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REGIME DOUANIER DE NOS COLONIES

serait de renchérir, pour un certain nombre de Français, les condilions de la vie. La diffôrenci! est profonde- Eocore faut-il ajouter que les Antilles n'offrent à l'industrie métropolitaine qu'un marché restreint, l'espoir d'un chiffre de traosaclions assez faible, tandis que l'Indo-Chinc représente, avec les provinces de la Chine méridionale, un marché considérablemeol plus étendu, un large mouvement d'affaires. L'importance des profits que retireraient nos négociants de la conquête commerciale de l'extrême Orient excuse la violation, pour un temps, de la liberté commerciale.

L'établissement du protectorat français à Madagascar n'a pas eu pour conséquence la modification du régime douanier qui existait alors. Un tLaité de commerce signé entre les deux pays le 8 août 1868 frappe les marchandises importées et e.\portées d'un droit de 10 p. 100. Le gouvernement Howa ayant, à différentes dates, assuré à l'Angleterre, aux États-Unis, à l'Allemagne et à l'Italie " le traitement de la nation la plus favorisée », le commerce de la nalioQ protectrice ue peut bénéficier aujourd'hui à Madagascar d'aucun traitement de faveur. Les produits de l'île importés en France sont, d'autre part, soumis aux droits du tarif général.

Il suffira de dire, en ce qui concerne les colonies dontil n'a pas été jusqu'ici parlé, sansentrer dau%l«

^^mt

ao2 L'EXPANSION OE LA FRANCE-

diilail du régime douanier de chacune d'elles, que 1 Sénégnl, le Gabon, Nossi-Bt', Saînl-Pierre-Miqueloi] el la Guyane protùgen là des degrés différents portalions françaises, tandis que nos autres possessions réservent aux inarchandisus de toute prO' venance le même traitement, leurs droits d'entréi ou de sortie ayant un caractère cxclusÎTeaientt fiscal '. Quant aux importations de nos colonies

' Sénégal. — Lea marchandises importées subissent, quelle que Boit leur provenance, le même Irailemenl à reXceptî(Mi> des irguinéesii de France et de Pondicliéry qui bénf&cienl d'une détaxe. — Droit de sortie sur lea gommes.

Ancien Gabon (territoires au nord du -2" 30 de latitude aud)^. — Les marchandises de toute provenance sont soumiBes h. un droit d'importation, mais les françaises bénéficient d'ane détaxe de 60 p. 100.

Nouveau-Gabon el Congo français (territoires au sud dit' 2=30 de latitude sud). — Droits de sortie de '6 p. 100.

Nossi-Bé. — Droits de douane sur les marchandises âtran^

Siiinl-Pieire et Miqneton. — Drdils de douane et octroi da

Rivières du Sud. — Droits de sortie, et pas de droits d' Irée.

Etablissements du golfe de Bénin. ~ Mêmes taxes d'eni sur lea produits de toule origine.

Guyane. — Droits de douane sur les marchandises élraagèfes et octroi de mer.

Sainte-Marie de Madagascar. — Droits sur les spiritueux dft toute provenance.

Diego Sunrez. — Droits sur les rhums de toute provenauoe;^

UayoUe. — Droits sur les rhums de toute proïenanoe.

Obooh. — Aucune taxe.

UTILITÉ COMMERCIALE DES COLONIES. 2:i3

en France, la loi du 7 mai 1881 (tableau E) les admet toutes CQ franchise, par mesure générale. Une seule exception est faite à cette règle : « les denrées coloniales « sont soumises aux droits de notre tarif.

L'étude qui vient d'être faite du régime douanier en \igueur dans nos colonies conduit, par une transition naturelle, à l'examen de cette importante

Établissements de Clnde. — Droits d'entrée sur les spiiiineux et quelques autres articles.

Nouvelle-Calédonie. — Octroi de mer et taxe sur les liquides de toute proveDance.

Établissements de l'Océanie. — Oclroi de mer et druil de 'sortie sur les nacres.

' Cette Bïception a déjd été notée plus baut à propos du régime douanier existant entre la France, les Antilles et la Réunion, ainsi que le régime spécial accordé aux sucres coloniaux.

On remarquera que ces droits sur les « denrées coloniales cafés, cacaos, vanilles, poivres, etc., ne sont pas à proprement parler des droits de douane puisqu'ils oe sauraient eire établis en vue de protéger les produits siniilnires du la mé tropole. Ce sont plus exactement des taxes fiscales, — oi pourrait dire un » octroi de mer ».

