PUISSA^CE DE LA FRANCE
tandis que sa flotte luarchaDde est la ciuquiome '. L'Allemagne, à la vérité, dont la tlolte marchande est déjà supérieure à la nôtre, nous dispute vivement le deuxième rang parmi les nations commerçantes, mais elle ne l'a pas encore conquis. D'ailleurs, notre pays n'esporte pas seulement des produits; il xporte aussi des capitaux et l'Allemagne est loin de pouvoir offrir cette « marchandise j> en quantité .aussi considérable que la France. Il n'est pas excessif, en effet, d'évaluer à environ 20 milliards, —
" commerce général», — ûscille enlreC eL7 milliards ics. Eu 1888-1889; 7 437 000 000 fr.
' La flotte marchanda française occupe, cela it'eat point ► douteus, un raug très înfHrieur à celui qu'elle déviait tenir, lElle ne compte, en effet, que 3,100 navires jaugeant ■ 773,000 tonnes. Ces chiffres sont médiocres comparés à ceux Ede l'Angleterre et de l'Allemagne -—et même àceus de l'ita- |Iie, de la Russie et de la Suède.
Si la France passe avant ces trois dernières puissances,
I bien qu'aj-anL moins de navires qu'elles, si sa Holle mar-
J.chande vient la cinquième, après celles de i'Anglelerre, de
■'l'Allemagne, des États-Unis et de la Norwège, c'est qu'elle
W«st riche en bateaux à vapeur, plus riche, proportionnelle-
WOient au nombre total des navires, que d'autres nations. Or,
B doit pas apprécier le rang d'une marine maichande,
n se bornant h totaliser la jauge de ses vapeurs et de t">s
Bnoiliers. Si l'on admet qu'un navire à vapeur peut faire Iro^s
fïoyages ot même quatre pendant que le navire â voiles en fait
n seul, il faut multiplier par trois le nombre des tonnes à
Kuapeur. C'est en opérant ainsi que l'on trouve que, pour la
Hiissance totale de transport, la France est au cinquième
rapportant ua intérttt aanuel de plus de I mil- Uiird, — les capitaux français engagés dans les emprunts, les clicmins de Ter, les travaux publics t'irangers ainsi que ceux placés dans les grandes sociétés ou entreprises établies dans divers pays par nos cumpatriotes. L'Angleterre est la seule natioo qui ail plus de capitaux productiTs engagés ati debors.
Si l'on ne peut nier, devant un pareil tableau, gur la grandeur de notre pajs, son renom dans le monde soient la résultante de ces divers contingents, — comme aussi la situation de l'Angleterre et de l'Allemagne tient aux causes que nous avons rappelées, — comment est-il possible de demander que la France renonce à l'une de ses deux politiques, qu'elle o opte n pour l'une d'elles, c'est-à-dire qu'elle abandonne quelque chose d'elle-même, une part de son patrimoine lentement acquis par les {rénérations précédentes ?
11 s'agit assurément, lorsqu'une semblaljle proposition est formulée d'« opter» pour la politique continentale, de renoncer à toute expansion extraeuropéenncj à notre Empire colonial. Mais n'est-il pas évident que si une semblable voie était adoptée notresituation continentale elle-même serait amoïn-. drie au lieu d'être fortiflée? Se représenle-t-on nos amis, nos rivaux, nos ennemis apprenant qu'une loi
LA l'OLiTEOUE A snvai;. 36i
a élé votét^ par les Chambres françaises qui ordonnerait le désarmcmeiiL de noire flotte, l'abandon d'une colonie, le renoncement à notre protectorat catholique? Quelle surprise dans le monde entier à l'annonce d'une pareille nouvelle, quels commentaires, el peul-èlro aussi quelles joies ! Qui hésilerait à douter de notre faiblesse? Combien tomberait aussitôt en Europe l'autorité d'une puissance qui doute d'elle-même, combien fléchirait dans le monde le commerce d'un pays qui abdique et renonce â son rang! Que l'on songe seulement, pour avoir une , faible idée de l'efîropble diminution h laquelle I sous nous condamnerions, an «Sedan économique» lijui a élé la conséquence du « Sedan mililatre " ou rbien encore à la grave atteinte portée au prestige ■ du nom français en Orient au lendemain de la ba- I taille de Tel elKebir!
