I. Cloete, Five lectures, p
Le 3i août i843, un détachement de troupes anglaises occupa une hauteur située au Sud de Pietermaritzburg et y construisit un fort, qui reçut l'année suivante le nom de « Fort Napier* » (carte 7).
Par lettres patentes du 3i mai i844, le Natal fut annexé à la colonie du Cap, toutefois sous la réserve que le législative council du Cap devrait formuler spécialement pour ce district les lois et ordonnances nécessaires pour y assurer « la paix, Tordre et le bon gouvernement^ ». Le gouverneur du Cap qui avait succédé à sir George Napier, sir Peregrine Maitland mit cependant si peu d'empressement à pourvoir le Natal d'un gouvernement régulier que certains Boers se reprirent à espérer que l'Angleterre renonçait à ses idées de domination^. En novembre i845 pourtant, un certain Martin West fut nommé par le gouverneur du Cap lieutenant gouverneur du Natal et prit en fait la direction de la nouvelle colonie.
Si les Boers perdirent le Natal, ce fut d'abord par suite de leur incapacité politique. Tant qu'il s'agit d'abattre la puissance zouloue, ils furent aptes à cette tâche qui demandait du courage et de la force physique ;
I. Lettre du lieutenant Charles T. Gibb au iieutenant-colonel L. Marshall (5 septembre i843). Correspondence relative to the establishment of the seulement of Natal presented july i848, p. i3-i4. — Pour abréger, nous désignerons ce recueil de textes sous la formule : Correspondence of Natal [I] et un second recueil qui porte un titre presque identique et parut en mai iS^Q sous la formule : Correspondence of Natal [II].
3. Le texte des lettres patentes est inséré dans le même recueil [I]. p. 4-5.
3. Un nouveau Yolksraad se réunit même en août i844f mais comme la plupart de ses membres refusèrent de prêter serment de fidélité à la reine» il fut dissous par le major Smith.
n'était-ce pas la continuation contre un ennemi nouveau de la lutte séculaire contre le Boschiman ou contre le Cafre?
Mais l'organisation et le fonctionnement d'un gouvernement régulier les dépassèrent. Ils constituèrent bien en apparence ce gouvernement ; ils élurent un Volksraad, des landdrosts, des heemraaden, mais en fait chacun obéit aux décisions prises pour le bien commun dans la mesure qui lui convint et qui ne fut jamais large. L'individualisme développé en eux par la vie solitaire du veld avait arrêté l'essor de toute idée de sacrifice à l'intérêt général. Il y avait en outre une faute capitale à commettre, avoir des rapports avec les indigènes voisins de la frontière orientale de la colonie du Cap et fournir par conséquent au gouverneur un prétexte d'intervention dans leurs affaires : ils s'empressèrent de commettre cette faute capitale.
Nonobstant cette incapacité, ils auraient peut-être conservé pourtant leur indépendance, s'ils n'avaient rencontré en sir George Napier un adversaire qui mit son point d'honneur à la leur enlever. Ce vieux militaire, qui avait versé son sang au service de la Grande- Bretagne, fut indigné que des hommes ayant l'immense honneur d'être sujets britanniques eussent l'audace de vouloir cesser de l'être. Il prétendit faire prévaloir cette théorie extraordinaire de la pérennité de la nationalité. Vous êtes nés sujets britanniques, répétait-il à satiété aux Boers, sujets britanniques vous resterez partout où vous irez. Et comme il n'avait pas le pouvoir de réintégrer de force au Cap ceux qui occupaient le Natal, il voulut faire du Natal une terre britannique. Il le voulut âprement. Sans ordre, en novembre i838, il y envoie un détachement de troupes. Il est désavoué par un ministre des colonies très cir-
conspect, lord Normanby. Mais il n'abandonne pas son idée. Un ministre moins timoré, lord John Russell arrive au Colonial office ; aussitôt, nouvel envoi de troupes au Natal. A lord Russell succède lord Stanley, un timide de l'école des Glenelg et des Normanby, qui le lo avril 1842 (dix jours après que le capitaine Thomas Chariton Smith a quitté son camp de l'Umgazi) ordonne à Napier de rappeler le détachement. Napier n'en fait rien, mais justifie sa décision, convainc lord Stanley qui, le 12 octobre, lui envoie son approbation.
Le Natal n'a rien coûté à la métropole ; la conquête s'en est faite sans que de Londres on ait envoyé un penny ou un Highlander; les ressources du Cap ont pourvu à tout. C'est une colonie qui a été annexée à l'Empire par une autre colonie. Napier a donné le Natal à la Grande-Bretagne, malgré la Grande-Bretagne, par colère contre les Boers. Contre leur incohérence, c'était vraiment trop de tant de constance ; la partie n'était pas égale.