LA COLONISATION EN TUNISIE
core, grâce au vote récent et longtemps attendu d'une loi qui établit entre la France et la Tunisie un régime douanier libéral'. Depuis l'établissement du protectorat jusqu'à il y a moins de six mois, la France, la « métropole », avait commis la faute de laisser subsister entre ses ports et ceux de la Régence l'ancien mode commercial très préjudiciable au développement des affaires. Les colons se plaignaient avec raison de ne pouvoir exporter leurs produits ea France dans des conditions aussi favorables que celles dont jouissaient leurs voisins d'Algérie, et déjà le découragement se manifestait, des protestations justifiées se Faisaient entendre.
La réforme douanière est aujourd'hui acquise et les statistiques accuseront bientôt ses heureux résultats. D'autres mesures, également utiles, devront suivre: Tout d'abord on ne rencontre actuellement dans Ja Régence que la grande et la moyenne propriélé européenne ; le petit propriétaire, le » petit colon », celui qui fait le nombre, et en partie la richesse en
Principales exportations de la Tunisie ea France : huiles, laines, joncs et roseaux, peaux, éponges...
Principales importations de la France en Tunisie : céréales, semoules, peauï préparées, ouvrages en peau et en cuir, vêtements, sucres... (L'importation de céréales dans la Régence est un fait tout à fait exceptionnel. La Tuoisie qui produit du blé, dont la récolte de IS90 a mânie été 1res favorable, a saufTert d'une vraie disette en 1SSS-S9].
'Loi du 19 juillet 1890.^ Voir plus loin, A'i.wit^ >?Q.-ù.'j*sft.
Algérie, n'est point encore installé. 11 importe qu'i!
!' soit <i sollicité » à s'établir parcti qu'il pourra constituer daDS une cinquantaine [Vannées un élémeat français sérieux, attaché au sol, établi au milieu (les indigènes, faisant un utile contre-poids à la po-
) pulation italienne et maltaise. L'organisation d'un
système de publicité semblable à celui adopté par les colonies australiennes permettra d'atteindre ce but'. Mais il ne serait pas encore suffisant d'ame- Qci' des colons. Il faut pour qu'ils s'installent et
t réussissent dans leurs entreprises un bon régime
ï' hydraulique, un réseau de routes et de chemins de fer, des institutions de crédit ; jusqu'ici l'œuvre des travaux publics est peu avancée dans la Régence '
> On verra plus loin, dans ce ctiapi Ire, en quoi consîsle le système de publicité adopté par les colonies brilanniques, mais il convient de noter ici qu'un décret du Président de la République en date du 16 octobre 1S90 vient d'instituer eii Tuniste j un '< directeur des renseignements el du contrôle» dont la. '
tâche principale parait être de « solliciter » l'émigration vers ' la Régence, Le rapport du Ministre des alTaires étrangères
précédant le décret porte en efîet : " Il incombe au gouvernement une mission dont il ne saurait se désinlére^^ser : faire connaître les avantages de la Tunisie par la plus large pui blicité, épargner le temps et les frais aux personnes que
I ces avantages tenteront par un service de renseignements
t aussi complet que possible; préparer et faciliter les transac-
^k lions ayant pour objet de multiplier en Tunisie une popula- ^E lion agricole expérimentée et d'y asseoir sur des hases soli- ^^L des le régime de la population. »
^^V * La France n'a pas encore construit une seule ligne Terrée
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et l'on u'y a encore foodé aucuoebani^ue privilégiée. Lorsque le Miaistre des affaires étrangères de qui dépend la Tunisie aura réalisé ces progrès par l'interniédiaiie du Bey, le pays, même s'il n'est pas annexé et demeure « protégé », pourra ôlre considéré, avec noire corps d'occiipalion, nos « contrôleurs » des foûclionnaires beylicaux, nos colons et le mouvement d'échanges qu'il entretiendra aTec nos ports, comme la quatrième province de la France africaine.
