‹ L'expansion de la FranceChapitre 17 sur 67 · LE TRAITÉ DE PAH · texte numérisé non relu

LE TRAITÉ DE PAH

taille de Belle-lsle), un projet de desceole en Anglelerre échoue; le Sénégal, le Canada, plusieurs des Antilles, l'Indu sanL poidus (au Canada défaite deMontcalm ù Abratiamj.

Le traité de Paris signé ea 17(>3 met Qn aux hostilités : c'est assurément le plus triste et le plus honteux de notre histoire.

En Europe la France conserve ses frontières, mais hors d'Europe elle perd ses colonies: le Canada tout entier, avec la partie de l'Acadie restée française, le cap Breton, le golfe et le Heuve Saint-Laurent est abandonné aux Anglais; la rive gauche du Mississipi devient la limite de leurs possessions jusque-là bornées par la chaîne des monts Alleganys. En même temps Louis XV a la faiblesse de céder Ja Louisiane à l'Espagne qui a combattu avec nous («le pacte de famille»), pour l'indemniser de la perte de la Floride qu'elle doit abandonner à l'Angleterre, Mais ce n'est point seulement sur le continent américain que la France paye ses défaites : aux Antilles les Anglais gardent la Grenade, la Dominique, Tabago, Saint-Vincent; sur la côte d'Afrique, le Séné- .gal; aux Indes, enûn, ils ne nous restituent cinq comptoirs, démantelés, sans territoire, que sous la condition qu'ils resteront désarmés '.

' Pendant que la t'rance, l'Espagne, l'Angieterre signaient le traité de Paris, l'Autriche, la Prusse et la Saxe (alliée do

Si I.T.XPAKSIOD DE LA FRANCE.

Le Iraitéd'Ulreclit avail imposé à notre h Empire colonial >i une diminuliou; le [railii de Paris consacre sa ruine. La France qui était à la fin duxvii" siècle une des grandes puissances coloniales, à qui les destinées semblaient promettre le premier rang, voit son Empire détruit, sa situation à jamais perdue. Il ne lui reste plus un pouce de terrain dans cette Amérique du Nord qu'il la veille du traité d'Ulrecht elle paraissait appelée à posséder tout entière. L'Angleterre a pris sa place : son autorité s'étend sans interruption depuis la inor d'IludsoD et le Labrador jusqu'il l'emboucbure du Mississipi. Aux Indes l'empire rôvé par Dupleix sera réalisé par lord Clive '.

Ainsi est perdu sur les cliamjis de bataille européens, dans une guerre faite pour l'Autriche, notre nnemie séculaire, l'Empire colonial dû à Henri IV, il Ricbelieu et à Colbert! Et cet Empire, on l'a vu, n'était point une œuvre artificielle: l'énergie, l'intelligence, l'esprit d'aventure, le patriotisme et

l'AuLricbej rélablissaieiit le statu quo unis beiluin en Alleœagae;Fré(léric gardait ainsi la Silésie. (Trailc d'IlLibersbourg.) ' Les historiens anglais n'hésiLent pas à reconnaUre qu'à Duplejx revient l'honneur d'avoir vu le premier la politique que les Européens devaient suivre dans l'tnde. C'est en adoptant cette politique que lord Clive et ses successeurs ont pu élablii' l'autorité de la Grande-Bretagne sur une immense région peuplée de plus de 230 millions d'individus.

L EMI'IRE PASSE A t'ANGLETERBE. S'i

aussi lii foi de Fraocais appartenaol à toutes les classes (le la société, gentilshommes, religieux, bourgeois, gens du peuple, l'avaient fondé et ne cessaient d'en assurer le développcmcQt. Travailleurs pendant la paix, nos colons étaient soldats ou corsaires pendant la guerre et porinieiit à l'Angleterre dans les plaines de rAniériijne do ^ord et sur les mers des coups redoutables. Mais Louis XV élait incapable de prévoir l'avenir et, comme Voltaire, ne faisait aucun cas des « quelques arpents de neige » du Canada! Et cependant quelles n'eussent pas été les destinées de la France, si elle avait conservé son empire colonial? Elle aurait colonisé le Canada, bien que SOQ émigration fût lenle, grâce surtout à la prodigieuse multiplicalion de la popnlalion francocanadienne '; elle aurait conquis l'Inde et trouvé dans l'exploitation de cette immense colonie une somme considérable de ricbesses; son industrie obligée d'approvisionner ces grands marcliés d'outremer se serait largement développée (l'Angleterre n'est devenue un pays industriel que grâce à la possession de SCS colonies, en subvenant à leurs bi'soins) ; sa flotte marchande, intermédiaire d'un important mouvement d'échanges, n'aurait cessé de s'accroî-

lAîiiai qa'on le verra d'ailleurs plus loin, les Canadiens fra uçais qui liaient environ 80 OOO en 17«1 sont aujourd'liui au nombre de 2 200 OOO dont "ÎOO 000 dans le nord des Élats-Unis.