La loi de 1881 exempte les produits des «colonies ou pos sessions »; elle ne dit rien des « protectorats ». C'est poui cette raison que les importations de Madagascar sont soumi' ses au tarif général; celles du Tookin, de l'Annam et de la Tunisie, paj'S b protégés», étaient soumises au mfme régime avant le vote des lois du 30 mars I8SS (assurant la franchise aux produits de l'Annam et du Tonkin) et du 19 juillet 1890 (assuraot aux principaux produits de la Tunisie l'exemption ou des taxes réduites).

> question : la situation du commerce français dansnos établissements d'oLitre-mer est-elle satisfaisante? Les adversaires des colonies et de la politique coloniale d'nne part, les protectionnistes qui veu- I lent le rétablissement du « pacte colonial » d'autre part, disent que, si l'on escepte l'Algérie, nos possessions ne consomment pas suffisamment de pro- I duits métropolitains, qu'elles sont des marchés [ dont les fabricants étrangers profitent plus que les I fabricants français, en un mot qu'elles n'ont point pour notre pays une suffisante « utilité commerciale ».

L'objection est trop sérieuse pour qu'on la néglige.

Lorsque l'on veut juger les relations commerciales d'une colonie, il faut tout d'abord e\aniiner sa situation géographique. Est-elle voisine de la métropole? les rapports marchands sont-ils faciles? alors UQ important mouvement d'échanges s'établira ■e les deux pays. 11 en est ainsi de la France et de l'Algérie; il en sera de même, dès demain, de I la France et de la Tunisie, l'ancien régime doua- \ nier — régime absolument anormal, — ayant été modiUé. Si, au contraire, la colonie est éloignée i de la métropole et proche de pays étrangers pou- \ vaut lui fournir les marchandises dont elle a besoin, les relations se dédoubleront ; la colonie commercera

rr • UTILITE COMMEHCIaLE DES COLONIES. 2Jj à la fois avec la métropole et avec l'étranger. 11 est parfaitemeQl naturel que les Anlilles achètent leuiï vivres et divers produits aux Etals-Unis plulôt qu'en France, plus naturel encore que la Réunion s'approvisionne en partie à Madagascar, Pondichéry dans rinde, Tahiti i San Francisco ou en Australie.

Les colonies britanniques sont aussi bien que les nôtres soumises à cette « loi de nature » et il n'est pas sans intérêt de remarquer qu'elles paraissent même y obéir davantage. Les Antilies ont avec le Honduras et la Guyane une population de 1598000 âmes; elles consomment pour 89 730000 francs de marchandises anglaises, soit pour 36 fr. 16 par individu. A côté d'elles, la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane peuplées de 391 000 habitants reçoivent pour 26 864 000 francs de produits français. C'est donc une consommation de 68 fr. 35 par tête (cliiCfres de 1888}.

Dans l'océan Indien la situation est la même: Maurice a 386 000 habitants et achète pour 6 900 000 fr. de marchandises métropolitaines, soit pour 17 fr. 87 par individu. La Réunion peuplée de 163 000 âmes achète en France pour 9 034 000 francs. La consommation de 54 fr. 87 par tète accusée par ces chiffres dépasse de beaucoup celle de l'île anglaise voisine (chiffres de 1888).

i Ces comparaisons sont loiu de nous Être défa- I Torables et l'on peut dire que les industriels fraoçais ont ici moins sujet de se plaindre que les I industriels anglais. 11 est vrai que la même situa- [ tion ne se relroLive pas dans toutes nos colonies. I Dans les Rivières du sud, dans le golfe de Bénin, au ; Gabon, en Indo-Chine, notre commerce, — on l'a noté plus haut, sans rien celer de la vérité, — est en clat de grande infériorité à côté du commerce étranger. L'éloignemeut des colonies de la métropole ne saurait ici être donné comme raison. La cause du mal est ailleurs : il faut la voir dans ce fait que les maisons françaises d'importation se trouvent contraintes de vendre des produits anglais et allemands, nos industriels ne fabriquant pas ou vendant trop cher les produits réclamés par les consommateurs. C'est ainsi, notamment, que les fils ; et les tissus de coton — principal objet d'écbanges ' en Afrique et en Asie, — viennent de Manchester, I de Bombay ou de Madras et non de llouen, de Boanne ou des Vosges.

