GUERRES DE RELIGION. 2S
Les guerres de religion qui ensanglantent les rè- [gnes de François II, Charles IX et Henri 111 (1559- 9) arrêtent pour un temps le développement de i France moderne. C'est une époque de luttes civt- Hes et de haines au milieu desquelles la politique ■Nationale, les intérêts du pays sont oubliés : Charges IX n'ose soutenir en Europe les Pays-Bas rél^oltés {parti protestant) contre Philippe II (parti Lcatliolique) et, en Amérique, il n'a pas l'énergie î soutenii les tentatives coloniales de Coligny au Brésil et en Floride '. Henri 111 doit, pour obéir aux «lonlés de la SainLe-Ligue, éconduire les ambas-
lessé depuis ce^tG époque jusqu'fk la conquête de l'Algérie, de sséder en ces lieux des établissemenls protégés par aa nrtin. Richelieu et Louis XIV durenl même défendre le Basiion de France n contre les vexations des Barbaresques. ' L'amiral de Coligny poursuivit par deui fois au milieu tdes guerres religieuses de l'époque l'idée de donner b. son s uoe colonie dans les « terres cliaudes » de l'Amérique. Il 1353, il envoya Villegagnou au Brésil où il rêvait de budei- utie « France aiilarctique ». L'expédition mal commandée, divisée par des querelles religieuses, attaquée par ^sPortui^ais qui se prétetidaienl les mallres de la contrée,
% bienlût,
\ Peu d'années après (lo6â), l'nmii'al dirige Jean Ribaud et ^audonnière vers la Floride. Ils baptisent la colonie nouvelle a de Caroline en l'honneur du roi, établissent quelques iolons, mais se voient bientûl allaquês par les Espajjiiola qui, fur celte terre, comme les Portu^^ais au Brésil, réulanienl un Iroit de priorité. En 136a, alors que les cours de Madrid et de Braris sont en paix, les Espagnols massacrent les Français et s cbaasent. Charles IX reste iudifTérent à cet alTront.
2fl L EXPANSION DE LA FRANCE.
sadeurs liollaDdais qui viennent lui offrir la soU'
veraiiieté de provinces dont la possession étendrait
le royaume de France jusf[a'aux bouches dn Rliin ;
— enfin, honte dernière, le parti catholiqne des
Ligueurs appelle l'étranger (Philippe II) a son
secours.
Henri IV (1589-1610) Iriomphe enfin et délivre à la fois le royaume du péril intérieur et du péril eslérieur. En 1598, il assure par l'édit de Nantes la paix des consciences et refait l'unité morale du pays. La même année, il contraint Philippe fi renoncer à ses prétentions sur son royaume et à signer le traité de Vervins, confirmation de celui de Caleau Ciinibrésis. Peut-être ferait-il plus, si h mort ne le surprenait pas, car il a en même temps que la haine de la maison d'Autriche la sensation de la frontière et le désir de « rendre le Rliin la home de la France. »
Cependant, tandis que la France renaît, TEspagno demeure épuisée et amoindrie ; les guerres malheureuses de Charles-Quint et de Philippe 11, la destruction de l'Invincible Armada (1388), la séparation des Provinces-Uunies (1609) sont des désastres dont la branche espagnole de la maison d'Autriche ne se relèvera pas.
Pendant qu'il défendait victorieusement son royaume sur le continent, qu'il retendait mèjne
LA POLITIQUE DE i!E\[t! IV. 27
^efs les Pyrénées et le Jura par l'annexion Au versant nord lie la Navarre, de la Bresse el du Bugey, Benri IV poursuivait en Amérigue la politique cololïiale inaugurée par François I". Il enlreleoait un iieulenant-général au Canada et donnait comme [imite sud h cette possession le 40° degré de latitude, vendiquant ainsi pour la " Nouvelle France "les territoires qui forment aujourd'hui l'Amérique anglaise et la partie seplentrionale des Etats-Unis jusqu'à Philadelphie. Sous son règne les côles et le Saint-Laurent sont explorés, Poutrincourt et de MoQS fondent Port-Royal en Acadie (I6O0), Champlain ïlève les premières constructions de Quéhec sur la ,ve gauche du Saint-Laurent (1608), découvre les jrands lacs; des colons s'établissent, des relations commerciales se nouent. Enfin, dans l'Amérique du Bud, un cadet de Gascogne, Adalbert de la Ravarâière, prend possession de la Guyane, — « la France ëquînoxîule, 11 — au nom du roi.
