Test du Tchad, dans le Ouadaï. La mission Bonnel de Mézières, qui n'est pas montée si haut, a-recueilli des plumes d'autruche en grande quantité. D'après elle, ce commerce est très rémunérateur et peut prendre une extension

(1) Guvillier-Fleury, op. cit., p. 33.

(2) Journal officiel du Moyen-Congo, Ire année, no 3, p. 49.

considérable, surtout si ou élève Tautruche, ce qui, somme toute, est très faisable.

Les belles plumes blanches, grosses, soyeuses, bien coiffées sont vendues au Soudan 50 francs le kilogramme, soit 1 fr. 25 la plume ; car il y a environ 40 plumes au kilog. A Paris, le kilog. des mêmes plumes se vend en gros 400 à 450 francs, soit huit ou neuf fois plus cher, ou 10 à 11 fr. 25 la pièce. On sent l'importance qu'il y aurait à élever ce bel et robuste oiseau qui, du reste, ainsi que Ta constaté la mission Foureau-Lamy, dans les oasis rapprochées du Tchad, s'apprivoise très facilement.

Pour le moment, le commerce des plumes d'autruches est entièrement dans la main des traitants arabes qui les expédient à Tripoli et à Benghazi, avec les superbes pointes d'ivoire qu'ils viennent razzier dans les sultanats.

« L'autruche, écrit M. Chevalier (1), existe dans la brousse à l'état sauvage en assez grande quantité. Nous en avons rencontré souvent des troupeaux pendant que nous voyagions à travers le Baguirmi, et dans chaque village on observe des œufs de ces oiseaux, placés au sommet des cases pour servir à leur décoration.

La plume de l'oiseau sauvage est souvent de médiocre qualité, aussi ne faut-il guère compter sur le rendement de la chasse de ces échassiers. C'est par l'élevage que Ton pourrait parvenir à constituer au territoire du Tchad une certaine ressource qui n'existe pas actuellement, les animaux domestiques étant en très petit nombre.

On rencontre enfin sur les bords du Chari un certain nom-

(1) Chevalier, rapp. cité.

bre d'oiseaux susceptibles de fournir des plumes de parures au commerce. Les plus intéressants sont les aigrettes dont il existe deux espèces dans l'intérieur de l'Afrique. Ils sont précieux par la grande valeur de leurs plumes qui oscille actuellement entre 600 francs et 1.200 francs le kilo.

La chasse de cet oiseau pourrait séduire quelques chasseurs européens, mais il est probable que le négoce qui en résulterait ne compenserait pas les aléas d'une telle entreprise.

Nous citerons simplement pour mémoire la cigogne marabout, le foliotocopl, les merles métalliques, les irisors, les martins-pêcheurs, les rolliers et les colibris dont il existe des représentants dans les régions parcourues par la mission Chari-lac Tchad. Mais la vente des dépouilles de ces oiseaux est aujourd'hui très aléatoire, le Sénégal fournissant au marché de Paris un approvisionnement difficile à écouler à l'heure actuelle ».

L élevage

Nous abordons maintenant la question de l'élevage.

Quelles espèces animales bonnes à développer, soit à cause des services de transports, soit en vue de l'alimentation des populations en viande abondante et fraîche, se trouvent déjà dans le pays, ou peuvent y être importées et acclimatées ? ■

Cette question a été déjà fort étudiée, notamment par M. Paul Bourdarie (1). Il y a, au Congo, une race de bœufs

(1) Voir ses articles dans l'annexe du Tour du Monde. k travers le monde : Les fermes dessais aux colonies.

LES ftÉSULTATg ÉCONOMIQUES 79)

indigènes encore peu répandue (presque exclusivement dans le Congo maritime et spécialement dans la région du Niari- Kouilou) susceptible d'amélioration et de développement comme les intelligents efforts des missionnaires l'ont démontré. On y trouve en abondance des cabris et des poules venant chercher leur nourriture autour des villages nègres. Les poules, qui sont en profusion, abandonnées à ellesmêmes, mal nourries^ étiques, donnent une chair peu délicate ; mais leur race peut être très améliorée avec quelques soins. Les Arabes, dans la région des sultanats, nous ont déjà donné un exemple bon à suivre ; ils ont importé une race grosse, vigoureuse, très haute sur pattes qui a de suite parfaitement réussi.

