II, p. Il
3. Les deux communications précédentes du 3i octobre i837 et du 8 novembre 1837, écrites par Owen sur Tordre de Dingan, sont contresignées par Owen, tandis que Tacte du 4 février i838 ne Test pas. — Dans les deux premiers documents, le nom du village de Dingan est orthographié : Ungunklove^ dans celui du 4 février, il Test : Unkunkinglovet si les trois documents émanent de la plume d'Owen, pourquoi ces variantes? — Pieter Retief savait très suffisamment Tanglais pour avoir lui-même écrit le texte que nous avons donné. On remarquera cependant la faute d'orthographe : stollen pour stolen.
qu'à ceux des Européens. Depuis quatorze ans, c'était la quatrième fois que le même territoire, que les Zoulous avaient maintes fois traversé et pillé, mais qu'ils n'occupaient pas, était concédé par eux. Il l'avait été par Chaka à Farew^ell en 1824, à Isaacs en 1828 et par Dingan à Gardiner en i835S
Ayant obtenu ce qu'ils désiraient, Pieter Reticf et ses compagnons s'apprêtèrent, le lendemain ou le surlendemain, c'est-à-dire le 5 ou le 6 février i838^, à prendre congé de Dingan. Ils se rendirent sur la place d'exercice devant les huttes royales, mais commirent l'imprudence de consentir, pour se conformer à l'étiquette, à se démunir de leurs fusils. Dingan les accueillit avec sa cordialité habituelle, les invita à s'asseoir et leur fit apporter de la bière. Ils se trouvaient ainsi au milieu d'un cercle de Zoulous. Ceux-ci commencèrent, la canne dans la main droite, selon l'usage, à danser. Retief et ses compagnons, qui avaient probablement déjà assisté à un pareil spectacle, n'en conçurent sans doute pas d'ombrage. Mais, à un certain moment, Dingan, entonnant un chant particulier, s'écria : « tuez les sorciers ! » ; les Zoulous se ruèrent sur les Bocrs. Ceux-ci firent une résistance désespérée, ils blessèrent ou tuèrent même quelques-uns de leurs assaillants, mais vaincus par le nombre de leurs adversaires, ils furent garottés avec des courroies de cuir et entraînés sur la place habituelle d'exé-
I. Si Dingan avait attaché une importance quelconque au document qu'il avait signé, il se serait empressé de le faire rechercher et détruire après le massacre, ce qu'il ne fiC pas.
3. Delegorgue se contredit. Dans un passage, il dit « le mardi 6 février i838 », I, p. 80 note, et dans un autre, le lundi 5, II, p. 119. — Cloete dit le 5 : a Retiefs business being thus satisfactorily ended [the 4'^ of February], he made his arrangements to départ the next morning », p. 85. Mac Gall Theal dit le 6 février. Hist. ofS. Africa (i834-i854), p. i36.
cution, au sommet d'une colline, où ils eurent le crâne fracassé à coups de bâton et de pierres ; Pieter Retief fut tué le dernier et dut assister à Tagonie de tous ses compagnons. Ils ne furent ni enterrés ni brûlés, mais abandonnés aux hyènes et aux vautours. Les corps ne furent pas mutilés après la mort, sauf celui de Pieter Retief, qui fut ouvert et dont on arracha le cœur et le foie*.
L'Anglais Thomas Holstead, l'interprète des Boers, tous leurs serviteurs de couleur furent également massacrés.
Il périt donc dans cette journée soixante-cinq Boers et un Anglais *. Quand on examine la liste des victimes, / on est frappé de la répétition des mêmes noms. Il y a par exemple deux de Béer, deux Bothma, deux de Wet, trois van den Berg, trois de Klerk, quatre Oosthuizen, cinq Pretorius, etc., ce qui s'explique, les bandes d'émigrants s'étant, comme nous l'avons dit, constituées non d'éléments hétérogènes , mais par le groupement de certaines familles.
I. Delegorgue, II, p. lao, i2i et i34-35. — Deux tableaux du laboratoire d'anthropologie du Muséum retracent deux épisodes de cette scène tragique. Dans l'un, les Boers sont placés au milieu, par groupes, sans armes ; ils sont vêtus de vestes et de pantalons de couleurs variées, et coifTés de grands chapeaux ; lesZoulous dansent sur plusieurs rangs, la canne droite, le genou très haut ; on ne voit pas Dingan ; c'est le moment qui précède le massacre. — Le second tableau pourrait être intitulé : Le Massacre des Boers ; quoiqu'il soit en partie efTacé , on peut cependant distinguer plusieurs • scènes : à droite, un Boer est entraîné par quatre Zoulous, au centre deux Boers sont étendus, un Zoulou soulève une pierre pour la jeter sur l'un d'eux. — En i835, Gardiner avait assisté de loin au massacre de Goujouana, frère de Dingan, qui eut lieu sur cette même colline ; il eut ensuite la curiosité de la visiter et la trouva parsemée d'ossements et de crânes. Narrative, p. 44-45.
a. Mac Call Theal en donne la liste par ordre alphabétique, p. 187.