L'objection de nos industriels se plaignant que

nos établissements d'outrc-mcr ne soient pas pour

eux desdébouchés assez larges porte doncen partie : ■

; il est vrai que nos colonies d'Afrique, moins l'Algérie

ket la Tunisie, sont, ainsi que Tlndo-Chine, des mar-

Ychés dont les fabricants étrangers profitent bcaiicou[i

L'INDUSTRIE FIUNÇAISE K\j\ COLONIES. 237

plus []U0 les nôtres. Mais, s'il en est ainsi, n'est-ce point la faute de nos industriels eux-mêmes, ne sont-ils point responsables de la situation dont ils se plaignent? Pourquoi ne produisent-ils pas à aussi bon marché que leurs rivaux d'Angleterre? Lorsqu'ils disent que rinduslrie française travaille dans des conditions moins favorables que l'industrie anglaise (prix plus élevés de la main-d'œuvre, des machines, du charbon, du colon, etc.), ils veulent excuser leur infériorité, mais ils ne donnent point sa véritable cause. Elle est, celle-ci, dans leur indifférence, dans leur manque d'initiative, dans la méconnaissance voulue des goûts des consommateurs. Tandisque les industriels britanniques cherchaient des débouchés nouveaux en Afrique et en Asie, augmentaient sans cesse le chiffre de leurs affaires, les nôtres ne donnaient à ces contrées lointaines qu'une faible attention, se refusaient h la lutte pour conserver les marchés acquis on s'en ouvrir d'autres. Les négociants marseillais établis depuis longtemps en Afrique se souviennent qu'en iB'àd, 1855 on vendait encore au Sénégal et dans le golfe de Bénin des quantités importantes d'articles de Rouen, (des « rouennerics n), puis que peu à peu les mêmes articles, de fabrication anglaise, ont paru dans ces régions, offerts à des prix bien inférieurs. Malgré les sollicitations des Marseillais, les Rouenoais oc

tenlèrent pas alors de sotitenirla concurrence. Penlant que le marché mélropolilain et l'exporlation vers quelques pays d'Europe ou d'Amérique suTfirait toujours à leur activité, ils se désintéressèrent 3e l'Afrique au grand prnfit des fabricants britanniques, et plus tard aussi des Allemands. En (])iine nos industriels n'ont été ni plus clairvoyants ni ,plus audacieux qu'en Arriquc : le traité de 1860 "leur assurait les mêmes avantages commerciaux , qu'aux Anglais ; ils n'ont pas un seul jour essayé d'en profiter. Aujourd'hui, heureusement, ils reconnaissent leur erreur, ils veulent la réparer; ils comprennent que les marchés d'Afrique et d'Asie sont des marchés considérables, qu'ils ne peuvent en demeurer exclus, sans un très grave préjudice.

Dans le but d'encournger ce mouvement, ces lionnes volontés, d'aider les fabricants franiais à regagner le terrain perdu, le gouvcrnenierit a consenti, ainsi qu'on l'a vu plus haut, à l'établissement de tarifs protecteurs dans plusieurs de nos colonies. Aux Antilles et à la Réunion ces tarifs auraient déjà fevorisé la vente de nos articles, si ces colonies n'avaient traversé de 1882 à 1887 une crise sucrière [ui a eu pour conséquence une baisse très sensible [e leur commerce, une réduction dans leurs achats. Un chiffre mcrile toutefois d'être relevé à titre

L'INDUSTRIE FRANÇAISE EN INDO-CHlNE. 259

d'indicalioQ : en 1883, à la l'élue de l'application (tes droits protecteurs, la Réunion dont le commerce s'élevait à 51 millions importait 7 832 000 francs de marchandises françaises; — en 1889, alors que son mouvement d'affaires se ressentanl.encorc de la crise sucrière n'atteignait pas 35 200 000 francs, elle a importé 9178 000 francs de marchandises françaises. C'est là un chiffre sensiblement supérieur qui représente une augmentation réelle de 1 300 000 francs dans la part prise par la métropole dans l'approvisionnement de sa colonie. (En 1883, les marchandises françaises importées dans la colonie représentaient 28 p. 100 des importations; en 1889 elles représentent 45 p. lÛO.)