L'Algérie et la Tunisie, situées sur les rives de lii Méditerranée, en Tace de nos côtes, jouissant d'un climat favorable à l'établissement de notre race, semblent un prolongement de la mère patrie. Elles sont la « France africaine », mais elles ne son! point toutes les possessions de la France en Afrique.
Notre domaine est biea autrement vaste sur cette terre qui devient pour l'Europe à la fin du xa" siècle un « Nouveau-Monde » ouvert à toutes les entreprises, à toutes les ambitions.
depuis son élab lisse meut dans la Rii^ence, si l'on excepte le pelit chemin tie fer Uecauviile de Sousae à Kairouaii élabli pendant l'expédilion mililaire. Le seul chemin de fer existant est celui de la vallée de la Medjerda qui de la frontière algérienne va jusqu'à Tunis. — Un porl est en oonslrucliou à Tunis.
90 L'EXPANSION DE L\ FEIANIIE.
Il y a une vingtaine d'années la France, l'Angleterre, le Portugal et l'Espagne, vieilles nations colo- ■ niales, éluient seules établies sur les rivages du 1 noir continent ». L'Algérie et le Cap se dévelop- I paient, le Sénégal commençait à s'étendre vers l'intérieur, des voyageurs avaient visité d'immenses régionsinconnues;undespluscélèbres, Livingslone, mourait dans un misérable village noir, des négo- I ciants français et anglais trafiquaient ans côtes occi- ,. dentale et orientale, et cependant il ne paraissait I pas que les puissances européennes eussent liâte de I s'assurer de grands domaines sur la terre des enfants de Cham. Mais tout à coup la lente marche S événements a été hâtée : le récit des voyages de Stanley, de de Brazza, du D'Naelitigal, la brusque résolution prise par le prince du Bismarck de fonder des colonies en Afrique, le débarquement des Italiens à Massaouah ', les progrès du commerce, la recherche de nouveaux marchés, l'espérance que les territoires africains peuvent être riches et fertiles, sont autant de causes qui ont communiqué I aux peuples de l'Europe ce que l'on pourrait appe- [ 1er un accès de « lièvre- coloniale ».
Tous, du jour au lendemain, se sont préoccupés
■ Les Italiens avaient pris possession d'Âssab sur la mer Hou^e dès 1870, mais ce pelît torritoire était sans impor-
'âes choses africaines : l'Acte de Berlin de iSSii el Conventions de 1890 sont les deux grondes manil'estalions de la politique nouvelle, — manifestations qui, fait curieux, ne témoigaent pas du même esprit. En 1883 les puissances réunies à Berlin, sur rinitlative deTAUemagne, veulent prévenir l'établissemeDt d'uoe ou plusieurs d'entre elles dans le bassin du Congo au préjudice des autres; dans ce Lut elles donnent la vie à une sorte d'Etat neutre, sans nationalité, qui relèvera du roi des Belges sans appartenir à la Belgique '; en
La M question du Congo ■> avait été posée par !a rivalité la France [raailresse du Gabon et de l'OgowÉ), du Portugal [maître, delà province d'Angola) et de l'Association InlernalLonaie africaine (Société géographique et commerciale par le roi des Belges, ayant Slanley à son service et établie sur le Bas Congo) qui toutes trois élevaient des pré* tentions sur l'immense région arrosée par le fleuve et ses affluents.
Dès la réunion de la contérence de Berlin (novembre 1884) le drapeau de TAssociation Internationale déjà reconnu par les États-Unis le fut successivement par l'Allemagne, l'Angleterre, rilalie, l'Aiitriclie-Hongrie, les Pays- Bas, l'Espagne, la France et le Portugal. Ces deux dernières nations signèrent en même temps des conventions de délimitation avec l'Association qui devenait un État, — l'État du Congo.