La même amélioration peut être obtenue, au moyen d'intelligents croisements, pour les cabris indigènes, pour les chèvres très nombreuses dans le territoire du sultan Bangassou et dans le Yakoma, et même pour les moutons venus du pays des Djenkès, race qui s'accommode bien du climat du M'Bomou et dont les mâles, comme de petits lions, ont, à l'encolure et sur une partie des épaules, un poil particulièrement long.

Il n'est pas jusqu'aux chevaux qui ne puissent être acclimatés au Congo. Actuellement, dans les sultanats, « il en a été importé par les Arabes du Darfour, du Dar-Rounna et du Ouadaï. Le cheval des deux premières régions est petit, râblé; celui du Ouadaï, au contraire, est grand, mince, étriqué d'encolure, a le nez busqué. Ces deux espèces vivent parfaitement au M'Bomou, à la condition qu'on mélange du sel à leur nourriture. Ils rendent d'ailleurs de sérieux services. » (1).

(1) Rapport mission' Bonnel, op. cit., p. 280.

Mais, le vrai cheval de l'Afrique inter-tropicale est le zèbre qu'on devrait y importer. Son croisement avec le cheval, démontré possible par un grand propriétaire du Brésil^ devrait aussi être tenté. Le zèbre, quoi qu'on en ait dit, peut être dressé et utilisé.

Les vastes régions situées au nord-est du Tchad, acquises récemment, et qui réunissent notre Soudan au Congo auquel elles sont encore rattachées, quoique par un lien très léger, méritent une mention spéciale ; car elles sont particulièrement riches en espèces animales, ainsi que le constate la mission Foureau-Lamy (1). Le Ouadaï, le Baguirmi, les vallées du Chari et du Gribingui foisonnent en antilopes, sangliers, etc., gibier qui se lève à chaque pas, en poissons, base de la nourriture indigène autour du Tchad, et surtout, ce qui nous intéresse davantage, en bœufs, servant de montures aux femmes, en ânes vigoureux, en chevaux qui^ nous l'avons VU;, peuvent vivre encore [)lus au Sud, en moutons chèvres, canards et oies.

Les quelques pages consacrées à la question de l'élevage dans le rapport de M. Chevalier sont particulièrement édifiantes à ce point de vue (2).

(( L'agriculture du centre de l'Afrique comporte, outre la culture des plantes dont nous venons de parler, l'élevage des animaux domestiques. Dans les contrées situées au sud du 7e parallèle on ne trouve comme animaux que les chèvres, un mouton spécial chez les Bondjos, les volailles et les chiens dont les Bandas et les Mandjias se nourrissent. Les chèvres et

(1) F. Foureau : D'Alger au Congo par le Tchad, 1902.

(2) Voir aussi D^" Decorse, Rapfoi't économique et soologique sur la région du Tchad (Bulletin du Coniitc de l'Afrique française, juin 1905, no 6).

les volailles manquent aujourd'hui dans beaucoup de points du territoire civil du Chari.

Au début de notre occupation, on avait cru que ces ressources existaient en abondance et qu'on pourrait y puiser indéfiniment. Aujourd'hui l'administration arrive péniblement à se procurer les quelques animaux dont elle a besoin chaque jour dans chaque poste pour les distribuer à ses rationnaires européens et indigènes. Snoussi a introduit dans sa capitale quelques troupeaux de bœufs et quelques chevaux, mais malgré le zèle que les Arabes mettent à s'occuper de ces animaux, on obtient de maigres résultats par suite de l'existence dans ce territoire d'un fléau terrible : la mouche tsétsé. La tsé-tsé est commune dans presque toutes nos possessions de l'Afrique tropicale. Au cours de notre voyage, nous en avons rencontré au bassin du Tchad trois espèces : la Glossina palpalis^ la Glossina morsitans et la Glossina Decorsei. D'après les indigènes, ces trois mouches, étudiées à notre retour par M. leD'Brumpt, seraient également redoutables pour le bétail.