Ire; des escadres nombreuses auraient protégé ses

colonies et leur commerce...

Le sort des batailles a voulu que Tu Empire » conquis par la France passât à l'Angleterre. C'est elle qui régnera sur les mers, qui deviendra, du fait de ses colonies, la première nation induslrielle et commerciale; elle possédera les territoires extra-européens les plus vastes et les plus riches; u la Plus (îrande-Brelagne I) est faite de nos dépouilles. Pour nous, nous ne conservons de « la Plus Grande France" que des débris et des souvenirs; les colonies que nous acquerrons au xix' siècle, l'Algérie, la Tunisie, l'Indo-Chine augmenteront assurément l'importance et la richesse de nos établissemeuts d'outre-mer, mais la maîtresse du Canada et des Iodes restera la première puissance coloniale, commerciale et maritime du monde.

Au lendemain du traite de Paris il restait à la France : dans TAmérique du Nord, les deux îlots de Saint-Pierre et Miquelon; dans la mer des Antilles, la Guadeloupe et ses dépendances, la Martinique, Sainle-Locle, la partie ouest de Saint- Domingue {l'autre était aux Espagnols) ; dans l'Amérique du Sud, la Guyane ; sur la côte d'Afrique, l'île de Corée; dans la merdes Indes,

pûlitiqi;e colomale de ciioiseul. si

lourbon, l'Ile de France, les clablissements de la GÔte est de Madagascar; dans l'Iode, cinq comptoirs. Rendre h ces possessioQS leiirancienne prospérité, lâtep leur développement, les mettre en état de isister à de nouvelles attaques, approvisionner nos rseaaux, construire une flotte en vue d'une guerre e représailles qu'il juge iaévitable, telle est la âche que s'impose Clioiscul dès que la paix est établie (il administre de 173(1 à 1770)'.

Les colonies d'Amérique attirent surtout son Uention. « Ce sont, avait écrit Montesquieu, les [qb admirables de toutes, » car <t elles ont des objets î commerce que nous n'avons ni ne pouvons ■voir, el elles mnnqueiil de ce qui fait l'objet du lôtre », La remarque de Montesquieu devient le irincipe de Clioiscul et le conduit à maintenir soi- [Heusement les prescriptions du « pacte colonial ». l'était continuer le système économique deCoJbert : s colons ne doivent entretenir des relations coralerciales qu'avec la métropole, tout commerce ranger — sauf de rares exceptions pour quelques irlicles — est interdit. Eo même temps qu'il apilique ce régime à nos colonies, Clioîseul prend de lombreuses mesures pour augmenter leur populaoa blanche par l'immigration, approvisionner les

D'Aubigny, La politique coloniule de Choiseid. Annales de cote Ulire des sciences politiques, .innée 1888.

planteurs en esclaves, assurer une bonne adminislralion.

Le ministre, malheureusement, ne voulut passeï lemcnt rendre à nos possessions leur ancienne prospérilé, il eut une ambition plus haute, irréalisable : il voulut en un jour fonder et peupler une colonie notivelie. Nous venions d'abandonner le Canada aux Anglais, n'élait-il pas possible de fonder sur quelques rivages une autre Nouvelle France qui rendrait moins sensible la perle du bassin du Saint- Laurent? La Gujane était dans une situation misérable ; jamais elle n'avait connu la prospérité. Choîseul pensa qu'une intervention directe de l'État la tranaforinerait ; aussitôt, il arrête un projet de colonisatioD, désigne l'emplacement des centres à créer, embarque des milliers de colons recrutés danstoulcs les provinces... On connaît le lamentable échec de cette leatatite de « colonisation officielle » : " l'expédition du Kourou » coûta la vie à pues de l-'i 000 personnes, 23 à 30 millions y furent dissipés. C'est le plus grave échec que nous ayons éprouvé dans notre expansion coloniale.

Dans l'océan Indien et aux. Indes la Compagnie des Indes orientales, que Colbert avait toujours soutenue, agonisait : une mauvaise administration aussi bien que nos défaites dans la péninsule asiati<[ue étaient les causes de sa ruine; son capital

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