‹ L'expansion de la FranceChapitre 58 sur 67 · F LA FRANCE EN C1][ME · texte numérisé non relu

F LA FRANCE EN C1][ME

^Hflérables non eacore exploitées, doit être considéré

Vcomtne un « pays neuf ii ouvert au commerce, à

l'industrie, aux capitaux, à la civilisation des deux

mondes. Des Français sont venus s'y établir sous la

(garantie des traités de 1844 et de 1860; ils ont fondé dans les ports ouverts, sur des terrains « concédés » et à l'abri de la juridiction consulaire, des « colonies libres n assez semblables à celles du Levant '. Ces « colonies » ont déjà leur importance et l'on peut espérer qu'elles prendront au siècle prochain un grand développement. Elles forment, avec celles du Japon, le cinquième groupe des « colonies libres » que notre pays possède dans le monde.

Moins beureuse dans les mers de Cliine que dans le bassin oriental de la Méditerranée, la France n'a jamais été la première nation commerçante dans ces parages. Au xvii' siècle et dans les quarante premières années du xvni° siècle, alors que nos pères jésuites possédaient une grande influence à la cour de Pékin, la Compagnie des Indes orientales ne sut point en profiter pour étendre ses affaires : les Célestes commerçaient surtout à cette époque avec les Anglais de la Compagnie des Indes, puis avec les H Moscovites » maîtres d'une partie de la Sibérie et les Portugais établis à Macao.

1 Voir plus haut les expéditions de la France en Ctiine, page 155.

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324 L'EXPANSION DE LA FilANCE.

Dans la première nioilié de ce siècle, la nalïon brilniinique avait presque le monopole du commerça mai'ilime de la Cliine; c'est ainsi qu'elle enlrepril seule, en IH40, In "guerre de l'opiiiin ». Aujourd'hui,; bien que uous ayons fait, h cûlc des Anglais, deux expéditions pour assurer à nos négociants l'ouver* lure du Céleste-Empire, nous sommes loin d'y posséder la situation commerciale que mériterait notre effort militaire. L'Angleterre, maîtresse de Hong- Kong, entrepôt commercial considérable, a dans Ce pays une avance décidée sur les nations concurrentes! Allemagne, Etats-Unis, France, Russie. La direct lion des douanes de l'Empire est, en fait, presque dans ses malus, ses maisons de commerce sont Dom-^ brcuses, ses banques puissantes; elle fournit aux Cbinois l'opium et les cotonnades, les deux produits qu'ils demandent le plus ; on peut évaluer approximativement qu'elle Fait, au moins, la moitié commerce de l'Empire '. Ce ne sont point les nég( ciants français qu'elle doit craindre, mais les Allemands dont les progrès sont très réels depuis queli ques années, les Américains qui ont un notabl

< Les stalisliques anglaisa*, les seules qu'il soil posBilAki conauller touchant le commerce de la Chine, sont '' mômes fort incompléles. Toutefois on évalue pour 1 chiffre des importations du Céleste-Empire h. 627 ï fraQcs, et celui des exportations à 5SSS61000 /rancs, BOit lotal de 1 1 S6 466 000 francs..

MOTRE COMMERCE EN ClimE. 325

courant d'affaires'. Pour notre commerce il souffre en Cliiae du même mal que dans notre colonie indo-

' Ë(i 1888 le commerce ioternational était ainsi représenté dans les parts ouverts :

Angleterre. 297 maisonsde commerce. 3983 natioiiaa.v. Allemagne. 71 — 607 —

Amérique . , 29 — 1 020 —

France 19 — 4117 —

Russie 11 — 119 —

Viennent ensuite l'Espagne, l'Ilalie, l'Autriche. — Nous ne cilonspaa ici le Japon,— pays asiatique,— qui, du fait de sa situation géographique et de sa civilisation, a nalurellemenl d'importantes relations avec le grand Empire extrême oriental (67 maisons servies par 81 1 nationaux).

Quant au commerce de la Russie, — nation voisine par ses possessions de Sihérie avec la Chine, il ne paraît pas, autant toutefois qu'il est possible déjuger, — les documents statistiques faisant défaut, — être considérable. Et cependant la Russie possède en Chine une situation conmierciale plus que privilégiée, — unique. — Elle jouit dans toute la Mongnlie demeurée chinoise, jusqu'à la grande muraille, d'un modus Vivendi particulier. Outre qu'elle peut seule installer dans presque toutes les villes de cette région y compris Soutchéou qui appartient â la Chine proprement dite, des consuls favorisés de mille façons, elle a stipulé pour ses marchands le droit de s'établir à demeure dans toutes les localités de cette région, même là où il n'y a pas de consul russe ni d'autorités chinoises et de faire, par telle route quil leur plaira, le commerce d'importation et d'es portai ion frane et libre de tous droits (traité de 1881).