Acte général . fut à son tour signé (S6 février J88S). H dispose que le commerce de foules les nations jouira d'une coinpicle liberté dans le bassin du Congo el de ses afiluenls que dans les zones voisines, que la navigation du tleuve demeurera également libre el que les routes, cbemins de fer ou canauï qui pourront être ouverts dans le but de suppléer
même temps elles déclarent libre, pour tous les patUIoos, le commerce et la navigatioa du Coago et du Niger. En 1890, au contraire, il ne s'agit plus de limiter l'expansion des nations européennes en Afrique, mais bien de partager d'immenses régions connues et inconnues entre l'Anglcterro et l'Allemagne, l'Angleterre et la France, l'Angleterre et l'Italie, l'Angleterre et lu Portugal '. Ciiaque nation veut sa part dans le « Nouveau-Monde » et des régions inexplorées, habitées par des sauvages qui n'ont jamais vu un c blanc », sont attribuées et délimitées dans des réunions de diplomates. Les chancelleries proclament la doctrine de r « Hinterland» ou de a l'arrière-pays » en yertu de liiqiielle une puissance européenne ayant une station sur un point de la côte peut réclamer ;( derrière » toute ia profondeur du continent jusqu'au point de rénaux irnperfeclions du système fluvial seront ouverts autra&c de toutes les nations sans taxes ditléreiitLelles.
La aouverainelé du nouvel État est reconnue, à litre per- BonnBl,au roi Lâopoldllda Belgique.
' Convention entre l'Angleterre et l'Allemagne du I" juillet 1890; — Convention entre la France et rAu{jIeLerre du S août 1890 ; — Convention entre l'Angleterre et le Portugal du 20 août 1890. — Cette deniiÈre convention dans laquelle l'Angleterre a imposé, à sou profit, au Porlugal de graves amoindrissements daus la région du Zambèze n'a pas encore reçu rupprobationdesCliambreEportugnises;un modusmvendi a, en attendant, été établi. Quanlà la convention entre l'Angle- ;e et l'Italie elle est encore en négociations (jiovembre 1890).
fiOTHE DOMAINE E^ AFHIQUt:. 193 contre avec la puissance qui a fondé une station semblable sur le littoral opposé. Ces partages et ces doclrines remettent en l'esprit la célèbre bulle du pape Alexandre VI divisant le monde entre les Espagnols et les Portugais '.
La France, au lendemain des Conventions diplomatiques de 1890, conserve en Afrique la situation prépondérante qu'elle y avait la veille. Elle est, elle demeure, à n'en point douter, la première parmi les six puissances européennes " qui se partagent ; aujourd'hui le « noir continent ». L'Angleterre,
' On lie saurait oÉgliger de meLiliouiier ici un autre grand kfait internatioEial relatif aux cbnses arricaines ; ]a Conréreace l-Hiili-esclavaglsle de Bruxelles réunie sur l'iniLiative du roi F Léopold et du cardinal Lavigerie pour aviser aux moyens ' de réprimer le (rafle des noirs, qui a arrêté au mois de juin ISOO un « Acte général » issu de ses délibérations.
Trois régions principales sont encore déshonorées et ruinées par le trafic des esclaves en Afrique: le Soudan occidental, le Soudan orienlal, tes territoires des lacs Albert et Victoria Nyania.
' "Acte générai " est un code entier sur la recherche et V la répression de la traite. Toutes les puissances réunies à • Bruxelles l'onL signé à l'exception de la Hollande qui jusqu'ici ['refuse de s'y associer, non qu'elle s'élève contre les disposi- I lions humanitaires relatives à la traite, mais parce qu'à cet I acte " sur l'esclavage» quelques dispositions n fiscales » ont f été ajoutées dont l'adoption alLeiudrait le commerce holian- ■ is au Congo.
