‹ L'expansion des Boers au XIXe siècleChapitre 138 sur 241 · Delegorgue, II, p · texte numérisé non relu

Delegorgue, II, p

qu'il rentrera en possession de troupeaux qui lui ont été volés par des gens que les Zoulous affirment être des Boers. En réalité, ces bestiaux avaient été pris par des Baklokouas ou Mantatis, habitant sur le haut Caledon et commandés par un chef nommé Ciconiella, qu'Andrew Smith avait visité en i835*.

Il paraît bien invraisemblable que les Zoulous qui, de longue date, connaissaient l'aspect extérieur des Européens par les Anglais qui fréquentaient chez eux, aient pu de bonne foi prendre des Baklokouas pour des Boers ^. Il est probable que la condition imposée à Pieter Retief n'était de la part de Dingan qu'un subterfuge, soit pour gagner du temps, soit dans le cas où elle ne serait pas remplie pour refuser aux Boers l'autorisation qu'ils sollicitaient.

Pieter Retief répondit par une lettre datée du même jour, 8 novembre 1887, très claire, bien composée, et adressée d'ailleurs non moins au missionnaire Owen qu'à Dingan. Retief remercie d'abord Dingan de l'envoi des peaux de moutons, puis il l'invite à réfléchir sur les malheurs arrivés à Mosélékatsi^. « Le grand livre

I. Gloete, Five lectures, p. 83. — Andrew Smith, Report of the expédition for exploring central AfricOy p. ii-i4.

a. Il y a d'ailleurs dans la lettre de Dingan du 8 novembre 1837 une certaine contradiction. Dans le premier paragraphe, il accuse formellement les Boers d'être les voleurs de bétail, dans le second il demande à Pieter Hetief de « reprendre les bestiaux^), de les ramener et de lui envoyer « le voleur ». Si les Boers avaient été les voleurs, ils n'auraient pas eu à reprendre les bestiaux. En outre, dans le premier paragraphe, il est dit que les bestiaux ont été volés par une collectivité, ce un peuple ayant des vêtements, des chevaux et des fusils », mais dans le second il n'est plus question que « du voleur », au singulier. Dingan et Owen devaient savoir que a le voleur » était Ciconiella ; ils se trahissent involontairement.

3. Delegorgué, II, p. Ii4-ii7- C'est le document le plus étendu que nous possédions de Retief.

de Dieu nous apprend que les rois qui se comportent comme Massilicatzi sont sévèrement punis, et qu'il ne leur est pas donné de vivre et de régner longtemps * . » Suit un éloge étendu des missionnaires : « Je dois vous conseiller de causer fréquemment avec ces messieurs qui désirent vous prêcher la parole de Dieu, parce qu'ils vous apprendront avec quelle grande justice Dieu a gouverné et gouverne encore tous les rois de la terre. Je vous assure que c'est une excellente chose d'avoir permis à des prédicateurs de s'établir dans notre [votre?] contrée. . . Ces messieurs ne sont pas venus vous demander des territoires ou des bestiaux, moins encore pour vous causer de la peine en quoi que ce soit ; mais seulement afin de vous prêcher à vous et à votre peuple la parole de Dieu. » Après avoir fait cet éloge des missionnaires, Retief invite Dingan à ne pas écouter leurs insinuations malveillantes contre les Boers : « Je crois probable qu'avant mon retour chez vous, vous serez troublé par des avis touchant la requête que je vous ai adressée et la promesse que vous m'avez donnée ; et je crois possible que davantage encore sera raconté au roi quant à moi et quant à mon peuple, rapports qui pourraient avoir une apparence de vérité. Si de semblables discours vous étaient tenus, mon vœu, ma demande est qu'à mon retour vous me disiez qui a pu tenir un pareil langage ; je ne crains pas de rencontrer en votre présence quiconque aurait mal parlé de moi et de mon peuple. » Quant au vol de bestiaux il lui sera facile à lui et à son peuple de prouver qu'ils en sont innocents. Bref, dans cette lettre, Pieter Retief affirme son inten-

I . Incidemment, Retief exprime ici une belle pensée liumani> taire : a Déjà n*ai-je pas lieu de me plaindre d'avoir été contraint de tuer tant d'hommes de son peuple pour avoir été seulement les exécuteurs de ses ordres cruels. »

tion de revenir au Natal et de s'y établir, loue l'œuvre d'éducation religieuse et morale entreprise par les missionnaires anglais, mais les avertit qu'il ne sera pas dupe de leurs manœuvres ambiguës pour le contrecarrer, et qu'ils auront, le cas échéant, à lui en rendre raison.

Le 8 novembre 1887, Retief quitta la résidence de Dingan et revint à Thaba Oantchou. Toute sa bande se mit alors en mouvement et se dirigea vers le Natal en descendant les pentes abruptes des Drakensbergen*.

Cette grande chaîne de montagnes, qui s'étend en arc de cercle depuis 3o°3o' jusqu'à ay^So' de latitude australe, présente au Sud et au Nord du Mont-aux- Sources, qui peut être considéré comme une borne de séparation, deux aspects assez différents.

Les Basoutos qui habitent les vallées de la section méridionale ont nommé leurs montagnes « Quathlamba », c'est-à-dire « massif découpé ». On y distingue, en effet, de même que dans les Alpes, des « aiguilles », des <( dents », des « cornes ». Les gorges profondes et les cascades telles que ces Maletsunyan Falls qui tombent d'une hauteur de 200 mètres, en accroissent encore le pittoresque. Dans cette partie, les piétons mêmes franchissent très malaisément ce massif montagneux haut de 2 5oo mètres, large de 120 kilomètres. Aussi les Boers ne passèrent-ils pas là, mais au Nord du Mont-aux-Sources, où la montagne au lieu de s'épanouir largement ne forme plus qu'une chaîne unique et présente des cols d'accès relativement facile.

Ce furent de vrais voyages de découvertes que Retief et toute sa bande accomplirent. Aucun des colons anglais du Natal n'avait encore essayé de pénétrer dans les

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