‹ L'expansion de la FranceChapitre 34 sur 67 · LA CONQUETE DU TONKIN · texte numérisé non relu

LA CONQUETE DU TONKIN

joi ouvrirait à leur commerce les rîclies provinces centrales du Céleste-Empire; les Français devaient çbéir à la même préoccupation dès le lendemain de leur établissement en Cochincliinc, Ils n'y manguèrent pas, en offet, et tout d'aLord tentèrent de remonter le Mé-Kong. Ce fleuve fut jugé innavi- ;, mais, par une fortune heureuse, un de nos icompatriotes, établi en Cbine, découvrit peu d'années après la route du Song-Koï, C'est ainsi que, dès Tannée 1874, la France prend pied au Tonkin (traité de Saigon après le voyage de M. Dupuis et l'expédition Garnier). Mais, le pays évacué par nos troupes, le gouvernement annamile ne respecte pas ses engagements et refuse la libre navigation du fleuve à nos négociants. En présence de cette situation et devant les espérances conçues, une expédition fest jugée nécessaire autant qu'utile (1882), 11 s'agit à'établir solidement notre autorité au Tonkin, de .nous assurer la foute dont nous pressentons les avantages. Nos troupes eurent à la fois à vaincre la Résistance dcs Annamites, maîtres du pays, et des Chinois qui prétendaient intervenir dans les affaires d'Annam en qualité de suzerains {1883-188r»; piîse de Hué, conquête du Tonkin, bombardement de Fou-Tcbéou, opérations contre Formose, prise des Peseadores). Les traités de Hué en 1884 et de Tien- Tsin en 1885 niirenl fin aux iiostililés. Le premier

160 L'IiXPASSION DE LA FIUKCE.

place le royaume d'AnDaiii sous le prolectorat i la France en dislioguoiil loutefois l'Annam proprctneal dit du Tonkin qui est soumis à un régime de pi'oleclion plus elTeclif, à un contrôle direct; le" second, coinpiélê par une convention commerciale signée depuis (1886 et conveotiou additionnelle de 1887) ', contient l'engiigcmcnl pris par le Céleste- Empire de respecter le nouvel état de choses introduit par la France en Annara et d'autoriser, sur des points déterminés, les échanges entre la Chine et le Tonkin par la frontière de terre.

Pendant que nos troupes faisaient la conquête du Tonkin, le gouverneur de la Cochinchine avait ■ imposé au roi de Cambodge un traité qui resserrai! les liens du protectorat déjà existant (1884).

C'est ainsi que depuis 1883 les limites de noire action, on peut dire de nos possessions, bien qu'il ne s'agisse que de « protectorat », sont considérable- . ment étendues en extrême Orient. Saigon n'est plus seulement le chef-lieu de la colonie de Cochinchine, elle est la capitale de u l'Indo-Cliine française n, empire d'une superficie d'environ 400 000 kilomètres carrés, d'une population do 18 à 20 millions d'Âmes. L'Algérie, avec son annexe la Tunisie, est plus étendue, elle n'est point aussi peuplée.

'Ces lieux actes ont élé ratifit's le 30 novembre 1883.

[ LA FRANCE EN AFnlQUE. 167

Au Sénégal la k politique d'expansion » inaugurée sous le second Empire n'a pas cessé d'être activement poursuivie par la République : en 1881 le Fouta-Djallon, vaste région située au sud du fleuve, entre la mer et le Niger, est placé sous notre protectorat; en 1883 le drapeau tricolore est porté à Bauiakou, sur le moyen Niger; en 1887 une canonnière descend le fleuve jusqu'à Tombouctou, le principal marclié du Soudan ; en 1890 la place forte de Segou sur le Niger, centre d'intrigues contre notre domination, est emportée. Aujourd'lmi les mmcnscs régions qui s'étendent entre l'Algérie et f^ombouctou sont placées dans la » zoue d'influence » le la France, — les peuples divers habitant les ■allées du liaul Sénégal et les deux rives du moven ■Niger sentent notre action directe, — et de hardis iVoyageurs ont relié nos postes du Niger à nos comptoirs de Grand-Bassam et d'Assinie '. Tandis que notre colonie du Sénégal acquiert ainsi les dimenâoQS d'une « Afrique occidentale française » et icend sur le moyen Niger, l'Angleterre, dépassant les anciennes limites de sa colonie de Lagos dans le golfe de Bénin, élend son influence sur le bas Niger et une partie du moyen Niger, ainsi que sur les K deux rives du Bénoué. Les deux premières nations

Voir plus loin, page 189, la situation de la France en Afrique.

les L'EXPANSION PE Ik. fRANCE.

coloniales se trouvent ainsi avoir pris position l'un^ stir le cours inférieur, l'autre sur le cours supérieur du grand fleuve du Soudan '.