^ Ce sont : la France, l'Angleterre, l'Allemagne, le Portugal, l'Kspa^ne et l'Italie. — II n'est point ici question des provinces turques (Egypte et Tripoli(aiue).
elle-même, noire heureuse rivale sur les mers, la maîtresse de l'Inde en Asie, du Cnnadn en Amérique, de l'Australie en Océanie, ne vient qu'après nous sur la terre africaine. Peut-être ses colonies, ses protectorats, ses i< zones d'influence » représenlent-ils une superficie totale supérieure aux nôtres, mais combien le domaine de la France est plusriclie! Regardons une carte :au nord l'Algérie et la Tunisie, terres fertiles, commerçantes, propres à l'inslallation de la race française, situées sur les rives de la Méditerranée, le grand lac européen ; — sur la côte occidentale trois riches colonies de commerce : le Sénégal, la première, dont le commerce ne cesse de se développer, agrandi dans ces dis dernières années du Soudan, puis hier ' du Sahara, extension nouvelle qui assure nos droits jusqu'à Say sur le moyen Niger et sur la rive occidentale du lac Tchad en même temps qu'elle permet la construc- ■
' Conveiilion Tranco-anglaise du 5 août 1X90. Cette Convention coiUienL deux dispositions essentielles : 1° l'ÂDgleterre reconnaît le protectorat de la France sur Madagawar; — 2° la France, maltresse de l'AlgÉrie, de la Tunisie, du Sénégal et du bas Ni^er, et l'Angleterre maîtresse de la colonie de Lajjos et du bas Niger, appliquant la nouvelle doctrine de ÏHinterlatid, tracent dans le bassin du grand fleuve une ligue séparant deux « zones d'influence ». — Cette ligue est tirée de Say sur le moyen Mger à Banua sur le lac Tchad; au nord est la n zone d'iufluence » française, au sud la « zone .. d'ioHuence » ani'laise.
^'iioD dans le désert de voies ferrées qui relieront l'Algérie au Niger et au lac Tchad ; — puis, les Ri- F vièresdu sud et lesEtablissements d u golfe de Béoin, i'fréquentés par d'importaules maisons françaises, r reliés au Sénégal par le3 vovages et les traités de nos esplorateurs; — enfin, le Gabon avec la vallée de rOgowé et les yastes territoires du Congo français, acquisitions récentes dont on peut déjà pressentir l'iinportaDce. Sur la côte orientale d'Afrique ellemême la France n'a aucun territoire, — sauf celui d'Obock sur le golfe d'Adea, — mais elle possède dans son voisinage plusieurs îles baignées par les ■ flots de l'océan Indien : Nossi-Bé, Majotte, les Co- I mores, la Réunion et Madagascar, «grande terre» sur la l'oule obligée de commerce entre l'Australie, TEurope et l'Afiique orientale qui deviendra au siècle prochain l'entrepôt nécessaire de ce commerce et qui, dès aujourd'hui, par sa richesse et sa fertilité, promet aux négociants un large mou- I vement d'alfaires.
Le domaine de l'Angleterre est représenté sur la ' carte par de grandes taches à côté de celui do la France : la Gambie, Sierra Leone, Cape Coast Castle, ne sont que des enclaves étouffées au milieu de nos possessions de l'Afrique occidentale, mais la , colonie de Lagos et du Niger s'étendantjusqu'à Say sur le fleuve et jusqu'au lac Tchad, comprenant les
deux rives de la Bcooué, riclie déjà, peut espérer ud grand avenir; le Cap et Natal pour avoir une population et un commerce moindres que celui de 1 Algérie seule n'en sont pas moins de belles colonies; le Cap est d'ailleurs comme la capitale des immenses territoires de la Compagnie anglaise deTAfrique du Sud; enfin la Grande-Bretagne possède Maurice, Rodrigue et les Séclietles dans l'océan Indien, les territoires de la Compagnie de l'Est africain au nord du Zanzibar, l'île de Socotora h l'entrée du golfe d'Aden et sur ce golfe même, la côte de Berbera '■ La France etrAugleferre,onra dit plus haut, ont des voisins en Afrique, D'abord, les deux puissances les plus anciennement établies, le Portugal et l'Espagne, puis l'Allemagne et l'Italie. Le Portugal possède les A(;ores, Madère, les îles du Cap-Vert, les Bissagos et Boulam, l'île du Prince, San Thomé, Cabinda avec les grandes provinces de Loanda et
' Pour n'oublier aucun des points occupéâ par TAiiglfiterre en Afrique ou dans les mers africaines, il faut encore rappeler : Tarfaïa au sud du Maroc, les Ilots Ascension, et Sainte-Héléue, Wal fich-bay, enclavé dans le S.-O. africain allemand, quelques Ilots dans l'océan Indien,
Enfin, il n'est pas possible d'oublier que, sans auvim droit, i'Angletei're occupe l'Égyple depiiis 1882. Elle ne discute, ni l'autorité du Sultan, ni celle du vice-ioi, elle a pris l'engagemenl public d'évacuer la vallée du INil, mais ses troupes y lieanent encore garnison, tandis que ses fonctionnaires s'êta- ' 'basent dans (ous les emplois.
