LE TRAITE DE VERSAILLES
(Juel est le résultat de ces grands efforts, de ces grands sacrifices?
En Europe la France n'a gagné, avec la Corse,
l'une province, la Lorraine, où d'ailleurs elle pos-
idait depuis Henri 11 Metz, Toul et Verdun. Ses
^mites sont les uièines qu'au lendemain de la paix
e Nîmèguc; le traité d'Utrecht lui a même coûté la
Vreslitulion de quelques villes de la Flandre et, de
Rie côté, bien que « la barrière de fer » élevée par
J^auban puisse arrêter une année d'invasion, les
j^utrichiens menacent toujours la capitale.
Pendant ce temps la Prusse a grandi en Allemagne, et, dans le nord, la Russie est sorlie de son umobilité (règne de Pierre le Grand, partage de 1 Pologne).
Hors d'Europe l'Empire colonial fondé par Richelieu et Colbert est perdu. La France a payé ses ;uerres impolitiques sur le continent avec ses cobûaies. La possession de Terre-Neuve, du Canada, Be plusieurs des lies du golfe du Mexique et de l'Inde, kit de l'Angleterre, — même après la guerre d'Amérique, — la première puissance maritime et coloniale. Les Américains du Nord pour s'être séparés i'elle n'ont d'ailleurs point cessé d'être de son sang ^t de sa langue : ils entretiendront avec leur ansienne métropole un commerce considérable, source pour elle de grands profits.
Politique CQDtinentale et politique coloniale de 1792 à ISIS.
Action de la France sur TEurope. — Continua lion de la seconde guerre de Cent Ans entre la France et l'Angleterre
pendant la Révolution et Tlimpire.
1,a situaiion continentale de la France expose la Révolution
aux attaques de l'Europe.
PremiÊre coalition. — Traité de Bàle. — Traité de Paria. —
Traité de Campo-Formio. —La Frauce atteint la rive gau-
ctie du RUin, — Expédiliou d'Egypte.
.Seconde coalition. — Paix de Lunéville. — Traité d'Amiens. Grande situation de la France en Europe. — Politique que
Bonaparle veut suivre au.t colonies.
Troisième coalition. — Traité de Presbourg. — Confédération
du Hliin.
Quatrième coalition. — Blocus continental. — Traité de
Tilsitt. — Hégémouie de l'Empire franfais.
Guerre d'Espagne.
Cinquième coalition. — Traité de Vienne. — La Ijlle entre
la France et l'Angleterre ne cesse point.
Expédition de Russie. — Revers. — Premier traité de Paris. Waterloo. — Second traité de Paris.
La France perd les frontières acquises par la Révolution. -
Nouvelle carte de l'Europe dressée au Congrès de Vienne.
— Constitution do la « Confédération germanique n sur notre frontière de l'Est.
La FBAMCE de n02 A I8IS.
1 France sort vaincue de la seconde (;uerre de Cent Ans, l'Angleterre victorieuse. — Situation conpurative des colo-
Des quatre périodes de notre histoire, la troisième, [ avec inqiiellc nous entrons dans l'histoire contem- L poraine, eslla plus courte. Elle dure vin^t-troisans, l'JUais jamais pays n'a autant agi sur l'Europe que [ la France de 1792 à 1815. Elle est presque exclusi- L vement puissance continentale : « guerres de dé- [.fenseii, <i guerres contre les rois pour les peuples, » ! guerres d'ambition », puis lioulcverseinenl de Kl'ordre établi en Europe et propagation d'idées nou- KVelles d'où sorlironl des ri^volutions, le principe ides Dationalilés, la liberté politique.