En suivant la côte occidentale d'Afrique vers le sud 00 rencontre au delà du délia du Niger, d'abord la colonie allemande de Kameroun, puis l'estuaire du Gabon occupé par la France depuis 1839. Il y a dix ans il n'existait au Gabon qu'un petit nombre de factoreries établies sur les rivières qui se jettent dans l'estuaire et aux bouches de^ rOgowé; l'intérieur du territoire était presque inexploré. Les voyages entrepris par M. de Brazza depuis 1875 — et surtout 1882 — dans les vallées de rOgowé, de l'Alima, du Congo moyen et du Niari- Quilliou ont à la fois fait connaître à la science la géographie de ces contrées et ouvert au commerce africain de nouveaux marchés. Elles ont en en outre, pour conséquence, d'agrandir considérablement notre domaine dans l'Afrique équatoriale^

Il s'agissait, en Afrique comme en Asie, de trouver, pour l'ouvrir aux négociants, une route facile entre la mef et des régions qui semblent riches

' La Conférence de Berlin (1885); constatant celle situation et prévoyant les progrés que l'Anj^lelerre et la Frauce pourraient faire dans la vallée du Niger dans le but d'ouvrir ces régions nouvelles à leur commerce, a posé le principe de la liberté de la navigalion du fleuve et de ses afHuents « pour les navires marchands de touIcH les nations ».

FBANCE ES AFRIQUE, 1Û9

ft appelées à un grand avenir commercial. Le Stanley-Pool, formé par le CoDgo luî-môme à environ 500 kil. de la mer h. vol d'oiseau, paraissail être le principal marché de l'Afrique centrale, le point où pourraient venir s'éclianger les produits de la vallée du grand fleuve. Mais ce point môme semblait inaccessible, le Congo, coupé par de nombreux rapides entre le Pool et l'Océan, étant innavigable dans cette partie de son cours. Comment donc atteindre le Pool?

Nous avons vu , en Asie, l'Angleterre et la France chercher à gagner les provinces centrales de la Chine méridionale l'une parl'Irraouady, l'autre par Je Song-Koï, — nous devions voir, en Afrique, quelques années plus tard, la France^ servie par M. de Brazza et l'Association internationale africaine (Société scientifique et commerciale ayant comme fondateur et directeur le roi des Belges}, servie par M. Stanley, chercher une roule marchande entre la côte et le Pool. Notre pays a't-il été aussi heureux sur le continent africain que sut* le continent asiatique? La question est encore douteuse. Depuis 1883 la France occupe la vallée du Niari-Quilliou que M. de Brazza estime la routé, sinon la plus courte au moins la plus pratique, pour relier la mer au Staliley-Pool ; mais à côté d'elle l'Association internationale africaine, devenue l'État

rO L'SXPANSIUN DE LA FRAiNCE.

libre du Congo, tient le cours du Qeuve et construit sur ses bords un chemin de fer qui reliera son emboucburc au grand marché de l'Afrique centrale \

L'acquisition du Niari-Quilliou n'est pas la seule que nous ayons faite dans ces régions nouvelles : la sphère d'influence de la France a été étendue, sans expédition, sans combat, sur toutes les tribus qui habitent le haut Ogowé, les vallées du Lefini, de l'Alima et de la Licona ainsi que sur les territoires de la rive droite d'une partie du Congo moyen '.

Quelques mois après la conclusion des actes relatifs au Congo, le gouvernement de la République

' Ce chemin de fer eat niâme commencé, mois sa construction sera, par suite des dirScuItés du terrain, une œuvre longue et coûteuse. 11 semble, au conlraire, que la France pourrait h moins do Trais et de temps ouvrir une roule commerciale pratique, dans la vallt-e du Niari-Quilliou, route qui mtime après l'achÈvement de la voie ferrée du Congo serait assurée d'un large mouvement d'affaires. (Voir plus loin la note 1 de lapugeaot.)