Laquelle de nos colonies, d'ailleurs, poumonsfilous abandonner? L'Algérie, la Tunisie? Qui l'o- Kserait? Le Tonkin, sans doute? Des représentants ifrançais se sont trouvés pour faire une semblable Iproposition '. Mais ne sait-on pas déjil avec certi- I tude que ce pays est riche, susceptible de le devenir Idavautage, que des colons y sont établis, y commer-
1 Séances de la Chambre des disputés des 31,22, 23, Udélembre 1885, où furent diaculés el eiiûn voléa les crédits damandéa par le gouveriiemenl pour lo Tonkin.
cent, onl foi en l'avenir? Faut-il ajouter encore que si la France cessait d'avoir des colonies, renonçait ft son protectorat catholique, elle ne cesserail pas d'avoir besoin d'uni; Hotte pour défendre ses aationau:i. ses capitaux, ses navires niai-chaods engagés dans toutes les parties du monde, ainsi que ses côtes et ses grands ports qui font une partie de la richesse nationale?
-Non ! il ne faut point « opter», mais il faut " orienter » notre politique extérieure et l'orienter résolumentvers le commerce maritime et les colonies. Là est le succès certain, l'avenir, la richesse,
Est-ce à dire que nous devons renoncer à nos intérêts continentaux et par conséquent compromettre notre sécurité, notre indépendance même ? Qui pourrait y songer? Nous l'avons écrit dans les premières pages de cet ouvrage, la France n'est pas protégée par une « barrière " naturelle du côté de l'est comme au sud-est ou au midi, et pour celle raisoD notre pays est d'abord une puissance continentale. Mais, que nous a rapporté l;i politique continentale poursuivie par Louis XIV après le traite de Nimègue, par Louis XV, par Napoléon 1"? Beaucoup de gloire, un grand renom, mais aussi d'effroyables désastres, la perte d'un Empire colonial, la pirl.» d'une partie de nos frontières. Ce sont là de dm..; leçons dont il serait insensé de ne pas profiter.
L'UNITÉ FEtANfjAlSE. 36^
^'ailleurs, nos récentes défaites nous condamiieat sur le contioent aune " politique de recueillement », à une n politique défensive ». Une semblable attitude n'est pas un signe do faiblesse; elle ne va même pas sans grandeur. La guerre de 1870-71 a, il est vrai, rompu l'équilibre européen, mais des puissances demeurent sur le contioent qui font contre-poids à l'omnipotence germanique et parmi elles la France même — si vile relevée, couverte aujourd'hui par une armée qui défie toutes les attaques et dont personne ne peut dire qu'elle serait vaincue si la guerre éclatait.
Elle a aussi, cette France, notre patrie, un élément de force que ses voisins ont le droit de lui envier et qui, peut-être, double sa puissance do résistance il l'ennemi, — c'est sa profonde unité. La collaboration de la nature, du temps et des hommes, la politique de nos rois et celle de la Révolution qui ont réuni en une même armée les habitants du nord, du midi, de l'est cl de l'ouest, qui ont brisé les groupements locaux, détruitles privilèges, imposé partout Iles mêmes lois, a fait de 40 millions d'hommes dont les aïeux appartenaient à des peuples divers, — hommes encore différents par la condition ou l'esprit, mais habitant le même sol, associés à la même ■vie, — une nation parfaitement unie devant l'étranger, que rien ne saurait diviser, dont chaque mem-
J61 L'EXPANSION HE LA FltANCE.
bre se consîdore comme im co-proppiiîtaire de ia patrie. Peul-on dire que nos voisins jouissent d'un si précieux avautngie lorsque l'ou voit l'Angleterre, — iialiou vieille cepenLlanl aulant que la nôtre, — toujours déchirée p;ii' la « question irlandaise > l'Allemagne, unie depuis \ingl ans à peine dans l'eiitliousiasme d'une victoire, puis dans la crainte de l'étranger, mais encore morcelée entre plusieui"»' lîlats a demi indépendants, travaillée pai- les idées particulnristes ?