Le tarif général n'est entré en vigueur on Indo- Chine qu'au mois de juillet 1887, et les dernières statistiques se rapportent à l'année suivante, il faut attendre quelque temps encore pour connaître les premiers résultats des mesures protectrices; cinq à sis années, au moins, sont d'ailleurs nécessaires pour que les articles français puissent se substituer peu à peu aux similaires étrangers auxquels sont haLitués les vendeurs chinois (le Chinois est l'intermédiaire indispensable dans toute l'Indo-Cliine) et les consommateurs annamites. Cependant les informations recueillies indiquent déjà un mouvement favorable : des syndicats, de fabricants français se

sont formiSs, ont envoyé des représentants en Indo- Chine et en même lemps ont noué des relatioQS avec Il'S négociants importateurs et les CLiaois. Ces premiers efforts ont élé récompensés par des résultais appréciables. I>ès l'année 1888 les statistiques témoignent que les importations de marchandises françaises ont augmenté de 2 343 000 francs alors que les importations étrangères baissaient sensiblement et qu'en Cochinchine nos importations en cotonnades sont passées de 140000 francs — chiffre de 1887 — à I 246 000 francs'.

Ainsi les premiers résultats observés à la Itéunion ■et en Itido-Chinc donnent confiance en l'avenir. Il De faut certes pas en conclure que les marchandises françaises sont dès maintenant assurées d'une large Tente aux Antilles, en Afrique et en Asie, car il nécessaire que les efforts de nos fabricants ne faiblissent pas, mais redoublent au contraire ; il convient aussi de prévoir que nos rivaux d'Angleterre

Depuis l'applrcnlioi) da tarif général ditns les paj's de rUnion jusque dans le mois d'octobre 1S90, les grandes

lona de Rouen auraient exporté en Indo-Chine pour eit- Tiron 5 tOO 000 francs de tissus de colon et 500000 francs de fllès (Les filés sont surtout demandés au Tonkin où les indigènes les lissent eux-mêmes; jusqu'ici les (liés sont imfortes de Bombay).

Les informations apportées par les derniers courriers de kigon et de Hanoi portent que le commerce français ne «essG pas de faire des progrès.

GHANDEUB COMMERCIALE DE L'ANGLETEBIIE. 201

(î[ d'Allemagne feront, pour conserver leur situation, de nombreux sacrifices, abaisseront leurs prix. La lutte sera donc vive. Il est touleToîs permis d'espérer que l'industrie française en tirera avantage, — et à ce sujet l'hisloire dn développement industriel de l'Angleterre mérite d'être rappelée.

Seeley s'est appliqué à montrer, dans l'ouvrage déjà cité, que le préjugé d'après lequel la Grande- Bretagne aurait été de tout temps un grand pays industriel était absolument démenti par les faits. il La base de notre grandeur manufacturière, dit-il, n'a pu être posée qu'à une époque très récente. L'Angleterre des Plantagenets occupait une position économique tout à fait différente. Sans doute, nous avions des manufactures, mais la nation était encore si loin de se l'aire remarquer pour son activité industrielle et son génie pratique qu'une description écrite au xv" siècle dit que les Anglais, rarement fatigués par le travail manuel, mènent une vie « intellectuelle et raffinée ». — Yoîlà donc ce qu'était l'Angleterre au xv" siècle! N'en doit-on pas conclure qu'il ne faut jamais dire qu'un peuple manque de certaines aptitudes, car on ne saurait prévoir si le jugement que l'on porte à la bâte ne sera pas bientôt infirmé? L'observateur du sv" siècle rapporté par Seeley n'aurait certes pns hésité à déclarer que les Anglais n'étaient ni colo-

lisatcurs ni cotntnerçaats. <> Au moyen àgc, ajoute m effet Sceley, l'Angleterre n'était pas au point ie vue des aETaires un pays avancé; c'était plutôt I pays arriépé. Elle doit avoir été méprisée des jrais pays commerciaux; les sentiments que lui Inspire aujourd'hui le système d'affaires et de banque de pays comme l'Allemagne et la France, système que nous trouvons démodé et vieilli relativeaient au nôtre, les Halicns du moyen âge devaient les éprouver pour l'Angleterre; avec leur existence de citadins, leurs grandes villes, leurs vastes relations commerciales et leur finesse en aff;iircs, ils doivent avoir classé l'Angleterre au même rang que la France parmi les contrées du vieux monde, agricoles, féodales, restées en dehors du courant ■principal des idées de répo(|ue. »

