‹ L'expansion de la FranceChapitre 31 sur 67 · L'UNITÉ ALLEMANDE, U · texte numérisé non relu

L'UNITÉ ALLEMANDE, U

La Ticloire de la Prusse n'eut pas d'ailleurs jioiir seule conséquence l'ubrogalion de la clause dutraité de Westplialie qui avait donué l'Alsace à la France. Elle porta plus haut : elle annula définitivement, et on peut le dire, entièrement, les dispositions essentielles de ce traité relatives fi la constitution intérieure de l'Allemagne, — dispositions si favorables à notre pays, qui, après avoir été maintenues entières durant un siècle et demi, n'avaient été complètement abrogées ni par le Congrès de Vienne, m même par le truilé de Prague et les actes qui le suivirent. Quel cliemin parcouru! Le grand acte diplomatique do 1648 avait sanctionné la souveraineté et les droits des divers Elals de l'Allemagne, annulant ainsi l'aulorité de l'Empereur dans l'Empire, et donnant h. la France, sur sa frontière de l'est, un voisin affaibli. Depuis celte époque la politique constante de notre pays avait été de maintenir la division, l'état d'impuissance de l'Allemagne : Louis XIV et Louis XV étaient intervenus dans les affaires de l'Empire ; Mazariu, puis Napoléon avaient formé une Ligue ou Confédération du Rhin; depuis I8I0 nous ne pouvions plus entretenir comme auparavant, avec les princes rhénans, des relations d'amitié, mais l'Allemagne était encore morcelée, incapable d'une action offensive; au lendemain de Sadowa l'empciTur pouvait peut-être j

croire encore à la division des peuples de l'Europe centrale en " trois Ironçons indépendants ■'(Autriche, Conrédération du Nord, Allemagne du Sud) et vuir dans cette situatioo, si elle se maintenait, une garantie pour noire pays.

Mais avant même la fin de la guerre de France la situation intérieure de r.\llemagne était eomplètement modifiée, son unité réalisée. Au mois de novembre 1870, les souverains de Bade, de Hesse- Darmstadt, de lîavière et de Wurtemberg étaient entrés dans la '< Conrédération du Nord n; au mois de janvier 1871 Guillaume, roi de Prusse, avait été proclamé à Versailles " Empereur allemand » k titre héréditaire, et le 16 avril de la môme année avait été publiée la constitution du nouvel Empire qui conférait à la Conronnc de Prusse l'exercice du pouvoir impérial souverain. (Deux assemblées : le Conseil fédéral, Binuksrcith, et le Conseil de l'Empire, Rcichstag.)

Depuis vingt ans In situation nouvelle créée en Allemagne s'est alïerniie sous la main de fer d'un homme qui aura fait l'unité de son pays. Les rois et les princes ont encore leurs ministres et leurs Parlemenis, mais en réalité ils sont bien près d'avoir abdiqué toute indépendance; il n'y a plus, i sur la rive gauche comme sur la rive droite du ^Alein, que des préfets héréditaires, vassaux du roi

LA [lÉPUBLIOUE DE tSTO .\ ISOO. IH1

de Prusse, » Empereur allemand ». L'iinilt; de l'Allemagne se manifeste par cerUiines inîs communes, l'armée, la marine, la diplomalic, la « Clmncelleric impériale ».

C'est ainsi que la guerre de 1870 entreprise si légèrement par Napoléon III a eu pour conséquence la rupture de « l'équilibre européen », l'annulalion des effets dutraité de Wcstphalic, la conslitution au centre de l'Europe, sur noire frontière de l'est mutilée, d'un puissant empire militaire dont l'infliieuce pèse aujourd'hui lourdement sur le continent '.

Le traité de Francfort ne porte point la signature de l'Empire, mais celle delà République. Elle avait été proclamée à Paris au lendemain de la capitulation de Napoléon à Sedan {4 septembre 1870).

Depuis vingt ans que la République existe elle n'a fait aucune guerre sur le conlinent, La France s'est

' La (lêraUo de la France avait, en dehors de la conslitulion de l'Empire d'Allemagne, deux anlres conséquences en Europe : la prise de possession de Rome par les troupes ilalieiines aprËs le départ du corps français qui prolêgeaiL le Pape (seplerabre 1870); — l'abrogation par la Russie, d'accord avec la Perle, de la clause du traité de Paris relalive au nombre des bàlimenls de guerre que pouvaient eiitreLenir dans la mer Noire les deux p.irlies coiilractantes (mars I3'ïl\-

i:,i L-EXI'ANSION DE LA FilANCE.

« recueillie » : au lendemain des désastres do ^ « rnnpée terrible » son seul devoir, son seul intérêt étaitdet'ortifiBrsa nouvelle frontière, dt; reconstituer son armée, de réfiarersa fortune et ses forces dans le travail et dans la paix. Le gonvernemenl répnblicain n'a pas failli à qclte tâche; les expéditions coloniales qu'il a entreprises ne l'en ont point détourné, tout au contraire : elles ont permis h l'Europe de constater le relèvement et la vitalité de notre pays; elles ont témoigné que la France ne renonçait point à poursuivre ses destinées ; elles ont aussi contribué à rendre à notre pays confiance en lui-même.