' Cette attribution de leriitoires résulte d'une Convention de délimitalion signée entre la France et l'Association internationale africaine le 5 février 1SB5.

Quelques jours après la conclusion de cet acte l'Association signait une ser:onde Convention de délimitation, celle-ci avec son autre voisin le Portugal, qui maître de la province d'Angola réclamait certains territoires do la région du Congo.

Ces deuï couventions passées, l'Association est demeurée en possession du bassin presque entier du Congo et de ses al'ftuenls. Elle a pris le titre d' " État Libre du Congo ». Voir plus loin, a ce sujet, la note I de la page 191.

LE PHOTECTOBAT A MA0AGA8CAH. i'il

parveDait à résoudre heureusement, sur ua autre point de l'Afrique, une importante difricultc, en affirmant et en précisant la situation de la France à Madagascar.

Les droits de notre pays sur la grande île de l'océan Indien remontaient à l'année i642, époque à laquelle Riciielieu accorda à une Compagnie le privilège d'y fonder des établissements et faire le commerce. Mais ces droits exercés durant le xvii° cl le xviu" siècle semblaient bien oubliésdepuis le second empire. Nous avions cessé d'entretenir aucun établissement sur la Grande-Terre, et tandis que nous paraissions ainsi nous désintéresser de ce pays ', les Anglais rêvaient d'y prendre notre place. Sur leurs conseils les Howas — peuple quibabite les plateaux du centre, — établissaient peu à peu leur autorité sur l'île entière, se déclaraient indépendants de toute puissance européenne.

Déjà leur reine prenait le titre de " reine de Madagascar », lésait les intérêts de nos négociants, repoussait nos plus légitimes réclamations, attaquait les Sakalaves, tribu alliée de la côte Ouest. Si un pareil état de chose avait été longtemps souffert, il

' La FraiicG toutefois ne s'éloignail pas de Madagascar : elle occupait la petite lie de Sainle-Harie de Madagascar sur la côte est, s'établissait à Mayotle et Nossi-Ré (1840-18*1), prenait sous son prolectorat les populations sakalaves de la cô(e nord-ouest (1841).

ne serait bientôt plus rien demeure de nos anciens droits, — sans duule même la Grande-Bretagne n'aurait pas tardé a établir son autorité snr les Howas, faisant ainsi d'une colonie française abandonnée une possession anglaise, INos ministres le comprirent, aussi jugèrent-ils en 1882, après avoir tenté de négocier avec les Howas, que l'heure était venue de ressaisir un bien qui nous échappait. Des opérations militaires furent alors entreprises sur les côtes, le blocus établi. Les Howiis durent se soumettre après une résistance de trois années {1883-1885, prise de Majunga et de Tamatave). Le traité du 17 décembre 1885 plaçait l'ile entière sous notre protectorat : " Le gouvernement de la République représentera Madagascar dans toutps ses relations extérieures... un Résident représentant le gouvernement de la République résidera à Tananarive avec une escorte militaire... les citoyens français pourront résider, circuler et faire le commerce librement dans toute l'étendue des États de la reine '. »

' Le (railé ilonnaiL, en uulre, h la France " le droit d'occuper la baie de Diego Suarez el d'y faire des inslnllaLions à a convenance. » — Celte m/tRiiifique baie siliiée sur )a cOle lianlale nord a une gianile iiiiporlance stralégique ; nous jr vous Élevé des élablisscments qui sont occupés.

Notre Empire colonial.

L'Empire colonial da la Pratiee. - Il y a trois sortes de colonies.

L'Alfîérieel la Tunisie. — Lem

Leur

- Leur

élal de déTelojipemeiil. ■

L'Afrique esl pour l'Europe un .1 Nouveau Monde ". — Colonies des nations européennes eu Afrique. — Le doniaiiiô de la France. — Situation do l'Angleterre.

t Le Séni^ga!, le Soudan et le Saliara français. — Les Rivières du Sud. — Lea Élablîssemenls du golfe de Bénin. — Le Gabon, le Congo français. — Madagascar. — Obock.