L'élevage des animaux domestiques, bœufs et chevaux, n'est pratiqué réellement qu'au nord du 9^ parallèle. Chez les Saras, on trouve un petit cheval haut de 1 m. 30 en moyenne, à membres courts, à pied souvent mal chaussé. Ce cheval est l'objet de soins minutieux dans son pays natal. Le docteur Decorse évalue à un millier seulement le nombre total des chevaux qui se trouvent dans la contrée comprise entre Niellim, Fort-Archambault et Goundi. Il ne pense pas que le quadrilatère Daï Laï-Fort-Archambault Goundi contienne plus de 6.000 animaux de race chevaline. Enfin, dans la région du Moyen-Logone et dans la partie de l'Adamoua qui

SOO LA MtSE EN VALKllR Î)E NOf RË DOMaINE CONGOLAIS

dépend de nos possessions, on trouve également des chevaux dans une région comprise à 40 kilomètres au nord de Laï et à 100 kilomètres au sud. Le cheval de l'Adamoua serait, d'après M. Courtet, différent du cheval Sara; il serait plus grand et plus élancé. Les indigènes du Moyen-Logone prétendent que leur petite race est peu éprouvée par la piqûre de la mouche tsé-tsé. Les Baguirmiens sont du même avis et déclarent que la tsé-tsé fait des ravages beaucoup plus sérieux sur les types de chevaux des plateaux de l'Adamoua et du Mandara. M. Courtet, pendant son séjour dans la colonie^ s'est occupé du parti que l'administration pourrait tirer de ces chevaux pour établir un système de transport rationnel sur la ligne de convois Fort-de-Possel à Fort-Crampel. L'emploi de la traction animale permettrait de faire cesser, ou tout au moins de faire diminuer dans de grandes proportions, le transport sur la tête des nègres, mais il est probable que cette substitution demandera de longs délais pour se faire. Il n'est d'ailleurs pas certain que les chevaux et les mulets que Tadministration importerait dans le Haut-Oubangui puissent vivre longtemps dans ces régions où il tombe une moyenne de 1 m. oO d'eau par an, et où les trois espèces de mouches tsé-tsé sont répandues. Il est à souhaiter que la science arrive bientôt à trouver le moyen de lutter contre le redoutable fléau. Le jour où Ton pourra pratiquer l'élevage des bovidés et surtout des chevaux dans le territoire du bassin du Congo et où on pourra soustraire les animaux à la mortalité occasionnée par les trypanosomes qui résultent de la piqûre de la tsé-tsé^ on sera en possession d'un des plus puissants moyens qu'il soit possible de trouver pour mettre en valeur le bassin du Congo,, et on pourra faire

Fumeurs do chanvre (liambo).

franchir un grand pas à la civilisation dans ces contrées. Dans les pays musulmans du Baguirmi et du Ouadaï, les mouches tsé-tsé existent aussi, et nous les avons rencontrées fréquemment en un grand nombre de points. Cependant, la mortalité du bétail est beaucoup inoins grande, et beaucoup de tribus, en particulier tous les groupes de musulmans se disant arabes, connus sous le nom générique de Chouas, se livrent avec le plus grand soin à l'élevage des moutons et des bœufs. L'élevage du bétail se fait aussi sur une grande échelle sur les lies du Tchad, mais la richesse de ces lies en troupeaux a été très exagérée. Il ne faut pas en tous cas songer à exporter d'ici longtemps des animaux de cette contrée, et le bassin du Chari arrivera péniblement à reconstituer ses troupeaux de manière qu'ils comprennent un nombre d'animaux égal à celui qui existait au moment de notre arrivée. Déjà, bien que l'occupation de cette région ne remonte qu'à cinq années, on peut affirmer que par suite de la mortalité, surtout des prélèvements exagérés que l'administration a fait dans les troupeaux indigènes, soit sous la rubrique « impôts », soit comme prestations ou amendes, ces troupeaux se sont appauvris de près d'un tiers depuis notre occupation.