En même temps se poursuit la seconde guerre de
(Cent ans entre la France et l'Angleterre, aussi bien
Ipeodant les •< guerres de défense « de la République
ique pendant les " guerres d'ambition » do l'Empire
Iqui conduisent nos soldats en Espagne et jusqu'en
Russie. C'est l'Angleterre libérale qui dirige et sou-
l'iient les puissances monarchiques du continent dans
lueurs attaques contre la France révolutionnaire,
©oursuivanl un seul but, toujours le même : la ruine
de notre marine et de nos colonies, l'établissement
3 sou « empire »; c'est l'Angleterre qui organise
e nouvelles coalitions contre Napoléon, moins peut-
;re pour défendre le » système d'équilibre » brisé
mm
par Ja France que pour abaltru une ennemie, une rivale, qui menace son commerce, sa mariae, ses colonies; c'est l'Angleterre, enlia, que INapoléon veut atteindre lorsqu'il fait les expéditions d'Espagne et de Russie.
En 1789 éclate laRévolution. En 1792 Louis XVI,
gardé aux Tuileries comme un prisonnier depuis son arrestation à V;irennes, est contraint de déclarer la guerre à l'Autriclie qui menace la Révolulion, Quelques semaines plus lard la Prusse se joint à l'Autriclie et le duc de Brunswick lance, en en- Iranl on campagne, un manifeste où il déclare que l'empereur et le roi ne sont armes (i que pour faire cesser l'anarchie dans l'intérieur de la France, arrêter les attaques portées au trône et à l'autel, rendre au roi sa liberté et le mettre en état d'esercer son autorité légitime ». Ace moment même les autres souverains se préparent à entrer dans la lutte.
Ainsi l'Europe qui un siècle et demi plus tôt avait laissé s'accomplir la Révolution d'Angleterre, se levait contre la Révolution française et prétendait défendre contre elle le principe monarchique.
Certes, l'Europe de 1792 n'est plus l'Europe de 1649. D'une pari, de nouveaux Etats se sont constitués (le royaume de Prusse qui a grandi dans la guerre
L EUROPE ET LA [^ÊV0LUT[O^. 9d
^e Sepl Ans, la Russie qui eulre dans le mouvement
Kuropéen, la Hollande, les royaumes du Portugal, de
Naples et de Sardaigoe); parmi les anciens Élats,
a uns ont joui d'une longue paix et sont prêts à la
J .guerre (rAulriclie, qui, au contraire, \enait en 1649
e subir le traité de Wes(plialie), les autres, n'étant
tengaf^és dans aucune lutte sont libres de tnulentre-
prendre (l'Espagne, qui en 1G49 soutimait une
longue guerre contre la France); enfin, une des
Ipremières puissances de l'Europe, l'Anglelerre, qui
rpnursuit la ruine àa la France en tant que puissance
Einaritime et coloniale, sera constamment prcoc-
Lcupée de nouer et d'entretenir. des coalitions contre
■ son ennemie {en 1649 la France ni aucune autre
k'nation n"a songé à nouer une coalition européenne
f dirigée contre le gouvernement de Cromwell).
ï'autre part la Révolution Trançaise se présente avec
ïun caractère que n'a jamais eu la Révolution d'An-
Igleterre : elle menace les trônes, elle offre «secours
let fraternité à tous les peuples qui voudraient rccon-
jtirrerleur liberté ».
N'est-il pas cependant permis de pensertfue, mal- Tgré ces diiïërences entre 1649 et 1789, la situation
I géographique de la France, puissance continentale,
II doit être mise au nombre des raisons qui ont amené nia coalition de l'Europe contre la Révolution? que
e situation explique, dans une certaine çact.,t'vsLj^.
L'EXPANSION DE LA FnAMJE
tervcntion des puissances européennes en faveur de la dynasiie des Bourbons, alors qu'aucune puissance conLincntalc n'avait songé à passer la mer pour intervenir eu faveur do la dynastie dcsStuarls '?
Fait bien digne de remarque, c'est l'Angleterre, puissance libérale, l'Angleterre, pays où est tombée la tète de Charles I", l'Angleterre dont le peuple a applaudi à la prise de la Bastille, qui au lendemain de la mort de Louis XVI arme l'Espagne (rompant l'alliance française), le Portugal, la Hollande, le roi de Sardaignc, le roi de Naples, les princes allemands • contre la France révolutionnaire {première coalition, 1793-1797. — Pitl ne déclare pas la guerre, mais a l'habileté de se la faire déclarer ^).
t L'inlervenlionde Louis XIV en 1688 en faveur île Jacques II lorsqu'il est délrôiié, no saurait Cire citâe à rencontre de l'opinion que noua émettons ici. II cDnTient,en elTel, de remarquer que si Louis envoie une expédition contre l'Irlande, c'est cependant bien plus en Belgique, en HolIunJe el en Allemagne que dans la « verle Krin » qu'il lente de ravir à Guillaume m la couronne que celui-ci a " usurpée ".
