I. — Organisation et fonctionnement
Après être arrivés au pied des Drakensbergen, les Boers se dispersèrent par groupes dans le Natal. Durant les années i838 et 1889, il y eut, de la montagne â la mer, des campements, presque toujours composés de familles originaires d'un même district aux points suivants* :
Au Nord de la Tugela, dans la « Klip river division » actuelle ;
Sur la Klein Tugela trois camps contenant 35o familles (décembre i838) ;
Sur la Blaauwkrans river ;
Sur la Bushman's river ;
Sur rUmzunduzi river, camp de Boschjeman's rand
I . Nous donnons remplacement de ces campements d'après ce que nous savons des points qui furent attaqués par les Zoulous en i838, et d'après la description du major Charters, résumée par riaussy, Bulletin Société Géographie, t. XIII, i84o, p. 87-89. Mais nous n'entendons pas dire que tous ces 'points aient été simul> tanément occupés par les Boers en i838 et en iSSg. Le même groupe de familles a pu occuper tel camp pendant tel mois et l'abandonner ultérieurement pour un autre. Il n'y a pas moyen de suivre, dans le détail, ces déplacements locaux.
composé de 60 familles originaires de Graaff Reinet (décembre i838); c'était le noyau de la future ville de Pietermaritzburg .
Sur rUmlas, un camp composé de familles d'Uitenhage et de Somerset, et un autre camp composé de quinze familles à une quinzaine de kilomètres du précédent.
A la baie de Natal, un camp formé de familles d'Oliphant's Hoek (carte 7).
A la fin de i838, le camp de Boschjeman's rand avait pour chef Piet Nell, celui de la baie de NataJ, Badenhorst, celui de l'Umlas, Andries de Jager ; ces deux derniers étaient placés sous l'autorité de Carel Pieter Landman. Ces camps consistaient « eïi un certain nombre de huttes de diverses formes et grandeur, établies aussi près que possible les unes des autres et environnées d'une palissade ». Les chariots étaient généralement placés en dehors de la palissade, et les troupeaux paissaient dans les environs. La clôture, formée par le rapprochement des chariots, n'était qu'une fortification de fortune, établie en hâte, pour parer à une surprise. Delegorgue, qui passa les mois de novembre et de décembre 1889 au camp de Boschjeman's rand, le décrit comme très peu confortable : « C'était alors un mauvais camp de palissades, un simple amas de cabanes informes, faites de bois et de roseaux, plâtrées de bouse de vache », où rats et punaises pullulaient*.
Mais, à partir de i84o, Dingan en fuite, les Zou-
I. Delegorgue, I, p. 194. — Il donne I, p. 98, une Vue de la baie de Port-jValal et de Cnnguelaj premier campement des Boers en 1887 (^sic). (^\ ne prise en novembre 1889). L'estampe qui représente quelques huttes, tentes et chariots sur le bord de la baie de Natal donne l'impression de quelque chose de piteux et de misérable.
lous devenus des alliés, bref la sécurité établie, cet état de choses se modifia. Chaque Boer s'en fut avec sa famille et ses troupeaux sur le terrain de son choix et revint aux habitudes d'isolement, contractées dans la colonie du Cap. Trois campements seulement subsistèrent et se transformèrent en villages permanents ; Congella, sur la baie de Natal, Boschjemans rand qui, du prénom de Pieter Retief et du nom de Gerrit Maritz, fut appelé Pietermaritzburg ; Weenen, sur le bord delà Bushman's river. Toutefois, dans la vie essentiellement rurale des Boers, ces villages n'eurent pas plus d'importance que n'en avaient jadis Swellendam et GraafT Reinet, que n'en eurent plus tard Bloemfontein et Pretoria*.
Le nom officiel des Boers dispersés dans le Natal fut 1' « Association Sud-Africaine » . Le premier emploi de cette formule paraît avoir été fait par Carel Pieter Landman, qui, le i6 mai i838, arrivant avec trente-neuf familles d'Oliphant's Hoek prit possession de la baie de Natal au nom de 1' « Association des émigrants Sud- Africains ».
Pretorius fit également ses deux proclamations du 10 et du i4 février i838, au nom de V « Association Sud-Africaine^ ».