A partir du 13° parallèle, les populations berbères nomades ou plus ou moins sédentaires se livrent avec quelque succès à l'élevage du dromadaire. Le maigre gazon qui vient autour des cuvettes natronnées ou salées est très recherché de ces animaux, et si jamais un élevage rationnel peut être tenté au centre de l'Afrique, c'est dans cette région qu'il faudra en envisager la possibilité.

Citons enfin pour mémoire l'élevage de l'autruche qui se pratique sur une très petite échelle dans la plupart des villages arabes au nord du Baguirmi ».

Protection et domestication de V éléphant. — L'éléphant existe sur toute l'étendue des possessions de l'Afrique centrale, depuis rOubangui jusqu'au lac Tchad, mais les troupeaux sont aujourd'hui extrêmement clairsemés. Les animaux ayant de belles défenses sont des plus rares, et l'ivoire qu'ils donnent est généralement fendillé, détérioré et ne vaut pas celui fourni par les animaux vivant dans les forêts équatoriales. L'ivoire de réserve (que dans certaines parties du continent africain les noirs avaient accumulé dans des cachettes) n'existe plus s'il a jamais existé dans le bassin du Chari. L'éléphant constitue donc en somme une très médiocre ressource dans nos possessions du nord du Congo, et l'exportation à laquelle peut donner lieu l'ivoire a certainement atteint son maximum et ne peut faire que décroître. C'est d'ailleurs exclusivement dans le territoire compris entre l'Oubangui et le 9** parallèle que les troupeaux d'éléphants sont encore suffisamment répandus pour qu'on en rencontre chaque jour des traces plus ou moins fraîches dans la brousse. La chasse active qui est faite à ces animaux permet de drainer chaque année environ deux tonnes d'ivoire vers le sultan Snoussi. Une vingtaine de tonnes sont apportées chaque année dans les factoreries de la Société des sultanats du Haut-Oubangui ; enfin l'administration du Tchad réussit péniblement à recueillir de quatre à six tonnes d'ivoire dans le même laps de temps, à partir du 9* parallèle, les troupeaux d'éléphants n'existent plus qu'à l'état accidentel et les petites quantités d'ivoire que le sultan Gaourang, les quelques chefs Saras vivant en notre contact ou bien les trafiquants musulmans, arrivent à trouver, effectuent leur sortie du Tchad par le nord et le Sahara. Mais la quantité qui est exportée de ce côté,

même en y comprenant Tivoire qui sort en fraude, ne dépasse pas certainement quelques tonnes par an. Si Ton admet que les Ouadaïens arrivent aussi à drainer quelques tonnes, spécialement dans la région du lac Iro, du Bahr-Salamat et au nord du Mamoun, la proportion en ivoire de tout le bassin du Chari et du territoire du Haut Oubangui qui était autrefois administré par le délégué du Tchad, n'atteint pas assurément quinze tonnes par an.

On s'accorde à reconnaître pour l'Etat l'obligation d'empêcher l'anéantissement des richesses naturelles du pays, notamment, d'enrayer la destruction si rapide de l'éléphant.

La solution, parait-il, se trouverait dans la domestication de ce pachyderme.

Selon M. Bourdarie, « la domestication de l'éléphant offrirait ce double avantage de ne pas diminuer — mais bien de maintenir et faire durer le commerce de l'ivoire, et d'augmenter dans une forte proportion la main-d'œuvre trop rare, à Theure actuelle, au Congo. Pour démontrer le premier point, il fait ressortir que : en 1895, par exemple, il a été mis eu vente sur les marchés de Londres, Anvers et Liverpool 650 tonnes d'ivoire africain (1), que ce chiffre, grossi depuis, représente même en tenant compte de l'ivoire fourni par les réserves (et appelé ivoire mort), une destruction annuelle d'éléphants (20 à 30.000) telle qu'ils ne peuvent manquer de disparailre complètement, de l'aveu même des moins pessimistes, d'ici trente à quarante ans ! Aux premiers temps,