l'ei.:rope ex afbique. iat
'Moznm bique. La part de rEspagoc est moindre : Ceuta et Alelilla au Maroc, les Canaries, la côte du Saliara au nord du cap Blanc, les îles Fernando- Pô, Gorisco et Annobon (et aussi des prétentions sur quelques points voisins de notre colonie du Gabon). L'Allemagne et l'Italie sont entrées tard dans la carrière coloniale; ce sont elles surtout qui ont été atteintes de la « fièvre coloniale ». Le prince de Bismarck a pensé un jour, après s'être montré longtemps l'adversaire de la politique coloniale, que son lys, grand en Europe, ne pouvait se résoudre à être lulement une puissance continentale : il a construit des navires, cherché des colonies, prenant possession de territoires usans maîtres» et, aussi, quelquefois de points sur lesquels l'Angleterre et la France avaient quelques droits'. Aujourd'hui lo drapeau de
I 11 n'eiilre pas dans le plan de cet ouvrage d'étudier les conditions de développement eL l'avenir de la colonisalion allemande, quelque soit l'in télé t de cesujel, mais on neaaurail non plus passer soussilence un fait aussi considérable que celui de l'aduplion,parrEmpired'Allemagne, d'une politique coloniale.
Des les premières pages de ce volume, coniparnnt la situation géographique de l'Allemagne à celle de la France et de l'Angleterre, nous avons remarqué que la première de ces nations, placée au centre du coulinenl, ne touchant ni à l'Océan, ui h. la Méditerranée, dont les côtes, sur leur plus grande longueur, sont baignées par uue mer septentrionale, 1 pays beaucoup plus continental que maritime. Nous avons ajouté : il doit vivre eïclusivemeiil en Europe, y soutenir de nombreuses luttes, y conquérir, enfin, son unité.
l'Kinpire flolle sur Pelit-Poiio, Togo et quelques points voisins, à Cameroun, sur la terre de Lude-
Aujourd'hui l'Allemagne a réalisé son unité. D'aulre part, la rapidilé de la iiaviRalioQ à vapeur a rapproché des océans et des grandes routes maritimes les nations qui en soat éloignées. Peut-elle dans ces conditions poursuivre une « politique coloniale n 7
La conslatalioD d'un tait important semble, d'abord, amener les esprits à une réponse favorable: la population de l'Empire est Irés prolifique, son émigralion très importante. Pourquoi ces H émigrants n ne deviendraient-ils pas des « colons»?
MallieureusementpourrAllemagne, toutes [es terres situées dans la zone tempérée, qui en Amérique, en Afrique, en Océanie, pouvaient recevoir des émi^rants, les retenir, devenir enQn des a colonies de peuplement», sont occupées par l'Angleterre et la France. Il ne semble même pas qu'il reste dans le monde des territoires ou des Ues qui soient propres à la fondation de 11 colonies d'exploitation n : l'Angleterre tient l'Inde et la Birmanie; la France, l'Indo-Chine; la Hollande et l'Espagne les meilleures des Iles k plantations de l'Océanie. L'Allemand, d'ailleurs, pourrait-il s'acclimater sur une •' terre chaude"? H est permis d'en douter lorsque l'on observe qu'en Algérie, région presque tempérée cependant, le nombre des décès dépasse sensiblement celui des naissances chez les individus de race germanique (70 naissances sur iOO décès).