A ce moment où les premières colonies de la France se développent, oii les Marseillais commercent presque seuls en Orient, où le Portugal, l'Espagne, la Hollande sont des puissances coloniales et maritimes, l'Angleterre paraît bien éloignée des destinées qui l'attendent. Jusqu'au règne de la grande Elisabeth, contemporaine de Henri IV, les Anglais sont, en effet, demeurés sans enlendce,
LEXl>A>iSJO?f DE LA FRANCE.
dans le murmure des flols qui batteal leurs rivages les voix qui leur iirometlenl l'empire des mers. C'est seulement en lfJ84 que Walter Raleigl) conduit quelques émigraats en Virginie ef à cette époque la marine anglaise est encore dans l'enfance. Il est vrai que nous verrons dans peu d'aunées la puissance dernière venue dans les affaires coloniales progresser rapidement cl tirer de nombreux avantages de sa situation insulaire.
Sous le règne de Louis Xill (IGlO-IfiiS) cl l'administration de Richelieu (1624-1642) la double politique continentale et coloniale de la France se dessine plus nettement encore qu'à l'époqui; précédente. Notre pays vient d'ailleurs à la conscience de ses destinées : le proverbe dit :
Quand Paris boira le Rhii Toute la Gaule
fin,
les géographes ajoutent : « de la Belgique, le roi de France ne tient que la seule Picardie, et c'est ici que git une des principales perles de nos rois sur la possession de leur ancien héritage '; » enfin, Richelieu observe que « la nature a offert l'empire de
' Cité par Gabriel Hanolaux, La France en lUU. — Renie lies beux-iloiides, IH juillet 1890.
LA P0I.1T10UE DE niCHELlEO. 24
lia mer à un pajs également pourvu d'excellents iports sur Ins mers Océanc et iMéditerranée. »
Une comprèhcDsion aussi claire de notre situn- I tion géographique, de ses exigences et de ses avan- ■ tages sera récompensée par de grands résultais.
Tandis qu'à l'intérieur le premier ministre affer- ^miU'autorilé royale et brise la résistance du parti i calviniste pour consolider l'unité nationale, il poursuit au dehoi's à la fois l'abaissement de la maison ; d'Autriche, le développement de notre commerce et de nos colonies. Une semblable politique aura pour r conséquence l'espansion de notre pays en Europe et r|)ar delà les mers.
A ce moment, la maison d'Aulricbc tenait ent>aoFe l'héritage presque entier de Charles-Quint. ' La branche espagnole, bien que déjà vaincue et [ amoindrie, possédai ll'Espagne et ses colonies (aux- [ quelles furent unis pendant soixante années le f Portugal elles colonies portugaises de ISSOà 1640), LNaples, le Milanais, la Valteline — par où se tou- ■chaient les possessions italiennes et allemandes des Kdeux branches de la maison d'Autriche, — les PaysfBas. La branche allemande avait l'Autriche, la tHongrie, la Bohême, la Moravie, l'Alsace et la Goudronne impériale.
Richelieu ruina d'abord l'influence autrîcinenne l'en Italie; il la fil ensuite attaquer dans l'Ën^iire par
I Gustave Adolphe, — c'ust la « période suédoise » de la guerre de Trente ans. — puis, enfin, la France in lei'vint directement en 1633 dans la guerre d'Allemagne. La même année le cardinal déclare la guerre à l'Espagne. Nos soldats remportent alors de rrlprîeuses victoires sur les lmpériau:( cl les Espagnols, DOS flottes triomphoni dans plusieurs combats des marins delà péninsule. La mort de Riclielieu, celle di! Louis XIII n'interrompent point les hostilités (victoires de Condé et de Turenne, Rocroy, Fribourg, I Nordiingen, Lens, Sommersbausen). Les traités de i Westphalie (1648) et des Pyrénées (16;)9), consécration de la politique du u cardinal d'État », appartien- ' neut par leurs dates à l'administration de Mazarin. 1 Le premier do ces traités, signé par l'empcrcui^ confirme la France dans la possession des Trois \ Évêchés et lui donne l'Alsace, moins Strasbourg. ' Mais il fait plus encore que de nous assurer la rive gauche du Rliin moyen, il donne au " saint Empire Romain » une constitution qui met fin pour toujours t aux tentatives de restauration du pouvoir monar- * chique dans l'empire, il annule l'autorité de l'Em- ' pereur en sa qualité de roi de Germanie, il ouvre ' officiellement l'Allemagne aux influences et aos I intrigues de l'étranger. La souveraineté des divers ; Etats de l'Allemagne, dans l'étendue de leurs terri- ' toîres, est sanctionnée ainsi que leurs droits aux
I,E TRAITE DE WESTPIULIE. 31
ijëtes générales de l'empire ; ces droits sont garantis, rintérieur, par la composilion de la Chambre impériale et du Conseil aiilique où les protestants et les catholiques entrent désormais en nombre égal paix religieuse), ù Texténeur, par la médiation de ]a France et de la Suède, notre alliée, qui obtient vue partie de la Poméranie, Brêuie, elc... C'est l'ingérence de l'étranger dans les affaires de l'Empire reconnue légitime, c'est le droit accordé aux Etats de s'allier avec l'étranger lui-même. Ainsi la France, si elle ne peut atteindre vers l'est sa frontière naturelle, n'aura du moins de ce côté qu'un voisin affaibli et chez lequel elle pourra toujours intervenir.