(1) Les quantités d'ivoire français (en provenance presque exclusive du Congo) vendues à Anvers en 1902 et 1903 ont été respectivement les suivantes : 99.666 kg. et 146.910 1/2 kg. Le total s'élèvera en 1904, d'après les estimations de M. Bourdarie, à 170 tonnes environ. Ces chiffres légitiment ses dires.

l'éléphant occupait TAfrique entière, de l'Atlas au Cap, du Sénégal au Nil ; aujourd'hui, cette espèce traquée par l'homme ne se trouve plus que dans les grandes forêts du Niger, du Zambèze, principalement dans la cuve congolaise ; et l'on estime qu'elle ne doit plus compter en tout que 500 à 600.000 têtes. Cette destruction est opérée sans discernement, en sorte que les jeunes éléphants, ou ceux qui n'ont que de petites défenses, sont abattus par les indigènes et les Européens, comme les gros. Si la domestication de l'éléphant est réellement voulue et poursuivie^ si on donne un bon prix aux nègres, non seulement de Tivoire, mais aussi des jeunes éléphants qu'ils auront capturés, comme cela s'est fait et, par conséquent, peut se faire sur une plus grande échelle — ils arriveront à comprendre qu'ils ont un double intérêt à épargner et à prendre les jeunes sujets, et parce qu'ils n'en tirent, les ayant tués, que peu d'ivoire, et parce que, s'ils les livrent en vie, ils en obtiendront un prix rémunérateur. On arrivera de la sorte à restreindre l'intensité de la destruction, tout en proQtant de lïvoire des éléphants morts en captivité, pris jeunes et dont les défenses auront poussé, comme celles de leurs frères de la forêt. Ne voit-on pas le lien existant entre la production régulière, normale de l'ivoire et la domestication de l'animal qui, le fournissant aussi bien en captivité qu'en liberté, devient ainsi doublement précieux ?

Car, et c'est le second point à démontrer, M. Bourdarie fait remarquer que l'éléphant est une richesse bien autrement importante par le travail qu'il peut fournir que par l'ivoire et la viande qu'on en peut tirer. Le bénéfice net moyen que procure à un Européen la vente de l'ivoire d'un éléphant adulte, d'après les calculs de M. Bourdarie établis sur des chiffres

peu contestables, ne dépasse pas 450 francs, alors que, pour ce même Européen, un éléphant adulte vaut de 5 000 à 10.000 francs aux Indes et en vaudrait au moins 3 à 6.000 au Congo !

Notre colonie, qui souffre jusqu'ici de l'excessive pénurie de la main-d'œuvre, pourrait efficacement y remédier par remploi de l'éléphant, car cet animal est capable, suivant son âge et sa force, de faire, presque aussi bien que les noirs, le travail de 20 à 40 d'entre eux. L'éléphant d'Afrique, au moins aussi intelligent que l'éléphant d'Asie, a sur ce dernier l'avantage d'être plus robuste et de plus haute taille. On met quelques mois à l'apprivoiser, quand il est jeune, et quelques semaines suffisent ensuite pour le bien dresser (1).

Mesures nationales et internationales de protection. — Les colonies étrangères voisines de la nôtre ont senti, comme nous, qu'elles ne devaient ni négliger, ni abandonner à la destruction une richesse aussi précieuse ; elles ont pris des mesures pour empêcher la disparition rapide de l'éléphant et pour encourager sa domestication, les deux choses concourant au même but utile.

Les Anglais, les premiers, ont réservé dans le pays des Somalis un territoire où la chasse de Péléphant est interdite. Cette mesure ayant été jugée insuffisante par ceux qui mènent la bonne campagne de protection de l'animal, ils demandent

(1) Cuvillier-FIeury, op. cit., pp. 42 et suivantes.

