‹ L'expansion des Boers au XIXe siècleChapitre 170 sur 241 · Delegorgue, I, p · texte numérisé non relu

Delegorgue, I, p

ne pas pas faire usage de leurs armes contre les Boers, excepté au cas où ceux-ci se serviraient de leurs fusils pour rentrer en possession de leur propriété ». Des actes de violence en furent la conséquence immédiate. Deux ou trois Boers furent froidement massacrés par les indigènes, leurs maisons mises à sac, leurs femmes et leurs enfants chassés presque nus*. Le naturaliste Wahlberg, qui était prudemment resté à Pietermaritzburg, perdit les livres et les habits qu'il avait laissés à la baie de Natal ; sa hutte même fut détruite^. Cette jacquerie noire aurait sans doute causé aux Boers des pertes encore plus grandes que celles qu'ils subirent s'ils n'avaient eu recours à leur expédient habituel : la concentration dans les « laagers ».

A Pietermaritzburg, tout était confusion, et dans le Volksraaddes invectives d'une extrême violence s'échangeaient. Cependant deux opinions dominantes finirent par se dégager. Parmi les Boers, les uns se refusaient à toute négociation avec les Anglais et déjà chargeaient leurs chariots pour regagner le plateau de l'Orange, d'autres, moins intransigeants, et parmi eux les plus qualifiés, Andries Pretorius, Carel Pieter Landman, Jacobus Nicolas Boshof, étaient disposés à traiter. Ces sentiments conciliants leur étaient inspirés par le désir de gagner du temps, et l'espoir (bien illusoire) d'une intervention du roi des Pays-Bas en leur faveur.

I. Gloete dit deux, p. i4o; Mac Gall TheaL trois. Hist. ofS. Afr. (i834-i854). p. 347-48. « Il paraît que les sauvages Zoolahs, excités par le gouverneur anglais, se sont portés à des cruautés horribles sur l'es fermiers hollandais sans épargner les femmes ni les enfants. » Note de VAsiatic journal, reproduite dans Nouvelles Annales des voyages, novembre i84a. t. XGXYI, p. a5i.

a. Monatsberichte der Verhandlungen der Gesellschaft JiXr Erd kunde zu Berlin, i844» p. i37.

Le colonel Cloete, invité à venir traiter à Pietermaritzburg, accepta la proposition avec d'autant plus d'empressement, qu'elle lui fournissait l'occasion de voir de ses yeux une partie de ce Natal, dont il n'existait alors aucune représentation cartographique détaillée et dont les Anglais ignoraient entièrement la topographie*.

Le i5 juillet i842, le colonel Cloete reçut un message signé de onze membres du Volksraad et du président J. N. Boshof qui se déclaraient prêts à se soumettre à l'autorité de la reine d'Angleterre, à rendre les canons en leur possession, et à restituer 'toute propriété anglaise publique ou privée confisquée par les Boers. Le colonel Cloete rédigea immédiatement un acte par lequel une amnistie générale était accordée à tous ceux qui avaient résisté aux troupes de Sa Majesté Britannique, sauf à cinq personnes ; les Boers pouvaient retourner dans leurs domaines d'où ils seraient protégés contre les attaques des noirs ; les blancs et les indigènes continueraient à occuper leurs terres respectives jusqu'à l'établissement d'un gouvernement définitif. Rien non plus ne serait provisoirement changé au régime politique, sauf que le pourtour de la baie de Natal serait placé sous la domination de l'officier anglais comman-

I. Cloete, p. i4i-i43. — En 1842, il n'existait d'autres cartes du Natal que celle d'Isaacs, Africa» et les deux petits croquis : Zoolu country, Victoria^ annexés au livre de Gardiner, Narrative ofa Journey to the Zoolu country. — En i856, Aug. Petermann publia : Karte der Kolonie Natal nach ofiîcieUein und zum Theil unpublicirtem Material . Echelle : i/i55oooo. Geographische Mitteilungen, i856, tafel 19. Elle est très intéressante sous le rapport ethnographique. — La première carte à grande échelle du Natal a paru seulement en i863 : Map of the colony of Natal surveyed by Capt. Grantham R. E. in 1861 with addition Jrom the surveyor generaVs office in Natal. Topographical Department of the War Office, 4 feuilles. Echelle: i/25o 000. Londres, i863.

dant les troupes. Un article additionnel accordait le bénéfice de l'amnistie à Andries Pretorius, en raison de sa participation à la conclusion de la paix *.

Sir George Napier promit quatre mille livres sterling à quiconque s'emparerait des quatre Boers exclus de l'amnistie à cause de leur participation aux événements de mai et de juin 1842, Joachim Prinslo et Jacobus Johannes Burgher respectivement président et secrétaire du Volksraad, Michielet Servaas van Breda, qui avaient pillé les navires anglais mouillés dans la baie de Natal ; mais bien que chacun connut leur retraite, aucun de leurs compatriotes ne les trahit et la proclamation de Napier resta sans effet*.