Une autre des principales clauses reconnaît iadétendants de l'Empire germanique les Ireize canons suisses qui depuis longtemps se sont soustraits i la souveraineté impériale sans qu'un acte public lit régularisé cet étal de chose. Cette importante iisposition et la précieuse alliance qui devait longtemps exister entre la Confédération et l'ancienne monarchie allaient couvrir notre pajs en un point o(i la trouée de BelCorl ouvre à une armée d'invasion venue d'Allemagne une large route vers la ralléc de la Seine '.
' ' Le traité de Wealphalie reconnut éfialement indépen- JiqIbs de ["Espague el de l'Empire les Provinoes Unies qui 'étaieuL séparées de la monarchie espagnole en 1609,
Le traitù de Weslphaiic ruiaait, au profit de la France, l'autoritii de l'Empereur en Allemagne, c'est-à-dire de la maison d'Autriclie, puisque la dignité impériale était, bien qu'en droit élective, en fait héréditaire, dans cette maison. Griicc à ce traité, notre pays sera jusqu'à la Révolution, et surtout pendant les deux longs règnes de Louis XIV et de Louis XV, le protecteur de l'Empire affaibli; il ne s'élèvera aucun embarras dans la conduite des affaires du Corps germanique sans qu'on ne recoure à la médiation du roi de France. — Aussi a-t-on pu dire avec raison que le traité de Westphalie commençait un nouveau monde.
Mazarin voulut accentuef encore les avantages que cet acte diplomatique assurait à notre pays. Dans ce but, il forma avec les trois Electeurs ecclésiastiques dont les États étaient sur la rive gauche du Rhin et avec les maisons de Bavière, de Hesse, de Brunswick une t< Ligue » dite « du Rhin » dirigée, en réalité, contre l'Empereur et dont le but avoué était de « conserver la liberté germanique et de faire observer la paix de Westphalie. » Cette Ligue mettait les princes signataires dans la dépendance et à la solde de Louis XIV, étendait militairement ta frontière française sur les rives du Rhin; son armée s'appelait « armée de Sa Majesté très I chrétienne et des électeurs et princes sus alliés »
THAITÉ DES PYRÉNÉES.
!^I558}. Les intrigues de l'Empereur amenèrent sa [ dissolution aprùs quelques années, mais la France |D'en continua pas moins à enlretcuir des relations [d'amitié, qu'elle reconnaissait par des pensions, f avec plusieurs des princes rhénans.
Le traité de Westplialie avait assuré noire pajs j du côté de l'est, celui des Pyrénées conclu onze ans [ après avec le roi d'Espagne étendit ses frontières I au nord, les compléla au midi. Philippe IV cédait à I la France, au nord, l'Artois, uiîe partie du Ilainaut, i que plusieurs places importantes de la Flanr dre et du Luxembourg, qui devaient désormais \ garder les roules ouvertes aux invasions espagnoles, lidi le Roussillon et le versant septentrional ide la Cerdagne, " les monts Pyrénéens qui ont ^anciennement divisé les Gaules des Esjiagnes deiTant faire dorénavant la division des deux mêmes ftrojaumes. »
Fait bien digne de remarque et témoignant que I^Dotre pnys est une puissance continentale plus en- Icoro qu'une puissance coloniale : les négociateurs ie l'île des Faisans ne réclament à l'Espagne que Ries provinces ou des villes; àl'heure où les Hollandais et les Anglais ont déjà enlevé à la monarchie espagnole Curaçao (1634) et la Jamaïque (165S), Hazarin ne songe point à obtenir du vaincu quol- Jgu'une de ses possessions d'outre-mer : il est çl».?.
