MARSEILLE ET LE LEVANT. S
Kétait enliéremeot consommé, sa flolle eo mauvais vétat. Elle liquida misérablemeot eu 1767, alors que ■]a Compagnie anglaise, son lieiireuse rivale, possépdait déjà !os territoires et les revenus d'un grand Pempire. Le privilège de la Compagnie ayant disparu l,STec elle, Clioiseul déclara libre le commerce des Klndes en établissant seulement un droit d'importa- KËon de 3 p. 100 sur les provenances de la péninfeule. Les îles de France et de Bourbon, rendues à P'sd mi ois [ration royale, parvinrent, sous l'impulsion HS'un gouverneur habile (Poivre), à une réelle ■prospérité. Ces deux îles, qui en 1764 avaient pro- Huit 80 000 livres de blé et 2 533 000 livres de café, récoltèrent, en 1773, 400 000 livres de blé et 4 mil- KtioQS de livres de café. (La suppression de la Com- Btiagnie des Indes et le retour de nos établissements uous l'administration royale, qui en était la consénuence, mit naturellement le gouvernement dans wobligatîon de subvenir à leurs dépenses.) B La sollicitude de Clioiseul ne se bornait pas a nos Rolonies d'Amérique et de la mer des Indes, Dans D'océan Pacifique il encourageait l'expédition de ^Bougainville (quelques années plus tard Louis XVI nevait favoriser le voyage de La Pérouse dans les miers d'Océanie et de Chine); dans l'orient de la nllédilerranée il se préoccupait de notre situation ■politique et commerciale.
Ici, nos fautes en Europe durant la seconde moitié du xviii' siècle avaient porté à notre crédit une irrémédinble atteinte. Au lendemain de la guerre de Sept Ans l'ambassade de France à Conslantinople ne jouissait plus de l'autorité qui avait permis au (iiarcfuis de Villeneuve en 1739 de protéger l'empire Ottoman contre la Russie et l'Autriche; l'in- Quence russe grandissait aux dépens de la nôti'e. Dans quelques années le czar imposera aux Turcs le traité de Kaïnardji dont certains articles fourniront à la Russie un prétexte permanent pour intervenir dans les rapports du sultan avec ses sujets orthodoxes (1774; c'est le protectorat religieux de la Russie qui va s'exercer à côté du nôtre, — presque en concurrence).
Notre commerce n'était pas plus heureux que notre politique. La période de grande prospérité qui, commencée sous Golhert, s'était continuée longtemps après lui, avait pris fin. Sous l'influence de causes diverses (influence de la Russie, concurrence de nos rivaux, fautes de nos négociants) notre mouvement d'aiïaires fléchissait tandis qu'augmentait celui des Anglais et des Hollandais. Après Choiseul, Louis XVI, animé comme lui du désir de relever le commerce de Marseille, rappellera les [irincipales prescriptions de Colberl, tombées en désuétude, en éilictera de nouvelles : nécessité d'une
ADMINISTRATIOX DE CHOISEL'L.
iitorisation spéciale pour aller commercer en prieDl, eslampillage des élolTcs exportées, obligation «ur les nùgocianls d'une place, de délibérer en iomniun sur les arrangements h prendre pour la niretè du commerce, la vente et Piicliat des marchandises, traitement de Faveur accordé dans nos Qporls aux importations faites par navires français. i la Teille des guerres de la Révolution et de l'Emfeirc, qui doivent achever la ruine de notre situation Erivilégiée dans l'orient de la Méditerranée, le coin- Qaerce de Marseille aura retrouvé son ancienne torospérité. Il atteindra même des cliilTres plus élevés Bue ceux obtenus jusqu'alors : c'est ainsi qu'en 1789 î négoce de notre grand port avec le Levant em- {Hoie 500 vaisseaux et s'élève à 52 millions et demi i francs '.