Pendant une année, la situation politique du Natal fut singulière : le Volksraad continuait à se réunir à Pietermaritzburg, comme si le pays était absolument indépendant, et de son côté le major Thomas Charlton Smith (il avait été promu à la suite de sa défense de juin 1842) tenait garnison sur le bord de la baie, comme si le Volksraad n'existait pas.

Cependant le 4 mai i843, sir George Napier informa le législative council du Cap, qu'en vertu des ins-

I . On trouvera le texte de ces documents en anglais dans Gloete, p. i43-i45, en français dans Delegorgue,* IL p. 87-91. C'est certainement par erreur que H. Gloete date ces négociations du 5 juillet 1842, c'est le i5 qu'elles ont eu lieu. — Delegorgue accuse A. Pretorius d'entente particulière avec le colonel Cloete : a En i84a, lors des affaires du Natal contre les Anglais, Pretorius fit plus, sa conduite fut celle d'un lâche et d'un traître. Ses compatriotes l'avaient chargé d'un mandat ; ils se reposaient sur lui du soin de leur avenir et de leur honneur : il vendit tout, moyennant qu'il serait maintenu dans ses domaines. » I, p. a 18. — Il ne faut pas oublier que Delegorgue avait eu des différends avec Pretorius.

a. Delegorgue donne le texte de la proclamation. II, p. qS-q^. Elle n'est pas datée.

truclions reçues du secrétaire d'état des colonies, lord Stanley, il allait envoyer un commissaire au Natal. Ce personnage aurait mission d'informer les Boers que le gouvernement anglais approuvait les décisions du lieutenant-colonel Cloete, et de s'enquérir du nombre et de la superficie de leurs domaines. Il exigerait d'eux la reconnaissance absolue de la domination britannique, mais tiendrait compte de leurs vœux en matière d'institutions, car jdisait lord Stanley « nonobstant les fautes des émigrants, le gouvernement de S. M. ne saurait oublier leurs bonnes qualités et les malheurs qu'ils ont subis ». Toutefois le commissaire devrait se refuser à toute concession sur les trois points suivants : Aucune distinction entre les habitants de la colonie ne serait admise en raison de leur couleur, de leur origine, de leur langage, ni de leurs croyances; il était interdit aux colons d'attaquer les tribus indigènes, en dehors des limites de la colonie, individuellement ou en troupes, à moins d'ordres précis du gouverneur ; l'esclavage sous toutes ses formes était déclaré illégaP.

Le 12 mai i843, Henry Cloete, membre du législative council du Cap, et frère du lieutenant-colonel Josias Cloete, fut nommé commissaire de la Reine au Natal. L'excitation était grande à Pietermaritzburg, quand il y arriva le QJuin i8/i3. Quelques semaines auparavant, le navire hollandais Brazilia s'étant présenté devant Port-Natal et le major Smith lui ayant refusé la libre pratique, les Boers restaient convaincus que ce navire leur apportait des assurances de protection de la part du roi des Pays-Bas.

Henry Cloete exposa ses instructions, mais les mem-

I . « Minute of His Excellency the Governor to the législative couDcil, respecting Port-Natal», 4 mai i843. Annixal register^ i844» p. 286-89.

bres du Volksraad n'étant pas en nombre suffisant pour délibérer, les débats furent ajournés au mois d'août. Le commissaire se retira à la baie de Natal et fit une enquête sur la manière dont les terres étaient réparties entre les colons.

Il revint à Pietermaritzburg le 5 août i843. Des scènes de violence et de désordre précédèrent l'entente finale. Des bandes de Boers descendues du plateau de l'Orange voulaient que leurs délégués prissent part aux délibérations. Elles ne se retirèrent que sur l'assurance de Cloete que les Drakensbergen formeraient la limite septentrionale de la nouvelle colonie anglaise et que le régime politique de leur pays resterait par conséquent en dehors des discussions.

A certain moment Henry Cloete eut à subir un assaut des femmes des Boers, qui lui affirmèrent qu'elles passeraient les Drakensbergen pieds nus, plutôt que de se soumettre à la domination anglaise.

La résistance la plus énergique fut opposée par le Volksraad à l'établissement d'un régime égalitaire entre les blancs et les noirs. Mais le commissaire ayant déclaré qu'il ne lui appartenait pas de rien céder sur ce point, une déclaration acceptant toutes les conditions de capitulation exigées par sir George Napier fut signée le 8 août i843 par les vingt-quatre membres du Volksraad. Les jours suivants, Henry Cloete les ayant, conformément aux instructions de lord Stanley, interrogés sur la nature des institutions judiciaires et administratives qui paraissaient le mieux convenir au pays, ils exposèrent leurs idées. Mais en fait, la déclaration du 8 août 1843 mit fin à la République boer du Natal*.

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