Mais si la Russie a pu, par des conventions heureuses, assurer de semblables facilités à son commerce, elle n'a pi vaincre, au moins jusqu'à ce jour, les obstacles que la situation géographique de la Sibérie et de la Chine apporte ftui 1 transactions. La Cbine reçoit « naturellement » d'Europe par I

Ka voie maritime mille produits que la Sibérie ne saurait lui I

^BPl

3S6 L'EXPANSION DE U TRAPiCE.

chinoise'; jusqu'ici les iadustriels français d'odS point su fabriquer les articles demandés par les individus de race jaune, aussi n'ont-ils qu'une faible clientèle presque réduite à la colonie européemie et américaine. Nos importations sont plus que nio< destes : elles ne dépassent pas 4,300,000 francs', La faiblesse de ce chiffre donnerait toutefois, si on s'y arrêtait, une idée très inexacte de notre situalion commerciale. On compte à Shanghaï, la métropole commerciale de la Chine, à Canton, à Tiea- Tsin et dans quelques autres ports dix-neuf maisons françaises, donl plusieurs importantes, servies pat environ cinq cents nationaux. Si, en effet, la France vend peu en Chine, elle y achète beaucoup. C'est de ce pays que l'industrie lyonnaise tire plus du tien des soies qu'elle emploie '; ce sont, pour une large

fournir et les roules de leiTe de Russie el de Sibérie sont sensiblement plus onéreuses que les roules maritimes. Aussi u'évulue-I-on pas les renies de la Sibérie en Chine à plus d S ou 3 millions de roubles {3 fr.OQ), el les ventes de la ChiD| en Sibérie au delà de 14 ou 16 millions (surloul le tliA d chez nous .. thé de la caravane »).

' Voir plus haut p. 21S.

3 Ce chiffre est celui du commerce spécial (marchandÏM françaises) en 1889. Nos principales importations cotisisteS en oulila et ouvrages en mélauï, vins, tisaua et passeraenla ries de laine, plomb, tissus de soie.

' L'impoiiation totale des soies en France s'élevait en 1 A 291 646000 francs.

Les principau;! pays de provenance sont : la CbJue r

^OTfiE UOMMERilt: KN CHINE. :i27

["part, les soies chinoises qui assurent la prospérité

ï d'une de nos grandes industries. Un fait intéressant

L doit mÉme être noté à ce sujet : la France devant payer

f avec des produits la soie qu'elle aciiêle en Chine,

-caries produits s'achètent avec des produits, —

. et ne pouvant offrir aux indig'èues des articles de sa

fabrication, acquittesesdetlesconlractéesenexlrême-

I Orient, en Europe, au près d'une nation qui, elle, Gon-

t somme nos produits et se charge de fournir aux

Chinois des articles de leur goût. C'est ainsi que

l'Angleterre paye pour nous, en Chine, les soies dont

nous avons besoin et que nous la remboursons chez.

pelle de cette avance'. On trouve, — constatation

f 115 174000 francs, — rilalie pour 53 574000 francs, — le Japon

pour ti2403000 francs, — ja Turquie pour 246S4000 francs.

Après la soie, la France aclièle eu Chine des [issus de soie-

\ eL du llié. — Les importations totales de Cliine en France

[ alteigneat 134897 000 francs.

' En 188!) les importations de l'Angleterre en France s'élè- Lvent à 538301000 francs, taudis que les exportations de iFrance en Angleterre atteignent 9B9496OO0 francs. (Chiffres- C du commerce spécial.)

C'est lin écart de plus de 460 millions à notre préjudice. |l Comment l'ei^pliquer? Nous ne donnons assurément pas, f sans retour, aux Anglais pour 450 raillions de nos produits.

