Gloete, p. II 7- II
par John Philip avait tout crédit. Il était l'un de ces négrophiles bien intentionnés, dont la vue avait été si bien troublée par les récits des missionnaires, qu'ils paraient gratuitement de vertus imaginaires des tyranneaux nègres cruels, superstitieux et alcooliques. Gardons-nous donc de l'accuser d'hypocrisie : son indignation a pu fort bien être sincère. Toutefois, il a négligé de se demander si l'attaque des Boers contre Ncapai n'était pas partiellement justifiée et n'a tenu compte ni de l'opposition faite par certains membres du Volksraad à l'expédition, ni de leur désapprobation de «es résultats*.
L'événement pouvait être considéré de diverses manières : or, il se trouva justement que Napier détourna ses regards des circonstances qui en atténuaient la gravité et fixa uniquement son attention sur celles qui servaient le mieux sa politique.
Le 28 janvier iS^i, il envoya le capitaine Thomas Charlton Smith, avec 260 hommes et deux canons, se poster sur TUmgazi, petit fleuve qui se jette dans l'Océan entre la Kei et l'Umzimvubu (carte 7).
Une décision, prise parle Volksraad en août i84i, accentua la malveillance de Napier à l'égard des Boers. On estima à Pietermaritzburg que laisser aux indigènes toute licence de vagabonder à leur guise sur le territoire de la République constituerait un danger pour les propriétaires européens. On les mit donc en demeure, soit d'entrer au service de ces derniers, soit de retourner au Nord de la Tugela, soit de se retirer entre les rivières Umtamvuna et Umzimvubu. Or ce territoire était consi-
I. Il y eut aussi une protestation de certains habitants du voisinage de la baie, qui accusèrent Pretorius d'avoir outrepassé les instructions du Volksraad. Gloete, p. 117.
déré par Fakou comme sa propriété, et Napier put dire et dit en efifet que la présence de ces nouveaux venus dans un territoire déjà occupé pouvait amener des désordres graves sur la frontière du Cap *.
La mésintelligence grandissait donc.
Sous la forme d'un échange de notes, le gouverneur du Cap et le Volsksraad de Pietermaritzburg tinrent en i84i et au début de i842 un dialogue, qui peut se résumer ainsi : « Vous êtes toujours sujets britanniques, disait le gouverneur, et le gouvernement britannique ne peut pas reconnaître une république indépendante formée de ses propres sujets. » — <( Nous avons volontairement quitté la colonie du Cap, répliquait le Volksraad, nous nous gouvernons d'après nos propres lois, nous affirmons que nous ne sommes plus sujets britanniques^. »
I. Mac Call Theal, Hist. of S. Africa (i834'-i854). p. 334-335.
a. Voici la lisle de ces notes qu'il serait fastidieux de donner intégralement : Notes de Napier du lo juin i84i et du 3 septembre i84i : « J'ai été invité par Sa Majesté, dit Napier dans cette dernière, à informer les fermiers émigrants qu'elle ne peut reconnaître une partie de ses propres sujets comme une république indépendante, mais qu'ils bénéficieraient des mêmes avantages que toute autre colonie britannique s'ils consentaient à recevoir une force militaire pour écarter toute autre nation étrangère. » GloetQ,p. lao. — Note du Volksraad du ii octobre i84i» dans laquelle les Boers expriment clairement leurs idées sur leurs droits à l'indépendance : « Excellence, il nous semble que Sa Majesté et vous-même ayez été mal informés sur nous, sur notre prétention à l'indépendance et sur le droit que nous avons sur ce pays que nous occupons actuellement. Nous sommes de naissance des Afrikanders Hollandais {HoUandsche Afrikanen). Immédiatement après que nous avons quitté le territoire de Sa Majesté dans l'Afrique australe, nous avons publié notre déclaration d'indépendance et depuis cette époque jusqu'à ce jour, nous avons agi comme nation indépendante, nous gouvernant d'après nos lois et nous avons, en conséquence, cessé d'être sujets britanniques. Nous avons acquis par des moyens légitimes le pays que nous habitons, et qui n'a jamais été une colonie
Le ton de la déclaration du 2 décembre i84i était plus agressif que celui des documents antérieurs. Napier, après avoir constaté la prétention des Boers à l'indépendance et la résolution du Volksraad de cantonner des noirs vagabonds entre l'Umtamvuna et l'Umzimvubu, ce qui pouvait provoquer l'effusion du sang, annonçait « son intention de faire réoccuper Port-Natal, en y envoyant sans délai un détachement de troupes de Sa Majesté » *.
C'est qu'il se sent fort d'un message de lord John Russell du 21 août i84i, par lequel il est invité à procéder à cette nouvelle occupation tout en évitant d'entrer en conflit avec les Boers à moins d'attaque de leur part contre les troupes anglaises et contre les tribus indigènes alliées.