Et l'Angleterre a conservé jusqu'au seuil des temps modernes cette infériorité qu'on remarquait 1 elle au moyen âge. Ge n'est qu'après la chute de la Hollande qu'elle s'est élevée peu à pou à la tète du commerce. « Si nous passons en revue tous les éléments de sa grandeur, dit encore Seeley, nous arrivons à cette conclusion que l'Angleterre, que pous connaissons avec sa suprématie maritime, loramerciale et industrielle, est tout ii fait moderne, lie ses traits caractéristiques ne se sont dessinés Virement qu'au xviii' sii'clt^ «•[ (^- ' * pond""*

LA FRANCE ET L'ANGLETERRE. 26;i

le xvii' qu'elle a pris graduellemenl cet aspect. Si demandons Tiostant précis où cette transformation commença, la réponse est remarquablement nette et facile. C'est l'époque de la reine Elisabeth. Or, c'est à l'époque où le nouveau monde commence à exercer son iniluence. Et, ainsi, les faits les plus évidents suggèrent cette conclusion, que l'Auglelerre, dès le commencement, a dû au nouveau monde son caractère moderne et sa grandeur particulière. »

Ainsi la situation géographique de leur île, la découverte du nouveau monde, la fondation ou la conquête de grandes colonies en Amérique et en Asie, ont fait les Anglais marins d'abord, puis industriels.

La France est déjà, du fait de sa situation géographique, de son ancienneté parmi les Ktats, de sa richesse, de l'émigration de ses enfants dans différents pays, et de la possession de ses colonies, la première nation industrielle du monde après l'Angleterre et une des premières nations maritimes'. Peut-être précéderait-elle aujourd'hui TAngleterrc si elle n'avait dû renoncer au svm* siècle à la possession du Canada et de l'Inde. La perte de ces immenses marchés a certainement eu pour

' Voira ce sujet les faits et les chiffres rappelés au chapitre VIII.

L'KXPASSION DE LA FRAKCE.

K>Qsc'quence de lijnilcr le champ ouvert à notre industrie el à notre iiiarîae, tandis que leur acquisition a considérablement favorisé le développement di: l'industrie et du commerce britanniques. Lorsque, la France vaincue, les Ang:lais n'ont [dus connu de rivaux, lorsqu'ils ont dominé dans butes les parties du monde, gouverné et adminisllré de nombreux peuples, eux seuls ont fabriqué des produits pour toutes les parties du monde, pour itous les peuples, quels qu'ils fussent. C'est sur leurs colonies que s'est élevé l'édifice de leur incompa- Klble prospérité.

Esl-il interdit de penser, en songeant au pliénotnêne économique retracé par Seeley, que les acquisitions coloniales faites par la France dans ces soixante dernières années peuvent avoir une heureuse inOuence sur le développement de son indus- Irie et de sa marine? Non assurément. Certes l'avance considérable prise par l'Angleterre, les ^ogrès de rAllema^ne, l'activité de la concurrence entre toutes les nations rendent tes conditions d'uQC lutte singulièrement plus difficiles à la fin du aix" siècle ou au xx" qu'elles n'étaient au xvui" siècle. On ne peut plus espérer conquérir un monopole, mais seulement prendre et garder une situaion privilégiée dans la concurrence universelle.

La conquête de l'Algérie, de la Tunisie, puis du

DE LA. CONCUnRENCE COMMERCIALE. 2V.i

Soudan et du Congo français, de Madagascar, dp rindo-Chine ont constitué à noire pays un nouvel Kmpire colonial, élargi sa sphère commerciale on même temps que sa sphère pohtique. Il se Irouve à l'heure actuelle directeineol invité à étendre ses relations d'affaires avec ses possessions nouvelles et, indirectement, par une loi naturelle souvent ohservée, avec les pays qui les. avoisinent. Nos possessions produisent déjà et produiront chaque année davantage des matières premières et des denrées que travaille ou consomme noire pays, elles demandent en échange, elles demanderont plus encore, des marchandises qui sont fabriquées ou peuvent l'être en France aussi bien qu'en Angleterre et en Allemagne ; enfin, ces marcliandises Ile sont pas consommées exclusivement par les habitants de nos colonies, elles le sont aussi par ceux des régions voisines, de telle sorte que si les industriels français réussissent à fournir les indigènes de □os comptoirs africains ou de l'Iudo-Chine, ils pourront espérer voir en même temps augmenter surs importations dans toutes les régions de l'Afrique et en Chine.