L'écbec de l'expâdilion d'Irlande est, d'ailleurs, une preuve, — et elle a été renouvelée, — que la Grande-Bretagne est rendue inattaquable par sa situation insulaire.
' Au moment où commence entre la Franco el l'Angleterre une longue et terrible guerre qui ne prendra fin qu'en ISJîi, il n'est pas sans inlérfil de noter que nos colonies étaient alors dans une situation florissante, la plupart en voie de développement.
Lesdonnées suivantes sont empruntées auniYo(icessiai(S[i'/!(es . (Jéii citées [4 vol., imprimerie royale, 1837, 1838,1839, I8i0).
^^^V PREMIblItE COALITION. I0(
U L'Autriche et la Prusse étaient intervenues on [laveur de Louis XVI pour déFendre le principe
I Marlinique : pupulalioii 10600 blancs, 5 SOO affranchis, fes 000 esclaves ; — commerce tolal en 1790, 44 millions de navres dont 31463 000 livres à l'exportalion en France el pis SSe 000 livres Jk l'importation dans la colonie. I Guadeloupe: populalion 13 000 blancs, 3 000 atTrancbis, KWOOO esclaves ; — commerce Lotal en 1790, 31 863 000 francs rdont 20 661000 francs à l'esportalion et 11198 000 francs l'-A l'imporlaUon.
I Bourbon : population 10 000 blancs, 1200 alîrancliis, rSOOOO esclaves; — prodiiclîon en 1789, 40000 balles IjCte café, soit 4 millions de livres, 100000 livres de colon. K Gujane : population 2 000 blancs, 12000 esclaves; — ■.commerce total en 1700, 1 202 000 francs ilonl seulement
■ S31000 fcaucsd'eïporlation.— L'élaldela Guyane a toujours ■£tâ misérable.
L Sénégal : en 1789, eiportations du Svn^gat en France t3fi97 OOO livres, imporlalions de la France sur tonte la cûta td'Arrique 2n 988 000 livres — L'énorme différence entre la va- Reur des importaLioos de la France et !a valeur des retours Kdu Sénégal s'explique par les achats de noirs qui se faisaient Jaloreàla côte d'Afrique et par le transport direct de ces noirs Kidans les colonies d'Amâriqae ofi leur prix était soldé en deufvées coloniales el revenait ainsi par voie indirecte en France.
■ Saint-Pierre et Miquelon : de 1785 à 1792 les produits de la lp|>CcIie faite sur les câtes et sur le grand banc de Terre-Neuve Piparles navires eïpédiés directement de France atteignirent B'dans les bonnes années 40 OOO quintaux de morue évalués h WiZ millions de francs y compris les huiles et aalres produits ■Jecondaires de la pécbe. Le nombre des navires qui étaient
■ occupés s'élevait à environ iOOmonléspar iOOOO matelots et
■ pêcheurs.
I Les Notices ne fournissent aucun renseignement sur Sainlef Lucie, Tabago, Saint-Ilomîngue, l'Ile de France et les comp- I toirs de l'Inde.
lOa L'EXPANSION DE LA rnANCE.
' monarchique; rADgIeterre, dirigée par William Pitt, se joignait à eux daus un esprit différent, car
' elle poursuivait moins le but de vaincre la Révolution qtie celui de se vcngerde la guerre d'Amérique et d'enlever à la France ses dernières colonies.
La Révolution fit face à toutes les attaques, à tous les dangers, sur ses frontières et à l'intérieur (guerre de Vendée).