Ainsi prête contre toute attaque, forte de sud unité, de son ancienneté, de sa richesse, de sonrâle parmi les nations voisines, la France n recueillie jj ne paraîtra jamais absente ni désintércEsée des grands mouvements qui peuvent se produire sut le coutiaent; elle demeurera, comme on Ta dit^ indispensable i^ l'existence de l'Europe.
Ouant à son action, à son activité, à son besoin d'expansion, elle doit les diriger résolument ■> les choses maritimes et coloniales. Le jour est YêDU où notre pays, maintenant libre et seul maître dx ses actions, doit comprendre et poursuivre les destiaées que la nature lui a promises par delà les mers
En l'état actuel du monde la réussite des entre prises coloniales de la France est d'ailleurs pouï; elle, comme on l'a dit justement, ime quen*'"
vie ou (le mort. Les pri
lious do
L'aVEMR de iSOS COLONIES. :(fi5
l'Anglelerre, la Russie, l'Allemagne, l'Ilalie, possi;deot à côié de nous des colonies, cherchent à eu acquérir de nouvelles, s'agrandissent en Arrique, en Asie, en Océanie; t:n même temps leur population s'accroît bien plus rapidement que la nôtre; l'Italie, l'Allemagne, la Urande-Brelagne sont prodigieusement prolifiques; la Russie envoie des colons dans les espaces presque sans bornes qu'elle possède en Asie; la race anglo-saxonne établie au Canada, aux États-Unis, en Australie, fait des progrès considérables. Que serait la France dans le courant du siècle prochain si elle n'avait pas établi en Algérie et en Tunisie une population de 2 à 3 millions d'Iiommes de race européenne? si elle n'était pas par la prospérité de ses possessions une grande puissance nfricaine et une grande puissance asiatique ? pour quoi compterait-elle dans le monde et sur le continent même?
Le nouvel Empire colonial qu'elle a conquis en ce siècle autorise les plus bcll.es espérances. Son avenir est donc bien dans nos mains. Certes, il ne faut point comparer v la Plus Grande France »à « la Plus Grande Bretagne ». Mais quelle comparaison serait plus injuste! L'Empire de la France ne comprend aucune province qui puisse être mise enrcgard de l'Inde avec ses230 millions d'habilants, Australie dont la superficie égale les deux tiers
D66 I/EXPaNSIOS de LA FH.\^CE.
de l'Europo on du Canada plus uaste encore ; l'En» pire de l'Angleterre n'est pas seulement plu étendu, plus peuplé, plus riche que le nuire, il ee aussi fondé depuis plus longtemps, — et dans I régions les plus favorisées du monde, — parreni ïï l'âge adulte alorsque le nôtre est encore dans li période de l'enfance : l'Inde et le Canada sont poi sessions hritanniques depuis 1763, l'Australie depui 1788; nous n'occupons, au contraire, l'Algérie qo* depuis soixante ans, la Tunisie depuis diiï ans, U TonkinetMadagascar depuis moins de temps encore
Mais cette « Plus Grande France » bien admin trce, colonisée, mise en valeur, quelle augmenta* tioa de fortune et de puissance elle peut donner i la mère patrie! Nous avons dit plus haut la ferti.» lité de l'Algérie et de la Tunisie, — terres oii peul se développer une population française, — les i chesses ici découvertes, exploitées, là seulemenl ealrevues de l'Indo-Ghine et de plusieurs contrêef aTricaines.
Ce domaine estassez vaste, il ne faut plus songei à l'étendre, car il suffit â nos ambitions et ti na forces. La France, nation militaire et contineatalfl commettrait d'ailleurs une lourde faute si, sihiement, elle oubliait sa situation de puissanct européenne pour ses colonies, si elle éLonda'* |||amaine d'outrc-mor comme seule peut
" 1 I. iLPl., .1