Le jour même du massacre, une armée zouloue se mit en marche pour surprendre et anéantir le reste des Boers. Ceux-ci étaient dispersés sur les rives de la haute Tugela et de ses affluents, Bushman's river, Blaauw- "krans river, Kiip river (carte 7). Ignorant le tragique événement du 5 ou 6 février i838, ils ne se gardaient pas ; ibeaucoup d'hommes étaient même partis à la chasse;
Les Zoulous franchirent en dix ou onze jours les i5o •ou 200 kilomètres, qui séparaient Umgungundhlovu •des premières familles boers, campées le long de la Bushman's river. Leur marche eût même été sans cloute encore plus rapide, si les rivières n'avaient pas -été dans leur saison de crue. Le 17 février i838, à l'aurore, les Zoulous surprirent les Boers encore endormis dans leurs chariots ou sous leurs tentes. Ils mas- -sacrèrent sans distinction de sexe ni d'âge, hommes, femmes, enfants, s'acharnant sur leurs victimes et les perçant de coups répétés ^ Quelques hommes cependant ayant réussi à se sauver et à donner l'alarme, les familles cantonnées près de la Blaauw^krans river purent, •h. la hâte réunir leurs chariots en cercle et former -ces « laagers » qui avaient déjà résisté victorieusement À l'assaut des Zoulous du Nord, les Matabélés, et servirent encore une fois de refuges inexpugnables. A l'en- <iroit nommé plus tard Vecht laager (le camp du «combat), les Zoulous subirent même des pertes très importantes^.
I . Deux jeunes filles, Johanna van der Merwe et Gatharina Mar- ^aretha Prinsloo, furent retrouvées encore vivantes sous des cadavres. La première avait reçu 19 coups de lance et la seconde ai ; •elles survécurent à leurs blessures.
I. Gloete, p. 87-88. — Delegorgue, II, p. laa-aS. Cet auteur «ommet une erreur en citant H. Potgieter, Jacobus Huys [Uys], |)arini les défenseurs des laagers. Ces deux chefs de bande étaient.
Ce mois de février i838 resta un sombre souvenir dans l'histoire des Boers. Jamais, sauf pendant la guerre qu'ils soutinrent depuis le mois d'octobre 1899 jusqu'au mois de mai 1902 contre les Anglais, leur race n'a subi une saignée aussi abondante. A Umgungundhlovu, 65 des leurs avaient péri et comme Retief n'avait emmené que des volontaires, il est probable que des hommes d'élite disparurent ce jour-là. Parmi lesvictimes, il y eut des enfants de dix à quinze ans, qui avaient suivi leurs pères : espoir de la race, anéanti en quelques instants. Le 17 février et jours suivants, 4o hommes, 56 femmes, i85 enfants furent massacrés; le nombre total des victimes s'éleva donc à 281 Boers*. Un colon anglais, George Biggar, et 25o noirs environ^ ses clients, furent également tués par les Zoulous.
Le village de « Weenen » , c'est-à-dire « les larmes » ,.
en février i838, au Nord des Drakensbergen. — Un des tableaux, conservés au laboratoire d'anthropologie du Muséum représente un des épisodes des combats de février i838. Au fond du tableau, à gauche, une ligne de chariots, couverts de leurs bâches blanches, sur deux ou trois rangs d'épaisseur; devant, des Boersqui font feu ; entre les chariots d'autres Boers ; à gauche l'armée zouloue qui charge, les Zoulous courent et se garantissent de leurs grands boucliers ovales ; entre eux et les chariots, beaucoup decadavres des leurs gisent à terre. Au premier plan, des scènes d& meurtre et d^ pillage : un chariot capturé par des Zoulous, dans lequel gît un Boer qui vient d'être tué ; à terre gisent une femme blanche et un petit enfant morts ; plus loin un autre chariot entouré par les Zoulous, du bétail boer emmené par un Zoulou.
I. Ce chiffre de a8i victimes est donné par Mac Gall Theal,. Hist. of South Africa (i834-i854), p. 1 4o-i 4 1, qui publie en outre la liste nominative des hommes massacrés par les Zoulous. Il a dû avoir des éléments de statistique plus sûrs que Delegorgue et Gloete, qui donnent respectivement les chiffres de 616 et de 600 victimes.
bâti plus tard sur le lieu du massacre du 17 février^ non loin de la rive gauche de la Bushman's river en rap pela le souvenir (carte 7).
A Tépoque où les Boers descendirent au Natal, la prédiction faite par Jacob, l'ex-interprète de Farewell, à Dingan, en mars i83i, n'avait pas été oubliée: les quelques Européens déjà établis à la baie de Natal, avait-il dit, seraient suivis par d'autres et par d'autres encore, ils obtiendraient la permission d'y bâtir des maisons, un fort et finalement ils subjugueraient les Zoulous ou le& chasseraient ^
En i835 Gardiner attribuait à l'inquiétude que cette tradition avait laissée dans l'esprit de Dingan, l'opposition qu'il rencontra quand il demanda à créer une mission chez les Zoulous ^. De même le missionnaire américain Grout ayant, quelques mois après Gardiner,^ présenté à Dingan une requête analogue se vit éconduit pour le même motifs.