(1) On compte aujourd'hui en Afrique : l éléphant domestique au Congo français, 6 au Congo belge, 7 au Cameroun, 1 au Congo portugais et 2 en Abyssinie chez Ménélick et le raz 3[akouDen, au total : 18 éléphants domestiqués depuis la campagne de M. Bourdarie. L'éléphant du Fernand-Vaz, le premier de la série, se distingue par ses services et confirme de tous points la thèse de la domestication.

à leur gouvernement l'interdiction du commerce des défenses inférieures à 14 livres anglaises (soit 6 kilog. 3).

Pareillement, l'Etat allemand a délimité dans l'Afrique orientale deux zones de protection où la chasse ne peut être faite par les Européens et par les indigènes qu'à certaines époques et sous certaines conditions. Là, les protecteurs de l'éléphant, hautes personnalités, qui ont réussi à intéresser à leur action la Société coloniale allemande dont on connaît l'influence, réclament, outre la réglementation sévère de la chasse dans les zones de réserve, celle du commerce de l'ivoire, et des encouragements efficaces à toute tentative de domestication et d'emploi de l'éléphant.

Ils prônent même, comme quelques personnages anglais, Fadoption, après entente internationale, de mesures du genre de celles qui ont été prises pour empêcher la destruction des phoques dans la mer de Behring.

UEtat indépendant aussi a posé des règles pour la chasse de l'éléphant. Sous la responsabilité des chefs indigènes tenus eux-mêmes à l'observation de ces règles, la chasse ne peut avoir lieu qu'à des époques déterminées, et dans des régions désignées ; les Européens sont astreints aux mêmes conditions générales et doivent verser 500 francs pour obtenir un permis de chasse. Mais l'effet de ces mesures est contrarié par la taxation qui frappe tout chasseur d'éléphants : c'est surtout le noir qui les tue et, vraiment, on l'encourage à cette destruction en exigeant de lui que, sur deux pointes d'ivoire, il en donne une à l'Etat et ne puisse vendre que la seconde. Les Européens, en raison de leur petit nombre, participent peu à la tuerie et respectent, en général, les règlements de chasse ; quant aux chasseurs noirs, qui sont portés à enfreindre les

prescriptions les plus impérieuses, leur intérêt^, avec la taxation belge, est de n'en tenir aucun compte.

A l'heure actuelle, Anglais, Français et Allemands sont partisans de la réunion d'une conférence internationale à Bruxelles pour étudier le problème et en chercher la solution dans l'adoption de mesures énergiques appliquées par tous les signataires, dans leur intérêt commun.

Dans une convention internationale signée à Londres en 1900, pour la protection des animaux sauvages, Téléphantest mentionné. Mais il semble que des moyens plus efficaces devraient être employés.

B. — L'industrie

M. Heawod, publiscite anglais, explique que l'industrie ne peut guère prospérer dans l'Afrique tropicale à cause de l'insalubrité de la côte et de l'absence de houille. De plus, il convient de remarquer, en dehors de ces motifs particuliers, que l'industrie d'un pays neuf ne peut, en général, prendre son essor qu'après que Tagriculture aura fécondé la plus grande partie du sol, aidé au développement de la population, augmenté sa capacité de travail, ses besoins et ses facultés d'achats. Toutefois, quelques entreprises industrielles simples utilisant, comme la navigation à vapeur, le chauffage au bois ou, plus tard, les forces naturelles des chutes d'eau (houille blanche), peuvent être tentées.

§ 1. Industrie manu facturier e . — L'industrie manufacturière proprement dite ne se rencontre pas au Congo. L'Euro-

péen reçoit directement tous les objets manufacturés nécessaires à ses besoins. Plusieurs années de contact^ le progrès, la civilisation et surtout l'esprit d'imitation, ou pour mieux dire la vanité, ont rendu quelques-uns de ces articles d'un usage courant pour Findigène. Mais l'indigène n'a jamais eu l'idée d'imiter ces articles pour arriver à les fabriquer par ses propres moyens ou pour les adapter à ses besoins. Tout au plus, fait-il lui-même quelques tissus grossiers et creuset-il les pirogues dont il a besoin pour pêcher ou voyager.