Dès le lendemain de la déclaration de guerre, en 1792, Dumouriez avait vaincu les Prussiens à Valniy, les Autrichiens à Jemmapes. A la fin de la campagne de 1794, " campagne sans exemple dans les annales du monde », nos armées commandées parPichegru,Jourdan, Dugoramicr, Monceyavaieot conquis la Belgique (Flcurus), la Hollande, la rive gauche du Rhin, la Savoie, une partie du Piémont, de la Catalogne et de la Navarre. En même temps Uoche paciGait la Vendée. Ces victoires étaient, à la vérité, compensées par des revers en Asie, en Amérique et sur l'Océan. Nos armées étant occupées en Europe, nous ne pouvions défendre nos colonies: les Anglais s'emparaient des comptoirs de l'Inde, enlevaient la Martinique et la Guadeloupe, malgré l'héroïque résistance des colons, les succès de nos corsaires; Saint-Domingue était le théâtre d'une épouvantable guerre civile entre les noirs et les blancs déchaînée par une mesure radicale de la
TRAITÉ DE CAMW-FORMIO. lOlJ
. Consenlion {l'abolilion îmmL'diale de l'esclavage); cnfio l'amiral Ilowe gagtiait sur Viliarel-Joyeuse la ^ plus terrible bataille navale qui eût encore été fiivrée.
I Les succès de nos urinées sur toutes les frontières
* ne tardèrent pas à obliger la Hollande, la Prusse,
I! l'Espagne, le roi de Sardaigne à déposer les armes
Blpaix de Bâle, n9ij ; de Paris, 1796). Le Portugal,
Be roi de Naples, les princes allemands suivirent cet
Pexempic. Mais l'Angleterre h qui, suivant nue parole
Ae Pitt, avait pris des yaisseaux et des colonies qui
lui assuraient à jamais l'empire des mers », voulait
nous chasser de la Belgique. Elle augmenta ses
' armées et fit passer des subsides i l'Autriche. La
guerre continua donc en Vendée (les Anglais et les
émigrés), sur le Rhin, sur le Danube, en Italie. Les
tTictoires de Bonaparte dans la péninsule {Casti-
wlione, Arcole, Bivoli), sa marche sur Vienne déci-
Wèrent l'Autriche à demander la paix. Elle fut
BSignée à Campo-Formio (1797).
I La Hollande et la Prusse avaient cédé à la France
nu traité de Bâle, la première, la Flandre septen-
Rrionnle, la seconde, ses possessions de la rive gau-
wthe du Rliin; le roi de Sardaigne avait renoncé par
He traité de Paris à la possession de la Savoie et du
Komté de Nice. L'Aulricbe, contrainte h son tour à
nignerla paix, nous abandonnait, à Campo-Formio,
KlV L EXPANSION DF, I.A FRANCI
les Pavs-Bas autrichiens et les possessions de l'Empire sur la rive gauche du Rliin, Ainsi ce Iraîté, coinplélant les deux précédents, donnait à la France ses limites naturelles, les rronlières que la Gaule avait perdues en 843 au traité de Verdun {partage de riùnpire de Cliarlemagne entre les fils de Louis le Uébonnaircl,leRliin et les Alpes. La rive gauche du grand fleuve tant désirée par Richelieu et que Louis XIV victorieux n'avait pu atteindre que sur une partie de son cours (l'Alsace), devenait Française depuis fiâle jusqu'à la mer; les Pays-Bas étaient heureux de secouer la domination autrichienne pour entrer dans l'unité française; les provinces rhénanes qui, depuis le traité de Westphalle, vivaient sous des princes alliés et pensionnés de nos rois (qui s'appelaient eus-mémes ic les Allemands de France ») acceptaient notre domination; la Sa- \oie, enfin, française de langue, était déjà réunie à la Répuhlique et formée eu déparlements depuis près de quatre ans. Jamais la France n'avait eu une position si grande et si nette : ses limites naturelles étaient elles-mêmes couvertes par la neutralité de la Suisse et la fondation, en Italie, de la République Cisalpine formée en grande partie de provinces enlevées à l'Autriche. (L'Autriche avait reçu en compensation la Vénétie jusque-là indépendante.) Au lendemain du traité de Campo-Formîo loutc