Voici comment s'explique l'écart, comment se fuit la ba-

Flance : d'abord, dans une certaine mesure, par des retours

li proviennent des placements de capitaux anglais en France,

— ensuite parce que l'AnHleterre importe en Ctiine, soit

directement, soit de Hong-Kong, soit des Indes et de ses au-

Ssesslons pour 500 millions de francs ou plus. Elle paye

érence qui existe entre ses importations et ses ex-

Dis L'EXPANSION DE LA FIIANCK.

digne de remarque, — daas cette curieuse opération' lu déinonstiation de cette vérité, enseignée par Adam Smith, que la colonisation d'une contrée peut profiler môme à l'industrie de pavs qui ne pourraient envoyer dans celte contrée un seul article de leur propre fabrication ',

portaiioiis clans son commerce européen avec uous eu faîsatiL pour nous en Orient des achats eL des transports. pouiTQÎl dire que dous chargeons l'Angleterre d'aclieter pour nous en Chine, avec ses produits, la soie dout noua; avons besoin et de noua la porter.

Cette opération l'Angleterre la rifpèle dans d'autres pays, (oujourii pour nous, uoLaniment au Japon et en Afrique^

' Dans son ouvrage sur la Sichesse des nalioua Adam Smilll distingue les avantagea généraux que l'Europe, cousid^ré^: comme un seul vaste pays, a retirés de la coionisation, et lei avantages spéciaux dont chaque mère patrie a profité du chef de ses colonies particulières, n Ce qui est moios évident, ujuute-l'il, c'est que ces grands événemeuls (la décoib verte et la colonisation des deux Indes) aient dû pareilletneol contrihuer à encourager l'industrie de pays qui, peut-être, n'ont jamais envoyé en Amérique un seul article de leur produits, tels que la Hongrieet la Pologne : c'est cependant O dont il n'est pas possible de douter. On consomme en Hou grie et en Pologne une certaine partie de produits de I'AiilArique et il y a dans ces pays une demande quelconque pour II sucre, le chocolat et le tabac do cette nouvelle partie c monde. Or, ces marchandises il faut les acheter ou avec.qiièli que chose '{ui soit le produit de l'industrie de la Hongrie « de la Pologne, ou avec quelque chose qui ait fié aclielé avf une partie de ce produil. Ces marchandises américaines sû9 de nouvelles valeurs, de nouveaux équivalents, survenus ei Hongrie et en Pologne pour y être échaugés contre l'excéden k du produit de ces pays. Transportées dans ces contrées, ellei

NOTRE COMMERCE EN CIliNli.

Ainsi qu'en Orient, la France n'a pas seulement en Chine une situation commerciale; elle y jouit, B temps, d'une autorité morale particulière comme la première puissance catholique du inonde. Les traités de 1844 et de 1860 sont l'origine du « pmtectorat religieux » qu'elle exerce dans le Céleste- Empire '. Les missionnaires et les sœurs, élrang'crs comme français, ressortissent de nos consuls et de notre ministre à Pékin- Nous >< protégeons » les indigènes convertis, notre représentant dans la capitale fait appel à l'Empereur des décisions vexas ou injustes de ses mandarins, nous secourons les malheureux, nous ouvrons des écoles, le gouvernement central autorise — fi regret peut-être, mais il autorise — les missionnaires à s'établir dans toutes

y créeul un nouveau marché, un marché plus étendu pour cet excédent de produits. Elles en font hausser la valeur et contribuent par là it en encourager l'augmealation. Quatti même aucune partie de ce produit ne serait jamais portée en Amérique il peut en être porté à d'autres nations qui racHHtnt [ avec une partie de la portion qu'elles ont <lans l'eaicident du, I produit de V Amérique el ainsi ces nations trouveront un débit u moyen de la circulation du commerce nouveau que l'excédent du produit de l'AmOrique aprimilivement mis en acUuitè. »

igais à qui la possession de Macao donnait un pied en terre chinoise ont été longtemps, de ce fait, les protecteurs des missionnaires dans le Céleste-Empire. Nous les avons dépossédés en 1844 avec l'agrément de la cour de - A celte époque, la grande influence dont les jésuites français avaient joui à Pékin au ivii" siècle el pendant les quarante premières années du xvni" siècle était complète-

;'30 l'expansion de la fbanxe.