Une chose esten tous les cas certaine, c'est quel'Empire n'a pu prendre poasessioii en Afrique et en Océanie (nous dirons plus loin l'étendue de ses possessions dans ce continent], que de territoires inhabitables pour les Européens, —où les Allemands ne se rendent et iiepourrontjamaisserendre en nombre, territoires qui sont des e colonies deeommerce ». — {On connaît encore bien peu l'Ile de Bornéo ; cette « terre chaude » dont les Allemands ont une part deviendra-t-elle jamais une u colonie d'exploitation >•'!) Ainsi les terres et les lies que le prince de Bismarck a tout à coup réclamées, dont il a pris possession avec autorité devant l'Angleterre et la France,
Htz (" Sud-Ouest africain allemand ») et sur les [îmmenses territoires de l'Est qui s'éleudenl depuis
■VieiDes nations colojiiales, onl une étendue oonaidérable, —
tles possessions allemandes de l'Arri<|ue semblent avoir à
seules quatre fois ta superficie de l'Empire en Europe,
I — mais elles ne deviendront point des n provinces d'oulre-
u peuplées de •< citoyens allemands «. Les émigranls
i, cfiaque année, quittent l'Empire, continueront, comme
par le passé, h se rendre anic Étals-Unis ou en Australie.
L'Allemagne n'a donc pu acquérir, en l'élal actuel du partage du monde, que des « colonies de commerce n, des terres nsalubres où elle ne pourra élever des « comptoirs ". Encore Kfaut-il ajouter que depuis qu'elle possède ce domaine exlrateoropéen, il ne semble, dans aucune de ses parties, en voie tée prospérité. Les « compagnies à chartes ■> constituées pour f son exploitation sont déjà ruinées ou misérables, les fonclion- E^aires allemands ont paru plusieurs tois au-dessous de leur Jîàcbe, leurs conllits avec les populations indigènes ont été ■'fréquents.
Il est trop tôt pour que l'on puisse chercber à prévoir l'af Tenir. Tout ce qu'il est possible de dire, c'est, d'une pari, u'une nation nouvelle venue dans la carrière coloniale est t exposée à « faire des école's ", qu'il serait surprenant qu'elle n fit pas, c'est, d'autre part, que si l'Allemagne n'est pas ^suftlsamment riche en capitaux pour pouvoir porter, avant )nglemp3, dans ses colonies de commerce les sommes né- Bcessaires à leur mise en valeur, elle a cependant j'avantage ■de fabriquer déjà plusieurs des marchandises inférieures à [}ion marché, que les indif^Ènes d'Afrique et d'Océanie tro- Lquent contre les produits de leur pays.
Mais, devant cet exposé, une objection se présente à l'es- : la préoccupation d'assurer des débouchés en (erre I itllemande extra-européenne à des industries métropolitaines e paraissent avoir besoin d'aucune protection, puisque I leurs ventes ne cessent de se développer dans les colonies t. étrangères et dans les terres» sans mal très u, suffit-elle à eïpli-
200 1,'EXPANSION DE L,\ FB.VVCIi:.
la cttledu Znnzibar jusqu'ea cerlains points des lacs Victoria, Tanganika etNjassa ; enfin, le Sultan de Zanzibar est sous le protectorat allemand. Dans ces régions orientales le cabinet de Londres a dû renoncer à quelques-unes de ses prétentions, notamment sur le Sultanat de Zanzibar, et consentira un partage '. L'Italie moins beureuse que l'Allcma-
quer l'adoption par le gouvernement impérial d'une « politique coloniale » ainsi que les longs et coùleux etTorU qui en sont la conséquence?