L'Angleterre, la Itussie, la France el le Portugal en Asie.

L'Indo-Chine française, — Progrès du Tonkin et de l'Annam.

— Le voisinage de la Chine. — Commerce de l'Iudo-Chine.

— Les Etablissements de l'Inde.

Les colonies des puissances europi?enne3 en Amérique. — La Martinique eL la Guadeloupe. — Les colonies de plantations de l'océan Indien. — La Guyaue. — Saint-Pierre et Miquelon.

Les intérêts des puissances européennes dans l'océan Pacifique.

La Nouvelle-Calédonie. — Taliiti el nos archipels océaniens. f Mouvement général du commerce de notre Empire colonial.

— Son régime économique. — ■ Le principe de la liberté commerciale.

I Le Régime douanier de l'Algérie et de la Tunisie. —Essai d'un tarif protecteur de l'industrie française en lodo-Chine. Abandon du sysiéme du n Pacte colonial >i. — La liberté

commerciale. — Le sénnti teclion des marchnndises Antilles.

De la situation liu commerce français d meiitï d'outre-mer. — Nos colonies son cbés ouverts k l'industrie mËlropolilaioi

ilte de 1S66. — La proies h laRémiion et aux

os établissedes débou- Pourquoilea

t pas également ;ntes en Algérie, en Tu- — La concurrence an-

Indo-Cfiine. — Manque . — Le régime protec-

altendre. — Comment e nation industiielle du

marchandises françai3e3 ne dans toutes nos colonies. — Les ■ nisie, aux Antilles, h la Itéunion.

({laise et allemande en Afrique et e d'initiative des industriels françai leur temporaire; ce qu'on peut e la Grande-Bretagne est devenue u fait de ses colonies. — Conséquences heureuses que pourrait avoir un réveil de l'industrie française en Afrique et en Asie. — Des importalions des colonies en France. — Leur utilité pour l'industrie métropolitaine, lïsl-il exact de prétendre que nos colonies sont des u colonies de fonclionnaires? n — Examen de celte objection àlft politique coloniale. — Noire émigration comparée à celle des autres peuples. — Les français en Algérie et en Tunisie. — Nécessité de Lâter le peuplement de ces provinces p,-ir une active propagande, — Exemple emprunté à l'Angleterre.

L'acquisition de l'Algcri(!,de laTanisio,derindo- Chine, de ."^ladagascar, des immenses régions du Sahara, du Soudan et du Congo français a considérablement augmente l'étendue et l'importance de nos établissements d'outre-mer. Aussi peut-on dire que la France possède aujourd'imi un nouvel « Empire colonial » et que, dans ia mesure où cela était possible, elle a réparé les effets du désastreux traité de Paris.

NOTRE EMPIRE COLONIAL. i"a

Cet « Empire coloninl » dont les " provioces », riinporlancc bien différente, sont réparties dans tquatre des cinq parties du monde, comprend ; la I Martinique, la Guadeloupe et ses dépendances', [la Guyane, Saint-Pierre et Miquclon, l'Algérie, la I Tunisie, le Sénégal avec le Soudan et le Saliara tfrançais, les Rivières du Sud', Graad-Bassam et ■Assinie, Porfo-IVovo ", le Gabon et le Congo fran- Içais, Madagascar, Sainte-Marie, Mayolte, Nossi-Bé, t'ies Comorcs *, la Réunion, Obock °, les Etablisscrmcnts de l'Inde", l'Indo-Cliine française, avec la

Ces dépendances suiit : Marie-Galanle, la Désirade, les linles, Saiiit-BarLiiéleraj et une partie de lile de Saint- ■lin, l'autre apparlenantà la Hollande.

La Cazaniance, le l'io Compony, le rîo Nuiiez, le rio igo et la Mellacorée.

Dans le voisinage du Porto Novo, la France exerce snn iroleclorat sur les territoires de Kotonou, Grand-Popo, Abalanqueni, Agwey et le pays des Ouatchïs.

L'Architiel des Comores comprend la Graiide-Comore, Anluan, Mohêli et leurs dépendances. (ProtecLorat depuis tS86.) La coloriie d'Obock s'élcnd sur les territoires voisins de lagalo et Tadjouroh. — Nous pourrions en outre prétendre droits sur le Eerriloire de Cbeik Saïd, situé sur la cAte irabiqtie en face de rilot anglais de Perim.