Dans ces vingt années de pai\, l'Iiistoire extérieure de notre pays, en tant que puissance conti-' nentale, n'a qu'un seul fait à enregistrer : la France' signe en 1878 avecl'AUemagne, l' Autriche-Hongrie^ i la Grande-Bretagne, Tllalie, la Russie et la Turquie . le traité de lierlln qui arrête la Ruïisie sur la route , de Conslantinople et règle à nouveau la question d'Orient {guerre de la Russie contre la Turquie, entrée des Russes dans Andrinople, Irailé de San- Stefano, 1877-1878).

Le Congrès do Berlin se réunissait sur l'initiative

de l'Angleterre dans le but de reviser te ti'aité de

^ Stt n-Slefano qui consacrait la ruine de la Turquie

taEurope au prolil de la Russie. La situation u'é-

LE COSGRÉS DE BERLIN. IHJ

iait toutefois plus la même ea 1878 qu'en 18o6 : l'Angleterre et la France n'étaient pas en mesura de faire reculer le czar, la Russie était viclorieuse, aucune puissaoce européenne ne songeait à défendre par les armes « l'intégrité de l'empire ottoman )) et plusieurs cabinets voulaient, au contraire, obtenir du Sultan des avantages de nature à compenser ceux qu'il était contraint d'accorder à son vainqueur. Il fut donc procédé à un démembrement partiel de l'Empire : la Russie dut renoncer à certaines stipulations trop rigoureuses du traité de Sau-Stefano, mais elle n'en perdit pas tout le bénéfice : die obtint sur la rive gauclie du Prulli et aux bouches septentrionales du Danube la rétrocession des territoires qu'elle avait dû abandonner au traité de Paris; elle acquit, en outre, dans l'Asie Mineure, Kars et Batoum; — l'Aulnclie, qui prétendait avoir sa part des dépouilles de l'Empire ottoman à l'égal de la Russie bien qu'elle n'eût point combattu' , fut chargée d'occuper et d'administrer la Bosnie et l'Herzégovine; — la Bulgarie fut constituée en

' L'Allemagne prit au Congrès de Berlin la défense des itUtrtiU de l'Âutiiclie, !i qui fut allribuf-e la plus bell? P^i'tt aliu de lui Cuire oublier la défaite de Sadowa et île payer sou alliance. Mais si la politique du prince de Bismarck salisflt > l'Autriche, elle mécontenta profjDdèmeul la Russie qui sortit de la triple alliance (dite " alliance des trois Empereurs •>) où elle est aujourd'hui remplacée par l'Italie (depuis 1883),

i54 I/EXPASSION DE LA FRANCE.

principaulé aiilonome et tfibulairc sons la siizcrin 'neté du Sulbo'; — le Monteuegro cl la Serbie déclarés Indépendants . Enfin, l'occupation de Chypre par l'Augleterrc (1878), la rectification des .frontières de la Grèce (cession par les Turcs de la Thessalie et d'une partie de l'Epirc, 1881), Pélablissement du protectorat de la France on Tunisie (1881) doivent être considérés comme des consctinences du traité de Berlin.

Tandis que la France, puissance conliiienlale, " agit 11 en Europe sons le second Empire, puis se «recueille » sous la République, la France, puissance maritime, s'étend par delà les mers sous Tua ■et l'autre de ces régimes, fonde des colonies, poursuit la reconstitution de son Empire colonial commencée en 1830.

Sous le règne de Napoléon 111, la conquête de l'Algérie est achevée, l'expédition de Chine entreprise, la Cochinchiue fondée, le Sénégal étendu, la Nouvelle-Calédonie occupée.

La prise de Lagouat en 18b2, rexpcditiou de

abylîe en 1856-1857 sont les derniers faits mili-

' La Révolution de la Roumélie orientale (1883) qui a eu )ur consiiqueiice l'union de cette province turque à la Ituliriea modiQé en fait, mais non en droil, le traité de Berlin.

NOTItE EXPANSION COLONIALE. 133

taires de l'histoire de l'Algérie. Les trois provinces élant désormais soumises, il fautlescoloniser. Bicu que toutes les mesures adoptées dans ce but par le gouvernement impérial ne puissent être louées, les résultats d'ensemble sont favorables et l'Algérie ne cesse de progresser : des passages gratuits sont accordés au\.émigranls, des terres concédées, des illagos fondés, des travaux publics entrepris; l'adoption d'un régime douanier libéral favorise le ■raouvemcnt des échanges entre la métropole et sa colonie, entre la colonie et l'étranger'. D'autre part les chiffres de mortalité des Européens, élevés pendant les premières années de l'occupatioii, décroissent peu à peu et l'on constate à partir de 1856 un excédent des naissances sur les décès dans la population française ; l'avcoir de la colonie est dés lors assuré. Le recensement de 1872 accuse l'établissement sur la terre d'Afrique de (29 000 Français (non compris les Israélites naturalisés) et de 115 OOO étrangers. Trois ans auparavant, en 1869, le mouvement commercial entre la France et l'Algérie s'élevait à 215 291 000 francs'.