Cependant, quelques industries pourraient être facilement entreprises, soit par les Européens soit par les indigènes, car elles seraient susceptibles de procurer de beaux revenus. C'est ainsi qu^il serait possible de fabriquer en grand l'huile de palme avec les fruits du palmier Elaeis, qui croît en si grande abondance dans toutes les régions du Gabon, ou l'huile de coco.

Une pêcherie installée au Cap Lopez pourrait préparer tous les poissons sèches consommés dans l'intérieur et dont les noirs sont si friands. Des marais salants exploités au même endroit donneraient en abondance le sel, dont Técoulement est toujours assuré, puisque en certains points éloignés de la côte son prix atteint souvent des proportions fantastiques, et il sert même de monnaie pour les échanges.

§ 2. Industrie des transports. — La première des industries à développer dans un pays neuf est celle des transports. C'est grâce à elle, en effet, que les communications avec la métropole peuvent être rapides et régulières et que la colonie peut arriver à être connue, occupée, organisée, administrée et mise en valeur.

A Textérieur, ces transports ont lieu par mer : à Tintérieur,

les voies fluviales et les routes sont utilisées ; nous avons ou l'occasion de nous en occuper au cours d'un précédent chapitre (1).

§ 3. Industries se rattachant à la construction. — Les indigènes se contentent d'élever des cases plus ou moins confortables à l'aide des matériaux qu'ils ont à leur disposition.

Une société concessionnaire a établi une briqueterie ; et certains commerçants ont suivi cet exemple, la brique étant très demandée, puisqu'on l'associe au fer pour les constructions.

La Compagnie française du Congo occidental a installé une scierie à vapeur, industrie peu compliquée et des plus utiles; car, à défaut des charpentes de fer, qui sont de luxe, les poutres en bois très dur sont très employées. En outre, les bois précieux, débités en planches, sont plus transportables que les billes énormes d'ébène ou d'acajou retirées des forêts du littoral et chargées difficilement sur les navires de commerce.

§ 4. Industrie extractive. — Enfin, bien que les richesses du sous-sol soient peu inventoriées, on a vu, surtout dans le bassin de rOubangui,des affleurements abondants de minerai de fer recueilli et travaillé de façon grossière par les indigènes pour en tirer leurs armes actuelles : flèches et lances. On a constaté encore l'exploitation de minerai de cuivre par les indigènes A^Zandés qui se servent de ce métal comme ornement et comme monnaie : cette exploitation rudimentaire pourrait être améliorée, particulièrement celle du fer (2).

(1) Voir chapitre XV, V outillage économique de la colonie.

(2) Voir notre chapitre sur Les conditions de la vie sociale au Congo. Les produits du sous-sol.

Exploitation minière. — D'autre part, l'administration a été saisie de plusieurs demandes de permis d'exploration minière.

Ces découvertes de richesses dans le sous-sol minier de notre colonie n'ont rien qui doive surprendre, si Ton considère que la chaîne montagneuse qui donne sa source au Como et à ses affluents est celle qui, commençant dans la colonie du Cameroun, se poursuit parallèlement au littoral à travers le Gabon, le Moyen-Congo et l'Etat indépendant. Les roches et terrains qui la constituent sont, par conséquent, vraisemblablement de même origine et de même nature. Or, il a été reconnu, depuis un certain temps déjà, qu'il existait au nord des rapides du Congo d'importantes et riches mines de cuivre.

Ces récentes données concordent avec l'indication fournie dès 1895 par M. Barrât. « On peut affirmer, dans la région des monts de Cristal et dans le Gabon, la présence sinon l'abondance de la malachite, de la chalcasine et, peut-être même, du cuivre natif. Il y a, le long de la côte du Congo français, une zone large d'environ 300 kilomètres, dans laquelle sont distribués d'abondants gites complexes caractérisés par la prédominance du cuivre ».