Ces Etablissemenls sont au nombre de cinq : Pondifchéry, Cbaudernagor, Karikal, Yanaon, Mahé. — La France outre des droits, qu'elle n'eserce pas, sur neuf « loges» ■■S au milieu des provinces anglaises : dans le Bengale, dassore, Dacca, Jongdia, Kazimbazar, Patna; sur la côle Malabar, Calicnt ; dans le Goudjerale, Surate; sur la cùle Irixa, Mazulipatam et Francepetb.

176 L'EXPANSION OR l.A FRANCE.

Cocbincliiiie, le Cambodge, rAciDam et le Tookio,' la Nouvelle-Calédonie et ses dépendances ', les Éta' blissenients de TOcéunie ^.

On peut évaluer la popuhitlon totale de l'ensemble de nos possessions et proteclorals à 26 ou 30 millions d'âmes environ, non compris les régions africaines placées dans noire « sphère d'influence » ',

■ Qui?1qiiËS llols voisins (l'Ue Nou, l'Ile des Pins), puis les archipclB LoyaKy — h proximilé —, Wallis et Fuluna, sensiblement éloignés {protégés depuis 1887 et 1888).

^ Sous ce nom sont désignés les archipels et les lies possédés par la France en Océanie : Tahiti el Moréa, Raialéa, les Tuamotu, les Gamtiier, lesTubuuî, [tapn, les Marquises, = Population des colonies el pays protégés :

Algérie 3732196 habitants.

Tunisie 1 100000 (?) —

Sénégal et rivières du Sud.. 182 ni» —

Soudan et Sahara français. . (?)

Élablissemenls du golfe de Guinée (Grand-Bassam,Assinie, Porto Novo, etc.). .. 200000 (?) — Gabon et Congo français. . . (?)

Madagascar J EOO 000 (?) —

Sainte-Marie de Madagascar. 7 667 —

Réunion IboOOfl —

Mayolte 9S08 —

Nossi-Bé 7803 —

Les Comores 47 000 —

ohock aoooo —

Cochincbine i 916 429 —

Cambodge 1500000 (7) —

Annaro 2000 000 (î) —

Tonkit) 12000000 t?) —

Établissements de Vlnàe. ... 280 303 —

NOTRE EMI'IHE COLONIAL. 177

mais* il serait téméraire d'en vouloir donner la F superlîcie même approximative ',

Marlinique 175863 habitants.

Guadeloupe et dêpenilances. ID3104 —

Gujaiie 25290 —

Saiul-Pierre el Wiqueloii. . , 3 983 —

Nouvelle-Calédonie el Iles

Loyalty. 62 753 —

Waliis et Fuluna 2000(î) —

Etabliasemeuls de l'OcÉanie, 227i3 —

Ile Kerguelen (?)

Ces chiffres, empruntés aux sources les plus dignes de foi parmi lesquelles les statistiques de l'administration, doivent êlre toutefois considérés, — pour la plupart, — comme très approximatifs. 11 faut noter aussi que dans plusieurs colonies la garnison et les émigrants engagés ont élé compris dans lapopululiou totale; ce calcul fait ressortir une majoralion de quelques milliers d'individus an total général.

Pour l'Algérie le chiffre de 3732196 habitants (receiisement de IS8â) représente la populalion totale civile, déduction faite de l'armée d'occupatioa, du régiment étranger, de la population dîie •< en blo? » soit 65 269 personnes. 11 se décompose eu 219 627 Français,— 42 593 Israélites naturalisés,

— 3 262 422 .Musulmans sujets Trançais, — 22 340 Harocoins et Tunisiens, — 203212 étrangers (Espagnols, Italiens, Maltais, elc ].

' SuperQcie do quelques colonies et pays protégés : Algérie 479000 kilomètres carrés, — Tunisie 116 ii 118000 kilomètres carrés, — Cochinchioe 59 000 kilomètres carrés,

— Cambodge 100000 kilomètres carrés (?}, — Aunam 100000 kilomètres cairés [?), — Toukin 200000 kilomètres {?), — Madagascar 600000 kilomètres carrés (i).