L'administration de Choiseul n'est pas sans avoir i^nné de précieux, résultats, bien que des fautes lient été commises (expédition du Kourou), des Rreurs suivies {pacte colonial). En même temps
1 Le ctiiffre tolal du commerce {ii SIjOOO fr.) se riécom-
ait en 90 356 OUO francs d'exportaLions de France aux
nlles, et 32 3I90OO francs (l'imporlalions des Échelles eu
^ance. t^ dilTêreiice des iinporlulions avec les exportalioni
|«Jt soldée en niiméraire sorti de France.
i Un grand nombre de bàlimeiila légers faisaienl en oulrn
s opéralions de cabologe entre les porLs turcs, — co «iiiii
ton appelait « la caravane », — Archives du MinisM'e des uf-
pii-es étrangères. Fvud Turquie, Hémotrcs cl documents, vol , VII t.
mm
ijti'il hâtait le développement commercial di; nos coloniei il y orgaoisait dos forces militnires locales dans lesquelles d'Estaing et le bailli de Suffren devaient trouver, quelques années plus tard, un sérieux appui pendant la guerre d'Amérique ; il poussait, d'autre part, avec une grande activité nos constructions navales : eu 1763 notre flotte ne comptait que 44 vaisseaux de ligne et 10 frégates, en 1770 ces forces étaient plus que doublées: 64 vaisseaux et 50 frégate? étaient à flot.
C'est enfin à Ghoiseul que l'on doit l'acquisition de la Corse, cédée par les Génois en 1768, au grand déplaisir des Anglais qui auraient voulu s'établir daûS cette île d'où ils auraient menacé Toulon.
Le ministre de Louis XV avait préparé à son pays un retour de fortune. Louis XVi en montant sur le trône (1774) trouva un pays remis de ses dél'iûtes, des colonies et un commerce prospères, une marine assez forte pour lutter avec celle de l'Ang-leterre. Bientôt il lui fut donné d'atténuer par une guerre heureuse les tristes souvenirs laissés par son prédécesseur et, à la veille de la Révolution, de rendre quelque gloire à la monarchie qui tombait.
Lorsque les colonies anglaises d'Amérique se
LA gueuhe d'amêrique. 9,1
I -soulevèrent en 1775 contre la métropole il se pro- ^ duisit tïD France, dans toutes les classes de la [)OpuïlatioQ, un mouvement de sympathie en faveur des ; insurgents ». A la vérité ce furent plutôt' les s nouvelles qu'un désir de revanche qui obligeant le cabinet de Versailles à intervenir en laveur Des Américains (1778). La noblesse française s'embarquait pour l' les croisades de la Liberté ». « Des !^ue je connus la querelle, écrit Lafayetle, mon œœur fut enrôlé, et je ne songeai plus qu'à joindre nés drapeaux ".
L'occasion était favorable pour accabler l'Anglc- Kerre, reconquérir nos colonies perdues. Pour la firemière fols, en effet, la France ayant à combattre mr mer avait évité de s'engager en Europe malgré BesefTorts tentés dans ce but par les ministres anglais, jUais la guerre d'Amérique est pour la France bien Bllus une « guerre de sentiment » qn'ime « guerri! faires n. Dcus fautes sontcommises : d'une pari, |Eious n'envoyons dans l'Inde que des forces insuftilantes (sous les ordres du bailli de SuiTren) pour Soutenir le sullan de Mysore dans sa lutte contre la Compagnie des Indes et nous man({uons ainsi la teonquête de la péninsule, — de l'autre, nous abanlâonnonsun projet de descente en Angleterre qui, s'il ieùt réussi, aurait pu avoir des conséquences consi- ■dérables. Toutefois, tandis qu'une armée envoyée en
9i L'EXPANSION DE LA FHANCE,
Amérique aide les Etats-Unis à conquérir leur îndépeutlance, nos flolles battent les llolles an^laises,s'empïirenl do plusieurs des Antilles et du Sénégal, Les victoires navales de d'Eslaing et de la Mothe- Piquet, de Sulîren et de Grasse témoignent que la France peut, lorsqu'elle n'est pas engagée sur le continent, résister victorieusement sur les mers à sa rivale.
L'Angleterre vaincue dut engager des négociations qui aboutirent au traité de Versailles (1783}. Elle reconnaissait l'indépendance des États-Unis et perdait ainsi la moitié de l'Amérique, mais elle gardait l'Inde que nous aurions pu lui arracher. La France avait beaucoup de gloire mais peu de profit ; elle ne recouvrait de toutes ses colonies perdues que Tabago et le Sénégal. L'Espagne, notre alliée, recevait Minorque et la Floride.
Le traité de Versailles est le dernier qui appartienne à la seconde période de notre bistoire :
De 1688 à 1783, en moins d'un siècle, la France a failsix guerres dont quatre particulièrement terribles et sanglantes. Elles ont duré ensemble quarantetrois ans. Sa dette, pour la plus grande partie contractée ù la suite de ces guerre, s'élève à une somme considérable : seize cent quarante~six millions.