I. G'estl'ignorance de cette circonstance qui fit, en 1900, croire à lord Roberts, qu'il avait partie gagnée et que la guerre était finie parce que les troupes anglaises occupaient Bloemfontein et Pretoria. Mais la guerre dura encore deux ans, après la conquête de ces deux « capitales ».
a. Voy. ci-dessus, p. 249. — C'est probablement dans cette expression qu'il faut voir l'origine du titre de « République Sudafricaine », adopté en i853 par les Boers disséminés entre le Vaal et le Limpopo et dont beaucoup étaient des ci-devant colons du Natal.
Cette Association avait un drapeau* qui paraît avoir été le tricolore hollandais*.
Cette a Association » se donna théoriquement le gouvernement suivant : un Volksraad, ou conseil du peuple, était investi de tous les pouvoirs, exécutif, législatif, judiciaire. Il était composé de vingt-quatre membres choisis de la façon suivante : le pays était divisé en douze Jieldcornetcies, chaque Boer désignait à son fîeldcornet les noms de deux personnes qu'il choisissait comme représentants ; on dressait une liste générale de tous les noms, et les vingt-quatre Boers ayant obtenu le plus grand nombre de voix étaient élus. Le Volksraad tenait quatre sessions par an, en différents lieux à Torigine, par exemple, en décembre i838, dans un camp de la Tugela, plus tard régulièrement à Pîetermaritzburg*. Un président de session dirigeait les débats,
1. En arrivant au village de Panda, en octobre 1889, les Boers hissent leur drapeau sur un chariot. Delegorgue, I, p. 171.
2. Le journal VÉcho du Nord publia une note sur Delegorgue, probablement d'après des nouvelles envoyées par celui-ci à sa famille, qui fut reproduite dans les Nouvelles Annales des Voyages^ i84o, t. LXXXVII, p. i3i. a C'est M. Del gorgue (sic) quia fait adopter les couleurs nationales de notre pays à cette jeune colonie [le Natal] qui aujourd'hui marche sous les trois couleurs. » Le drapeau du Natal semble donc avoir été un drapeau tricolore, mais quand on sait le dédain de tout temps manifesté aux étrangers par les Boers et le peu de considération que ceux du Natal avaient en particulier pour Delegorgue, il est difficile d'admettre que celui-ci leur a ait fait » adopter les couleurs nationales de notre pays. II parait bien plus probable que ce tricolore était le drapeau hollandais, que les Boers, âgés ou simplement en pleine maturité en i84o, avaient encore pu voir flotter au Cap, soit avant i795,soitde i8o3 à 1806. — Delegorgue dit lui-même dans un passage quelque peu ambigu : Au mât du fort abandonné par les Anglais en décembre 1889, les Boers hissèrent « un pavillon nouveau, inconnu, fusion des couleurs françaises et hollandaises », I, p. 99.
3. Daussy, Bulletin Société Géographie Paris, i84o, t. XIII, p. 8g.
mais r « Association » n'eut pas de président permanent. Dans l'intervalle des sessions, le pouvoir appartint à un Commissie Raad, ou « Commission du èonseil » , composé de deux ou trois membres du Volksraad, habitant à Pietermaritzburg ou dans le voisinage.
L'ancienne magistrature administrative et judiciaire du landdrost, naguère supprimée au Cap par le gouvernement anglais, fut restaurée. Le Volksraad nomma trois landdrostsqui, assistés comme jadis de heemraaden, siégèrent respectivement à Pietermaritzburg, à Congella et à Weenen. Au Volksraad appartenait aussi en temps de guerre le pouvoir de nommer un « commandant * » .
Or ce régime fonctionna très mal. Les décisions du Commissie Raad étaient généralement aussi dédaignées du Volksraad que celles du Volksraad de chacun des membres de l'Association. Les landdrosts n'avaient pas le moyen d'imposer leurs ordres : en i843, un Boer des environs de Pietermaritzburg, ayant été sommé par le landdrost de rendre du bétail injustement pris à un indigène, déclara qu'il tuerait le premier qui s'aviserait de l'y contraindre*.
Les Boers étaient novices dans l'art de se gouverner ; (( grands gaillards aux membres longs, aux gestes maladroits, à la démarche gênée, aux physionomies silencieuses, au langage embarrassé, aux bouches largement ouvertes, gens faits pour conduire des bœufs et leur parler' ».
I. Cette organisation est exposée par Gloete, p. m, et aussi avec plus d'optimisme dans un article anonyme du journal du Gap De Waare Afrikaan analysé dans Nouvelles Annales des Voyages, i84o, t. LXXXVII, p. 1 34-35, dont l'auteur déclare être resté neuf mois au Natal.