SYSTÈMES DE GOLOMS.MION
cianls, — de l'Afrique, de l'Inde et les porls de la I nation qui les possédait' exigeaient de puissants ■fiETorts, de grands capitaux, de nombreux navires, Sine longue contiouité de vues. Les initiatives indifviduelles laissées seules et libres auraient-elles Leùtrepris une aussi lourde tache? Si elles l'avaient ■tentée, combien de temps se serait-il écoulé avant Qu'une population suffisante se fût installée en Amérique, et eût mis les terres en rapport? avant r qu'un échange régulier de produits se fût établi entre l'Europe et les rivages de l'Afrique ou l'Inde? La question se présentait à toutes les nations européennes possédant des colonies, et toutes la réso- ■ itirent de même, quoique sous des apparences dilîé- [rentes, en Amérique, en Afrique, en Inde, dans
nations colonisatrices fournirent « des colons » qui allèrent s'établir à demeure dans l'Amérique du Nord, dans les Anlilles, dans l'Amérique du Sud, à l'Ile de France, à Bourbon,.., etc., pnrce que les individus de race blanche peuvent vivre suus ces climats. Jamais, en revanche, il ne se rendit un nombre appréciable d'émigranls aux côtes occidentale et orienlale d'Afrique, régions inclémentes pour des Européens qui ne sauraient résider sous ces climats que pendant peu d'années. Les seuls « colons » qui se fixèrent ou môme simplement séjournèrent en Afrique sont quelques négociants inlermédiaires indispensables des échanges entre ces pays et l'Europe.
Voir d'ailleurs plus loin, dans les premières pages du chapitre VI, ce qui est dit des différentes sortes de coloaies e des caractères propres à ctiacune d'elles.
l'archipel de lii Sonde. Les initiatives privées, jugées trop faibles, furent partout ou exclues ou réglemeatées, et le soin de fonder les colonies, de créer les nouveaux courants commerciaux fut réservé soit à l'État lui-même, soit, par lui, à des sociétés privi-
Le roi de France, jugeant qu'il était suffisamment occupé en Europe, que ses charges étaient assez lourdes, confia le peuplement et l'exploitation des terres et des îles découvertes en Amérique, le comrnerce de l'Afrique et de l'iade à des sociétés privilégiées. Henri IV, le premier, favorisa la formation de compagnies composées de gentilsliommes et de marchands {de Rouen, Dieppe, La Rochelle), qui commencèrent la colonisation de l'Acadie et du Canada; Richelieu, après lui, entrant plus avant is ces vues, fit de la constitution de compagnies privilégiées chargées de la mise en valeur de notre domaine extra-européen la base de son « système colonial ».
Toutes les » chartes royales i> accordées à ces compagnies contiennent les mêmes dispositions principales : d'une part les privilèges, de l'autre les obligations.
Privilèges : la seigneurie et la propriété de la
contrée appartiennent à la compagnie, elle y jouit
I àes cJroJts de haute et basse justice ainsi que du
COMPAGNIES PHIVILÉGIÉES. 39
\ droit de l'armer el de la fortifier; les terres lui I appartiennent, elle les vend ou les cultive à son [profit; le monopole du commerce lui est assuré, 1 aucun Français ne pouvant venir trafiquer sans insenlement; enfin, elle bénéficie pendant un certain Dombre d'années de l'exemplion « de tous impôts et subsides >< pour les marchandises qu''e]le exporte du royaume à destination de la colonie ainsi que pour les produits de celle-ci qu'elle débarque dans les porls de la métropole. — Obligations : les représentants de la compagnie doivent i foi et hommage, celui-ci se réserve d'entretenir dans la colonie un gouverneur général, repréientant de la couronne; la compagnie s'engage à mettre dans un temps donné une étendue déterininée de terres en cultures, à élever des villages et des églises, à faire passer dans les contrées qui lui sont remises un certain nombre d'individus des ideux sexes de nationalité française, ot, de religion fiatholique, — car nos possessions d'outre-mer sont Qterdites aux protestants.
Dans le but d'aider à la formation des compagnies, Richelieu accorde des lettres de noblesse aux principaux souscripteurs, fait décider par le ■oi que « les prélats et autres ecclésiastiques, les neurs et gentilshommes et les officiers soit du Eonseil de Sa Majesté, cours roun ftta\\\e% qw w3Îwes>
L'EXPANSION DE LA FilANCE.
I qui seront associiis ne itiiiiinueroal en rien de ce \ qui est de leur noblesse, qualifcs, privilèges et nunités. » En même temps plusieurs mcsnros sont prises pour stimuler l'émigration : la noblesse [ est promise aux bourgeois qui se rendent aux I colonies et y achètent des terres, la n maUrise » I aux " compagnons » qui y portent leur îndus- ( trie', etc..
Ce système colonial, élevé sur le privilège et le monopole, n'était point conforme assurément aux sages doctrines économiques, mais il était dans la première moitié du xvi° siècle une nécessité qu'il fallait subir et la France comme les autres nations colonisatrices lui doivent leurs premiers succès en Amérique, en Afrique et en Asie. C'est seulement plus tard que ses inconvénients se sont fait sentir. 11 faut ajouter que la conception de Richelieu présentait an avantage fînancier : les compagnies devant supporter toutes les dépenses, le trésor royal ne subissait, sauf certains cas exceptionnels, aucune charge du fait de ses colonies.
Durant le règne de Louis XIII de nombreuses sociétés furent fondées sur les bases qui viennent d'être indiquées sons le patronage du roi et du cardinal ponr l'exploitation de toutes les parties de
' Paulial, La PuUiiquc coloniale sous l'ancien régime. Calmann Lévy, éditeur, Paris, passim.