PREMIERE PARTIE
ET
LA PÉNÉTRATION AU TCHAD (Histoire de l'expansion coioniaie française au Congo)
« Nous n'avons pas besoin de peupler, et il ne nous faut presque partout que des cadres d'officiers et de fonctionnaires, capables d'opérer doucement l'initiative agricole, industrielle et morale » (1). Ainsi s'exprimait il y a quelques années un des maîtres autorisés en matière coloniale.
Cette conception actuelle de la colonisation est loin de nous être apparue au Gabon : elle est, sinon le fruit de lentes et constantes études, du moins le résultat d'une longue expérience (2).
Ce fut par hasard que nous nous établîmes au Gabon, poussés par la nécessité d'avoir un lieu de ravitaillement pour nos croisières, pour notre chasse aux négriers. Nous ne tardâmes pas à nous apercevoir que ce n'était pas une colonie «. de peuplement ».
D'autre part, les fleuves qui finissent dans l'estuaire arrosent une région trop restreinte pour que l'on pût songer à y faire sur une grande échelle de l'exploitation agricole. « Mais l'on n'abandonna pour cela ni les vastes pensées, ni les longs espoirs : on avait ouï parler des merveilleux et riches produits de l'Afrique du centre », on songea à les amener au Gabon par l'Ogôoué, considéré « comme l'affluent,
(1) M. Dubois, Systèmes coloniaux et peuples colonisateurs, P. 4895, in-12, p. 282.
(2) Voira ce sujet ie très intéressant opuscule de M. J.Ancel, Formation de la colonie du Congo français. Paris, 1902, gr. in-8.
comme le déversoir des grands lacs ». L'Ogùoué n'allait pas si loin. Désabusé, on se jeta sur le bassin du Congo « à qui ne manquait ni la terre végétale encore vierge, ni l'immensité, ni l'inconnu )) : on voulut faire du Gabon un débouché pour les richesses de l'Afrique centrale qui s'écoulaient par le grand fleuve.
Ce furent donc des considérations géographiques qui nous poussèrent à faire une vaste colonie du « blockhaus primitif, de notre premier comptoir ». La conférence de Berlin allait, le 23 février 1885, régler la situation de la colonie nouvelle au point de vue international ; l'acte de Berlin et les traités passés depuis cette date avec les diverses puissances allaient en déterminer les limites, tandis que notre action politique se poursuivait activement dans Tétendue territoriale assignée par les protocoles.
Dans la poussée qui entraîna bientôt les nations civilisées vers le Centre africain, il nous restait deux voies ouvertes et possibles : la Sangha et l'Oubangui ; nous les suivîmes et l'expansion congolaise prit les deux directions qui lui étaient ouvertes par la convention de 1894, celle du Nil et celle du Tchad.
Après avoir été longtemps « un rêve de coloniaux qui inspirait quelques articles, ne donnant lieu à aucune action, à aucune préparation de notre côté et n'ayant en somme d'autre effet que d'inquiéter l'Angleterre et de la décider à se servir contre nous des Congolais sur le Nil » (1), la marcTie vers le Bahr-el-Ghazal trouva sa réalisation dans la mission Liotard-Marchand, que devait terminer de façon si décevante l'accord franco-anglais du 21 mars 1899.
(1) R. de Caix, Fac/ioda (ouvrage cité plus loin), p. 104.