Les cspédilions de Chine faites de concert avec

Lois (le 1831 et de 1867. — Voir plus lûùi, page 23d, le régime douanier acluel de l'Algérie.

Exportations delà colonie eo France: 64 892 000 Trancs; — Importations de la France dans la colonie HiO 339 000 fi'nnrs.

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L'EXPANSION DE LA FltANCIi.

l'Angleterre en 1857 et 1860 doivent être considérées comme des expéditions coloniales parce qu'elles furent entreprises par le gouvernement impérial en vue d'iulépèls reli'jieus et coinmerciaus ; elles eurent, en outre, pour conséquence indirecte l'iicquisition de la Cocliinchine,

La France et l'Angleterre avaient eu de bonne heure quelques relations de commerce avec la Chine par leurs compagnies des Indes. Toutefois la Compagnie française ayant disparu tandis que la Compagnie anglaise n'avait cessé de se développer, les négociants britanniques se trouvaient avoir eu ce pays, dans la première partie de ce siècle, desinlérêls beaucoup plus importants que les nôtres. Par une conséquence uuturelle de cette situation, l'An.- ^leterre avait été amenée à diriger seule une expédition cou Ire le Céleste Empire dès 1840 pour obtenir la liberté de son commerce, et parlicuticrement la faculté d'importer l'opium de l'Inde', fiieutôt après cette expédition, la France s'était fait accorder par les Célestes le traitement consenti aux négociants anglais (1844). Mais le gouvernement de Pékin, profondément hostile aux étrangers, viola ses engagements : des entraves furent mises au com-

' Le traité de Nan-King qui termina la guerre dite « guerre de l'opium » ouvrit cini; ports aux sujets britanniques et cédu il la Grande-Bretagne l'Ile de ilong-KoJig (1843).

EXPÉDITIONS DK CHINE.

inerce, des missionnaires persécutés ou misa mort. C'est alors que l'Angleterre et la France, bien qu'elles n'eussent pointdes iotérèls semblables, s'unirent en vue d'une action commune. (L'Angleterre avait des intérêts commerciaux, la France des intérêts religieux; son commerce était peu important.) Deux expéditions furent nécessaires — la première en 1857, la seconde plus importante en 1860 (victoire de Palikao, les alliés à Pékin), pour contraindre la Cbine à admettre chez elle les négociants européens et â respecter sescngagemenls.

Le traité de Tien-Tsin (signé en 1858, ratifié seulement en 1860) ouvre onze ports au commerce étranger, autorise la France et l'Angleterre à entretenir des représentants à Pékin, assure à leurs nationaux le droit de résider dans les ports sur des terrains spéciaux (ce sont les « concessions»; les premières accordées avant 1860) et sous la juridiction de leurs consuls. Les missionnaires catholiques demeurèrent placés sous la protection de noire gouvernement'.

Nos négociants ne devaient malheureusement

' Les Etats-Unis bI les différenls Étals européens obtinrent le bénérice de^ Ifailés angluis et français ; la Chine était désormais ouverle.

Le Japon s"oiiTrait â la même Époque (1838).

Voir plus loin, au chapitre vu, ce qui est dit du i< proleclorat catholique » esercé'par la Fruuce eu Cbine,

I5S L'EXPANSION DE LA FnAKCE.

pas profiter des avantages que leur assurait la i leur de nos soldats; ils ne vinrent en Chine qu'en petit nomljre et n'essavèrcnt point de rivaliser avec les Anglais.

Entre la première et la seconde expédition de Chine lOf France était intervenue en Annam pour protéger, là aussi, les missionnaires catholiques persécutés depuis de nombreuses années. Un cor|).s Franco-espagnol (l'Espagne prenait une petite part i l'expédition pour venger ses missionnaires) s'était einparé de Tourane et de Saïgon (18a8-l8Ji9). Lors qu'eu 1860 le traité de Tien-Tsin eut été ratifié par la Chine, le gouvernement français résolut de profiter de la présence de nos navires dans les mers de l'exlrôme Orient pour pousser avec vigueur les opérations enireprises en Cocliincliine. Le Délia du Mékong fut bientôt conquis et en 1862 le roi d'Annam dut céder à la France les trois provinces méridionales de son empire'. Cinq ans plus tard trois nouvelles provinces étaient annexées. D'autre partie roi du Cambodge plaçait son royaume sous notre protectorat (1863).

Tandis que nos marins jetaient ainsi en extrême Orient les fondements d'une riche colonie d'exploitation qui devait vingt-deux ans plus tard prendre

' L'A\inam s'engageait en même temps h pajer une iodemnilé de guerre à l'Espagne.

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