Noua ne le pensons pas. En réunissant la Conférence de Berlin en 1885 pour régler la quesLioti du Congo, en prenant possession de larges lerritoires en Afrique et en Ooéanie & cùté de l'Angleterre et de la France, en conalruisant une flotLe afin d'avoir comme ces deux nations des navires de guerre, l'Allemagne a certainement cédé aux rêves ambilieuï que lui ont inspirés ses succès sui le contineiil. La première puissance mititoire de l'Europe a voulu devenir une nation marilime et coloniale, jouer un rôle, tenir une place hors d'Europe. L'Allemagne est assurément atteinte de celte maladie que certaines nations ont connue : " la méfialomanie »; le prince de Bismarck a Tait de la » politique impériale », au sens donné à ce mot en Angleterre, pour caractériser la politique de lord Beaconslield.
Miiis ce mobile n'a certainement pas Hé le seul à déterminer le Cliancelier. Son esprit en réclamait de plus positifs. Deuï au moins, ont dil lui apparaître: d'abord, détourner l'attention de ses compatriotes des questions européennes, cherctier un dérivatifàdes préoccupa tionsqui, il certaines iieures, pouvaient lui paraître ai vives qu'elles en devenaient dangereuses, — ensuite, assurerdesmarcliés toujours ouverts, mis à l'abri de toute taiedouanière gênante ou prohibitive, aux produits allemands en mâme temps qu'un fret certain au pavillon national.
" Convention anglo-allemande du ("juillet (890.
e daos ses projets d'expansion n'a rencontré que les difficultés depuis son débarquement à Massaouah.
n traité lui a promis en 18891e protectorat del'Eihiopie, mais elle ne sait encore ce que vaut ce traité'.
Pour acheTer ce tableau de « l'Europe en Afrique n, il suffit d'ajouter quel'Élat indépendant du Congo semble destiné à devenir une colonie belge depuis que le Parlement de Bruxelles a adopté un projet de loi (1890) qui permet au gouvernement, s'il le veul, d'annexer cet Elat dans dix ans '.
Tous les établissements que la France possède
' L'Ilalie possède, eu outre, en Afrique Assab sur la mer Rouge el une parlie de la côLe des Somalis sur l'octan Indien.
letlre en date du 23 avril 1884 l'Associaliou Internationale du Congo avait pris vis-à-vis du gouvernement 'ançais l'engagement de ne céder ses stations et territoires •A aucune puissance et de v lut donner un droit de prâférence >i par des circooslances imprévues, elle était amenée un jour 'éaliser ses possessions. Mais cet engagenienl a été modi- (rois ans plus tard. Le 22 avril iSST l'Âdministratenf géliËral des affaires étrangères de l'État indépendant du Congo Tel, iorormé le ministre de la République à Rrnxelles gagemeul de 18S4 c< n'a pas entendu el n'a pas pu mtendre qu'en cas de réalisation des possessions de l'Association le droit de préférence reconnu à la France envers toutes les autres puissances pût èlre opposé k la Belgique lonl le roi Léopold était souverain ; mais il va de soi que 4'Élat du Congo ne pouirait céder ces mfmes possessions à la Belgique sans lui imposer l'obligation de reconnaître le .droit de préférence de la France pour le cas oii elle-même Tiendrait ultérieurement à les réaliser. » — Le gouvernement
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202 L'EXPANSION Di; l..\ FIUNCE,
BUT la L'ûtc occidentale d'Afrique présentetii même caractère : ce sont de vastes colonies commerce, des comptoirs oavei'ls à ractivilé de nos négociants, des voies par lesquellesils peuvenliotroduire leurs marcliaadises et pénétrer à la suite de nos soldats ou de nos explorateurs jusqu'au centre du « noir continent ». Mais tons ces établissements sont point parvenus îï une même situation commerciale. Le Sénégal est le plus ancien, son commerce atteint le chiffre le plus élevé, 40 millions ' dont 24 avec la métropole ' ; d'importantes maisons françaises y sont établies ainsi que dans les Rivières
français ayant donné acle de celle inlerprélation à l'Étal indépendant, la lettre de iBSTesl auJQurd'huilaloides parties.