les provinces et à prêcher la religion du ChrisI {Collège (les jcsuiles de Sîii Kia weï, près Shanghaï, donnnnt une liaulc inslruclion sctentiQque, école française de Shanghaï, asiles, hôpitaux, hospices dans tout l'Empire) '. Près des trois quarts des missionnaires sont Français; on évaluait, en 18Sl,à près de un million cent mille le nombre des Gdèlea. Ce chiffre est assurément faible en présence de ta population totale de l'Empire ; il est juste aussi de reconnaître que les conversions sont peu nombreuses et la qualité des convertis médiocre, la plupart appartenant aux dernières classes de la société. On ne saurait nier cependant que la propagande de nos missionnaires jusque dausles pro-vinces les plus reculées, l'exercice des droits qui découlent du protectorat catholique, donnent à notre pays une influence morale et politique dans l'Empire. Les voyageurs louent l'heureuse action qu'exercent lesmissions sur leurs petits troupeaux ; elle est, discot-

menl ruinée. Sa ruine avait été causée par une décisioâ> m al lie ure use prise contre l'Ordre par le pape ClémenlXI 6v- 170i et maintenue par Benoil XIV en 17i2. [On ['eprochaîl à Rgme auï jésuites leur indulgence pour les riles chinois). — Sur « les missions calboliques en Ciiine el le protectorat delà France » voir la Beiiue des Deux-Mondes du 13 décembre 1886. I Les écoles fondées par les missionnaires sont encore troii peu nombreuses. C'est par les sciences et surtout l'asIroDO-s mie, les malhématiques el leurs applications qu'il sera la ' plus possible aux Européens d'agir sur la classe dirigeante.

NOTRE PROTECTORAT RELIGlEliX. 331

ils, comme » une aurore de civilisatiou européenne qui commence à éclairer le vieux monde oriental et prélude à son rapprochement avec le nouveau monde de l'Occident '. n Pour les nations concurrentes de la nôtre, elles ne peuvent se dissimuler l'avantage que la France retire de sa situation de première puissance catholique ; elles envient en extrême Orient comme en Orient l'autorité morale et politique que nous assure noire protectorat religieux; elles seraient assurément heureuses si notre privilège venait à être entamé. Il a failli l'être en 1886, lorsque le vice-roi du Pe-tchi-li envoya un agent à Rome " pour proposer, au nom de la Chine, l'établissement de rapports diplomatiques directs entre le Saint-Siège et la cour de Pékin. L'accueil d'une semblable ouverture eût rempli d'aise les lettrés chinois qui n'aiment point les chrétiens; ils sentaient que la présence d'un envoyé du Pape leur permettrait d'opposer le nonce au ministre de France et d'affaiblir ainsi le rôle protecteur de ce dernier. Mais au Vatican on comprit le danger, la France protesta et la proposition de l'envoyé de Li-hung-tchang fut écartée '.

' Francis Garnier, Le Paris au Thibel.

° H. Dunn, ancien employé de la douane de Tien Tsin. ' Ou a vu depuis lors, en I8S0, le Tsung II Vatnen reconnaître comme valables les passeports délivrés aux mission-

33î L EXPANSION DE LA FRANLE.

Jtjs(iu'aux événements du Tonkin, la Vraoce n'a dii son influence en Chine i|n'ci l'evercicc du prottclorat calliolique. Il n'est pas douleux aujourd'hui que nos victoires dans la vallée du Song-Koï, la signature du trailé de 1885, des convenlions de ISSÔ et 1887 et notre établissement définîtir en Aanam ' n'aient des conséquences lieureuses pour l'expansion de notre pays en extrême Orient; les unes s'affirment déjà, les autres se peuvent entrevoir.

(Joinme la Russie, comme l'Angleterre, la France devient voisine du Céleste-Empire et, de ce fait, les relations politiques sont plus actives à Pékio entre la légation de France et le Tsung-H-Yamen, tandis qu'un mouvement commercial s'établit entre le Tonkin, le Yun-nan et les Kuaugs. Le gouvernement impérial semble, d'autre part, disposé à accueillir depuis quelques années, on pourrait dire depuis notre établissement à Hanoï, les ingénieurs et les découvertes des deux mondes. Déjà, il a construit des lignes télégraphiques et quelques kilomètres de chemin de ter. Un article du traité de Tien-tsin stipule que lorsque la Chine aura dé

iiairea caitioliqucs allemands ou ilaliens par les lëgalidns d'Allemagne et d'Italie alors qu'auparavant la légation française était la seule ^laquelle ces missionnaires s'adressaient. Hais u'e.sl là un fuil qui ne permet point de conclure que noire situalion de nation protectrice est réellement entamée • Voir plus haut, page 163.

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