I. Le parti NÉGROPHILE AU CaP
Il existait au Cap un parti négrophile, qui comptait un nombre d'adhérents assez restreint, mais qui, actif et remuant, était fort écouté au Colonial Office de Londres.
Il était composé surtout de missionnaires, qui appartenaient principalement à la London Missionary society, et était né, peut-on dire, du jour où le D*" J.-T. Vanderkemp, membre de cette société, avait débarqué au Cap, en 1 799. Ce personnage et son collègue Read avaient fondé à l'Ouest de la baie d'Âlgoa une mission, Bethelsdorp, qui était devenue la citadelle du parti ^ (carte 4).
Les missionnaires s'intéressaient indistinctement à tous les nègres. On sait, en effet, que les indigènes de l'Afrique australe, au milieu desquels vivaient les blancs, se partageaient en plusieurs catégories. Les Hottentots pasteurs avaient été les premiers avec lesquels les Hollandais avaient eu des rapports ^. Ils avaient même de
I. Sur les missions de l'Afrique' australe dont nous n'avons pas à exposer ici l'histoire en détail, voy. Moffat, Vingt^trois ans de séjour dans V Afrique australe, trad. française, p. 25 et suiv.
a. Cf. notre article : La fondation de la colonie hollandaise du Gap de Bonne-Espérance. Journal des Savants^ octobre 1904, p. 574.
m PRÉLIMINAIRES DE L'ÉMIGRATION
i652 à 1680 environ opposé une certaine résistance aux progrès de la colonisation européenne. Mais leur passion pour l'alcool et le tabac les avait mis peu à peu à la merci des blancs. Ils avaient vendu leurs troupeaux pour s'offrir le plaisir de s'enivrer et de fumer ; leurs tribus s'étaient désagrégées, et, au commencement du xix*" siècle, ils étaient devenus individuellement les domestiques des colons.
Très différents de ces Hottentots, qui avaient atteint un degré relatif de civilisation, étaient des sauvages auxquels les Hollandais furent très embarrassés de donner un nom, et qu'au xvii® siècle, ils appelèrent « Hottentots Ubiquas »,(( Hottentots hostiles »,« Hottentots rebelles », « ^nquas Hottentots », « banditti », « voleurs de grand chemin », et finirent par nommer tout simplement les « hommes des buissons », boschimans, terme que les Anglais traduisirent littéralement par celui de bushmen . Ces Boschimans furent, pendant la fin du xvii® siècle et tout le xviii*^, les ennemis inlassables des colons. Friands de viande de bœuf et de viande de mouton, ils épiaient les défaillances d'attention des bergers ^ s'élançaient sur les bestiaux et les emmenaient. Les colons formaient des troupes de chasseurs, des commandos, se mettaient à leur poursuite, et quand ils réussissaient à les rejoindre, les massacraient sans pitié. Ces chasses aux Boschimans s'exerçaient encore dans la région périphérique de la colonie pendant le premier quart du xix^ siècle.
Au delà de la Great Fish river, frontière orientale de la colonie, vivait une autre catégorie d'indigènes : les Cafres. Pendant le xvni*^ siècle des groupes de colons avaient pénétré sur leur territoire pour y chasser l'éléphant, et eux-mêmes avaient plus d'une fois envahi les districts orientaux de la colonie. C'est avec certains
chefs de ces tribus cafres, que Johannes Bezuidenhout avait, on Ta vu plus haut^, essayé en i8i5 de lier partie contre le gouvernement.
Hottentots, Boschimans et Cafres étaient des autochtones que les Européens trouvèrent dans l'Afrique australe, quand ils y arrivèrent. Mais au commencement du XIX® siècle, il y existait encore une catégorie de noirs, qui étaient étrangers au pays : les esclaves et les descendants d'esclaves. Selon la déplorable coutume en usage dans toutes les colonies européennes, du xvi® au xvjn® siècle, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales * avait importé des îles de la Sonde, de Madagascar et du Mozambique des esclaves dans sa possession du Cap". Il y subsistait donc encore vers 1826, bien que la traite ait été officiellement abolie en 1807, une nombreuse population servile.
Or ces hommes de couleur, Hottentots, Boschimans, Cafres, Malais, Malgaches et Mozambiques étaient tous également l'objet de la sollicitude de la London Missionary Society.
Missionnaires et colons vivaient en hostilité permanente, les premiers accusant les seconds de maltraiter les indigènes, les seconds reprochant aux premiers d'encourager les nègres à la paresse ^ et même de donner dans leurs missions asile à des scélérats.
Le principal épisode dç cette lutte fut un procès, intenté en 18 12 à l'instigation de Vanderkemp, à plus de soixante Boers, inculpés de sévices sur les indigènes et