Nous rappellerons à titre de comparaison que la superficie de lo France est de 329 000 kilomètres carrés, et sa population de 3BîlB0i>0 lialiilanls.

^ff^

Quelle est la. valeur de l'Empire colonial fran3 çais? Quclk'est la situation acluelle,]e régime douanier, le commerce de nos colonies? QiicHe « utilité I commerciale » présentent-elles pour la métropole? J Enfin quel est leur avenir ' ?

Les colonies fondées parles nations européennes I en Amiiriiiue, en Afrique, en Asie, en Océanie, loin d'avoir toutes les mômes caractères, présentent \ des différences si profondes que l'observation les a fait répartir en trois classes distinctes : les colonies de peuplement, les colonies d'exploitation et !es colonies de commerce.

Il n'est pas sans utililé de rappeler les traits principaux qui distinguent les trois sortes de colonies.

Les colonies de peuplement ou colonies agricoles se fondent dans des pays vastes, peu habités, de climat tempéré, dans lesquels les émigrants de la nation colonisatrice peuvent se rendre en grand nombre, trouver des terres, les cultiver, s'établir sans

' Le lecteur désireux de fnire une élude complète de ces questions et de toules les autres relatives ii nos colonies ' pourra se reporter ii uos deus précédents volumes ; Les colo- ' nies françaises, leur commerce, leur sUuntion économique, leur utilité pour la métropole, tew avenir ; — La France, dans l'Afrique du Nord, Algérie et Tunisie, ouvrage honoré d'une récompense par l'Académie des sciences morales et politiques Seconde édition. — Les deux volumes chez GuiJIaumin, éâileur, Paris.

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l)E Lk COLONISATION. 179

Kèsprit de retour el créer ainsi une nouvelle patrie. rCes colonies exigent avant tonte chose un courant '' d'émigration considérable ; elles ne se développent donc que si elles appartiennent à une nation dont la population croît sensiblement chaque année et peut fournir un nombre considérable de colons. Le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, sont des colonies de peuplement et doivent ôtre cités comme les premiers exemples de l'expansion des races européennes dans les pays d'outre-mer.

Les colonies d'exploitation ou de plantations sont les terres des tropiques où l'on cultive presque exclusivement la canne, le café, le cacao, k les denrées coloniales ». Les Européens s'y acclimatent et forment la « population créole » ; mais ils ne travaillent pas la terre ; ce sont les indigènes ou des immigrants — autrefois des esclaves — qui remuent le sol sous la directiou des » blancs ». Les cultures tropicales exigent une main-d'œuvre

nombreuse et des capitaux importants, mais un [faible nombre d'Européens. Les Antilles fran- [ çaises, anglaises, espagnoles, les Indes néerlan-

1 daîses, l'Inde, l'Indo-Chine appartiennent à cette ' seconde catégorie.

Les colonies de commerce sont des comptoirs, les factoreries établies par les Européens au milieu de populations primïUves, «.ous \ift Oixw.'àN. ■y^i-ù^^'^^

180 L'EXPANSION IIE LA riiAS'Ci:,

malsain, dans le but d'iichanger contre un pe4 nombre de marchandises — cloffes, armes, liqueurs, etc., — le caoutchouc, l'ivoire, les graines oléngineuscs et les autres produits de la région. La nation à qui appartient ces colonies n'est pas dans la nécessité de soumellre les indigènes à sa domination ; il suffit de maintenir la paix entre les tribus, de construire quelques postes, afin de donner au commerce la sécurité dont il a besoin. Les colons, d'ailleurs, sont peu nombreux et rarement ils s'établissent sans esprit de retour, mais il est nécessaire qu'ils disposent d'importants capitaux pour se livrer à leurs opérations commerciales. Le Sénégal, le Gabon, le Congo, les élablissements anglais et portugais de la côLe d'Afrique sont des colonies de commerce.

La France est riche, elle possède d'abondants capitaux qui peuvent être engagés dans les affaires d'outre-mer, mais sa population ne croît que lentement, son émigration est faible. Dans de semblables conditions les colonies de commerce et d'ex* ploitation répondent beaucoup plus à son état économique et social que les colonies de peuplement, et précisément notre Empire ne comprend que des colonies appartenant à ces deus types ; aucune de nos possessions ne présente exclusivement caractères d'une colonie de peuplement.

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