A ces différentes observations, il faut en ajouter une dernière d'une incontestable valeur : tous les [pays civilisés veulent aujourd'liui posséder une intduslrie nationale qui fournisse le pays lui-même,

puis rivalise, au dehors, avec celle des pays voisins ; le travail inanufaclurier ne se développe point seulement en Europe, mais encore aux ÉLats-Uais, au Canada, dans l'Amérique du Sud, en Australie. Eu présence de ces Tails nos fabricants n'hésitent plus à comprendre que l'Europe et l'Amérique ne sauraient leur offrir, dans les conditions actuelles de la concurrence entre fous les peuples, des marchés suffisamment étendus; ils voient qu'ils doivent chercher des débouchés nouveaux, que l'Afrique et l'Asie seront au siècle prochain les premiers parmi les pays consommateurs. — La " nécessité de vivre » n'est-elle pas le plus puissant des aiguillons?

Nous venons de parler longuement des exportations de la France dans ses colonies ; le mouvement commercial inverse ne donne malière qu'à de courtes observations.

Ainsi que nous l'avons vu plus haut, l'ensemble des importations de nos colonies dans les ports métropolitains s'élève à 311 millions. Ce mouvement n'a pas cessé de s'élever et l'on peut prévoir qu'il ne cessera pas. Sous ce rapport « l'ulililé commerciale j. de nos colonies n'a pas besoin d'êtir émontrée. Elles n'envoient pas seulement en Fr

UTILITÉ COMMEEIGIALE DES COLOMES. 261

fies produits qui sont mis de suile en consommation

tcomme les vins, les céréales, le bétail, les cafés, les

[vanilles ou le rhum et qui augmentent le bien-être

Ide la population, elles envoient aussi, — et en quan-

|. tités beaucoup plus considérables, — des matières

Y premières qui apportent à nos fabricants un accrois-

r-scment d'industrie, à nos ouvriers un supplément

do main-d'œuvre. Il serait assurément d'un haut

intérêt de rechercher à ce sujet dans une histoire

de la France industrielle la grande part que les

fnportations de nos " colonies d'Etat » d'Améri-

tque, d'Afrique et d'Asie et de nos « colonies libres »

[d'Orient ont eue depuis quatre siècles sur la nais-

I sauce et le développement de nos industries natio-

' nales. On montrerait ainsi un des côtés de l'in-

Ûuence considérable autant que bienfaisaule exercée

, parle nouveau monde sur l'ancien.

Aujourd'hui les peaus, les laines, les lièges, les

bois de l'Algérie sont manufacturés ou travaillés

dans la métropole; nos huileries, nos stéarineries,

nos savonneries' s'enrichissent à traiter les graines

[oléagineuses importées d'Afrique et de l'Inde; les

traffmenes des ports travaillent les sucres bruts de

toos colonies, puis les réexportent pour ta plus

ftgrande partie; l'industrie lyonnaise reçoit de nos

I colonies libres » d'Orient et d'extrême Orient, île

I notre a colonie d'État n d'Indo-Chinc, plus des

l'expansion de la FlUNCE.

deux liers des soies qu'elle importe et cette indus- ■ seule occupe tous les jours plus de six cent mille [|e nos compatriotes'.

Si nous D'avions pas de colonies ces matières premières seraient-elles apportées, qui occupent nos Davircs, alimentent nos industries, donnent du travail à nos ouvriers, les font vivre?

Nous pourrions à la vérité aller les chercher en pays étran^rer, mais esl-il certain que nous irions, que nos fabricants auraient songeâtes employer? IS&i-il certain, par exemple, que les industries de l'huile, de la bougïe et du savon seraient prospères il Marseille, que des raftineries se seraient établies dans nos ports, que la fabrication des soieries serait ï des premières de notre pays si nous ne possédions pas aux cotes d'Afrique et sur divers points du monde, des colonies qui considèrent le marché métropolitain comme leur débouché naturel, qui nous apportent leurs produits pour acheter les nôtres? On pourrait, avec bien plus de vérité, soutenir que si notre pays était resté indifférent au commerce maritime et aux entreprises coloniales, il serait demeuré fort longtemps ce qu'était l'Angleterre du xV siècle, un pays agricole possédant très peu de. manufactures, aulieu qu'il est aujourd'hui en mêiit<j

' A. de la Berge, Les induslries île la soie en France. ■ * VM lUs Oeux-Monâes, 1'"' septembre 1800.

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