1 n'a pas semblé nécessaire de rappeler dans ce tableau de la prise de possession du « Nouveau-Monde ^ par les puissances européennes i^ue deui provinces de l'Empire turc, i'Égyple el laTripolilaine, sont en terre africaine.
' Ce chiffre el ceux relalifs à nos autres colonies qui seronl cités plus loin sont empruntés au^i Slaiisliquts coloniales,
Cliiffresdo 1887 :
Eipoctalions du Séuégal :
En France 11743 836 fr.
Aux colonies françaises. , , . 14 507
A l'étranger '. g 186 679
Importations au Sénégal :
Marciiandises Trançaises.. . 13 268 238
Des colonies françaises... 308 000
Marchandises arangéres... 13 238 437
Total
42 fr. *
^^HP' IVOS COLO»ll!:a O'AiatlQUE. S03
RdûSudetnoscomptoirs dugolfede Bénin '. Le mouvement des échanges ne cesse de croître dans ces dilTé- I rentes régions, qui sont riches en produits naturels |eten l'avenir desquelles nos négociants ont grande I confiance (exportation de graines oléagineuses, Igommes, caoutchouc, ivoire, poudre d'or, café...). 1 Le commerce du Gabon est demeuré jusqu'ici I beaucoup moins important, bien que dans ces der- I nières années la pénétration de l'intérieur ait favo- Lrisé son développement '.
Le Soudan, où des expéditions sont encore néces-
' ChiUres de 188: :
Cnmmerce des Hivières du Sud : S320SI9 fraucs, dont 2603998 à l'exporlalion et 2716831 fi'ancs à i'iniporlalion.
Commerce du Grand-Bassam el Assinie : eaviroa2iu!lI[onE. L Commerce de PorLo-Novo, Kotonou, Grand -Popoel Agwey : l8S96aS9 francs, dont 4901830 francs à l'eiportaliou, et I 3991769 francs â I'iniporlalion.
f Soit au totalpources régions uncommercede i63i7408rr. I On peut évaluer iiue dans l'importation totale de ces W comptoirs les produits français entrent pour une somme d'en- IvironS millions et demi.
I ■ Commerce du Gabon en 1839 :
■ Exportations du Gabon : -
■ En France 236 678 fr.
I Aux colonies fiançaises Néant.
i A l'étranger j 50.1 600 ^
I 2 742 278 fr.
i Imporlalions du Gabon :
■ Marchandises françaises l 496 032 fr.
Des irolonies françaises 2361
Marcliandises étrangères 2193 097
h Total général 6 434 688 Ir.
saires pour assurer notre autorité (brillante campagne de 1889-4890), le Congo français, exploré d'hier, ne sont pas encore des marchés réguliers. Des trailants visitent cependant les régions nouvelles, sollicitent les indigènes à l'échange de leurs produits. Ces pays sont-ils riches? les populations nombreuses, actives? pourront-elles apporter en échange des étoffes, des liqueurs, des armes, et de quelques autres produits, les arachides, les bois, l'Ivoire, le caoutchouc, le coton, les gommes, le fer, le cuivre et la poudre d'or? Ces questions se posent encore. Toulefois le nombre des caravanes fréquentant nos postes du Soudan augmente chaque année et, d'autre part, M. de firazza promet de grands profits aux négociants qui établiront des comptoirs dans les vallées de l'Ogowé, du Niari-Quilliou, du Lefini et de la Licona. Pour M. Stanley, il estime que l'iuiuiense bassin du Congo, dont nous possédons une des roules par la vallée du Niari-Quilliou, est un des pays les plus riches du globe en produits naturels, en forêts inexploitées et en plaines labourables '. Bien que des maisons françaises et étrangères
Ce c'hilTre de G 434 6SS fr. fourni par les stalistiques orficJclles est cerlaineraent au-dessous de Ja vérilé, la fraude étanl 1res grande au Gabon. Il serait possible que le commerce total du Gabon el de la vallée du Niari-Quilliou alteignit 10 à aillions.
* Un décret eu date du 23 janvier 1880 a aulorisé la mise