Cependant l'exploration minière présente de réelles difficultés par suite des immenses forêts qui couvrent le sol. Les amas d'herbes, de terre végétale, qui cachent les roches formant le sous-sol, sont souvent fort épais ; pour ces raisons les affleurements de roches sont rares, même le long des rives des fleuves, des ruisseaux et des lacs.

Par contre, dès que les gisements auront été exactement reconnus, leur exploitation sera rendue très facile par suite

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du voisinage de la côte et du réseau très serré de voies de communication fluviales qui parcourent toute la région.

La partie minière par excellence est celle qui s'étend au sud du Niari-Kouilou ; on y rencontre en abondance le cuivre et le plomba et les minerais de ces métaux sont accompagnés de composés oxydés ou sulfurés de manganèse, de zinc et de fer. Le plomb se trouve à un niveau inférieur à celui du cuivre.

Le groupe M'Boko Songho a été visité par M. Dupont ; celui de Mindouli par M. le Châtelier ; enfin, au sud du poste de Buenza, et se reliant au nord-est au groupe de Mindouli, se trouvent dans une série de petits affluents du Niari-Kouilou des gîtes importants dont on doit la connaissance à MM. Lamy et Alvernhe (1).

D'après les travaux de M. Haton de la Goupillière, ingénieur en chef des mines, une tonne de minerai de cuivre de ces régions aurait une valeur approximative de 500 francs. Encore faut-il ajouter que cette évaluation date de plusieurs années déjà et que la hausse actuelle des cuivres permet d'élever ce chijffre à 700 francs : ces minerais peuvent donc aisément supporter les frais de transport^ jusqu'au jour où l'électrolyse pratiquée sur place rendra possible des bénéfices plus élevés encore.

Le groupe de Mindouli trouve aisément l'évacuation de

(1) Voir à ce sujet, Wauters, L'Etat indépendant du Congo, Bruxelles, 1899, in-16, p. 133 ; Dupont, Lettres sur le Congo ; Bertrand, Géologie du bassin du Niari;Coniel , Formations 'post-primair es du bassin du Congo ; Cornet, Observations sur la géologie du Congo occidental ; Cornet, Géologie du bassin du Congo d'après les connaissances actuelles ; Cornet, Note sur la géologie du Congo occidental ; Destrain, Bassin du Quilou Niadi, district de Stéphanieville et district minier de M'Boko Songho.

ses produits par le chemin de fer Decauville qui relie Mindouli à Brazzaville. Quant au groupe de M'Boko Songho, le trafic en sera assuré par le chemin de fer belge du Mayumbi.

Régime minier. — En présence du rapide développement que prenait dans notre colonie du Congo l'industrie minière, une série d'arrêtés n'a pas tardé à réglementer cette exploitation.

Un arrêté du 19 octobre 1899 a promulgué au Congo français le décret du 6 juillet 1899, réglementant la recherche et l'exploitation des mines dans les colonies et pays de protectorat de l'Afrique continentale autre que l'Algérie et la Tunisie. Un arrêté du 7 août 1905 (1) a promulgué le décret du 19 mars 1905 portant modifications au décret du 6 juillet

D'autre part, un arrêté du 9 septembre 1905 a promulgué au Congo français le décret du 4 août 1901 portant réglementation sur la recherche et l'exploitation de l'or et des métaux précieux dans le lit des fleuves, rivières et cours d'eau dans les colonies et pays de protectorat autres que l'Algérie et la Tunisie (2).

Enfin, un arrêté du 11 juillet 1905 avait ouvert les bassins des affluents de droite de la Loudima et de tous les tributaires de gauche du Niari compris entre les confluents de la N'Kenké et de la Loudima à l'exploitation et aux recherches minières (3).

(l) Journal officiel du Gabon, 2e année, no 17, p. 230.

(2)/6ed., n» 21, p. 278.

[^) Journal officiel du Moyen-Congo^ 2^ année, n^ 28, p. 203.

LES RÉSULTATS ÉCONOMIQUES 8l7

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