34 L EXPANSION DE l.A FBANCE.
utile pour nous de gagner une place du ctMé des Flandres (ju'une île dans les Antilles 1
L'abaissement des deux braucliCfi de la maison d'Auln'clie n'est qu'une des grandes préoccupalions de Richelieu. « Chef et surintendant général de la navigation et du commerce de France, » en même temps que premier ministre, ilyeut aussi que notre pays profite de son avantageuse situation maritime, que ses colonies i< se dressent en face des possessions de l'Angleterre ». Aussi ne cesse-l-il d'encourager, do seconder toutes les initiatives : dans la mer des Antilles, des Français prennent possession cnlre 1625 et 1635 de Saint-Cliristophe, de la Martinique, de la Guadeloupe, de Marie-Galante, des Saintes, de la Désirade; nos h boucaniers' » débarquent à Sainl-Domingue; Cayenno est fondée; sur la côte d'Afrique les Rouennais s'établissent à Saint-Louis du Sénégal vers 1620 ; dans la mer des Indes enfin, l'île de la Réunion est occupée et bienJôt après Madagascar que l'on appellera « la France orientale ». Mais il ne suffit pas que de hardis marins plantent
■ Avenluriers, normands pour la plupart, qui passaient leur vie àla ctiasse et reçurent le nom de n boiicauiers « parce qu'ils avaient l'habitiide de « Loucaiier ", c'est-à-dire faire sécher à la fumée ies bœufs qu'ils avaient lues h la maniëre ' des indifiÈne?.
POLITIOUE COLONIALE DE KIGHELIEU. 35
l^drapeau royal sur des terres loiataiaGs; il itnporle
Bue les territoires de rAinérique du Nord, les
Ratilies, la Réunion reçoivent une popLilatioa euro-
péeDQe indispensable à leur développement, que
3 colonies ainsi que les rivages de l'Afrique occi-
lâentale nouent avec la métropole des relations com-
nerciales.
Quels sont les émigrants qui se rendront dans
(les régions nouvelles? Comment s'installeront-ils ?
Comment notre domaine colonial sera-t-il mis en
pâleur?
L'historien de notre première province canadienne, l'Acadie', a donné une idée très exacte du Iniode de colonisation suivi, non seulement par la ^rance mais par tous les peuples, en Amérique, il y I trois et quatre siècles. « La colonisation, dit-il, fut [entreprise au xyii° siècle à peu près comme la colopisation antique qui amenait avec elle la cité tout tpntiëre avec sa hiérarchie, ses formes, son persounel lerganisé; il n'y avait point de rupture de tradition s développement de société. » C'est ainsi que nos pères transportèrent en Amé- Inque le régime féodal dans son organisation rurale : L noblesse trouvait au Canada et aux Antilles de ■nouveaux fiels pour établir ses cadets, la bourgeoisie
le Saint-Père, Une colonie féodale en Amérique i l'Acadie. Pion, cdileur, Paris,
AÀ
U l'expansion de la rftANCE.
riche y recherchait des coDcessions seigneuriales, ■ un titre, les familles d'artisans et de cultivateurs partaient à la suite de leurs chefs animas de l'espérance de devenir tenanciers censitaires, inféodés à la seigneurie nouvelle ; ils avaient pour eux et leurs enfants la perspective d'une existence plus large et plus aisée. En même temps un certain nombre d'individus appartenant aux différentes classes sociales s'embarquaient sur l'appât d'une prime une fois reçue (c'était des k engagés ») ou sollicités par la vie d'aventure, par les récits qu'ils entendaient touchant les terres nouvelles. Enfin le clergé s'associait à ce mouvement dans le dessein de convertir les populations indigènes. Il faut encore ajouter que ce n'était ni un surcroit de population, i la misère, ni la passion de l'or qui poussait nos émigi'ants ; la majorité des colonisateurs français de ce temps n'obéissait qu'à l'idée de l'agrandissement de la patrie (Nouvelle France, France équiuoxiale, France orientale) ou à l'esprit d'aventure.
Mais une entreprise coloniale était au commencement du xvii' siècle, bien plus encore qu'aujourd'hui, une affaire de longue haleine. Le peuplement, le défrichement, la mise en culture des régions nouvelles, l'établissement de relations commer- , ciales entre ces provinces et la métropole ou entre les \ comptoirs, — habités seulement par quelques négo-